Depuis des mois, un mouvement social porté par les cheminots traverse la France. (Photo FO)

Privatiser la SNCB ? Plutôt la démocratiser

Le Vice-Premier ministre libéral Alexander De Croo évoque une privatisation des entreprises publiques, en particulier de la SNCB. « Alors que les défis de mobilité et de climat n’ont jamais été aussi urgents, le ministre De Croo lance la plus mauvaise piste qui soit pour les résoudre », réagit Michael Verbauwhede, spécialiste chemins de fer du PTB. Qui plaide pour plus de participation des usagers, pas du privé.

« Moderniser la SNCB ? Chiche ! Plutôt que d'ouvrir le conseil d'administration de la SNCB à des managers du privé comme le veut De Croo, le PTB propose plutôt de l'ouvrir à des représentants des usagers et du personnel. Contrairement à De Croo, ils connaissant mieux que quiconque les chemins de fer belges : ils l'utilisent tous les jours. Nous ne voulons pas privatiser la SNCB, mais la démocratiser. »

Privatiser pour améliorer le service, c'est l'argument utilisé par les libéraux pour justifier les privatisations du rail dans toute l'Europe, à commencer par l'Angleterre. « Mais cet argument a été totalement démonté par les faits », réagit le PTB. « De Croo a mal choisi son timing : pas plus tard qu'hier, un sondage britannique relevait qu'une écrasante majorité d'Anglais (deux tiers) demandait la renationalisation du rail britannique, car c’est un échec. »

Partout en Europe, les gouvernements au service des multinationales veulent privatiser les services publics, dont les chemins de fer. Le PTB soutient tous ceux qui, comme les syndicats, s'opposent à la privatisation du rail. Comme les cheminots français qui, avec le soutien d'une partie de la population, se battent aujourd'hui contre la privatisation et la libéralisation de la SNCF.

La Belgique, en suivant la tendance européenne, a en outre déjà privatisé le transport de marchandises par train. Une catastrophe pour ce secteur : les trains ont été remplacés par des camions et des avions, ce qui est plus polluant.

Si les usagers sont insatisfaits, il faut plutôt s'interroger sur les raisons de ce mécontentement : « Le gouvernement suit une logique connue : définancer les services publics pour détériorer le service en vue d'augmenter la colère des usagers. Ainsi, on prépare l’opinion à une privatisation. Après des années de coupes budgétaires, l'état du rail belge laisse à désirer. Des dizaines de gares et de guichets ont été fermés. La ponctualité des trains a encore baissé en 2017. Les tarifs ne cessent d'augmenter. Sans compter les accidents de train. Les usagers en ont assez et ils ont raison. Le PTB plaide pour réinvestir dans le transport ferroviaire. Ce que la privatisation sera incapable de faire : l’unique but d’une compagnie ferroviaire privée est de faire du profit. Du profit sur le dos des usagers, du profit sur le dos des travailleurs, du profit sur le dos de l’environnement », dénonce Michael Verbauwhede.

Parallèlement, le gouvernement belge a décidé de forcer la SNCB à une hausse de productivité de 4 % par an. La SNCB impose donc des mesures concrètes dans le but d'augmenter la productivité : moins de repos pour les cheminots, non-remplacement de cheminots partant à la retraite, augmentation des heures de travail, etc. La sécurité sur le rail, ainsi que la qualité du service, en souffrent déjà. Et ce n'est pas fini : Sophie Dutordoir, arrivée à la tête de la SNCB il y a un an, annonce même la poursuite de la hausse de productivité de 4 % par an jusqu'en 2022. Elle veut par exemple faire perdre des jours de repos aux conducteurs, ce qui augmente la colère des cheminots.

« Nous avons besoin d’une SNCB du 21e siècle. Au lieu de réaliser des économies sur la SNCB, nous devons investir pour élargir l’offre et améliorer la qualité et la sécurité. Le développement d’un transport public performant, réellement à l'écoute des usagers et visant leur satisfaction est essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique », conclut Michael Verbauwhede.

Ajouter un commentaire

You must have Javascript enabled to use this form.