Un Belge sur deux souffre de solitude, le PTB propose un plan d'action

« L'Enquête nationale du bonheur des Belges » effectuée par le Pr Lieven Annemans (Université de Gand) et l'assureur NN et présentée ce matin à la presse, a révélé certains chiffres préoccupants. Aujourd'hui, près de la moitié des Belges (46%) se sentent seuls. Un constat alarmant qui appelle à agir.

Près de la moitié des Belges se sentent seuls, et c'est surtout chez les jeunes adultes de moins de 34 ans que la solitude constitue un problème : plus de la moitié des jeunes Belges (54,5%) souffrent de solitude.

« Ce constat est alarmant. Il met en évidence que, fondamentalement, quelque chose ne va pas dans notre société, observe le Dr Lise Vandecasteele, spécialiste de la pauvreté au PTB. Dans une société où ce sont les chiffres et l'argent qui passent avant tout, où règne le principe du "chacun pour soi et le marché pour tous", où l'être humain est considéré selon sa seule valeur économique, il n'est pas étonnant que de plus en plus de gens se sentent seuls. »

Pour le Pr d'économie de la santé Lieven Annemans, ces chiffres demandent que l'on passe à l'action : « Pour de nombreux Belges, la solitude est une dure réalité. Si près de la moitié des Belges se sentent seuls, c'est alors le devoir de la société d'y remédier. »

La solitude est une conséquence de nombreux facteurs, parmi lesquels des revenus trop bas, peu de contacts sociaux, des soucis de santé, un manque d'autonomie dans la vie, un mauvais logement, le chômage, le racisme ou la discrimination...

« La pauvreté et l'exclusion sociale rendent seul, constate le Dr Lise Vandecasteele. Une première mesure  cruciale est donc le relèvement des allocations sociales, des pensions et des salaires les plus bas au-dessus du seuil de pauvreté. Par ailleurs, des soins de santé accessibles et de qualité sont également très importants. Le PTB plaide pour une généralisation des maisons médicales de quartier, où chaque patient peut se rendre sans argent chez le généraliste, comme c'est le cas pour les maisons médicales de Médecine pour le Peuple. »

Lutter contre la solitude veut aussi dire encourager la rencontre des autres. L'homme est un être social. « Au moins une fois par mois s'occuper des autres et faire du travail bénévole augmente directement note chance d'être heureux de 44% », constate l'étude.

Le Pr Annemans observe à juste titre  : « Il faut investir dans des activités sociales et culturelles où les gens peuvent se rencontrer et il faut encourager le bénévolat. Nous constatons qu'aujourd'hui, les investissements dans de telles activités sont trop souvent remis en question. Or elles sont bénéfiques pour notre bonheur national. »

L'Enquête nationale du bonheur montre également que trois autres aspects peuvent nous rendre plus heureux : l'autonomie, l'implication/l'appartenance sociale et le sentiment de compétence. « C'est pourquoi, entre autres, une réforme en profondeur du marché du travail est nécessaire, précise Lise Vandecasteele. Les contrats intérimaires, une haute pression de travail, des tâches monotones qui ne font pas appel à nos compétences, un licenciement, un manque d'autonomie, le chômage… Tout cela a un effet négatif sur notre sentiment de bonheur. Pire, cela rend malade. Au lieu de l'insécurité et de la flexibilité, un emploi fixe et de qualité doit devenir la norme. Et nous devons réfléchir à la redistribution du travail. »

Le PTB veut une société qui place le bien-être de ses citoyens au centre de ses priorités. Une société à la mesure de l'humain et non du profit. Le PTB a établi un plan contre la pauvreté et la solitude sur base de certains points de son programme électoral. En voici les grandes lignes ci-dessous.

Plan d'action du PTB contre la pauvreté et la solitude
Lutte contre la pauvreté
• Relever toutes les allocations sociales, les pensions et les plus bas salaires au-dessus du seuil de pauvreté européen.
• Travailler à l'éradication de l'exclusion sociale sur le plan de l'enseignement, de l'emploi, de la santé, du logement, du sport et de la culture.
• Créer des maisons de quartier dans chaque quartier, à raison d'une maison de quartier pour maximum 10 000 habitants.
• Avec les animateurs de quartier, travailler à ce que ces lieux rendent le quartier chaleureux et solidaire.
Soins de santé
• Développer les maisons médicales de quartier : des maisons médicales où l'on peut se rendre sans argent chez son médecin traitant, à l'exemple de celles de Médecine pour le Peuple.
• Supprimer les suppléments d'honoraires pour tous les spécialistes. Rendre le conventionnement obligatoire afin que les médecins respectent les tarifs légaux.
• Limiter les gros montants que les patients doivent avancer pour des consultations et examens. Par le système du tiers payant, ce sont les hôpitaux qui règlent directement le paiement des médecins avec les mutuelles.
Emploi
• Le marché du travail doit faire l'objet d'une réforme en profondeur en concertation avec les partenaires sociaux. Un emploi fixe, au salaire correct et aux bonnes conditions doit devenir la norme.
Mobilité
• Rendre les transports en commun gratuits, ce qui lève toute barrière financière au déplacement en transport publics.
Diversité
• Investir dans des lieux de rencontre culturels dans les quartiers, dans le travail de quartier et les maisons de quartier, là où les habitants peuvent facilement se rencontrer.
• Nous proposons un plan d'action annuel pour combattre le racisme. Les tests proactifs en situation qui peuvent prouver noir sur blanc la discrimination sur le marché du logement et celui du travail, dans l'enseignement, les soins de santé et les lieux de sortie constituent à cet effet un instrument important.
Sécurité
• Nous voulons améliorer la vie dans les quartiers en offrant davantage d'aide, de prévention et de contrôle social par les travailleurs de quartier, les éducateurs de rue, les animateurs de jeunes et les gardiens de la paix.
Sport
• Nous nous appuyons sur l'expérience et la connaissance des clubs sportifs. Il faut préserver et encourager leur engagement et leur accessibilité. Il faut travailler sur l'infrastructure selon leurs besoins et avec leur savoir en la matière.
Jeunesse
• Nous avons besoin d'un fonctionnement solide et permanent des professionnels de la jeunesse. Nous voulons qu'il n'y ait plus de listes d'attente pour inscrire les enfants et les jeunes dans un mouvement de jeunesse.
• Nous voulons stimuler les services pour la jeunesse avec une offre ouverte de lieux pour les jeunes, gratuits et pour lesquels aucune inscription n'est nécessaire.
• Les sports et la danse doivent être plus accessibles et moins chers. À cet effet, nous voulons offrir une infrastructure accessible à tous, donner aux associations sportives et de danse suffisamment de moyens de fonctionnement et intervenir dans les coûts d'inscription à un club de sport ou de danse.
Seniors
• Nous voulons investir dans des centres de services où les seniors peuvent s'adresser pour obtenir de l'aide.
• Nous prévoyons suffisamment de lignes de bus et tram afin que chaque senior puisse disposer d'un arrêt à une courte distance à pied.
• Les seniors ont droit aux loisirs et à la rencontre avec les autres. Nous prenons des initiatives pour prévenir, détecter et répondre à la solitude des personnes âgées.
 
 

 

 

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Commentaires

Bonjour, Je suis totalement d accord avec votre plan d action. Cependant,j ai une question concernant la diversité ? Êtes vous favorable à établir un quota d allochtone dans les administrations publique afin de lutter contre les discrimination aux travail. J ai lu une étude d unia et la différence de traitement entre un allochtone comme moi et une personne que je qualifierai de souche est énorme.
Vous avez raison de réfléchir aux problèmes que pose la solitude qui pèse sur nos concitoyens. C'est un problème important dont je constate les effets dans mon entourage. Votre plan d'action a de bons côté mais il lui manque une offre culturelle, et je parle de la véritable culture, c'est-à-dire de la culture "traditionnelle" non de la culture commerciale conçue comme une industrie de consommation vouée au simple divertissement. Occupez-vous aussi de l'accès aux théâtres, aux cinémas, aux bibliothèques, aux musées tant pour les jeunes que pour les personnes âgées. Vous ferez un grand pas en avant dans votre lutte contre le sentiment de solitude des gens. Vous n'êtes pas d'accord?
Un autre moyen de lutte serait peut-être de favoriser la colocation, la vie en communauté en rendant cela plus facile d'accès, plus attrayant, sans devoir répondre à des critères particulières. Beaucoup de gens vivent seuls pour telle ou telle raison et vivre à 2 ou plus leur apporterait moins de solitude, plus de divertissement, de meilleures relations sociales et une meilleure situation financière mais pour certaines catégories de personnes, c'est impossible à faire, je pense notamment aux allocataires sociaux pour qui la cohabitation rime avec moins d'allocations. Pourtant cela aiderait face à certains problèmes comme la solitude mais peut-être aussi une diminution du nombre de logements nécessaires, de l'empreinte écologique et leur permettrait également un accès plus facile à un logement décent car malgré tout, il reste encore beaucoup de propriétaires enclin à la discrimination contre les allocataires sociaux par crainte de ne pas recevoir leurs loyers.