Manifestation organisée par l’Union de défense des sans-papiers (UDEP) le dimanche 18 juin 2006. « La “loi UDEP” sert toujours de base au combat des travailleurs sans-papiers », selon l’ex-porte-parole et coordinateur du mouvement, Ali Guissé. (Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia)

Ali Guissé, liste PTB Bruxelles : « Unir la classe des travailleurs, avec ou sans papiers »

Ali Guissé a été porte-parole des travailleurs sans-papiers, éducateur, animateur radio, conducteur de bus à la STIB. Et il se présente à Bruxelles sur la liste du PTB. Une constante dans son parcours ? « Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. »

Ali Guissé, liste PTB Bruxelles

Né en 1972 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, de parents sénégalais, Ali s’est retrouvé à occuper une église bruxelloise. Un chemin qu’il faut prendre au début pour mieux comprendre.

« J’étais actif dans les associations dès le secondaire. C’est dans ces associations que je me suis intéressé à la politique, que je me suis éduqué sur le monde, sur le système capitaliste. Je me suis rendu compte petit à petit que le monde que je m’imaginais petit ne correspondait pas à la réalité. Bien sûr, ça ne plaisait pas mon père qui était commerçant ! (Rires) »

Dans les années 1990, le président Bédié lance le concept d’« ivoirité » : seule une personne dont les quatre grands-parents sont nés en Côte d’Ivoire peut prétendre à la nationalité locale. « Après une manifestation, je suis resté deux jours en garde à vue, uniquement à cause de mon nom de famille, à consonance sénégalaise. Mon père m’a engueulé : “Pourquoi participer à ces manifestations ? Te rends-tu compte que tu mets nos affaires en péril ?” Puis un coup d’État a éclaté. Je savais à ce moment que je ne pouvais plus rester. Mais quand j’ai voulu partir, on m’a confisqué mon passeport en me disant : “Vous, les étrangers, vous venez ici et vous faites comme chez vous. C’est fini.” J’ai donc renoncé à ma nationalité ivoirienne et j’ai demandé une carte sénégalaise. Je vivais donc dans mon propre pays avec un permis de séjour… Là, même mon père a compris qu’il fallait que je parte. »

Un exil qui résonne avec l’actualité. « C’était très difficile de quitter le pays. J’ai alors fait appel à un passeur. C’était le seul moyen. Il m’a donné un faux passeport français. Il m’a accompagné à l’aéroport pour corrompre les policiers aux douanes. Une fois que je suis arrivé à Zaventem, c’était pile ou face… »

À Bruxelles, la découverte de l’Afrique et du monde

En partant d’Abidjan, Ali ne sait même pas dans quel pays il va atterrir. « J’ai été envoyé dans un centre, à Florennes. Une fois arrivé là, je n’avais qu’une seule idée : m’informer sur ce pays. Je passais tout mon temps à la bibliothèque du village pour comprendre l’histoire et la politique de la Belgique… »

Ali s’installe ensuite dans le centre de la capitale. « J’adorais la diversité culturelle. On passait notre temps entre Africains, Européens de l’Est… C’est à Bruxelles que j’ai découvert l’Afrique et le monde… (Rires) Entre-temps, vu qu’on recevait 7 euros par semaine au centre pour réfugiés, je me suis désintéressé des biens matériels. Moi qui n’avais jamais manqué de rien, c’est quelque chose que j’ai dû apprendre. »

Photo Solidaire, Antonio Gomez Garcia

Après quelques mois, Ali reçoit un avis négatif de l’Office des étrangers. « J’ai introduit un recours avec un avocat pro-deo et mon dossier a été suspendu. Je ne suis pas resté sans rien faire. J’ai fait des formations, notamment dans le socio-culturel. Puis j’ai appris par un ami rencontré au centre qu’une association de défense des sans-papiers existait à Liège. Avec des amis, on a lancé l’UDEP (Union pour la défense des sans-papiers) à Bruxelles en 2005, un an après mon arrivée en Belgique. L’objectif était de sensibiliser et d’organiser les travailleurs sans-papiers. On leur disait de lutter, de ne pas vivre dans la peur. En s’organisant, on est plus fort. En restant seul, on est vulnérable. On a organisé une manifestation à Bruxelles. Puis on a occupé l’église St-Boniface à Ixelles, avec l’accord du prêtre. La médiatisation de cette occupation nous a aidé. »

Un combat difficile. « Oui mais “là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès”, disait Frederick Douglass, qui s’est libéré de l’esclavage pour devenir militant abolitionniste ».

Se battre pour le service public

Les membres de l’UDEP étaient des sans-papiers, mais des travailleurs avant tout, insiste Ali : « Dès le départ, on a cherché à se lier avec les travailleurs d’ici, avec leurs syndicats. On a voulu unir la classe des travailleurs, avec ou sans papiers. On a lutté avec des travailleurs de l’aéroport de Zaventem, par exemple. On voulait inclure les citoyens belges dans notre lutte. Pour cela, il fallait les informer, les sensibiliser. »

La tactique paie. « Moi, j’ai été régularisé sans l’avoir demandé. Quand le mouvement a pris de l’ampleur, le gouvernement a essayé de se débarrasser des meneurs en les régularisant. Sauf que ça a eu l’effet contraire ! Nous sommes restés pour nous battre pour une vraie loi de régularisation. La “loi UDEP” sert toujours de base au combat des travailleurs sans-papiers. Après avoir occupé les fonctions de porte-parole puis de coordinateur, j’ai quitté le mouvement. »

Après un emploi au CPAS pour s’occuper des jeunes, aider à l’école des devoirs, etc. Ali fait de la radio puis travaille chez Belgacom pendant deux ans. Après, il est engagé comme chauffeur de bus à la STIB. Une volonté de travailler dans les services publics ? « Non. Je suis entré à la STIB parce qu’il me fallait du travail. C’est en y travaillant que je me suis rendu compte de l’importance des transports publics pour la population. En Afrique, presque tout a été privatisé sur ordre du FMI. Il faut se battre pour que les transports en commun restent un service public. »

Un parti lanceur d’alerte

Comment s’est-il retrouvé sur la liste du PTB pour l’élection communale d’octobre prochain à Bruxelles ? « J’ai connu le PTB dès le début de la lutte pour la régularisation. On a reçu du soutien de beaucoup de militants. C’est le seul parti qui défende la population depuis la base, qui met l’humain avant le reste. Le PTB est le seul à s’investir réellement pour le droit au logement décent, pour que les jeunes aient du boulot. Et c’est un parti lanceur d’alerte : sur la fiscalité par exemple : c’est le premier parti qui a expliqué les intérêts notionnels et a sorti un Top 50 des multinationales qui ne paient pas ou peu d’impôts. »

C’est peu après avoir rejoint la STIB qu’il prend sa carte au PTB. « C’est bien de défendre ses valeurs dans son salon mais la lutte se mène dans la rue. Moi, je veux apporter ma pierre à l’édifice, je veux faire grandir ce parti. »

Article publié dans le magazine Solidaire de septembre - octobre 2018Abonnement.

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Commentaires

Je ne suis pas surpris mon incompréhension résidait sur ton mutisme politique je n'ai jamais douté de ton dévouement de ta sociabilité de ton charisme et de ta passion de t'investir dans le social j'ai toujours su que ta raison de vivre ploie sous la pesée d'une double destinée la sienne et celle de ta communauté et le PTB est le parti qui répond au mieux à tes aspirations politiques bonne chance
Te voir sur une liste électorale ne me surprend guère mais ton hibernation politique a trop durée ton caractère social ,ton charisme ton dévouement et ton sens de responsabilité feront de toi un bon homme politique et ton choix de parti répond à tes exigences politiques . vivre pour les autres avec les autres sont tes vertus cardinales ,ta mission à toujours été le bien être de ta communauté tu ploies sous la pesée d'une double destinées la sienne et celle de ta communauté et tu as toujours été le seul à qui l'on refuse le luxe de s'abstenir des maux de la société. bravo à toi et chapeau au PTB qui t'ont fait sortir de ton hibernation