Photo Edgar Jiménez/Flickr

Ryanair : la peur fait place à l'espoir

auteur: 

Sander Barrez

L'an dernier, Ryanair a engrangé 1,4 milliard d'euros de bénéfice. Mais, quand le personnel veut boire un peu d'eau, il doit la payer. Le personnel de cabine et les pilotes en ont assez d'être exploités. Cela semblait impossible, mais un mouvement de lutte a finalement a finalement réussi à se former, par-delà les frontières. Et il exige d'être entendu de la direction de Ryanair.

Ryanair enregistre des profits records. Il y a de l'argent plus qu'en suffisance. Il n'y a aucune raison pour ne pas traiter le personnel avec respect. Celui-ci mérite bien mieux. Malgré les intimidations, le personnel de cabine et les pilotes se sont organisés pour lutter. La peur a fait place à l'espoir, une vague sociale déferle dans toute l'Europe et elle n'est pas près de s'arrêter. Les actions de grève par-delà les frontières ont contraint Ryanair à écouter son personnel. Les 25 et 26 juillet et le 10 août ont eu lieu des grèves historiques internationales des travailleurs de Ryanair, y compris en Belgique. La pression augmente et le management est dos au mur.

O'Leary a déclaré dans la presse qu'il « aurait tué pour gagner de l'argent ».

Les exemples de situations révoltantes ont déjà été largement évoqués. Depuis le steward qui a eu la jambe brûlée par de l'eau bouillante et qui a dû rester sept semaines dans un hôtel sans être payé au chef qui cite des propos de conversations téléphoniques qui ont été enregistrées. Ou le fait que tout est payant pour le personnel, même l'eau pour boire lors d'un long parcours. La liste des exemples choquants est sans fin. Le manque de respect du management pour les pilotes et le personnel de cabine est proprement écœurant. Lorsque le patron de Ryanair, Michael O'Leary, était interrogé sur la manière dont il gardait son personnel motivé, l'homme de 886 millions a répondu sans sourciller : « Par la peur ! ». O'Leary avait aussi déclaré dans la presse qu'il « aurait tué pour gagner de l'argent ».

Mais le problème chez Ryanair, ce n'est pas juste l'histoire du méchant capitaliste O'Leary qui fait trimer son personnel au fouet. Ryanair va très loin dans l'exploitation de ses travailleurs mais, à côté de ces situations scandaleuses, il engrange aussi un profit énorme : 1.400.000.000 euros pour une seule année – 1,4 milliard. Il n'est donc guère étonnant que les autres compagnies aériennes adoptent le modèle Ryanair de dumping social. De cette manière, elles tentent de lutter contre la concurrence et d'augmenter leurs propres bénéfices. Ainsi, Eurowings, la nouvelle compagnie low-cost de Lufthansa, est censée devenir le nouveau Ryanair. Une spirale négative de dumping social est en train de se développer et elle menace tout le monde. D'où l'importance énorme de la lutte chez Ryanair.

L'UE choisit son camp

Le gouvernement fédéral belge continue lui aussi à garder le silence.

Ryanair a déjà été condamné en Belgique dans un passé récent. La Cour européenne de justice a clairement statué qu'en Belgique, c'est le droit belge qui s'applique aux travailleurs. Ryanair s'est toutefois essuyé les pieds sur ce jugement et paie donc ces travailleurs au-dessous de nos salaires minimum, les prive de leur droit à la sécurité sociale et empêche ainsi la constitution de leurs droits de pension. Comment est-ce possible ? Comment peut-on ainsi outrepasser la législation qui protège les travailleurs ? Les syndicats demandent l'application de la directive européenne qui décrète que c'est le droit du travail national qui doit être d'application. C'est la logique même. Ces derniers mois, la commissaire européenne à l'Emploi et aux Affaires sociales Marianne Thyssen (CD&V) a été appelée à plusieurs reprises de mettre fin à l'impunité de Ryanair, sans succès. Maintenant que la résistance sociale prend de l'ampleur, Marianne Thyssen refile la patate chaude aux gouvernements nationaux. De cette manière, l'UE mène de facto une politique au service de Ryanair. Et il est frappant de constater que le gouvernement fédéral belge continue lui aussi à garder le silence. Ce qui revient à conclure que le ministre de l'Emploi Kris Peeters et le Premier ministre Michel laissent tomber le personnel de Ryanair. L'Union européenne et les gouvernements nationaux pourraient pourtant parfaitement prendre des mesures pour mettre fin au dumping social en Europe.

Le PTB soutient les syndicats dans leur lutte

Si le personnel doit attendre que l'Union européenne passe à l'action, cela risque d'être à la Saint-Glinglin. Mais, heureusement, les travailleurs et leurs syndicats maintiennent fortement la pression sur le management. Ils exigent des conditions selon les standards locaux, que les contrats et la législation soient respectés. Cela implique entre autres le respect de la directive européenne sur l'application du droit du travail national.

Il faut mettre fin à la concurrence entre les différents pays au sein de l'UE. 

Pour le PTB, il faut mettre fin à la concurrence entre les différents pays au sein de l'UE. Cela entraîne en effet une spirale vers le bas qui dégrade totalement les conditions de travail et de salaire. Pour contrer la division, l'établissement d'un même statut pour tous les travailleurs européens de Ryanair constituerait un grand pas en avant. Le personnel de Ryanair de toute l'Europe mérite en effet le même type de contrats. De cette manière, la durée des temps de travail et de repos serait équivalente et obligerait à faire la clarté sur les moments qui sont payés et ceux qui ne le sont pas. Avec des contrats selon un même statut en vigueur dans chaque pays, le personnel aurait partout les mêmes conditions de travail et de salaire. Et la compagnie ne pourrait plus faire usage de montages via des filiales ou autres qui appliquent des conditions de travail inférieures. Tel est l'enjeu de cette lutte.

Maintenant que Ryanair est contraint de se mettre à la table des négociations, le management tente de diviser le personnel en choisissant avec qui il accepte de négocier. Or ce n'est pas au management mais au personnel lui-même de choisir leur représentation légitime, et Ryanair doit donc reconnaître les syndicats. Cela rend le personnel bien plus fort à la table des négociations lors d'un conflit social. La concertation sociale, les syndicats et les représentants syndicaux doivent être respectés.

Défendre le droit de grève et la liberté d'expression

« Nous ne pouvons pas nous laisser traiter comme des esclaves au 21e siècle. »

Sarkis, steward chez Ryanair et militant syndical, a témoigné devant les caméras des conditions de travail et du manque de droits chez Ryanair. Suite à cela, il a été purement et simplement licencié. Ryanair lui reproche d'avoir parlé à la presse. Mais en fait, l'entreprise veut imposer le silence à tout le monde, museler le syndicat et ainsi faire un exemple pour le personnel. Licencier un militant syndical actif juste avant la grande journée de grève européenne du 28 septembre n'est pas innocent. C'est une attaque frontale envers les syndicats. Ryanair confirme par là une fois de plus son caractère antisocial. L'entreprise ne se soucie pas le moins du monde du personnel, des syndicats et des clients. Les seuls à profiter grandement du modèle de business de Ryanair sont les actionnaires, le millionnaire Michael O’Leary en tête.
Le PTB exige des mesures au plan européen pour protéger le droit de grève et le droit de s'exprimer librement.

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