Photo Solidaire, Karina Brys.

A-t-on encore le droit de mener des actions syndicales ?

Le vendredi 15 juin, les syndicalistes Bruno Verlaeckt et Tom Devoght comparaîtront devant le tribunal. Ils sont poursuivis pour avoir participé en 2016 à un piquet de grève dans la zone portuaire anversoise. Avec ce procès devant le tribunal correctionnel, ils risquent de lourdes sanctions. L'enjeu est particulièrement important pour le maintien du droit démocratique à mener des actions syndicales.

Le 24 juin 2016, la FGTB avait organisé une grève de 24 heures dans la zone du port d'Anvers et des piquets de grève avaient été mis en place. Le syndicat menait une action contre le saut d'index et pour plus de pouvoir d'achat ; contre le fait de devoir travailler plus longtemps et contre le démantèlement de la sécurité sociale ; contre l'injustice fiscale qui taxe les grandes entreprises infiniment moins que les ouvriers et les employés. Précisément les domaines dans lesquels la N-VA exécute point par point l'agenda et les désidérata des multinationales.

Cela fait des dizaines d'années que des piquets sont organisés sur les voies d'accès au port et qu'ils sont tolérés. Ce qui est normal, ces piquets s'étant toujours déroulés sans incident. Les personnes qui effectuent une occupation dans les entreprises Seveso ont toujours des consignes de sécurité pour que l'on puisse y accéder et qu'aucun risque ne soit pris. C'est également normal, parce que le droit de faire grève et d'installer des piquets de grève fait partie intégrante du droit de grève. Ne pas avoir le droit de manifester, d'occuper la voie publique lors d'une action collective, c'est faire disparaître un élément fondamental de la démocratie : le droit de s'opposer en groupe à une injustice. Si des actions ne peuvent avoir aucun effet, si les gens peuvent seulement faire entendre leur voix sans que cela ait d'impact sur la vie économique, on transforme l'action syndicale en simple folklore tout à fait inopérant.

De Wever veut se débarrasser des syndicats

Après toutes ces années, le pouvoir en place à la Ville d'Anvers a décidé que cela devait changer. L'action n'avait à peine commencé depuis quelques heures que des policiers antiémeute étaient dépêchés sur place avec un canon à eau pour chasser les piquets de grève. Une décision politique de la N-VA pour balayer toute résistance syndicale. Comme l'avait fait le Vlaams Blok avec ses affiches « Werken baat, staken schaadt » (le travail rapporte, la grève nuit), le pouvoir en place à la Ville a clairement choisi son camp.

Le fait que les deux syndicalistes FGTB – le président de la FGTB anversoise, Bruno Verlaeckt, et le délégué syndical Tom Devoght – ont également été arrêtés, seulement parce qu'ils défendaient leur droit démocratique, rend la chose encore plus grave. L'arrestation du président de la FGTB est particulièrement inquiétante. Il s'agissait d'un acte délibéré pour museler le plus haut représentant et le porte-parole d'une organisation de travailleurs et donner ainsi un signal à toute la base.

Tous les droits importants dont nous jouissons aujourd'hui ont à chaque fois été arrachés par la rue. Du droit de vote aux congés payés, de la journée de 8 heures à la sécurité sociale, chaque pilier de nos droits a été gagné par des actions de masse, des manifestations et des grèves, et plusieurs citoyens ordinaires ont perdu la vie dans des manifestations sous les balles des policiers. Aujourd'hui, on criminalise les syndicats et leurs porte-parole. Sans droit de grève, sans droit à l'action, c'est un boulevard que l'on ouvre à un grand virage à droite de la société : une société sans contrepouvoir, où le droit du plus fort ne rencontre plus d'opposition.

Notre droit à la solidarité et à l'engagement

L'affaire de Bruno Verlaeckt et Tom Devoght est un enjeu important pour l'avenir de tout le mouvement syndical. Mais elle concerne en même temps tous ceux qui défendent la démocratie, qui tiennent à ce que, demain, on ait encore le droit de manifester et de faire grève. Dans des actions pour la paix ou des actions de solidarité avec les réfugiés, pour une véritable politique climatique ou pour le respect des droits humains. Car si le droit à l'action est mis hors jeu, c'est aussi notre droit à la solidarité, à la compassion et à l'engagement qui passent à la trappe. Pour ces raisons, les deux syndicalistes méritent tout notre soutien. Le PTB appelle chacun à être présent afin que nous soyons les plus nombreux possible à exiger leur acquittement.

Rendez-vous le vendredi 15 juin à 8 heures au palais de justice, Bolivarplaats, Anvers.

« Les grèves et les actions sont poussées dans la sphère de la criminalité »

Le procès contre Bruno Verlaeckt et Tom Devoght est particulièrement important pour l'avenir de la démocratie. Nous avons demandé leur réaction à l'avocat Jan Buelens, au secrétaire ACV BIE (CSC BIE) fédéral Koen De Kinder et à Astrid Goossens, syndicaliste dans le port d'Anvers.

Jan Buelens, avocat :

« Un acquittement est crucial pour tout le mouvement démocratique »

« Il s'agit de toute évidence d'un procès inspiré par des raisons politiques, et cela pour trois raisons. Premièrement, le procureur d'Anvers a décidé de poursuivre Bruno et Tom sur base de l'article 406 du Code pénal. Cet article a été introduit dans les années 1960, mais il a toujours été très clair que celui-ci ne serait pas utilisé contre des droits fondamentaux comme le droit de grève. Ce que veut désormais faire le procureur. Deuxièmement, des actions similaires ont régulièrement eu lieu au cours de ces vingt dernières années et jamais personne n'a été arrêté, et forcément encore moins poursuivi. Ce n'est pas un hasard si ce procès arrive après la déclaration du bourgmestre soulignant qu'il allait agir contre ces actions. Troisièmement, l'argumentation du procureur est une photocopie des arguments de certains partis politiques : les gens sont pris en otage, le droit au travail est plus important, etc. Par ce procès, les grèves et les actions sont poussées dans la sphère de la criminalité, alors que les gens ne font que se défendre contre les mesures antisociales et antidémocratiques du gouvernement, et qu'ils ont entièrement le droit de mener des actions. Jusqu'en 1921, faire grève et toute action autour de celle-ci était punissable. Le bourgmestre et le procureur d'Anvers veulent apparemment revenir cent ans en arrière. Obtenir un acquittement est donc crucial pour tout le mouvement démocratique. »

Koen De Kinder, secrétaire fédéral ACV-BIE (CSC bâtiment industrie énergie) :

« Le droit de mener des actions syndicales ne peut pas être bafoué »

« Le droit de grève est un droit fondamental qui est en permanence mis sous pression. Or le droit de mener des actions ne peut pas être bafoué. À l'ACV-BIE (CSC BIE), nous ne voulons pas assister de manière impuissante aux attaques politiques contre la liberté de mener des actions. Nous nous insurgeons contre cette manière violente de briser un piquet de grève pacifique. Nous ne voulons pas nous taire et nous continuerons à lutter contre toute attaque sur le droit de grève. Pour soutenir nos collègues de la FGTB, nous avons déposé un préavis de grève dans le secteur anversois de la chimie et du pétrole. En effet, se taire, c'est accepter, et pour nous, ne rien faire n'est pas une option. »

 

Astrid Goossens, syndicaliste FGTB-UBT (bâtiment et transport), port d'Anvers:

« Être présent le 15 juin pour un enjeu important : le droit de grève »

« Dans cette affaire, le jugement du tribunal nous concerne tous. L'arrestation arbitraire de grévistes individuels, avec toutes les éventuelles conséquences pour les personnes poursuivies ensuite, est une forme d'intimidation par l'ordre établi. La grève avait été annoncée largement à l'avance, le sécurité des entreprises chimiques avait été prise en compte de toutes les manières possibles. Les arrestations sont donc une façon de saper les grèves, tout comme l'envoi d'huissiers aux piquets comme on l'a déjà vu dans le passé. En effet, qui va encore oser faire grève ou participer à une action si on sait qu'on va peut-être devoir en payer les frais personnellement ? D'où mon appel fervent à tous les syndicats, de toutes les couleurs, à être présents le 15 juin présent pour un enjeu très important: le droit de grève. »

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