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L'Arizona démasqué | Les dangers de la militarisation

Le gouvernement Arizona accélère les dépenses en matière de Défense et suit aveuglément la militarisation de l'Europe. Cela conduira-t-il à plus de sécurité, ou à une escalade militaire et à un affaiblissement de notre protection sociale ?

Les États-Unis ne sont pas un « partenaire clé de la sécurité ». Ils sont dangereux

Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :

« Les États-Unis (...) sont des partenaires clés dans la défense des valeurs fondamentales communes et de la sécurité mondiale. » 

Le chapitre de l'accord de gouvernement consacré aux Affaires étrangères commence par une référence à l'Otan, qui est dominée par les États-Unis. Dans le chapitre sur la Défense, la coopération internationale s'inscrit également dans un « cadre européen et transatlantique solide ». L'Otan est mentionnée pas moins de quarante-deux fois, et l'atlantisme est évoqué à huit reprises.

Plus de six semaines après la conclusion de l'accord de gouvernement, les États-Unis ont une nouvelle fois prouvé combien ils étaient dangereux. Trump souhaite annexer le Groenland et le canal de Panama, et il considère le Canada comme le 51e État des États-Unis. Il veut s’approprier Gaza pour la transformer en Riviera.

Ce n'est pas nouveau. Les États-Unis disposent de 850 bases militaires dans le monde. Ils ont soutenu de nombreux coups d'État et mené des invasions dans plusieurs pays. Les États-Unis ont rendu le monde plus dangereux en se retirant de traités de contrôle des armements, ce qui a entraîné des retraits systématiques de la part de la Russie. Sous le drapeau de l'Otan (ou dans le cadre de « coalitions de volontaires » avec des États membres de l'Otan), les États-Unis ont mené des guerres en Yougoslavie, en Libye, en Afghanistan et en Irak au cours des dernières décennies. Le génocide des Palestiniens ne serait pas possible sans le soutien militaire des États-Unis. Toutes ces guerres bafouent le droit international et les Nations unies. Résultat : des pays dévastés, des millions de morts et de blessés, d'innombrables réfugiés et du fondamentalisme religieux. Depuis le 11 septembre 2001, les guerres américaines ont fait plus de 4,5 millions de morts. Il est clair que les pays touchés ne considèrent pas les États-Unis et l'Otan comme « des partenaires clés de la sécurité ».

Non seulement le gouvernement Arizona ne tient pas compte de cette réalité, mais en choisissant les États-Unis comme son « principal partenaire », il cautionne cette politique d'agression meurtrière. De ce fait, il dénigre aussi les Nations unies et le droit international. Theo Francken, le nouveau ministre de la Défense, vient couronner le tout. Interrogé sur ce qu'il pense de la menace de Trump à l'égard du Groenland, il a répondu : « Je peux comprendre (...) Je préférerais que les Américains surveillent la région. » Il n'a pas été rappelé à l'ordre. Un ministre de la Défense qui comprend la colonisation étasunienne du Groenland, un territoire qui fait partie du Danemark, un État membre de l'Union européenne (UE), depuis 900 ans. C’est hallucinant.

Tout le monde ne pense pas comme M. Francken, car depuis que Donald Trump est revenu au pouvoir en janvier 2025, il a bouleversé les relations des États-Unis avec l'Europe. Guerres tarifaires, menaces à l'encontre du Groenland et du Danemark, ingérence dans les élections allemandes, négociations avec Poutine sans l'Europe ni l'Ukraine, pillage des ressources ukrainiennes pendant que l'Europe peut supporter les coûts de la guerre, etc. La liste des surprises et des humiliations est longue. En Europe, la classe dominante ne sait plus sur quel pied danser. Certains plaident en faveur d’une « autonomie stratégique » et d’une armée européenne, tandis que d'autres souhaitent rapidement s’attirer à nouveau les bonnes grâces de l'Oncle Sam.

L'orientation exacte des relations transatlantiques n'est pas encore claire. Mais les dirigeants européens sont entièrement d'accord sur un point. La présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, propose « ReArm Europe », un plan de 800 milliards d'euros pour réarmer l'Europe. C'est plus que le PIB annuel de la Belgique.

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L'Europe se militarise à grande vitesse, l'Arizona suit

Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :

« Conformément à notre engagement international, nous définissons une trajectoire de croissance accélérée vers 2 % du PIB pour les dépenses de défense d’ici 2029 au plus tard et vers 2,5 % en 2034 au plus tard. » 

C'est ce que stipule l'accord de gouvernement de début février. Depuis, ce plan est passé à la trappe : le Premier ministre, Bart De Wever, souhaite désormais atteindre les 2 % dès le sommet de l'Otan de juin 2025. Concrètement, cela signifie que 4 milliards d'euros supplémentaires seront nécessaires d'ici là, donc bien avant 2029. Selon le ministre du Budget Van Peteghem, 17,2 milliards d'euros supplémentaires seront nécessaires pour le reste de la législature afin d'accélérer le passage à la norme de 2 %. 

L'Europe accélère la cadence, mais la militarisation s’est mise en marche bien avant l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, et même avant l'invasion illégale de l'Ukraine par la Russie. Les dépenses des États membres de l'Otan en Europe sont passées de près de 300 milliards d'euros en 2014 à près de 500 milliards en 2024, soit une augmentation de 200 milliards d'euros en dix ans. En Belgique, les dépenses militaires ont augmenté de manière encore plus conséquente : elles ont doublé en sept ans pour atteindre 7,9 milliards d'euros en 2024 (estimations de l'Otan).

En raison des humiliations de Trump et en vertu du bon sens, l'Europe doit adopter une approche différente. Mais à ce moment critique de l'histoire, l'UE fait fausse route : face à la menace russe et à l’imprévisibilité des États-Unis, elle fait primer la militarisation sur tout le reste. Tous les politiques européens parlent d'armes, alors que presque personne ne parle de paix. On n'entend plus personne parler de la relance de l'industrie manufacturière, sauf quand il est question de l'industrie de l'armement. Et la lutte contre le changement climatique n’est plus du tout à l’ordre du jour.

La croyance selon laquelle l'Europe devrait s'armer jusqu'aux dents et devenir un clone des États-Unis ne nous rapproche pas de la paix en Ukraine, ni de meilleures relations avec le reste du monde. On dirait bien que les États-Unis vont déjà remporter une première victoire. En effet : la fièvre de la guerre en Europe va stimuler l'industrie américaine de l'armement. Entre 2020 et 2024, près de deux tiers des importations d'armes dans les pays européens de l'Otan provenaient des États-Unis. Et cela n'est pas près de s'arrêter.

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Nous devons préparer la paix, pas la guerre

Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :

« La première mission de notre Défense est de contribuer à la dissuasion collective » et « la situation géopolitique a radicalement changé en Europe. La menace n’est plus implicite, mais aiguë. »

« Si vis pacem, para bellum » (Si tu veux la paix, prépare la guerre), répètent Bart De Wever et tous les partisans d’une augmentation des dépenses militaires. Parce que Trump a abandonné l'Europe et que Poutine la menace, l'Europe devrait construire une machine de guerre colossale pour « dissuader » l'adversaire. L'idée sous-jacente est de dissuader l'ennemi de mener toute attaque.

Cette stratégie militaire est erronée, dangereuse et dépassée. Posséder plus d'armes n’est pas synonyme de plus de sécurité. D'autres pays réagiront en s’armant davantage, ou en procédant à des frappes préventives. Cela crée un cercle vicieux où des pays ne cessent d'accroître leur puissance militaire pour se surpasser les uns les autres. Dans la théorie des relations internationales, c'est ce que l'on appelle le « dilemme de la sécurité ». Cela accroît les tensions, de sorte que même des incidents mineurs peuvent être fatals, surtout à une époque où l'on dispose d'armes de destruction massive. Préparer la guerre conduit à la guerre, comme l'histoire l'a prouvé à de nombreuses reprises. Lorsqu’on a plus d’armes, on est aussi plus enclin à les utiliser. La production massive d'armes n’augmente pas la sécurité. Au contraire : elle la diminue.

L'Europe ne doit-elle pas se protéger contre la Russie ? Au lieu de semer la peur, les dirigeants politiques et militaires devraient réévaluer la situation. Les États européens membres de l'Otan dépensent trois fois plus pour la Défense que la Russie (454 milliards de dollars contre 141 milliards de dollars en 2024). Même sans les États-Unis, l'Europe surpasse la Russie à tous les niveaux. L’Europe de l’Otan compte quatre fois plus de navires de guerre, trois fois plus de chars de combat, de véhicules blindés et d'artillerie, deux fois plus d'avions de chasse et plus de soldats (Greenpeace – 11/11/2024). L'Union européenne est aussi bien plus forte sur le plan économique : le PIB de la Russie n'est pas beaucoup plus élevé que celui du Benelux. Une attaque russe contre l'UE serait une mission suicide. La Russie s'est également embourbée en Ukraine. Après trois ans de guerre intense, elle ne parvient pas à vaincre l'Ukraine et a eu beaucoup de peine à occuper 20 % du territoire ukrainien.

La Russie a envahi illégalement l'Ukraine, en violation du droit international, ce que le PTB a toujours fermement condamné. Mais le vrai danger, c'est la surenchère militaire. Plus il y a d'armes, plus la situation est explosive. Les milliards supplémentaires que l'UE et l’Arizona veulent investir dans l'armement ne changeront pas grand-chose au rapport de forces entre l'Europe et la Russie. Que l'Europe dépense trois, quatre ou cinq fois plus pour sa défense ne change rien. En outre, l'escalade avec une puissance nucléaire – la seule dans laquelle l'Europe ne surpasse pas la Russie – pourrait conduire à une catastrophe. Sur la dissuasion nucléaire, Albert Einstein disait : « L’ère du nucléaire a tout changé, sauf notre façon de penser, et c’est pourquoi nous dérivons vers une catastrophe sans précédent. » 

Au lieu d'essayer de gagner une course aux armements, l'Europe doit changer de stratégie et développer une diplomatie basée sur le principe du bon voisinage. La Russie ne va pas changer de place sur la carte du monde. Nous avons besoin d'une diplomatie qui respecte le droit international et les droits humains, qui choisit le dialogue, le désarmement et la paix, et qui entretient des relations rationnelles avec les géants économiques, qu'il s'agisse des États-Unis, de la Chine, de l'Inde, de la Russie, du Brésil ou de l'Afrique du Sud.

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Investir dans la diplomatie et la coopération au développement

Il n'est pas trop tard pour l'Europe, et la Belgique pourrait montrer la voie : autrefois, la Belgique était saluée pour sa diplomatie. Nous devons renouer avec cette tradition, au lieu de participer à la course aux armements. Comme pendant la guerre froide dans les années 1970 lors du processus d'Helsinki, où le ministre des affaires étrangères Pierre Harmel, avec Olaf Palme et Willy Brandt, a appelé à des « politiques de détente » et à de meilleures relations avec l'Union soviétique, ce qui a conduit à la conclusion d'accords substantiels sur la maîtrise des armements et le désarmement, ainsi qu'à la création de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L’idée de la « sécurité collective et indivisible » était centrale : personne n’est en sécurité tant que nous ne le sommes pas tous. C’est diamétralement opposé à la conception d'une alliance militaire comme l'Otan.

Nous avons de nouveau besoin de cette idée aujourd'hui. Si elle a été centrale au plus fort de la guerre froide, pourquoi ne pourrait-elle pas l’être aujourd'hui ? La seule voie vers la stabilité et la paix est une solution qui garantit la sécurité de l'ensemble du continent. Nous ne devons pas diviser à nouveau le continent en deux blocs hostiles le long d'une ligne de front lourdement armée. Malheureusement, l'UE réduit considérablement son corps diplomatique et subordonne la diplomatie aux intérêts économiques. L'accord de gouvernement cite la diplomatie principalement dans le cadre du « soutien à notre politique industrielle de défense » et du renforcement de l'industrie belge de l'armement par le biais de programmes européens. L'Arizona subordonne la diplomatie – un outil extrêmement important pour prévenir les guerres et y mettre fin – aux intérêts du commerce des armes. 

La solidarité internationale doit se concentrer sur les causes des conflits. La stabilité économique et sociale est source de sécurité. L'OCDE a calculé que chaque euro investi dans la prévention des conflits permet d'économiser environ 16 euros. 

Mais les tableaux budgétaires montrent que l’Arizona veut économiser quelque 25 % sur la coopération au développement, ce qui éloigne encore plus la Belgique de l'objectif de coopération au développement de 0,7 % du PIB, fixé par les Nations unies en 1970 et également inscrit dans la loi belge en 2013. La Belgique n’a atteint que 0,44 % en 2023, bien en dessous de la moyenne de l'UE, et veut économiser encore davantage. Notre pays ferait mieux de poursuivre cette norme légalement établie et de respecter ses propres lois, au lieu de s'aligner sur les normes d'une alliance militaire agressive.

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Une période faste pour l’industrie de l'armement, la classe travailleuse paie la facture

« La Belgique est un des plus mauvais élèves », « la Belgique est à la traîne », martèlent nos ministres sur les dépenses militaires belges. C'est vrai en termes de pourcentage du PIB, mais en chiffres absolus et par habitant, la Belgique se situe dans la moyenne de l'Otan. L'Otan elle-même représente plus de 55 % des dépenses militaires mondiales. En 2024, la Belgique a consacré 1,3 % de son PIB aux dépenses militaires, ce qui représente un budget de 7,9 milliards d'euros, contre 6,7 milliards d'euros en 2023. Par habitant, cela représente 653 dollars. Cela place la Belgique en 16e position sur les 32 États membres de l'Otan, au-dessus de pays comme l'Italie (603 $), l'Espagne (499 $), le Portugal (412 $), la Croatie (359 $), la Slovénie (428 $) et la République tchèque (481 $) (chiffres par habitant en 2023, selon le SIPRI).

Mais ce n'est pas suffisant pour l'Arizona, qui souhaite atteindre la norme de 2 % dès juin 2025 et éventuellement la relever davantage d'ici à 2029. Si la Belgique veut consacrer 2,5 % de son PIB à la Défense en 2029, cela représente 17,75 milliards d'euros de dépenses militaires (sur la base d'un PIB de 710 milliards d'euros en 2029), soit 10 milliards d'euros de plus par an qu'en 2024. Cela signifie qu’en 2029, les dépenses militaires coûteront environ 3 500 euros par an par ménage.

Le Premier ministre De Wever organise une « formation gouvernementale bis » : les présidents des partis se réunissent dans le comité ministériel restreint pour trouver des milliards. On ne sait pas encore où ils vont trouver cet argent, mais ce dont on est déjà sûrs, c’est qu'il y aura des coupes supplémentaires. Sur la table se trouvent également : la vente de participations de l'État, la création d'un fonds de la défense, l'émission d'un bon de défense, et des contributions des entités fédérées.

Dans tous les cas, chaque euro consacré à l'armement ne peut être affecté à d'autres domaines politiques. Cela vaut aussi pour les euros trouvés en dehors du budget. L'Arizona économise partout, mais injecte des milliards dans la Défense. La sécurité sociale risque d’être la principale touchée, ce qui était déjà prévu dans l'accord de gouvernement initial et pourrait être exacerbé par la « formation bis ». Mark Rutte, secrétaire général de l'Otan, a déclaré : « Les pays européens consacrent en moyenne jusqu'à un quart de leur revenu national aux pensions, aux soins de santé et à la sécurité sociale. Nous n'avons besoin que d'une petite fraction de cet argent pour renforcer la Défense ». Le ministre Francken estime que la sécurité sociale est « trop grasse ». Si on veut augmenter le budget fédéral pour les dépenses militaires, on touche à la sécurité sociale et donc, aux pensions et aux soins de santé. L’économiste Geert Peersman a calculé que la norme Rutte (3,5 % du PIB pour les dépenses de défense) impliquerait une réduction des pensions de 20 %. Pour la contribution des entités fédérées, les allocations familiales – comme l'a suggéré Georges-Louis Bouchez – et les soins de santé sont dans le viseur.

Les seuls gagnants dans cette histoire, ce sont les fabricants d'armes, qui réalisent des bénéfices records. Le chiffre d'affaires de l'industrie européenne de la Défense a déjà augmenté de 30 % en 2022-2023. Selon Agoria, l'industrie belge de la Défense pourrait doubler au cours des dix prochaines années, pour atteindre un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros. « C'est du jamais vu », a déclaré l'économiste en chef de la KBC après l'annonce du plan « ReArm Europe » de 800 milliards d'euros. « Pour certaines actions, les rendements atteignent 1 000 %, avec une moyenne de 400 à 500 %. C’est gargantuesque. »

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Militarisation de l'ensemble de la société

Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :

« Sensibiliser l'ensemble de la société à une nouvelle culture de la sécurité. »

« Il y a de la lumière au bout du tunnel », « Nous devons nous serrer la ceinture », « Les dépenses publiques sont trop importantes », « Nous vivons au-dessus de nos moyens ». Ces maximes ont justifié l'austérité néolibérale pendant des décennies. À part pour les banques en 2008, il n'y a jamais eu d'argent. Mais avec les milliards qui tombent du ciel pour les fabricants d'armes aujourd’hui, ces slogans ne tiennent plus. C’est pourquoi, partout en Europe, on prépare les esprits à la guerre : l'ensemble de la société doit être militarisée.

Ainsi, la « visibilité de la Défense doit être accrue », avec « des orchestres militaires, des journées portes ouvertes, des expositions et des festivités ». Cela semble inoffensif, mais c'est ce qu'on appelle dans le jargon anglophone le « militainment » (« military entertainment » ou « divertissement militaire »), une manière de normaliser la violence militaire. Plus alarmante est l'intention d’« expliquer le rôle de la Défense » dans les écoles. Les réseaux sociaux montrent des militaires laissant les adolescents prendre des armes en main, comme s’il s’agissait de simples jouets. « L'éducation à la paix doit être abandonnée et remplacée par un endoctrinement militaire », écrit le militant pour la paix Ludo De Brabander. Francken a déjà annoncé que tous les jeunes de 18 ans recevraient une invitation à faire leur service militaire, ce qui semble annoncer la réintroduction de la conscription. La classe travailleuse comme chair à canon pour les tranchées. « Quand les riches se font la guerre, les pauvres meurent », disait le philosophe français Jean-Paul Sartre.

La liberté d'expression est également sous pression. Plusieurs pays criminalisent déjà la critique du génocide à Gaza et les livraisons d'armes à Israël. L'Arizona semble suivre l'exemple allemand en assimilant la critique d'Israël à un soutien au terrorisme ou à l'antisémitisme, et en la poursuivant même légalement. En outre, l'Arizona envisage de réintroduire une interdiction de manifester (voir le chapitre sur les droits démocratiques).

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La Défense, c’est se défendre, et cela coûte beaucoup moins cher

L'accord de gouvernement contient une liste d'achats très coûteux en matière d'investissements militaires. Avec notamment des « avions de chasse supplémentaires », une « troisième frégate », « l'armement et l'extension de notre flotte de drones », des « capacités pour mener une guerre électronique » et une « défense aérienne à plusieurs niveaux ».

L'accord ne présente aucun argument pour justifier ces achats. Les achats auprès de l'industrie de l'armement pour atteindre rapidement la norme de l'Otan sont horriblement coûteux. Ces investissements reflètent la vision de la Défense comme une « dissuasion » maximale et se concentrent sur les capacités offensives, en particulier pour les interventions à l'étranger.

Un grand principe concernant les armes est que leur prix augmente en même temps que leur potentiel offensif et destructeur. La Belgique a déjà acheté trente-quatre F-35 pour un montant de 3,8 milliards d'euros. Selon Theo Francken, une nouvelle commande va suivre. Pourtant, le F-35 est un avion de chasse de haute technologie destiné à la guerre globale. Pour la protection de notre propre espace aérien, des avions plus classiques sont suffisants et nous n’avons certainement pas besoin de F-35 supplémentaires. Ceux-ci rendent la Belgique encore plus dépendante des États-Unis pour leur entretien et les pièces détachées. De plus, les F-35 souffrent toujours de graves problèmes et leur utilité est remise en question à l'ère des drones (VRT – 01/08/2023 et Stripes – 03/02/2025).

Les frégates sont des navires hautement armés dont le coût unitaire s'élève à 1 milliard d'euros. Elles jouent principalement un rôle d'escorte des flottes de l'Otan dans le monde entier. La Belgique en recevra deux nouvelles d'ici 2030. Pour un littoral de 60 kilomètres et la protection des infrastructures critiques de la mer du Nord, une troisième frégate n'est pas nécessaire.

Francken trouve cela « un peu criminel » de refuser d'armer les drones, mais c'est justement l'armement qui transforme les drones en armes meurtrières. Les États-Unis les utilisent pour des « assassinats ciblés ». Les drones non armés conviennent parfaitement à la surveillance et à la protection des infrastructures critiques, ainsi qu'au déploiement humanitaire en cas de catastrophe, par exemple pour la recherche de survivants. Les drones armés coûtent au moins cinq fois plus cher. L'armement de la flotte belge de drones SkyGuardian est principalement destiné à un déploiement offensif dans des zones de conflit telles que le Yémen, la Syrie ou le Sahel.

L'antiaérien peut également être offensif ou défensif, ce qui fait aussi varier son prix. Un petit pays comme la Belgique doit se concerter avec les pays voisins pour l'organisation de la défense antiaérienne, mais l'accord de gouvernement ne fait pas mention de cela. Le fait que l'Arizona veuille investir dans des « capacités pour mener une guerre électronique » plutôt que dans la protection contre les cyberattaques est révélateur de son programme agressif.

La mission première de la Défense n'est pas la « dissuasion maximale » et les interventions à l’étranger, mais la protection du territoire, des infrastructures critiques et de la population. La Défense doit se concentrer sur la défense et la protection, pas sur ses capacités d’agression et sur une projection de puissance militaire. Pas de dissuasion maximale, mais une capacité de défense limitée et suffisamment crédible. Cela signifie pas d'avions de chasse offensifs comme le F-35, pas de frégates supplémentaires, pas de drones armés, pas d'armes nucléaires et pas non plus de guerre électronique (mais une protection contre les cyberattaques).

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Tout pour les armes, mais les soldats doivent travailler plus longtemps

Alors que l'industrie de l'armement est gâtée par Arizona, l'armée belge souffre. L'âge de la retraite sera progressivement relevé de 11 (!) ans. Leur pension sera calculée sur le salaire moyen d'une carrière de 45 ans au lieu de 10 ans, leurs tantièmes disparaissent et la retraite anticipée est retardée. Pourtant, le métier de soldat est un métier difficile, physiquement exigeant, comprenant du stress et des risques pour la santé et la vie. En outre, les soldats sont confrontés à de mauvaises conditions de travail, à l'incertitude quant au lieu de travail, à un soutien à la famille insuffisant, à des possibilités limitées de mobilité interne, à des désaccords avec leurs supérieurs et à l'absence de soins médicaux appropriés. Quarante pour cent des nouvelles recrues quittent l'armée après deux ans. C'est énorme et cela représente un coût de dizaines de millions d'euros. Pourtant, l'accord de gouvernement n'en fait pas mention.

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