En Espagne, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue le 22 février dernier pour s'opposer à la réforme des pensions que veut imposer le gouvernement conservateur. (Photo Twitter)

Des grands-parents espagnols aux profs britanniques, la lutte pour les pensions à l’échelle européenne

auteur: 

Marc Botenga

Révolte des grands-parents en Espagne. Grève dans les universités britanniques. Mécontentement en France et en Italie. Pensions de misère en Allemagne. Et, chez nous, métiers pénibles et pension à points. Une résistance se lève en Europe face à une régression sociale coordonnée au niveau européen.

La main cachée européenne

Les mécanismes sont différents, mais la philosophie de base est la même : trouver des mécanismes qui nous font automatiquement travailler plus longtemps pour moins de pension.  Autrement dit : garantir que les gens partent à la retraite plus tard, restent sur le marché du travail même après l’âge de la retraite et abaisser le montant des pensions publiques. En Allemagne et en Belgique ce mécanisme a été traduit par la pension à points. Mécanisme applaudi en Belgique par la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). La Commission européenne aussi a applaudi : moins de dépenses sociales, plus de personnes âgées obligées à travailler. Peu importe si partout en Europe des millions de jeunes cherchent un emploi. Et la Commission avertit : « Ces questions continueront à être examinées de près dans le contexte du Semestre européen. »1

La Belgique et l’Allemagne ne sont pas isolées. En Grèce, la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé des saignées. En France, Emmanuel Macron y travaille. En Italie, les lois Sacconi et Fornero ont introduit un ajustement automatique biannuel de l’âge de la pension à l’espérance de vie. On ne saura donc plus qu’à la dernière minute quand on pourra partir à la retraite, et à quel montant on aura droit.

Officiellement, les États nationaux sont compétents pour les pensions. En réalité, la Commission européenne dispose d’un outil puissant pour influencer ces réformes. Le « Semestre européen » est une procédure de surveillance des politiques nationales. Son objectif ? Garantir que les gouvernements imposent l’austérité afin d’arriver aux objectifs budgétaires des traités. Dans le cadre de ce Semestre européen, les institutions européennes incitent les États à « assurer l’adéquation et la viabilité des pensions. »

La résistance espagnole

Sans surprise, le mécontentement face à ces réformes dépasse de loin les frontières belges. Les pensions se sont invitées dans les campagnes électorales allemandes et italiennes. En Espagne, le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy veut faire passer une réforme particulièrement antisociale. D’une part, il y a la très faible augmentation actuelle des pensions publiques. Cette augmentation, de seulement 0,25 %, signifie une perte de pouvoir d’achat importante pour les pensionnés. Dans un pays où 60 % des pensionnées vivent avec moins de 800 euros, il s’agit ainsi de garantir la pauvreté des pensionnées, note la jeune députée de gauche Aina Vidal (Unidos Podemos).

D’autre part, par contre, Rajoy propose aussi une forme de calcul à points pour la pension. Parmi les facteurs ? Sans surprise : la situation budgétaire de l’État et l’espérance de vie. Après avoir augmenté l’âge de la pension, Rajoy utilise maintenant le prétexte de la viabilité pour affaiblir le pilier public en faveur des pensions privées. Le Premier ministre espagnol suit à la lettre la philosophie libérale des institutions européennes.

Des dizaines de milliers d'Espagnols sont descendus dans la rue contre la volonté du gouvernement de s'attaquer aux pensions, à l'appel des syndicats UGT et CC.OO. (Photo CC.OO)

La réaction populaire est forte. Une journée d’action le 22 février a rassemblé des milliers de personnes dans différentes villes du pays (70 000 à Madrid, 50 000 à Barcelone, etc.). Même dans des plus petites localités, des centaines de pensionnés sont descendus dans la rue. C’était bien au-delà des attentes. Le mouvement a muri dans la rue, les bars, et les salons de coiffure. Mais la nouvelle journée d’action, planifiée pour le 15 mars, s’appuie fortement sur des groupes WhatsApp, Telegram et Facebook, explique José, médecin retraité de Séville et actif dans l’association de pensionnés de sa ville, au quotidien en ligne El Español : « L’augmentation de la pension publique a été ridicule, 0,25 %, et évidemment, les gens ont commencé à parler, à s’inciter, à se réunir. » Juan, 67 ans, est descendu dans la rue à Séville. Ni la pluie ni le froid ne l’ont arrêté. Pendant sa carrière il a exercé un nombre élevé d’emplois différents. Aujourd’hui, il doit se débrouiller avec une pension mensuelle d’environ 370 euros. Et il compte bien ne pas se laisser faire. S’inspirant du mouvement des indignés, le mouvement veut incarner « la révolution des grands-parents ». 

Grèves britanniques

En Grande-Bretagne aussi la question des pensions mobilise. Une grève a mobilisé le personnel de 64 universités. Une grève universitaire inouïe dans l’histoire du pays. Si en Espagne et ailleurs en Europe, les gouvernements font tout pour détruire la pension publique, la Grande-Bretagne illustre en revanche parfaitement l’importance d’un tel pilier. La pension légale y est très basse pendant que le fonds de pension privé « Universities Superannuation Scheme », qui doit garantir la pension de 390 000 de ces membres, se trouve en déficit de plusieurs milliards. Cela a beaucoup à voir avec des rendements inférieurs sur les marchés financiers, où le fonds joue avec les contributions des travailleurs.

En Grande-Bretagne, les professeurs et le personnel des universités, soutenus par les étudiants, ont mené des grèves contre la baisse de leurs pensions. (Photo UCU)

La solution proposée ? Couper dans les droits du personnel ou hausser leurs contributions actuelles. Un enseignant pourrait facilement perdre 12 000 euros par an. Des employés plus jeunes pourraient perdre jusqu’à la moitié de leur pension. En même temps, le comité exécutif du fonds a reçu plus de 4 millions d’euros de bonus et cadeaux pendant l’année académique 2016-2017. Sur un comité de huit personnes, cela fait 500 000 euros par personne.

Inacceptable, non seulement pour le personnel touché directement mais aussi pour les étudiants. Ceux-ci descendent dans la rue en solidarité. « Vos conditions de travail sont nos conditions d’apprentissage », « L’éducation d’abord, pas le profit » ou « La pension sûre et correcte, pas précaire, » peut-on lire sur leurs pancartes. Le mouvement pourrait d’ailleurs bien s’étendre. En mai, une grande manifestation contre la destruction des services publics par le gouvernement est prévue.

 

1. Le Semestre européen est une procédure de surveillance des politiques structurelles, budgétaires et macroéconomiques des États membres de l’Union européenne

Ajoutez votre signature pour défendre nos pensions : objectif 50 000 !
Travailler plus longtemps pour moins de pension. Voilà, derrière les belles paroles, la réalité de la politique de ce gouvernement. Et ça n’arrête pas. Alors que nos pensions sont déjà parmi les plus basses d’Europe !
Soyons nombreux à signer pour faire reculer le gouvernement et dire : 
• Non à la pension à points;
• Oui au droit de s’arrêter dès 58 ans (prépension, tantièmes préférentiels,…);
• Non aux mesures qui nous font travailler plus longtemps pour moins de pension;
• Oui à une pension décente et à la possibilité de profiter de plusieurs années en bonne santé après sa carrière.
Quand nous serons 50 000, nous irons porter vos signatures au gouvernement pour lui mettre la pression et qu’il retire ses plans pour détruire nos pensions.

 

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Commentaires

L'ue devait être notre espoir, L'ue est notre purgatoire.