Médecine pour le Peuple a lancé sa campagne « Sans argent chez mon généraliste » le 26 mars dernier en menant une action devant le cabinet de la ministre de la Santé Maggie De Block. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers)

« ’Sans argent chez mon généraliste’ ? Réalisable et même efficace financièrement »

La ministre de la Santé publique Maggie De Block et les médecins conservateurs ont réagi négativement à l’appel, publié dans la presse ce 16 avril, des 22 experts en vue de rendre gratuites les visites chez le médecin. Le spécialiste santé du PTB, le Dr Dirk Van Duppen, réfute les arguments de la ministre. 

Un groupe de 22 médecins, professeurs et experts en matière de lutte contre la pauvreté plaide en faveur d’un système permettant à tout le monde d’aller chez le médecin sans argent. (Retrouvez cette opinion en intégralité sur Solidaire.org) Un tel système est nécessaire, car 900 000 Belges n’ont pas pu se rendre chez leur médecin traitant l’année passée faute d’argent. Mais il est également viable, efficace sur le plan des coûts et il augmente en même temps la qualité des soins.

Els Cleemput, porte-parole de la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open VLD), a pourtant balayé cette idée de la table. Financièrement non viable, prétend-elle. « Si vous voulez des soins de santé de qualité, alors il doit aussi y avoir une contribution du patient. Sinon, les frais pour ces soins seront impayables pour le gouvernement. » 

Dirk Van Duppen, spécialiste santé du PTB, réfute ce point de vue : « ’Sans argent chez son généraliste’ est non seulement possible financièrement, mais également efficace sur le plan des coûts. La mesure coûte relativement peu. Le montant total des tickets modérateurs pour les consultations et les visites à domicile s’élève à 170 millions d’euros par an. De la sorte, le remboursement au médecin est accru, et sans perte de revenu pour ce dernier. Cela représente 0,6 % du budget total de l’INAMI. Mais cette somme est en grande partie regagnée du fait que les frais administratifs et le temps nécessaire pour le paiement de la prestation (actuellement 10 % du temps de la consultation) sont éliminés. »

« Le système aboutit aussi à une diminution des coûts en raison de l’utilisation plus rationnelle de la deuxième ligne et des services d’urgence. Cela est prouvé par de nombreux exemples à l’étranger. Même aux Pays-Bas, où la privatisation des soins de santé a été très poussée, on n’ose pas toucher au principe du ‘sans argent chez son généraliste’».

Chez nous aussi, une étude du KCE, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé, le prouve. Le KCE a comparé les maisons médicales à paiement forfaitaire et celles où le patient paie un ticket modérateur. 

Enfin, le principe du ‘sans argent chez son généraliste’ accroît également la confiance en la thérapie du patient et la continuité des soins, deux éléments qui renforcent également l’efficacité financière.

Lorsqu’on prétend qu’« une contribution du patient est également nécessaire si on désire des soins de santé de haut niveau qualitatif », le Dr Dirk Van Duppen réagit vivement : « Il est sidérant que la ministre qui est fière d’une politique reposant sur une ‘evidence based medicine’ (médecine factuelle, fondée sur des faits) puisse se tromper aussi grossièrement. Les récents rapports des professeurs de médecine, ‘Together we change’, et des experts de la Commission européenne réunis au sein de l’’Expert Panel on Effective Ways of Investing in Health’ défendent la suppression du ticket modérateur. Cette proposition est devenue une évidence dans la littérature médicale : une première ligne gratuite et solide offre bien des avantages pour la qualité et la continuité des soins dans tout le système. L’amélioration de la qualité a beaucoup à voir avec l’échelonnement des soins. Des soins de santé où le médecin joue un rôle plus central fonctionnent mieux. Le médecin gère l’ensemble du dossier médical, il a une relation de confiance avec le patient, il le connaît bien – non seulement sur le plan médical, mais aussi sur le plan psychosocial. C’est pourquoi le médecin de famille est le mieux placé pour évaluer en compagnie du patient les soins qui sont nécessaires. »

Le Dr Dirk Van Duppen est également préoccupé par toute la campagne mensongère mise sur pied par le syndicat conservateur des médecins, l’ABSyM, contre un système obligatoire du tiers payant. D’après ces médecins, eux-mêmes sont « les mieux placés pour évaluer quels sont les patients qui se retrouvent ou pas dans le besoin financier. Et donc chez quels patients la réglementation du tiers payant serait de mise ou pas (sic) ». À leurs yeux, le tiers payant obligatoire « dévaluerait la médecine générale et ne signifierait rien de bon pour la relation médecin-patient ».

Le Dr Dirk Van Duppen : « Ils veulent tous en revenir au médecin qui, tel Dieu le Père, peut décider qui doit payer moins ou plus pour ses soins de santé. Ils veulent en revenir à des soins de santé auxquels l’accès est une faveur charitable et non un droit. Ils veulent en revenir à une relation médecin-patient dans laquelle Monsieur le Docteur trône au sommet d’un piédestal. »

La meilleure réponse, tant à Maggie De Block qu’aux médecins conservateurs, on peut la trouver dans l’ouvrage bientôt à paraître (1er mai), « La taxe des millionnaires et sept autres idées brillantes pour changer la société », sous la direction de Peter Mertens, président du PTB. Dans celui-ci, Tim Joye et Sofie Merckx, qui ont pris l’initiative de l’opinion diffusée dans la presse aujourd’hui, ont rédigé un chapitre au titre éloquent : « Sans argent chez le généraliste ».

Médecine pour le Peuple et sa campagne « Sans argent chez mon généraliste »

Retrouvez ici la campagne et la pétition

La taxe des millionnaires et sept autres idées brillantes pour changer la société

L’ouvrage « La taxe des millionnaires et sept autres idées brillantes pour changer la société », sous la direction de Peter Mertens, président du PTB, est bientôt à paraître (1er mai). Dans celui-ci, Tim Joye et Sofie Merckx, tous deux médecins à Médecine pour le peuple, qui ont pris l’initiative de l’opinion ci-dessus, ont rédigé un des chapitres : « Sans argent chez le généraliste ». Vous pouvez également recevoir ce livre gratuitement en prenant un abonnement à Solidaire.

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Commentaires

Sans argent chez mon généraliste ? Cela voudrait dire que la consultation du médecin devrait être entièrement prise en charge par l'I.N.A.M.I. ! Or, actuellement le patient paie l'intégralité et se fait remboursé le montant pris en charge par sa mutuelle. Pourquoi devoir payer ce qui nous sera remboursé par après ? Toutes ses manipulations du -vous me donnez, puis vous êtes remboursé et moi, je reverse votre dû à l'I.N.A.M.I- occasionne un tas de formalité, de pertes de temps, d'argent. Pour ma part, je pense qu'il serait plus judicieux de proposer d'étendre (voire généraliser) le système du tiers payant vers les autres prestataires chez qui il n'est pas appliqué, à savoir les kinés, dentistes, etc..., où là la claque financière fait beaucoup plus mal au portefeuille... en attendant d'être remboursé. Ce système du tiers payant est déjà appliqué dans plusieurs catégories de prestataires de soins : le patient est content (moins d'argent à avancer) et le prestataire à déjà une partie de son "revenu" !