Sur RTL-TVI, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine a dit tout le bien qu'il pense de Georges-Louis Bouchez, délégué général du MR... (Image RTL)

Laruelle, De Decker, Kubla et tous ces autres libéraux que le MR tente de faire oublier

D’habitude très en verve, Georges-Louis Bouchez (MR) était visiblement embarrassé sur RTL lorsque le porte-parole du PTB lui a demandé si la libérale Sabine Laruelle avait été impliquée dans la restructuration de Carrefour. « Ça fait trois ans que je ne l’ai plus vue. » À l’entendre, c’était presque comme s’il ne se souvenait pas d’elle. Enquête sur des trous de mémoire politiques.

C’est fou comme notre cerveau nous joue parfois des tours. Prenez Georges-Louis Bouchez, le plus dynamique de tous les arrivistes du MR, à l’esprit généralement vif, produisant dix idées à l’heure et nourrissant vingt fois à la minute le projet d’être calife montois à la place du calife montois. Eh bien, dimanche passé, sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche » (RTL), le pauvre semblait devoir puiser très loin dans ses souvenirs lorsque Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB, lui a parlé d’une certaine Laruelle, Sabine de son prénom.

Sabine Laruelle, c’est cette ex-ministre fédérale MR qui suggérait de dégraisser à grande échelle les services publics, accusant les fonctionnaires de passer leurs journées à remplir des grilles de sudoku plutôt que de travailler. Décidant en 2013 d’arrêter la politique, l’ancienne ministre des PME se fait embaucher par… la multinationale Carrefour en 2016, pour siéger au conseil d’administration de la branche belge (via sa société personnelle : c’est fiscalement plus intéressant). Mais parallèlement, celle qui a résolument tourné la page de la politique devient experte du ministre wallon de l’Emploi Pierre-Yves Jeholet (MR) et commissaire du gouvernement wallon auprès du Forem.

Vous voyez le topo ? Le lundi, elle aide Jeholet à proclamer les jobs, jobs, jobs. Le mardi, elle aide Carrefour à imprimer les C4, C4, C4. Un conflit d’intérêts écœurant que dévoile le PTB. Le scandale, qui gonfle de manière virale sur les réseaux sociaux, oblige Laruelle à démissionner de son poste d’administratrice. Logique. Mais a-t-elle encore sa place auprès du ministre de l’Emploi ? Car, au fond, a-t-elle voté pour le plan qui prévoit 1 233 pertes d’emplois chez Carrefour ? C’est cette question, simple, que pose Germain Mugemangango à Georges-Louis Bouchez.

Ce dernier répond : « Moi, ça fait au moins trois ans que je ne l’ai pas vue puisque Madame Laruelle ne fait partie d’aucun organe de décision du MR, ni ne fait partie d’aucun organe de décision du gouvernement wallon, ni du gouvernement fédéral. »1

Il a raison, l’humble Georges-Louis. Qu’est-ce qu’on vient l’embêter avec cette Sabine… qui encore ? Et quel rapport avec le MR ? Bon, ok, elle a été ministre fédérale, mais elle a terminé ce mandat il y a très très très longtemps, en octobre 2014. Et d’ailleurs, par quel miracle la connaîtrait-il ? Mis à part le fait que Laruelle est une proche de Didier Reynders et que lorsqu’elle était ministre, Bouchez était lui-même conseiller au cabinet Reynders…

« Vouloir se rendre utile, c’est magnifique »… Surtout pour les 1 200 futurs chômeurs de Carrefour

Et puis, de quel droit parlerait-il de cette parfaite inconnue ? Tout au plus, ce grand stratège de la lutte des places s’était-il autorisé à féliciter Sabine Laruelle quand celle-ci a décidé d’arrêter – très provisoirement – la politique : « Je suis très admiratif, avait-il déclaré. Vouloir se rendre utile autrement, c’est magnifique. »2 Mais de là à savoir si elle s’est magnifiquement rendue utile au sein du conseil d’administration de Carrefour Belgium, faut pas trop lui en demander.

D’ailleurs, ce n’est pas parce que Georges-Louis Bouchez est délégué général du MR qu’il connaît tout le monde dans le parti.

Prenez Armand De Decker. Armand qui ? Cet ancien président du Sénat a redécouvert qu’il était avocat lorsqu’il a été question de se faire payer plus de 1 000 euros de l’heure par le maffieux belgo-kazakh Patok Chodiev pour influencer le Parlement afin qu’il vote la transaction pénale dont allait profiter son client pour éviter un procès. Mais ce n’est pas parce que De Decker est un proche de Reynders que Bouchez en a forcément entendu parler. Même si le Montois aux dents longues tient, lui aussi, à garder son inscription au barreau (avis aux milliardaires inculpés).

Prenez Jean-Claude Fontinoy. Jean-Claude qui ? Comment Georges-Louis Bouchez aurait-il pu apercevoir ce maître magouilleur vivant dans l’ombre de Reynders, alors que lui-même cherche tant la lumière des projecteurs. Cité comme De Decker dans le Kazakhgate, Fontinoy préside par ailleurs la société publique SBI, pointée dans les Paradise Papers en tant qu’actionnaire minoritaire d’une société offshore enregistrée aux îles vierges britanniques, un paradis fiscal particulièrement prisé. Quant à l’actionnaire majoritaire, il s’agit d’une filiale d’Ackermans & van Haaren (AvH), holding du milliardaire Luc Bertrand, dont la fille est à la fois administratrice d’AvH et cheffe de cabinet de Didier Reynders : Alexia Bertrand. Alexia qui ? Eh, ce n’est pas parce qu’on travaille dans le même cabinet ministériel qu’on boit forcément le café ensemble !

Prenez Serge Kubla. Serge qui ? Vous pensez vraiment que monsieur Bouchez, qui vénère la personne de Napoléon presque autant que la sienne, pourrait s’intéresser à l’ancien bourgmestre de Waterloo ? Certes, « GLB » a été conseiller de Didier Reynders y compris lorsque celui-ci est devenu ministre des Affaires étrangères. Et quand le chef de la diplomatie donne des leçons de morale aux accents néo-coloniaux à l’adresse des dirigeants de Kinshasa, en leur reprochant leur corruption, il s’appuie sur l’expertise de son collègue Kubla, l’homme qui glisse des enveloppes sous les tables congolaises pour le compte de la société Duferco.

Mais répétons-le, le délégué général du MR ne peut pas suivre les faits et gestes de tous les membres du parti, lui qui parcourt déjà toute la Belgique pour promouvoir ces valeurs du libéralisme que sont, d’après lui, « la liberté individuelle, le sens de l’effort, du mérite et de l’honneur. »3

 

1. RTL, C'est pas tous les jours dimanche, 28 janvier 2018 • 2. Le Soir, 30 octobre 2013 • 3. Wilfried, n° 1, été 2017, p. 44.

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Commentaires

Faites ce que je dit ...... tous les mêmes , ils sont fait du même bois , magouilles , magouille , magouille , et pas de solidarité entre eux , c'est comme les lièvres qui perdent la mémoire en courant chez eux elle est " sélective" c'est suivant les circonstances à leur avantage bien sûr , sinon c'est le trou de mémoire , caractéristique bien établie des lâches .
Un texte jouissif ! L'humour (corrosif) est aussi une façon très efficace de donner un coup de griffe dans le vernis tellement hypocrite de tous ces magouilleurs politiques ! On en redemande... :-)
J'ai toujours été ébahis par la faculté d'oubli d'un grand nombre de politiciens. Faculté d'oubli qui n'a d'égal que leurs facultés d'être choqué ... et de pouvoir " s'excuser " dès que ça va mal ! Pour certains 'M'enteurs 'R'écidivistes où la frontière entre ultra-libéral et extrême droite devient si transparente. Pour d'autres 'M'al 'R'écompensé d'avoir été forcé à la compromissions, avec des séparatistes connus et reconnus, pour remettre le pays dans les clous de l'austérité libérale européenne. Qui, par appâts du gain et du pouvoir, s'asseyent sans vergogne et sans le 'M'oindre 'R'egret sur la constitution. Que ce soit pour justifier d'une atteinte aux droits élémentaires des personnes, ou dans une autre mesure, pour augmenter les coûts d'accès aux droits élémentaires universels, tels que: L'eau, l'électricité, les soins de santé, le logement, ...