L’Arizona démasqué | Précarité et instabilité : le programme du gouvernement pour la jeunesse
« Nous ne le faisons pas tant pour nous que pour la génération de nos enfants et de nos petits-enfants », a dit Bart De Wever lors de la déclaration gouvernementale au Parlement le 4 février dernier. La soi-disant préoccupation pour les « générations futures », c’est ce que répètent en chœur les partis l’Arizona pour justifier les mesures qu’ils veulent prendre. Mais il suffit de regarder ces mesures pour voir qu’elles ignorent complètement les véritables besoins et priorités des jeunes. Blocage des salaires, intérim à durée indéterminée, ré-instauration d’un service militaire, etc. Au contraire, l’avenir qui se dessine avec ces mesures est un avenir fait de précarité, d’instabilité et de guerres. C’est pourquoi de plus en plus de jeunes disent « pas en notre nom ».
1. Les jeunes, principales victimes des attaques sur les pensions
2. Moins de salaire pour les jeunes
3. Toujours plus de flexibilité, toujours moins de stabilité
- 3.1. Des contrats intérimaires à durée indéterminée
- 3.2. Des semaines de 45 heures avec l’introduction de 360 heures supplémentaires
4. Attaque sur la protection sociale des jeunes
- 4.1. Limitation à un an des allocations d’insertion
- 4.2. Limitation à 2 ans maximum des allocations de chômage
5. Faire travailler les étudiants au lieu de lutter contre la précarité étudiante
6. Ré-introduire un service militaire et préparer la guerre
7. Une approche sécuritaire pour répondre aux problèmes des jeunes
Détruire les droits de la classe travailleuse au nom des jeunes ? Une dinguerie
Voici un tour d'horizon des principales mesures de l’accord de l’Arizona sur la jeunesse et de leurs conséquences, en commençant par les mesures socio-économiques qui vont particulièrement toucher les jeunes.
1. Les jeunes, principales victimes des attaques sur les pensions
L’Arizona veut réaliser un véritable hold-up sur les pensions des travailleurs et des travailleuses dans ce pays. Le gouvernement veut faire travailler tout le monde plus longtemps, et pour moins de pensions – notamment avec l'introduction d’un malus pension.
Les jeunes seront les principales victimes de cette mesure à trois niveaux :
- la plupart des attaques sur les pensions prévoient des mesures transitoires jusqu’en 2040 ou même 2062. Ce sont les jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail qui subiront donc ces mesures – comme le malus pension – de plein fouet.
- faire travailler nos aînés plus longtemps veut dire moins de jobs de qualité disponibles pour les jeunes. Pendant que nos parents vont se tuer au boulot, les jeunes devront se contenter de jobs précaires (voir plus loin).
- les pensions plus basses auront comme conséquence que les jeunes devront aider de plus en plus leurs parents à subvenir à leurs besoins pour leurs vieux jours. Déjà aujourd’hui, de nombreux travailleurs et travailleuses doivent allonger parfois jusqu’à 500 euros par mois pour payer les maisons de repos pour leurs parents.
2. Moins de salaire pour les jeunes
2.1. Blocage des salaires avec la loi de 96
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous maintenons le principe de la loi sur la norme salariale de 2017 afin que la compétitivité de nos entreprises à cet égard soit garantie à terme. »
La « loi sur la norme salariale de 2017 », c’est la loi votée en 1996 et modifiée en 2017 qui limite l’augmentation des salaires en Belgique. En bref, cette loi fixe une marge maximum d’augmentation salariale pour les travailleurs. Les organisations des travailleurs, les syndicats, n’ont pas le droit de négocier des augmentations de salaire au-dessus de cette « norme ». Concrètement, en 2021 la norme salariale était de 0,4%, en 2023 de 0 % et en 2025 de 0 %...
Le gouvernement Arizona veut maintenir cette loi qui bloque complètement les augmentations salariales depuis des années. Les jeunes seront les premiers à en subir les conséquences car c’est en début de carrière que le salaire est le plus bas. Pourtant, les jeunes ont justement besoin de plus de salaire pour prendre leur autonomie, acheter ou louer un logement, fonder une famille, etc.
2.2. Suppression des primes de nuit entre 20h et minuit
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Pour redevenir compétitif par rapport à nos pays voisins dans le secteur de la distribution et des secteurs connexes (dont l’e-commerce,) le travail de nuit commence désormais à partir de minuit (24 heures) au lieu de la limite actuelle de 20 heures, sans perte de pouvoir d’achat pour le travailleur qui travaille déjà aujourd’hui entre 20h et 24h. »
En Belgique, le travail de nuit est interdit par la loi car il est mauvais pour la santé. Le travail de nuit est donc fortement réglementé et il est compensé par des primes de nuit. Le gouvernement Arizona veut supprimer ces primes de nuit entre 20h et minuit dans le secteur de la distribution, de la logistique et d’autres secteurs liés.
Beaucoup de jeunes travaillent dans ces secteurs, notamment dans les supermarchés, les magasins de vêtements, les entrepôts de stockage, etc. et les primes de nuit pour les heures de travail entre 20h et minuit représentent des centaines d’euros de salaire par mois. Supprimer ces primes, c’est une énorme perte de pouvoir d’achat pour les travailleurs. Les jeunes seront les premiers concernés, car cette suppression entrera en vigueur d’abord pour les nouveaux contrats.
Le but du gouvernement à termes de généraliser la suppression de ces primes en supprimant l’interdiction du travail de nuit.
3. Toujours plus de flexibilité, toujours moins de stabilité
3.1. Des contrats intérimaires à durée indéterminée
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous demandons aux partenaires sociaux de mettre en pratique le travail intérimaire à durée indéterminée. »
Le travail intérimaire n’offre aucune sécurité d’emploi. D’un jour à l’autre on ne sait pas si on va être renouvelé et on doit rester disponible au cas où l’agence intérim nous appelle. Le contrat peut être renouvelé ou non en fonction du bon vouloir de l’agence intérim ou de l’entreprise utilisatrice. Il est très difficile de se constituer des droits à la sécurité sociale et l’on peut perdre son revenu du jour au lendemain. Impossible de se projeter à long terme dans cette situation. Et pourtant de plus en plus de jeunes sont obligés de passer par là au début de leur carrière.
Le gouvernement veut généraliser le travail intérimaire en mettant en place le travail intérimaire à durée indéterminée. Cela signifie accepter, pour une durée indéterminée, d’être disponible à tout moment en fonction des besoins de l’agence intérim et des employeurs sans garantie de prester des heures de travail et d’avoir un revenu.
L’introduction d’un contrat intérimaire à durée indéterminée va toucher principalement les jeunes car 50 % des contrats intérims (hors étudiants) sont occupés par des jeunes de moins de 30 ans. Ce sont ces jeunes qui n’auront aucune stabilité pour fonder une famille, acheter un logement ou faire des projets.
3.2. Des semaines de 45 heures avec l’introduction de 360 heures supplémentaires
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous introduisons un système attractif de 360 heures supplémentaires volontaires sans motif, ou un repos compensatoire, qui est applicable sur le plan du droit du travail dans tous les secteurs. Pour 240 de ces heures supplémentaires compensatoires, il n’y a pas d’obligation de sursalaire et le brut équivaut au net, c’est-à-dire sans cotisation sociale ni impôt sur le revenu des personnes physiques. Cela se fait sur la base d’un accord écrit entre l’employé et l’employeur, accord qui peut être résilié à tout moment. »
Le gouvernement Arizona veut introduire un paquet de 360 heurs supplémentaires « volontaires » par travailleur dont 240 heures ne seraient pas compensées par des heures de récupérations ni du salaire supplémentaire et ne permettraient pas de se constituer des droits à la pension ou au chômage. Dans les faits, cela signifie la mise en place de la semaine de 45h sans compensation financière pour les travailleurs et sans que les syndicats puissent intervenir pour cadrer les demandes des employeurs. Seul face à son patron, qui pourra réellement refuser d’exécuter ces heures supplémentaires ?
Les jeunes seront doublement concernés :
- D’abord, les jeunes qui cherchent un emploi auront encore plus de mal à en trouver vu que le temps de travail des travailleurs sous contrat va augmenter.
- Ensuite, pour les jeunes qui ont un emploi, 9 jeunes sur 10 demandent d’avoir plus de temps en dehors du travail pour s’occuper de la famille, faire du sport et avoir une vie sociale… À l’inverse de leurs aspirations, l’Arizona veut imposer la possibilité de la semaine de 6 jours de travail.
4. Attaque sur la protection sociale des jeunes
4.1. Limitation à un an des allocations d’insertion
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous limitons le stage d’attente à 156 jours après l’obtention du diplôme [...]. Cette allocation d’insertion doit être demandée avant que la personne n’atteigne l’âge de 25 ans. Pour ces jeunes, la durée maximale de l’allocation est d’une année. »
Les allocations d’insertion, ce sont des allocations que les jeunes qui sortent des études peuvent recevoir avant d’avoir travailler. Actuellement, ces allocations durent 3 ans maximum et il est possible de les obtenir si on a moins de 25 ans et qu’on a fait un stage d’insertion d’un an durant lequel on ne reçoit pas d’allocation. Le gouvernement Arizona veut limiter à un an la durée maximale de l’allocation.
L’allocation d’insertion est un petit revenu qui permet de survivre, et de pouvoir chercher du travail plus sereinement sans devoir accepter n’importe quoi comme condition de salaire et d’horaire.
En effet, en sortant des études, c’est la galère pour trouver un emploi de qualité. Sur les offres d’emplois, les patrons demandent souvent l’impossible, comme par exemple avoir le maximum de diplômes et d’expérience professionnelle tout en coûtant le moins cher possible. Et il s’agit généralement de contrats de courte durée qui ne permettent pas de se construire un avenir solide. En limitant à un an la durée des allocations d’insertion, le gouvernement Arizona va pousser les jeunes à accepter n’importe quel emploi, pas forcément en lien avec leurs études, avec de mauvaises conditions de travail et salariales. C’est une façon de précariser encore un peu plus la jeunesse.
4.2. Limitation à 2 ans maximum des allocations de chômage
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« La durée des allocations de chômage est limitée à un maximum de 2 ans. Pour de courtes périodes de travail interrompu, la durée maximale est suspendue pendant la durée de cet emploi.
La durée de perception des allocations de chômage dépend du nombre d’années travaillées auparavant. Une année de travail au cours des 3 dernières années ouvre le droit à un maximum d’un an d’allocation de chômage. De manière complémentaire, par tranche de quatre mois de travail supplémentaire, vous avez droit a un mois d’indemnité supplémentaire, de sorte qu’après cinq années de travail, vous avez droit à l’indemnité maximale de deux ans. »
La durée des allocations de chômage est désormais plafonnée à deux ans, et les conditions pour y accéder ont été durcies. Pour bénéficier des allocations de chômage pendant deux ans, il faut avoir cumulé cinq ans de travail au total, dont au moins un an sur les trois dernières années.
Cette limitation temporelle des allocations de chômage risque d’exclure rapidement des dizaines de milliers de travailleurs de la sécurité sociale, les obligeant à se tourner vers l’aide sociale des CPAS. Le gouvernement de l’Arizona choisit de restreindre l’accès au chômage plutôt que de créer des emplois de qualité, alors que le marché du travail ne propose déjà pas suffisamment d’emplois pour tous. Cette mesure menace particulièrement les jeunes, qui pourraient basculer dans la pauvreté après avoir difficilement ouvert leur droit au chômage.
Par ailleurs, avec la montée en puissance de la flexibilité et des contrats intérimaires, l’accès à la protection sociale devient plus complexe. Les jeunes seront contraints d’accepter des emplois précaires, mal rémunérés et souvent dans des conditions dégradées. Cette situation intensifie la concurrence sur le marché du travail, exerçant une pression à la baisse sur les salaires de tous les travailleurs. Dans l’un des pays les plus riches du monde, les jeunes méritent un avenir meilleur que des emplois flexibles et mal payés.
5. Faire travailler les étudiants au lieu de lutter contre la précarité étudiante
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« L’augmentation de la limitation du travail étudiant dans le droit du travail et la sécurité sociale à un maximum de 650 heures devient permanente. L’âge pour le travail étudiant sera fixé à 15 ans. »
Aujourd’hui un étudiant sur deux travaille à côté de ses études. C’est une augmentation de 42 % en dix ans selon les chiffres de la Fédération des étudiants francophones (FEF). Parmi ces jobeurs, 3 sur 4 le font pour payer leur étude1. On est bien loin du job étudiant que l’on prend pour pouvoir payer ses vacances ou des petits extras et qui peut être formateur. Les étudiants et leurs familles subissent eux aussi l’augmentation du coût de la vie : faire des études, c'est payer un minerval, mais c’est aussi payer du matériel de cours, sa nourriture, parfois un kot, etc. C’est dans ce contexte que le nombre d’étudiants jobistes augmente et qu’ils ont besoin de travailler de plus en plus.
Avant, la limite était fixée à 475 heures puis était passée de manière temporaire à 600 heures après la crise sanitaire. Le passage définitif aux 650 heures décidé par l’Arizona soulage beaucoup d’étudiants. Dans ce cadre, les partis de l’Arizona abaissent aussi l’âge de 16 à 15 ans pour le travail étudiant. Mais ce soulagement est révélateur d’une précarité étudiante grandissante et dans ce sens, augmenter les heures étudiantes n’est certainement pas une vraie solution.
Les partis de l’Arizona qui mettent en place cette augmentation des heures étudiantes sont les mêmes qui laissent cette précarité exploser. Le MR et les Engagés ne font rien pour soutenir les étudiants en difficulté. En Flandre, les partis de l’Arizona ont laissé le minerval dépasser les 1 000 euros. Ce sont les mêmes partis qui bloquent l’augmentation des salaires des parents et disent aux enfants de ces familles de travailler pour pouvoir étudier.
Mais jober a un impact direct sur la réussite. Jober, c’est rater des cours, c’est avoir moins de temps pour étudier en période d’examen, etc. 650 heures, c’est 13,5 heures par semaine de travail, soit plus d’une journée et demi par semaine2. Les jeunes qui devraient être en train d’étudier se retrouvent à trimer dans des supermarchés ou des bars tard le soir. Ce sont les enfants de la classe ouvrière qui se retrouvent alors avec encore plus d’obstacles pour réussir.
En plus d’augmenter les inégalités dans notre enseignement, cette mesure va aussi impacter l’ensemble du marché du travail. Le travail étudiant est en effet un travail avantageux pour les employeurs : il est défiscalisé et largement exonéré de cotisations sociales, il est aussi flexible et les jeunes connaissent souvent peu leurs droits. On voit par exemple au Pays-Bas dans le secteur de la distribution comment le travail étudiant finit par remplacer presque totalement les travailleurs fixes. Les étudiants sont une main d'œuvre bon marché qui est utilisée pour tirer les salaires à la baisse et les conditions de travail de l’ensemble de la classe vers le bas. Voilà le modèle de l’Arizona.
6. Ré-introduire un service militaire et préparer la guerre
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Pour les jeunes (18 à 25 ans), nous offrons au sein de la Défense la possibilité d’effectuer un service militaire volontaire de 12 mois. »
Théo Francken, ministre de la Défense, dans ses déclarations publiques, ajoute : « Les jeunes recevront une rémunération d'environ 2 000 euros nets par mois pour une durée de 12 mois. Je vais envoyer une lettre en novembre à tous les 120 000 jeunes de 18 ans pour venir faire ce service militaire volontaire. »
Plutôt que d’investir dans l’éducation, l’accès au logement ou d’autres mesures permettant aux jeunes de construire leur avenir, le gouvernement préfère investir ces moyens vers l’armée, ré-instaurant un service militaire pour les jeunes. Celui-ci est sur base volontaire, mais c’est clairement une mesure activement promue par le nouveau ministre de la Défense Théo Francken dans le cadre de son projet de militarisation de la société (voir le chapitre militarisation).
Qui va réellement s’engager dans ce service militaire ? Une rémunération de 2 000 euros par mois est mise en avant, alors qu’aucune bourse d’étude ni aide du CPAS de ce montant existe pour les jeunes voulant suivre des études. Le service citoyen actuel prévoit une indemnité de 10 euros/jour (soit 200 à 300 euros/mois). Pourquoi une telle différence avec le service militaire ? Cela pourrait pousser un étudiant qui a du mal à payer ses études, un jeune en galère pour décrocher un premier emploi ou ayant un job sous-payé à s’orienter vers l’armée non par conviction, mais par besoin, renforçant ainsi les inégalités et transformant l’armée en seule alternative pour ceux qui n’ont pas d’autres choix…
Au lieu d’investir dans le service militaire, le gouvernement ferait mieux d’investir dans l’enseignement, la formation ou l’accompagnement vers l’emploi. La militarisation croissante de la société ne répond à aucune demande populaire de la jeunesse et ne constitue en rien une réponse à la paix.
6.1. Envoyer les militaires dans les écoles
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous nommons un référent militaire chargé d’expliquer dans les écoles ce que fait la Défense et comment elle contribue à la paix internationale et à notre sécurité. »
L’accord de gouvernement prévoit aussi d’envoyer les militaires dans les écoles pour faire la promotion de l’armée. On voit cela aussi dans une série d’autres pays en Europe, notamment en Allemagne. Les déclarations politiques guerrières et les milliards d’investissements militaires s’accompagnent d’une campagne de militarisation des esprits. L’armée est promue partout dans la rue, dans les médias, sur les boîtes de pizza et aussi dans les écoles.
7. Une approche sécuritaire pour répondre aux problèmes des jeunes
Le titre « Une politique ferme à l’encontre de la délinquance juvénile », choisi par le gouvernement de l’Arizona dans l’accord, donne le ton. Il traduit une volonté de traiter les jeunes comme une menace et comme des délinquants, plutôt que de les considérer comme des individus à accompagner et à soutenir. Les jeunes sont pourtant le monde de demain.
7.1. La police pour les jeunes en décrochage
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous encourageons nos forces de police locales et, de préférence, aussi celles en charge de la jeunesse, à soutenir (davantage) la politique de lutte contre l’absentéisme scolaire élaborée par les acteurs concernés et à impliquer les parents de ces jeunes activement dans ce processus. »
Le décrochage scolaire atteint des niveaux alarmants : entre 2020-2021 et 2023-2024, le nombre d’élèves en situation de décrochage est passé de 50 000 à 93 000 (Les chiffres du décrochage scolaire explosent. | La Ligue des familles). Face à ce vrai problème qui touche nos jeunes, l’Arizona propose une réponse sécuritaire et répressive plutôt qu’une véritable solution.
En effet, les jeunes en décrochage font face à des réalités complexes : détresse mentale, difficultés familiales, précarité sociale… Des situations qui nécessitent un accompagnement individualisé et des solutions structurelles. Mais plutôt que d’investir dans l’accompagnement et la prévention, le gouvernement opte pour l’option policière. Cette politique ne fait qu’accentuer une approche punitive déjà bien présente et déjà dénoncée par les organisations de terrain comme la Ligue des familles. De plus, ce choix ouvre la porte à des contrôles arbitraires et des interpellations de jeunes en rue pendant les heures scolaires.
7.2. Des brigades anti-jeunes
Extrait de l'accord de gouvernement Arizona :
« Nous appelons par ailleurs les polices locales des grandes villes et des centres-villes à mettre en place une brigade de la jeunesse opérationnelle employant des inspecteurs de la jeunesse formés pour travailler avec les jeunes. Cela leur permettra de détecter de manière proactive/préventive les nouveaux phénomènes de criminalité et de nuisance chez les jeunes, de s’adresser aux jeunes en conséquence et, le cas échéant, de les punir/sanctionner. »
Le gouvernement veut créer des brigades de police spéciale « jeunes » pour les surveiller et les punir. Plutôt que de s'attaquer aux causes profondes du décrochage scolaire et de la délinquance, il choisit encore une approche répressive. Ces mesures ciblent en général surtout les jeunes des quartiers populaires, où la précarité est plus forte et où les relations avec la police sont régulièrement déjà tendues. Plutôt que de multiplier les dispositifs répressifs, il est urgent d’investir dans l’éducation, l’accompagnement social et l’insertion professionnelle. Ce sont ces solutions qui s’attaquent aux causes des problèmes et qui permettent de donner aux jeunes de vraies perspectives d'avenir et d’éviter qu’ils ne soient confrontés à la police dès leur plus jeune âge.
Détruire les droits de la classe travailleuse au nom des jeunes ? Une dinguerie
À l’inverse des discours des partis de l’Arizona qui prétendent agir « au nom des jeunes », ceux-ci seront justement les plus touchés par les mesures prévues par le gouvernement et soutenues par le banc patronal. En fait, ce discours vise avant tout à monter les générations les unes contre les autres, à créer la division entre parents et enfants et à utiliser la jeunesse pour justifier des mesures contre l’ensemble des travailleurs.
C’est vraiment une dinguerie de mentir comme ça à la jeunesse et de parler à sa place.
La réalité est que la précarité, l’instabilité ou l’intérim à vie ne sont pas la perspective dont veulent les jeunes. Les mesures Arizona ne sont pas une fatalité, il existe des alternatives et c’est exactement ce dont de plus en plus de jeunes prennent conscience.
1 Chiffres de la FEF.
2 En comptant quatre semaines de vacances sur l’année.