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Fact-check : oui, nos salaires baissent

Nos salaires réels baissent. C’est ce que beaucoup ressentent à la fin (la moitié?) du mois, et c’est ce qu’a confirmé le dernier rapport sur les salaires de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Un constat que certains contestent. Voici pourquoi nos salaires baissent bel et bien et pourquoi il faut inverser la tendance.

Dans le journal De Standaard de ce 29 novembre, on peut lire « Il y a aussi les études de la Banque nationale qui calculent que les salaires augmentent, au contraire : de 1,4 % l’année passée, de 1,3 % cette année et encore plus l’année prochaine. (…) La Banque nationale calcule les revenus réels disponibles et tient compte en plus du tax shift et de l’augmentation des prix des carburants. C’est une meilleure mesure pour les évolutions des salaires.

Monsieur et Madame Tout-le-monde ne perçoit que rarement d’importants revenus du capital…

Tout d’abord, il ne faut pas comparer les années passées et les prévisions futures, qui sont toujours aléatoires. Pour ce qui est des années 2015, 2016, 2017, la Banque nationale parle d’augmentation du revenu disponible de respectivement 0,3%, 0,9% et 1,4%.

Ensuite, le revenu disponible des ménages n’est pas la même chose que le salaire des ménages. La définition du revenu disponible est la suivante : Revenu disponible = salaire + revenus non salariaux (bénéfices, honoraires, etc.) + revenus de la propriété (dividendes, loyers, etc.) - impôts - cotisations sociales – taxes + prestations sociales. Le revenu disponible englobe aussi les revenus des indépendants.

En langage courant, cela veut dire qu’en calculant cela, on ne suit pas l’évolution des salaires mais des revenus en général, notamment les revenus du capital (loyers touchés par des multi-propriétaires, dividendes, intérêts…). Cela peut tirer donc les chiffres vers le haut, mais cette évolution positive des revenus disponibles concerne en fait surtout les ménages les mieux nantis. Monsieur et Madame Tout-le-monde ne perçoit que rarement d’importants revenus du capital… et comptent au contraire (presque) exclusivement sur les salaires et allocations pour vivre.

Le tax shift, l’escroquerie fiscale du gouvernement

Pour la période 2015-2018, le tax shift consiste notamment en une diminution des impôts et d’une augmentation de l’enveloppe bien-être pour 1,7 milliards d’euros.

Or ce montant est financé en grande partie ( 1,620 milliards) par l’augmentation de la TVA et des accises (carburants, alcool, tabac, électricité). TVA et accises que chacun paie quand même. Au total, le gain de pouvoir d’achat pour cette période est d’à peine 80 millions.

Et ces 80 millions sont en fait envolés par les autres mesures prises contre les salaires, comme le saut d’index, qui a fait perdre 2 % de salaires à tous les salariés et allocataires du pays. Le reste du tax shift est financé par la taxation du petit capital et par l’austérité dans la sécurité sociale et les services publics.

En vidant les caisses qui servent à financer les pensions, le gouvernement oblige les travailleurs à travailler plus longtemps et à payer soi-même une épargne-pension privée

La baisse des cotisations sociales est une baisse des salaires

À tous ces éléments vient s’ajouter l’attaque contre le salaire indirecte, à travers la diminution des cotisations sociales versées à la Sécu. Ces cotisations, que les patrons et la droite aiment appeler « charges patronales » pour en donner une mauvaise image, servent en fait à financer les pensions, les allocations de maladie et de chômage, etc.

Mais, en vidant les caisses qui servent à financer les pensions, le gouvernement oblige les travailleurs à travailler plus longtemps et à payer soi-même ce qu’on appelle le « troisième pilier » de pensions, soit des assurances ou épargnes pension privées. Et cela touche aussi à notre pouvoir d’achat.

En vidant les caisses de chômage, le gouvernement accélère la dégressivité, ce qui fait perdre du pouvoir d’achat aux travailleurs qui ont perdu leur emploi.

En vidant les caisses de maladie, le gouvernement justifie sa politique inhumaine de chasse aux malades (avec, à la clé, une baisse du bien-être et du pouvoir d’achat des malades).

Bref, nos salaires réels baissent bel et bien. Ce que de plus en plus de travailleurs et travailleuses ressentent et contre quoi ils se mobilisent, que ce soit avec un gilet jaune ou une chasuble de syndicaliste, n’est pas un problème de « perception » comme essaie de le faire croire le gouvernement. C’est une réalité contre laquelle il faut se mobiliser.

C’est pourquoi le PTB soutiendra les actions syndicales du 14 décembre.

Le PTB a aussi lancé une pétition pour que nos salaires augmentent réellement en fonction du coût de la vie.

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