Journées cruciales pour la Grèce : sanctionnée par l'Union européenne ou sauvée par la solidarité ?

auteur: 

Jo Cottenier

Tout semble indiquer qu'il n'y aura pas d’accord entre l'Union européenne et le gouvernement grec. La « concertation de la dernière chance », à l'Eurogroupe du 18 juin, a été une vaste comédie et, normalement, une réunion des chefs d’État de la zone euro, lundi 22 juin au soir, doit confirmer cet échec. Il est désastreux et inacceptable que l'Union européenne s'obstine à imposer sa politique d'austérité à la population grecque. La solidarité avec le peuple grec et le soutien à la résistance grecque n'ont jamais été aussi importants.

L'électeur grec a donné un signal démocratique clair : l'interminable spirale d’austérité devait s’arrêter. 

Le 25 janvier, l'électeur grec a donné un signal démocratique clair : l'interminable spirale de cinq années d’austérité devait s’arrêter. Le parti de gauche Syriza est venu au pouvoir avec une tâche précise: rétablir le pouvoir d'achat des Grecs et drainer l'argent vers l'économie au lieu des créanciers, de la Banque Centrale européenne et du FMI. « Pas question », ont dit les chefs d’État européens, « la démocratie a ses limites ». Pendant quatre mois, ils ont tenté de pousser Tsipras et le gouvernement grec dans le rôle de leurs prédécesseurs, Démocratie nouvelle et le PASOK. Les arrangements qui avaient été convenus par l'ancien Premier ministre Samaras (Démocratie nouvelle) devaient être respectés, sinon, l’argent frais destiné à rembourser les prêts serait cessé.

Telle est la situation absurde avec laquelle le gouvernement grec essaie de rompre. Des 210 milliards qui ont afflué vers la Grèce au cours des années écoulées, seuls 11 % ont été destinés à assumer les obligations de l’État en matière sociale et économique, le reste a été consacré au remboursement des dettes et des charges des intérêts. Comme l'écrit le journal financier De Tijd, « contrairement au gouvernement grec, les banques n'ont pas été sanctionnées mais sauvées. La Grèce, elle, a été sanctionnée mais elle est loin d'être tirée d'affaire. » 

Le Comité d’audit sur la dette grecque, mandaté par le Parlement grec et auquel a assisté le député du PTB Raoul Hedebouw, est arrivé à la conclusion que les créanciers (la Banque Centrale Européenne et le FMI) savaient parfaitement que leurs plans d'investissement n'étaient destinés qu'à sauver les banques et que ce transfert n'allait qu'accroître encore la dette de l’État. C'est effectivement ce qui s'est passé. Entre 2010 et 2013, la population grecque a supporté 63 milliards d'euros de mesures d’austérité (un montant équivalent à un tiers du PIB). Dans le même temps, la dette de l’État augmentait, passant de 130 à 175 % du PIB.

La résistance grecque ne peut être imitée et c'est pourquoi la Grèce est poussée vers le « Grexit »

Lundi soir, les chefs d’État de la zone euro et le FMI ont encore mis le couteau sous la gorge des Grecs. La conscience s'accroît de ce que leur chantage n'est motivé que politiquement. Exiger des sacrifices supplémentaires sur les pensions, les salaires des fonctionnaires et imposer des hausses draconiennes de la TVA ne fera que plonger encore plus l'économie grecque dans le précipice et réduira encore les possibilités du pays de respecter un jour les obligations de la dette. Par contre, la résistance grecque ne peut être imitée et c'est pourquoi la Grèce est poussée vers le « Grexit », la sortie de la zone euro, par Juncker, Merkel, Dijsselbloem, Schultz et Moscovici, les représentants des deux plus grandes familles politiques européennes, les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates.

Moscovici, le commissaire européen en charge des négociations et socialiste français, a expliqué sur RTL-radio la motivation de cette pression maximale sur le gouvernement grec : « Un programme humanitaire est nécessaire, mais il faut également un programme de réformes, parce que nous vivons dans une économie mondiale de marché et que l'économie grecque ne peut rester dans la marge, comme une économie imaginaire. »

Le fait que cette politique européenne de la terre brûlée fait le jeu de l'extrême droite ne semble pas les toucher le moins du monde.

Il est inacceptable que l'Union européenne s'obstine à imposer sa politique d'austérité à la population grecque.

Jusqu'à présent, le gouvernement grec plie, mais sans se rompre. Si Tsipras ne vire pas de bord et qu'il s'obstine à refuser d'encore amputer les pensions et le pouvoir d'achat, c'est alors une expulsion de la zone euro, qui menace. Une partie importante de Syriza estime que c'est la moins mauvaise solution, mais la grande majorité de la population ne veut pas échanger la monnaie forte qu'est l'euro contre une drachme dévaluée. Quoi qu'il en soit, cela nous promet des temps des plus tumultueux car, en cas de faillite grecque, personne ne peut prévoir quelles seront les conséquences pour le monde bancaire européen et pour l'économie internationale.

Une chose est certaine : Il est désastreux et inacceptable que l'Union européenne s'obstine à imposer sa politique d'austérité à la population grecque. C'est pourquoi, au cours du prochain week-end, des mobilisations et des manifestations auront lieu une fois de plus dans toute l'Europe en guise de solidarité avec la population grecque et de soutien à sa résistance. Rendez-vous dimanche 21 juin à 13 h 30 à la gare de Bruxelles-Central. 

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parce qu'il Il est désastreux et inacceptable que l'Union européenne s'obstine à imposer sa politique d'austérité à la population grecque.