(Photo Solidaire, Vinciane Convens)

Pauvreté, emploi, avenir des jeunes : les résultats de l’enquête électorale du PTB

En novembre dernier, quelque 700 militants belges avaient participé à la manifestation en marge du sommet climatique de Varsovie. Parmi eux, beaucoup de jeunes. La préoccupation écologique ressort particulièrement chez les jeunes répondants à l’enquête, qui montrent ainsi l’importance qu’ils accordent à un avenir durable. (Photo Mediactivista / Flickr)

« La démocratie est un processus continu de questions-réponses », déclarait Peter Mertens lors de la présentation des résultats de l’enquête électorale du PTB. C’était tout le sens de cette démarche, dans laquelle 41 420 personnes se sont exprimées sur leurs priorités et sur les propositions du PTB. Voici un aperçu de ce qu’il en est ressorti. 

Entre septembre et décembre 2013, les membres du PTB ont pris le pouls d’un large échantillon de la population belge. « Remplir l’enquête dure entre vingt minutes et une demi-heure, a détaillé Peter Mertens. Si vous multipliez 40 000 enquêtes par une demi-heure, vous arrivez à 20 000 heures de travail. Et ce travail n’a pas été effectué par une firme commerciale, mais par les membres du PTB. » Une bel effort, donc, qui révèle une réelle volonté de travailler en interaction avec les gens.

Des priorités frappantes

Le PTB a présenté 24 thèmes, parmi lesquels les répondants devaient cocher leurs trois priorités. La pauvreté (27 %), l’emploi (9 %) et les impôts et la fiscalité (7 %)
 ressortent en tête chez une majorité des gens. Par ailleurs, si l’on reprend les trois thèmes qui ressortent le plus dans le top 3, la liste est légèrement différente : pauvreté, emploi et avenir des jeunes (voir graphique).

La pauvreté obtient une place surprenante, tant parmi les actifs que les non-actifs, tant en Flandre qu’en Wallonie et à Bruxelles… Peter Mertens l’interprète comme un « signal fort » : « Cela contredit ce que l’on entend en permanence dans les médias, que les gens ne se soucieraient plus guère des autres, que la solidarité est devenue un concept vide. Nous exigeons donc résolument que tous les revenus et allocations au-dessous du seuil de pauvreté soient augmentés à un niveau de vie décent. » En effet, la pauvreté ne touche pas qu’une marge très fragilisée de la société, elle concerne également de nombreux travailleurs touchant le revenu minimum, ou n’ayant pour emploi que des intérims, des pensionnés, des chômeurs… Pour rappel, le seuil de pauvreté se situe en Belgique à 1 000 euros par mois pour une personne isolée et 2 101 euros pour un couple ayant deux enfants.

Relever ces revenus et allocations au-dessus du seuil de pauvreté coûterait 1,5 milliards d’euros. Une bagatelle, comparé aux 6,2 milliards que coûtent par an les intérêts notionnels à notre pays. « Il s’agit donc de faire des choix », a indiqué Peter Mertens. Un choix, a-t-il ajouté, que le PTB a fait : « Notre parti pose des choix de société, nous choisissons un camp. Pas celui des multinationales sur-subsidiées, pas le camp des organisations patronales, pas celui du petit cercle du haut monde financier. Non, celui de la classe des travailleurs, des jeunes et de tous ceux qui sont en difficulté dans la société », a affirmé Peter Mertens. 

La présence en tant que têtes de listes du PTB aux régionales de Frédéric Gillot et Gaby Colebunders, tous deux ouvriers et syndicalistes, mais aussi de Michaël Verbauwhede, Jos D’Haese, ou encore Aurélie Decoene, respectivement 28, 21 et 30 ans, cristallise cette préoccupation.

Un autre modèle possible

Pour 9 des 24 thèmes, les personnes interrogées pouvaient choisir parmi trois propositions de solutions celle qui leur semblait être la meilleure, ou en suggérer une autre. Si l’on reprend les quatre thèmes les plus importants, l’emploi ressort comme une solution transversale.

 C’est le cas pour garantir un avenir aux jeunes (voir graphique), avec également 43 % des répondants qui trouvent que les emplois-relais sont la solution la plus importante pour l’emploi : « Les jeunes doivent remplacer les plus âgés. » 

C’est aussi le cas pour lutter contre la pauvreté : 42 % pensent que le gouvernement doit combattre le chômage au lieu de combattre les chômeurs.

D’un autre côté, 46 % des répondants trouvent que les échappatoires fiscales doivent être supprimées pour les multinationales et que celles-ci doivent payer le taux légal de l’impôt des sociétés. À nouveau, la question des intérêts notionnels et de leur coût pour la collectivité, ne laisse pas insensible.

Par ailleurs, les questions de la justice, elle aussi trop souvent à deux vitesses, et du climat, un des enjeux les plus fondamentaux de notre époque, seront intégrés en bonne place dans le programme du PTB. 

Le débat de société

Les différentes thématiques qui ressortent des enquêtes font écho aux réponses obtenues à la troisième partie de celles-ci. Dans le questionnaire, il était en effet demandé aux répondants de marquer leur accord ou désaccord avec un certain nombre d’idées politiques.

89 % des répondants marquent leur accord avec la proposition : « Pour combattre la crise, l’État doit intervenir dans l’économie, en partant des besoins des gens, pas du profit. » 60 % se déclarent « tout à fait d’accord » et 29 % se déclarent « d’accord ».
 La lutte contre la pauvreté, pour l’emploi, pour l’avenir, pour une fiscalité juste passe donc par là pour beaucoup de gens. Cette philosophie va également à l’encontre de la manière dont sont traités à l’heure actuelle postiers, accompagnateurs de train, enseignants…

Par ailleurs, dans un contexte de crise où l’on voit dans certains pays une montée des idées et des organisations qui sèment la division et le racisme, les répondants à l’enquête du PTB se prononcent à 85 % pour une lutte active contre le racisme. 57 % sont « tout à fait d’accord » avec l’idée : « Le racisme sème la division entre les gens. Il faut profiter de la richesse de la diversité dans une société qui défend la solidarité, où il y a place pour chacun et où tout le monde a les mêmes droits. » Et 28 % se déclarent « d’accord ».

La frontière linguistique, une barrière idéologique?

Le PTB n’a pas pu éviter la question communautaire, tant elle est omniprésente dans les discours des médias et de certains politiciens. Cependant, 81 % des répondants se prononcent clairement pour l’unité du pays.  61% est «  tout à fait d’accord » avec la proposition : « La Belgique doit rester unie. La scission serait un désavantage pour la population et coûterait beaucoup d’argent. » Et 20% se déclarent « d’accord ».

Si l’on devait comparer ce résultat à l’importance accordée dans le débat public à la logique de division, il y aurait sans doute de quoi se poser des questions. D’autant, note Peter Mertens, que « les préoccupations les plus importantes sont les mêmes dans tout le pays. Les gens ordinaires, les travailleurs, les jeunes, ceux qui ont des difficultés partagent les mêmes préoccupations, quelle que soit la langue qu’ils parlent. »

La base d’un programme

Pour le PTB, cette enquête à grande échelle marque le début de la campagne. « Les résultats de cette enquête sont d’une incroyable richesse. C’est un coffre au trésor. Nous en tirerons tous les enseignements possibles pour l’élaboration de notre programme », souligne le président du PTB.

Aujourd’hui, les différentes sections locales du PTB vont retourner à la rencontre des gens, pour présenter ces résultats et affiner les revendications et les priorités qu’il va mettre en avant durant les mois qui viennent, mais aussi par la suite, lorsque - espérons-le - des élus PTB+ et PTB-go ! siègeront dans les Parlements.

 

La démocratie, c’est une action 

La démocratie est une action, un processus continu de questions-réponses, par lequel nous entamons notre campagne et que nous n’interrompons pas.

« Cette enquête, c’est bien plus que les résultats et les données sociologiques que nous en tirons, a précisé Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB. L’enquête, c’est aussi ceci : des milliers de discussions politiques en rue, dans les réseaux. Les gens décrochent de la politique parce qu’il y a tellement d’unanimité. Nous sentons que les gens sont très contents lorsqu’on leur demande leur avis. »

Le commentaire 

Jan Blommaert, professeur de sociolinguistique aux universités de Tilburg (Pays-Bas) et Gand, a commenté les résultats. Il en tire une conclusion générale : le discours dominant est en décalage complet avec ce que pensent beaucoup de gens. 

« Les porte-parole de la droite affirment en permanence que “tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut réduire la charge salariale“, que “chacun réalise qu’il va devoir faire un effort“, que s’en prendre aux paradis fiscaux est “populiste”, que “nous devons oser mettre en œuvre les réformes nécessaires“ dans le système des pensions et qu’il faut s’en prendre durement à la petite fraude sociale car “sinon il n’y a pas de base pour la solidarité“. Eh bien, cette enquête à grande échelle place tout-à-coup la question de cette “base“ sous un tout autre jour. En effet, tout le monde n’est pas d’avis que nous devons gagner moins, que nous devons démanteler la sécurité sociale et la législation sur le travail, laisser les capitaux bien tranquilles et puiser dans la société les moyens pour faire des cadeaux fiscaux aux entreprises. En réalité, bien peu de gens sont de cet avis. La masse - la base démocratique, disons - pense dans une tout autre direction. C’est un des grands bénéfices de cette enquête d’avoir mis cela en évidence. »
 

Les jeunes, l’emploi et la planète

Aurélie Decoene, présidente de Comac, le mouvement de jeunes du PTB, qui a également très activement mené campagne pour faire remplir les enquêtes, a constaté quelques petites différences entre les réponses des jeunes et celles des personnes plus âgées. « Avant tout, ici aussi, la pauvreté se détache, même si c’est moins que chez d’autres. Mais ce qui est surtout frappant, c’est l’importance que les jeunes accordent à l’emploi. Plus que les autres groupes, les jeunes ont opté pour l’emploi comme priorité numéro un. » 

De même, des thèmes comme la démocratie et le climat s’avèrent avoir une priorité un peu plus élevée chez les jeunes. Ces résultats contredisent le mythe d’une jeunesse je-m’en-foutiste, peu préoccupée de son avenir et de ce qui l’entoure. Au contraire, ils mettent en évidence la volonté des jeunes d’avoir un avenir viable, mais aussi une conscience de l’importance des enjeux environnementaux et la volonté de les prendre en main. 

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Commentaires

Bonjour, vous parlez de l'emploi des jeunes, des coûts salariaux, c'est très bien mais vous ne parlez pas du "dumping social" qui, comme beaucoup de gens le savent, nuit à tout ce qui touche à la création d'emploi. Que comptez vous faire contre ce fléau qui nuit à tout le monde. Aussi bien à nous travailleurs belges, à l'état au niveau rentrées fiscales, et à ces malheureux travailleurs des pays des blocs de l'Est qui travaillent et sont logés dans des conditions inhumaines pour un salaire de misère équivalent à ce qu''ils gagnent dans leur pays le tout sans couvertures sociales ! Ce sont les esclaves des temps modernes !
Globalement d'accord, avec les différtentes analyses; donc pas surtout. Je suis ok pour aider les jeunes en quête d'emplois mais n'oubliez surtout pas les futurs pensionné (e)s ainsi que les indigents (de plus en plus les CPAS refusent d'intervenir financièrement pour des raisons de "papier" ou de délai. Je viens d'apprendre qu'un jeune homme de 27 ans, vivement seul (son père s'est domicilié chez lui à sons insus pour ne pas perdre sapension de veuf.) à reçu comme aide... 46 euros par moi!!!!. La Cpas de Saint-gilles pousse ce jeune à la mendicité, voire au vol. On n'est pas loin de Victor Hugo et les Misérables !! C'est extrêment violent et j'en pleure de compassion ! Saint-Gilles commune socialiste ?! Mon c.. ! Je suis très en colère : heureusement que j'ai reçu une éducation et une instruction pour ne pas me révolter physiquement. Conséquense : le jeune homme quitte le pays pour la France (pour vivre avec femmme et enfant). Alexandre DOURDINE.
Que prevoir le ptb pour les prépension et les future pensionné
je voudrais savoir si dans votre programme si vous pensez que exclure les chomeurs ou supprimer les allocation de chomage est une bonne chose pour ma par je pense que non et meme sa pourrai faire des émeutes voir plus
Que prévoit le PTB pour les handicapés ?