Protestations à Rome contre le Giro qui a commencé en Israël. « Changer le Giro, je soutiens le droit des Palestiniens ». (Photo Belga)

Comment Israël tente de s’acheter une image lisse avec le Giro

Le tour d’Italie (« Giro ») a débuté en Israël. Grâce à un richissime homme d’affaires qui assume la quasi-totalité des coûts. Ce qui provoque des tensions chez les coureurs, mais aussi une consternation internationale. Ceux qui organisent quelque chose en Israël ne peuvent ignorer le contexte politique du pays. 

Il y a quelques jours, pour la première fois de son histoire, le Giro d'Italia (tour d'Italie) débutait hors d'Europe. D’Israël, plus précisément. Officiellement, l'Union cycliste internationale (UCI) met tout en œuvre pour éviter que l'événement sportif soit récupéré à des fins politiques. Mais il s'agit bel et bien d'une opération de propagande du gouvernement israélien. D'autant que, ces derniers temps, son image de marque en a pris un coup, avec les incessantes violations des droits de l'Homme à Gaza. Pas étonnant, dès lors, qu’Israël essaie d'attirer l'attention de façon positive.

Le ministre israélien des Affaires stratégiques a même qualifié le départ du Giro en Israël de « réalisation extraordinaire qui renforce la légitimité israélienne ». De même, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a réalisé un petit film de promotion sur le vélo. Bien que l'intérêt pour ce sport soit pratiquement inexistant en Israël, le Premier ministre a quand même encouragé la population à venir soutenir les coureurs le long du parcours. Bref, l'establishment israélien se donne du mal pour faire bonne figure.

Sylvan Adams, homme d'affaires et multimilliardaire canado-israélien, désire promouvoir la culture du vélo en Israël et ainsi redorer un peu le blason de sa seconde patrie. Et c'est ainsi qu'il a lancé son lobbying. Tous les ministres en Israël, nombre de hauts dignitaires étrangers et même le pape François (!) ont été honorés d'une visite de monsieur Adams. Le Premier ministre Netanyahou n'a guère eu besoin d'être convaincu à partir du moment où il a appris qu'en Europe, 800 millions de personnes suivent le Giro avec grand intérêt. Israël a même dépensé 27 millions d'euros pour que réussisse son coup de pub. Mais, en ce qui concerne la majeure partie des coûts opérationnels, ce sera... Sylvan Adams qui les sortira lui-même de sa poche.

L’occasion de parler de l’occupation                                    

Le PTB invite tous les commentateurs sportifs à profiter de ce départ spécial du Giro pour fournir à tous les fans de cyclisme des informations sur la réalité de l'occupation palestinienne que le peloton a été amené à traverser à coups de pédales.

Ainsi, la course est passée par plus de 500 villages palestiniens qui ont été effacés de la carte lors de la création d'Israël voici 70 ans.

La troisième étape en Israël, par exemple, est passée à un jet de pierre à peine de Gaza, là où, ces derniers mois, plus de 30 Palestiniens sans armes ont été abattus par les snipers israéliens. Plus de 1 500 Palestiniens sont devenus invalides à vie par des balles israéliennes. Et, parmi eux, le coureur cycliste palestinien de 21 ans, Alaa al-Dali, dont une jambe a été amputée lors des toutes récentes protestations à Gaza, suite à une blessure par balle que lui a infligée un soldat de l'occupant.

Les journalistes sportifs doivent savoir aussi que le gouvernement israélien a mis tout en œuvre pour accueillir le mieux possible la cohorte des journalistes internationaux à Jérusalem-Ouest, mais que bien des journalistes palestiniens n'ont même pas accès à cette partie de Jérusalem.

Dans les prisons militaires israéliennes, sont également enfermés plus de 350 mineurs d'âge palestiniens, comme Ahed Tamimi, 17 ans. 

Indépendamment de l'engagement physique des coureurs ou du plaisir des fans de cyclisme quand leur favori l'emporte, telle est la dure réalité du territoire que traverseront les coureurs aujourd'hui et qu'Israël entend bien ne pas montrer au monde en tant que terre d'accueil. Nous ne voulons pas que le Giro donne l’occasion à Israël de manipuler ce gigantesque événement sportif et se faire passer pour un pays « normal » et « démocratique ».

Le vendredi 4 mai, le Giro a démarré en Israël, mais n'oublions pas que le vendredi 4 mai, c'était le sixième vendredi d'affilée que les Gazaouis organisaient leurs protestations hebdomadaires à la frontière avec Israël. La résistance palestinienne s'est ravivée et, vendredi, des milliers de Gazaouis étaient de retour à la frontière. Les tensions sont sur le fil du rasoir avec, en perspective, la commémoration de la Nakba le 15 mai. C'est ce jour-là que les Palestiniens commémorent la « Grande Catastrophe », le jour où plus de 700 000 Palestiniens ont été dépossédés et chassés lors de la fondation et de la répression immédiate de l'État d'Israël sur le territoire palestinien.

Le jour du départ du Giro 2018, 431 Palestiniens ont été soignés, dont 98 après avoir été blessés par balle. Pas de trève sportive pour les snipers israéliens, et leur « license to kill ». Depuis vendredi dernier, malgré ce grand événement sportif, Israël ne s’est pas mué en un pays « normal », mais reste un pays qui pratique l'épuration ethnique, viole les traités internationaux et se moque totalement des droits fondamentaux des Palestiniens.

 

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