Photo Solidaire, Kim Jacques

Quand le PTB Namur s'invite à la Marée populaire de Paris

280 000 personnes dans tout l'hexagone. 80 000 rien qu'à Paris. La « Marée populaire » organisée par une cinquantaine d'organisations associatives, syndicales et politiques dans plus de 80 villes était un succès, ce samedi 26 mai. Des militants du PTB ont répondu présent dans la capitale française. A la grande joie des manifestants locaux.

« Oh m..., je ne peux pas, je bosse ! » Quand Farah, cheminote et militante du PTB Namur reçoit le message appelant à participer à la manifestation parisienne du mardi 22 mai dernier pour la défense des services publics, elle ne cache pas sa frustration. Mais n'en reste pas là. « J'en ai marre, je n'ai pas encore participé à une seule manifestation en France depuis le début du mouvement. On n'irait pas samedi ? »

Problème : il ne reste que quelques jours pour mobiliser... « Allez, je demande à Thierry (Warmoes, président du PTB local, NdlR) si on peut emprunter sa voiture et on part à Paris samedi. » Pas le temps de réfléchir si c'est faisable ou pas qu'un nouveau message arrive : « C'est bon, il est d'accord. Il y a sept places. Monique, Kim et Taf viennent, j'essaie de motiver Karl. Avec toi, il reste une place. Une idée ? » Oui.

La PTB Namur à la Marée populaire de Paris. De gauche à droite : John, Taf, Kim, Farah, Karl, Nadine, Monique. (Photo Solidaire, Kim Jacques)

Renforcer la lutte

Et nous voilà partis sous le soleil de ce samedi 26 mai, jour de « Marée populaire » dans tout le pays. Une journée unique depuis le début du mouvement social qui traverse le pays depuis plus de deux mois. Contre Macron, « Méprisant de la République » selon une gigantesque affiche du PCF, et tous les Macron à la tête des pays de l'Union européenne. Une journée de convergence qui doit servir à renforcer la lutte menée par les cheminots, les infirmières, les étudiants, les éboueurs, les travailleurs du privé, etc.

Photo Solidaire, Jonathan Lefèvre

Dans la voiture, c'est l'excitation. On reparle des précédentes mobilisations où le parti s'est rendu : 22 mars, première grosse mobilisation des fonctionnaires et des cheminots, 19 avril, journée d'action interprofessionnelle, 22 mai dernier à l'appel de tous les syndicats de la Fonction publique... « Le 22 mars, il y avait 200 cheminots belges. Le 19 avril, plus de 60 jeunes de Comac (mouvement étudiant du PTB, NdlR) ont fait le déplacement et le 22 mai, une délégation du PTB et de Comac était également présente. On ne pouvait pas louper cette occasion-ci ! » Décidément, Farah n'en démord pas... Elle se rappelle la conférence du 15 mai organisée par le parti et le Parti communiste français (PCF) où Laurent Brun, Secrétaire général de la CGT Cheminots, et Raoul Hedebouw, porte-parole national et député fédéral du PTB, ont expliqué que le lutte des cheminots en France était un enjeu pour toute l'Europe. « Ça a reboosté tout le monde dans la salle ! »

Construire la résistance européenne

Après quelques heures de trajet, allongé par les arrêts nécessaires à la réhydratation causée par la chaleur, on arrive dans le métro. Problème, le cortège part de la gare de l'Est, symbole de la lutte des cheminots, mais la station est fermée. On sort donc à République, où la marée doit passer. Premier choc : une foule immense est déjà là. « Tous ces gens sont là pour la manif ? » Oui.

Photo Solidaire, Kim Jacques

Les organisateurs de la Marée populaire ont organisé le cortège en plusieurs blocs : d'abord les citoyens qui ne sont pas membres d'une organisation, puis les associations, les syndicats, puis enfin les partis.

Alors que nous attendons sur le côté que le (très) long cortège passe, nous déployons une banderole « Les travailleur-euse-s de Belgique solidaires ». Les manifestants, d'abord interloqués, viennent tout de suite nous dire un mot qu'on entendra environ 638 fois durant la journée : « Merci ! »

Les discussions s'engagent et dureront tout au long de l'après-midi. « Vous êtes venus spécialement pour la manifestation ? Waw ! Pourquoi ? » Les comparaisons entre les réformes que le président Macron veut imposer sur le rail, l'enseignement supérieur, les soins de santé, etc. foisonnent. « Oui, il faut construire d'urgence la résistance à l'échelle européenne ! », nous dit une dame habillée d'autocollants de la France Insoumise (FI).

Photo Solidaire, Jonathan Lefèvre

Les partis politiques passent enfin. On remarque un drapeau portugais. « Ça vous dérange si on se met avec vous dans le cortège ? » Les militants du Parti communiste portugais (PCP) rigolent. « Bah non évidemment ! Bienvenue ! »

« Oh les Belges, j'espère que vous vous êtes préparés à lutter contre la privatisation du rail car ça va vous arriver très vite aussi ! » Omar, ouvrier chez Air France, nous interpelle avec un grand sourire, le pouce levé. « Depuis la privatisation chez nous, c'est de pire en pire. Si ça passe chez les camarades cheminots, ce sera la même chose. Je sais que ce que Macron veut faire ici, vos politiciens vont essayer de le faire chez vous aussi. Ils ont commencé par le sud de l'Europe. Maintenant, ça remonte... Ils veulent imposer un nivellement vers le bas, en comparant aux pays où les acquis sociaux sont moindres pour dire “vous voyez, là-bas, ils n'ont pas ça, ni ça. Donc vous, il n'y a pas de raison que vous ayez ça, ou ça...” Et c'est comme ça dans tous les secteurs. Mais bon, si vous êtes ici aujourd'hui, c'est que vous l'avez bien compris. Et heureusement ! »

« Chouette, le PTB ! »

Derrière nous, quelqu'un lance : « Le PTB ? Encore vous ? Vous comptez venir à toutes nos manifs ? » C'est Anne Sabourin, une dirigeante du PCF responsable des Affaires européennes.

Quelques mètres plus loin, deux jeunes viennent à notre rencontre : « Chouette, le PTB ! Comac n'est pas avec vous ? Et Charlotte (Dumont, jeune responsable qui a passé une semaine dans les facs parisiennes pour participer à la lutte des étudiants contre la réforme de l'enseignement supérieur, NdlR) ? Je l'ai vue encore mardi dernier. Non ? Tant pis, ce sera pour la prochaine fois ! Remettez lui notre bonjour ! »

« C'est quand même formidable cette diversité », se réjouit Monique, venue du sud de la province du Luxembourg. « C'est un vrai rassemblement populaire. Et qu'est-ce que les gens sont gentils, accueillants... Ce qui me frappe c'est que cette manifestation a rassemblé des militants d'organisations bien sûr, mais surtout des gens venus marcher contre les politiques libérales de Macron et de l'Union européenne pour la toute première fois... J'en ai rencontré plein ! Et le plus réjouissant est qu'ils m'ont tous dit qu'ils recommenceront ! »

Le cortège arrive à Bastille. Les quelques manifestants devant nous rangent leurs banderoles et nous laissent passer. Sur le côté, des manifestants arrivés à destination nous remarquent et commencent à nous applaudir. On a l'impression d'être des coureurs cyclistes arrivés au sommet d'un col au Tour de France, encouragés par le public... « La Belgique avec nous ! La Belgique avec nous ! »

Photo Solidaire, Kim Jacques

Il est temps de prendre congé. Nadine, venue de Dinant, est toute rouge. Le soleil ou l'émotion ? « Un peu des deux sans doute », sourit-elle. « Ça fait tellement plaisir de voir tous ces gens qui résistent... Et quelle ambiance festive ! Certains disent que c'est ch... de manifester. Mais non ! Quelle journée ! »

Construire la lutte ici

Sur le chemin du retour, l'ambiance de la marée s'est invitée dans la voiture. « C'est dingue ! », « Et dire qu'on a failli ne pas venir », « Quand on va raconter ça aux camarades, ils ne vont pas nous croire... »

On arrive à Namur. Il est 23h passé. La joyeuse troupe se sépare. Monique doit encore faire deux heures de route pour rentrer chez elle. Va-t-elle tenir le coup ? « Après cette journée ? Evidemment ! »

Il est l'heure pour nous de prendre la direction de Dinant. Nadine ne parait pas fatiguée non plus. « On fait quand la prochaine réunion de la section locale ? Il faudra qu'on parle de ça aux autres. Et il faut que ça nous serve pour la lutte ici. Imagine que nous réussissions à construire un tel mouvement contre Michel, De Wever et compagnie ? Ce ne sera pas évident, mais de telles journées me renforcent dans l'idée que c'est possible. »

 

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Commentaires

très chouette mais si j'avais su qu'il y avait une délégation de Belgique , je serai venu avec vous