Gardiens de prison contre gouvernement : 1-1 à la mi-temps

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Nicole Naert

Après trois semaines de grève, les gardiens de prison ont décidé de suspendre leur grève. Ces 9 et 10 juillet, les syndicats ont organisé des assemblées de personnel pour y faire le point de la situation et ensuite voter. Résultat, la grève est suspendue, tout comme les négociations qui reprendront fin août. C'est la tête haute que les agents pénitentiaires peuvent reprendre le travail.

La grève des gardiens de prisons mérite tout le respect...

Dans des circonstances très difficiles, peu avant les vacances d'été, ce gouvernement a lancé une attaque frontale sur le statut des agents pénitentiaires et, surtout, contre leur droit de grève. Ceux-ci se sont montrés très déterminés et ont immédiatement fait grève malgré la forte pression adverse. Le gouvernement et une grande partie des médias ont estimé qu'il fallait défendre les droits des détenus et attaquer les droits des agents pénitentiaires, et cela alors que très peu a été fait pour remédier aux conditions de vie inacceptables des détenus dans des prisons surpeuplées. Et désormais, parce que le gouvernement veut limiter le droit de grève des gardiens de prison, il pense désormais aux détenus. Jusqu'à quel point peut-on être hypocrite ?

C'est au contraire aux gardiens de prison que revient le mérite, eux qui ces seize dernières années ont déjà fait grève à plusieurs reprises. En effet, c'est grâce à leurs revendications et grèves qu'ils ont pu également améliorer un peu les conditions de vie des détenus.

… et elle a donné des résultats

Outre les attaques sur leur droit de grève, le projet de loi prévoyait également une attaque frontale sur le statut des agents pénitentiaires. Mais cette attaque a été contrée :

  • Le personnel actuel conserve son statut et ses droits acquis. Les possibilités d'avancement ne sont pas modifiées et les sanctions disciplinaires ne sont pas du ressort du directeur, qui ne peut donc plus être à la fois juge et plaignant ;
  • La division du personnel en deux statuts différents – la fameuse différence entre surveillance « froide » et « chaude » selon le modèle néerlandais – est ajournée jusqu'à nouvel ordre.

En ce qui concerne le droit de grève :

  • Un protocole de grève, plus précisément le protocole 351, qui n'est régulièrement pas suivi correctement par les autorités et les directions, sera rétabli. Le délai de 30 jours pour un préavis de grève prévu par le projet de loi est donc annulé. Le délai est ramené aux 10 jours actuels ;
  • Lors des premières 48 heures d'une grève, le service minimum n'est pas d'application. Le gouvernement avait demandé 32 heures.

Mais l'attaque contre le droit de grève n'est pas écartée

Les syndicats soulignent à juste titre qu'ils ne peuvent être d'accord avec les nouveaux textes parce que le droit de grève n'y est pas garanti pour les grèves d'une durée plus longue que 48 heures. La notion de « réquisition » a certes été retirée du projet de loi, mais il n'y a pas de quoi être tout à fait rassuré pour autant. Une autre notion est apparue dans le texte, celle de « répondre aux dispositions nécessaires ». Comment le gouverneur va-t-il interpréter cela ?

Normalement, la police peut garantir un service minimum. Pourquoi ne pourrait-elle pas assurer la promenade des détenus ? La question est : veut-elle le faire ? Et quelles missions lui sont-elles assignées par les autorités ? Il n'est que trop facile de boycotter ce genre de services. Le gouvernement ne dissimule même pas ses intentions. Dans l'annexe au texte de loi, il déclare que le remplacement des agents pénitentiaires par la police en cas de grève n'est « plus de ce temps ». Le masque est donc tombé : le ministre Jambon ne veut pas que de telles tâches de sécurité soient encore assurées par la police et met ainsi encore une pression supplémentaire pour casser le droit de grève. Sur les conditions de vie des détenus, pas un mot. Jusqu'à quel point peut-on être hypocrite ?

La Protection civile peut également reprendre des tâches. Mais ces services sont eux aussi en sous-effectifs suite à de lourdes mesures d'économies… de ce même gouvernement. Jusqu'à quel point peut-on être hypocrite ?

Les syndicats vont maintenant transmettre leurs remarques au ministre et également les faire soumettre au Conseil d'État.

L'ordre public et le droit de grève sont des droits conflictuels qui doivent être rigoureusement soupesés et, dans une démocratie, c'est le droit de grève qui prévaut.

Le PTB continue à soutenir la résistance sociale. Le droit de grève est un droit humain fondamental auquel on ne peut porter atteinte. Les réquisitions constituent une forme de travail forcé et ne sont pas dignes du 21e siècle. La limitation du droit de grève et de la liberté de mener des actions montre une vision autoritaire de la société que ce gouvernement veut imposer aux travailleurs afin de rendre tout progrès social impossible. Car la lutte pour nos droits sociaux est indissociable de la lutte pour nos droits démocratiques comme celui de mener une action collective.

Poursuivre la lutte après la période des vacances

Grâce à la grève courageuse des agents pénitentiaires, l'attaque du gouvernement a pu en grande partie être repoussée. Le gouvernement ne s'attendait pas à autant de résistance. Les agents pénitentiaires ont donc marqué un but contre un adversaire difficile qui ne joue pas le jeu de manière correcte. Toutefois, cet adversaire a également remporté un point en ce qui concerne le service minimum après 48 heures.

La lutte pour le droit de grève et contre les réquisitions est une lutte pour un principe et elle est difficile. Mais elle peut être gagnée, et certainement si d'autres secteurs publics montrent leur solidarité. Le mois de septembre sera le moment idéal pour montrer cette solidarité non seulement en mots mais aussi en actes.

Les agents de l'État font par exemple face à des attaques contre leur statut. La CGSP a ainsi déposé un préavis de grève pour les fonctionnaires des institutions flamandes.

Nous entendons chez de plus en plus de militants la volonté d'organiser une manifestation pour dire leur façon de penser aux décideurs politiques à Bruxelles. Un signal fort que soutiendra certainement toute personne concernée de près ou de loin par la résistance sociale. L'indignation suscitée par les attaques sur les droits sociaux et démocratiques ne cesse de grandir, et avec celle-ci la volonté de lutter pour nos droits.

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