Photo Solidaire, Sam'Touch.

Le « retour du cœur (qui saigne) » et le débat dont la gauche a besoin

Auriez-vous envie de revoir un navet que vous aviez trouvé très décevant à sa sortie ? « En 2019, ce sera à nouveau le retour du cœur. » Le 1er Mai, Paul Magnette (PS) faisait ainsi allusion à la campagne qui a permis au PS de revenir au gouvernement en 1988 après une cure d'opposition. Un retour qui avait ouvert une séquence de 25 années de participation gouvernementale faite de compromissions et de reculs sociaux. Est-ce ce vraiment ce dont la gauche a besoin ?

Le journaliste Bertrand Henne l'a bien résumé : « Le PS rêve de la même séquence, mais la référence de Paul Magnette a ses limites, car, oui, le PS a incontestablement gagné en 1988, mais pour faire quoi après ? Il y a bien eu un changement de méthode, fini les sauts d'index et les pouvoirs spéciaux, mais les années 1990 ont été pour le PS une cure de réalisme à la sauce Dehaene, une décennie de privatisations et d'affaires aussi. » (RTBF, 2 mai 2018)

C'est en effet Elio Di Rupo, comme ministre, qui a porté dans les années 1990 les privatisations de Belgacom, du crédit communal et de la CGER, ou encore la libéralisation du secteur postal. Le « retour du cœur » à la sauce Dehaene, c'est aussi, pêle-mêle, l'acceptation des normes de Maastricht (pour aller vers l'euro) et les coupes dans la sécurité sociale, l'index santé (qui fait perdre beaucoup d'argent) et la libéralisation de l'énergie.

Les années 1990 ont été pour le PS une cure de réalisme à la sauce Dehaene, une décennie de privatisations et d'affaires aussi

Et cela ne s'est pas arrêté dans les années 1990. Plus tard, c'est Paul Magnette lui-même, comme ministre des Entreprises publiques, qui a soutenu la libéralisation du rail, et a ouvert la porte à la fin des participations publiques dans bpost ou Belgacom.

Pendant les 25 années de participation socialiste, rien n'a été fait contre l'inégalité fiscale. Au contraire, les tranches d'impositions les plus hautes ont été supprimées et des mesures comme les intérêts notionnels ont été votées.

Les socialistes étaient au gouvernement lors du vote du Pacte des Générations en 2005, et c'est Di Rupo comme Premier ministre qui a mené l'attaque contre le droit à la prépension et à la pension anticipée en relevant l'âge de la prépension de 58 à 60 ans et de la pension anticipée de 60 à 62 ans.

Enfin, les socialistes ont voté et endossé le vote de traité d'austérité européen (TSCG) et toutes les mesures contre les chômeurs, avec notamment l'exclusion de dizaines de milliers de personnes des allocations d'insertion. La mesure qui a soi-disant fait saigner le cœur (encore lui) d'Elio Di Rupo…

Un échec à l'échelle européenne

Cette politique menée par le PS durant toutes ces années n'est pas une particularité belge ou un accident de l'histoire. Elle s'inscrit tout à fait dans les politiques menées depuis des décennies par les partis se revendiquant de la gauche gestionnaire (sociaux-démocrates et verts) au niveau européen. L'ex-premier ministre Tony Blair, l'ex-chancelier allemand Gerard Schröder, l'ex-président français François Hollande ou encore l'ex-premier ministre italien Matteo Renzi, pour n'en citer que quelques uns, sont tous membres du Parti Socialiste européen, avec le PS belge, et ont tous mené les mêmes politiques de destructions des droits sociaux au profit des plus riches.

Aucune politique de gauche n'est envisageable sans un sérieux débat sur le bilan de leur participation au pouvoir et sans réfléchir sur les conditions pour construire une alternative.

Où est le bilan des 30 dernières années ?

Le PS est aujourd'hui à l'offensive sur l'urgence de son retour au gouvernement, et sur la critique de ceux, comme le PTB, dont ils répètent qu’ils « ne veulent pas prendre leur responsabilité ». Mais quel bilan ont-ils eux-mêmes tiré de ces 25 dernières années et de leurs « responsabilités » dans l’imposition des politiques libérales et d'austérité ? Pour l'instant, on ne les a pas entendu là-dessus.

Tout le contraire même : le PS se présente maintenant avec son Chantier des idées et des propositions de gauche toutes neuves sans dire un mot de son bilan, comme s'il n'avait pas été au gouvernement pendant 26 des 30 dernières années. Dans le livre « nouvelles conquêtes » d'Elio Di Rupo, écrit en parallèle du Chantier des idées, il n'y a pas une seule remise en question sur les 388 pages que compte l'ouvrage de l'ex-Premier ministre. Sans le moindre bilan critique, il semble en tout cas assuré que le retour du cœur promis tambour battant par un PS en pleine campagne promette surtout le retour de cœurs qui saignent…

Qu'est-ce que ça veut dire prendre ses responsabilités ?

« Pendant 25 ans, ils ont voté toutes les mesures de droite, ils ont diffusé le défaitisme, en disant qu'il n'y avait pas d'alternative. Que, sans eux, ce serait pire. Mais est-ce que c'est prendre ses responsabilités que de voter la chasse aux chômeurs ? Ou le pacte des générations ? De privatiser la CGER et du Crédit Communal ? Ou de voter le blocage salarial ? » C’est la question qu’a posée Raoul Hedebouw, porte-parole national du PTB, lors de son discours du 1er mai.

« Bien sur que non ! a-t-il répondu. Prendre ses responsabilités, c'est dire clairement aux travailleurs que le vrai rapport de force viendra du peuple, qu’il viendra de la mobilisation, du travail et des combats dans les entreprises, de la jeunesse dans les quartiers, des artistes… »

Aujourd'hui en campagne, le PS promet une politique de gauche. Mais ce ne serait pas la première fois qu'une campagne de gauche aboutirait à une politique de droite. En réalité, aucune politique de gauche n'est même envisageable sans un sérieux débat sur le bilan de la participation des partis de la soi-disant « gauche gestionnaire » et sans réfléchir sur les conditions pour construire une alternative.

Avec le PTB, nous prenons nos responsabilités par rapport à ce débat en posant deux questions fondamentales. La première, c’est la nécessité d’aller à la confrontation avec la logique de marché. C'est la question de savoir si on vise à s'adapter au système, à accompagner son évolution ou aller à la rupture. Concrètement, par exemple, allons-nous refuser les politiques de libéralisation du rail, revenir en arrière et désobéir à l'Union européenne ? Allons-nous exiger la sortie du système de marché des émissions de carbone (CO2) pour les grandes multinationales au niveau européen ? Allons-nous désobéir aux traités d'austérité et mettre en place une politique d'investissements sociaux et écologiques en allant enfin chercher dans la poche des multinationales et des millionnaires ? Car, sans entrer en confrontation avec cette logique capitaliste, il ne peut y avoir le début d'une politique dans l'intérêt des travailleurs.

La deuxième question fondamentale est : cette politique va-t-elle être menée en s'appuyant sur la mobilisation des travailleurs et travailleuses ? On a eu un petit aperçu en Grèce des forces énormes qui s'abattent sur ceux qui osent sortir de la route tracée. Dans cet affrontement, seule la création d'un rapport de force par une mobilisation très large des travailleurs peut permettre d'obtenir des victoires. Les forces politique de gauche authentique doivent être des acteurs de la mobilisation aux côtés des autres forces sociales, dont en premier lieu les organisations syndicales. Comme, par exemple, aujourd'hui en France, aux côtés des cheminots et de tous les travailleurs et secteurs de la société qui sont en lutte contre la privatisation du rail et la casse des services publics.

La gauche n’a donc pas tant besoin d’une rediffusion amère du « Retour du cœur (qui saigne) » que de mener à fond ce débat.

Ajouter un commentaire

You must have Javascript enabled to use this form.

Commentaires

oui mais moi s et pas sa que je veut sur le ps ou autre , pour moi s et une politique juste pour tous le monde , des gens qui save réfléchir et prendre les bonnes désicion , et rendre a ce pays la belgique qui et le notre sa valeur et sa fierter , car pour l instant je ne vois que un pays qui tombe en ruine et sombre dans pauvrete , se qu il faut s et un redressement du pays , déjà rendre plus juste les pensions une pension de 1500 e pour tous , laisser nos malade tranquille et les handicaper en paix , et non des pensions a 1000e et d autre a 2200e moi je dit pension inique pour tous , plus de chasse au chomeur mais du travail pour tous , exemple la semaine des 30heure avec embauche CDI et pas des emplois précaire comme charlot fait , si on fait cela une politique plus juste et responsable et des gens qui save réfléchir tous ira beaucoups mieux croyer moi pour les autre pays je n en fous moi j habite en belgique et je veut retrouver les valeur de mon pays et pas un pays qui tombe en ruine et sombre dans la misére
Un pays dans un état déplorable et ce a tout point de vue . Il ne faut pas se leurrer c'est le monde du capital qui gouverne au travers du pseudo pouvoir politique en place , vous trouvez normal qu'un travailleur soit proportionnellement plus taxé qu'une grosse société ? Et nos jeunes quelles perspective d'avenir pour eux ? Du cdd de l'interim etc etc pendant 40 ans ? Vous trouvez que c'est un avenir ? Il serait temps d'ouvrir les yeux ! En ce qui me concerne remettre au pouvoir les socialistes serait une erreur . Ils reviendraient soupoudrer le peuple d'un petit index comme ils savent si bien entrenir l'assistanat , ce qu'il faut a ce pays ce sont des dirigeants qui s'attaquent aux vrais problemes .un pays se gere eux ,ils le pille ...
Je suis prêt à parier mon dernier drapeau rouge sang qu'une grande partie des amnésiques que nous sommes croira en la musique de ce chœur de camarades ( pardon, de seigneurs ) libéraux-socialistes ?