L'Arizona démasqué | Comment le gouvernement casse aussi le secteur des soins de santé
Depuis des années, les politiques font la sourde oreille face aux besoins en matière de soins de santé. Leur attitude nous a entraînés dans une crise des soins de santé : les patients ne trouvent plus de médecin, le personnel soignant tombe malade. L'Arizona poursuit le démantèlement de notre système de soins de santé. Le gouvernement répète cette fameuse rengaine : « Il n'y a pas d'alternative, nous devons faire les choses de manière plus efficace. » Il vise avant tout une politique d'austérité généralisée.
La demande de soins augmente, mais le budget est à la traîne
La population vieillit. Par conséquent, nous avons tous besoin de plus de soins d'année en année. Les personnes âgées se rendent plus souvent chez le médecin, prennent plus de rendez-vous chez le kinésithérapeute et consomment plus de médicaments. Nos besoins en matière de soins augmentent, mais le budget n'augmente pas en conséquence. Le gouvernement décide du montant de l'augmentation annuelle du budget des soins de santé au-delà de l'index. Pour cela, il se sert de la « norme de croissance ». Le Bureau du Plan a calculé que la norme de croissance devrait s’élever à 3,2 % par an entre 2025 et 2029.
Que décidera le gouvernement Arizona ? Il veut économiser jusqu'à 523 millions d'euros par an dans le domaine des soins de santé. C'est écrit dans son tableau budgétaire. Si la norme de croissance est réduite à 2 % et ne passe à 3 % qu’en 2029, le budget augmentera nettement moins que nos besoins en matière de soins de santé. Une telle mesure engendrerait un écart de plus d'un milliard et demi d'euros entre le budget des soins de santé et le budget nécessaire pour maintenir la même qualité de soins pour une population vieillissante. Les soins de santé devront faire plus avec moins de budget par personne, ce qui accentuera la pression sur les besoins du personnel et des patients.
Aujourd'hui déjà, de nombreux besoins ne sont pas satisfaits. Il suffit de penser aux innombrables personnes qui sont sur des listes d'attente pour obtenir des soins de santé mentale appropriés. Ou à l'augmentation des prix des consultations chez le médecin, le kinésithérapeute ou le dentiste. Faire des économies aura pour effet d'allonger les listes d'attente et de réduire les remboursements. C’est le patient qui paiera la facture. L'Arizona ouvre ainsi la porte à la médecine de classe. Les personnes qui en ont les moyens souscrivent une assurance hospitalisation privée et peuvent payer des suppléments élevés dans les hôpitaux ou les cliniques privées. Ceux qui n'en ont pas les moyens finissent sur une longue liste d'attente ou doivent reporter leurs soins.
L'Arizona économise sur nos soins. Pourtant, la Belgique dépense aujourd'hui moins en soins de santé que ses voisins et moins que la moyenne des pays de l'OCDE. Alors, pourquoi les partis de l'Arizona font-ils des économies ? La raison principale est qu'ils veulent combler le déficit budgétaire dont des partis comme le MR et la N-VA sont eux-mêmes responsables. Entre 2014 et 2018, le gouvernement de la Suédoise (MR, N-VA, Open VLD et CD&V) a creusé un trou de 8 milliards d'euros par an dans la sécurité sociale avec ce qu'on appelle le tax-shift. Une autre raison est à chercher du côté de Theo Francken, ministre de la Défense N-VA : interview après interview, il affirme que la sécurité sociale et les soins de santé devraient être réduits afin de disposer de plus d'argent pour les armes et la guerre.
Le personnel soignant est pressé comme un citron
Travailler dans le secteur de la santé est physiquement et mentalement épuisant. Il faut arpenter des couloirs, soulever et porter des patients, être flexible, travailler dans un contexte de pénurie permanente de personnel et assumer de grandes responsabilités. Le secteur des soins de santé est descendu dans la rue à de nombreuses reprises pour réclamer de meilleures conditions de travail, un accord social et le respect. L'Arizona leur demande d’en faire davantage avec moins de moyens.
Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :
« Ce gouvernement se concentrera donc sur une politique de rétention, en plus d’augmenter l’attractivité de la profession. Cette politique sera axée sur les conditions de travail, la valorisation et l’attractivité de la profession et le contenu du travail. »
L'Arizona promet de rendre les professions de santé plus attractives, mais attaque les pensions et les conditions de travail de tous les travailleurs. Ainsi, le personnel de santé devra également travailler plus longtemps pour une pension moindre. Les aménagements de fin de carrière deviendront moins accessibles et ne seront plus intégralement pris en compte dans le calcul du montant de la pension. Peu de travailleurs du secteur de la santé atteignent une carrière complète. Ceux qui arrêteront de travailler avant 67 ans perdront une partie de leur pension. Cela peut représenter des centaines d'euros par mois. Pendant la carrière, la flexibilité et la charge de travail augmenteront. Les heures supplémentaires deviendront normales, avec par exemple jusqu'à 45 heures de travail par semaine sans compensation supplémentaire. La porte est ouverte pour des mesures de façade comme des flexi-jobs. L'interdiction du travail de nuit sera levée, ce qui, à terme, aura pour effet d’impacter les compensations pour les prestations irrégulières.
Extraits de l’accord de gouvernement Arizona :
« Nous concluons des accords sociaux tripartites dans les secteurs fédéraux du non marchand en vue d’améliorer et de moderniser les conditions de travail dans ce secteur. »
« Les accords entre les partenaires sociaux qui influencent les revenus ou les dépenses du gouvernement fédéral seront (...) évalués pour leur compatibilité avec le parcours budgétaire pluriannuel. »
Sous la pression du mouvement social, le gouvernement promet un accord social pour le secteur non marchand. Mais il ignore quand cet accord sera mis en place, et de quel montant il sera question. Le ministre Vandenbroucke a aujourd’hui confirmé que l'accord social ne serait mis en place qu’à la fin de la législature. L'accord de gouvernement stipule aussi explicitement que les accords sociaux ne doivent pas s'écarter des lignes du budget arrêté. Pour cet accord social, il faut donc trouver de l'argent dans le budget, là où l'Arizona économise 523 millions d’euros.
Le personnel soignant a droit au respect. Tant en termes de paroles que d’actes : il faut plus de moyens, des limites à la flexibilité et de meilleures conditions de travail. Pas en 2029, mais maintenant.
Une accessibilité davantage sous pression
Les soins de santé sont de moins en moins accessibles. L'année dernière, plus d'un Belge sur quatre a reporté des soins parce qu'il n’avait pas les moyens de les payer. L'Arizona promet de travailler sur l'accessibilité des soins de santé. Mais qu'en est-t-il ?
Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :
« Nous étendons le système du tiers payant afin d’améliorer l’accessibilité aux soins. »
Depuis des années, le PTB fait pression pour généraliser le tiers payant, afin que les patients ne paient que leur part au prestataire de soins et n'aient plus à avancer l'argent que la mutuelle leur remboursera par la suite. Retrouver ce principe dans l'accord de gouvernement est une bonne chose. Mais les partis de l'Arizona se disputent déjà sur les accords conclus. Le ministre Vandenbroucke et le CD&V affirment qu'il existe des « accords implicites » selon lesquels le système du tiers payant s'appliquerait à tous les dentistes, kinésithérapeutes et logopèdes. Cependant, la N-VA le nie catégoriquement.
Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :
« Pour garantir une sécurité tarifaire suffisante au patient, le modèle de convention sera encouragé par le Gouvernement. »
Les prestataires de soins de santé peuvent choisir de se conventionner. Ils s'en tiennent alors à des tarifs prédéterminés. Une bonne convention limite les prix et donne des garanties aux patients. Parce que les médecins non conventionnés facturent des suppléments. L'Arizona veut « encourager » la convention, mais de nombreux gouvernements ont déjà tenu des propos similaires. En réalité, les prestataires de soins de santé sortent de la convention par vagues successives. Le gouvernement ferait mieux de développer et d'imposer de bonnes conventions dans le domaine des soins de santé.
Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :
« Les suppléments sont limités dans tous les secteurs. »
Le système dans lequel des suppléments peuvent être demandés en plus du prix fixe sape l'idée de base de notre sécurité sociale. Toute personne, quel que soit son revenu, devrait avoir accès à des soins de santé de qualité. L'Arizona annonce une restriction des suppléments. Cela semble positif, mais a des effets pervers. Nous l'avons déjà vu lorsqu'il a été interdit de facturer des suppléments pour les scanners réalisés entre 8h et 18h. Les patients sont désormais confrontés à un choix : être sur une liste d'attente pendant des mois, ou payer un supplément pour éviter la file d'attente et passer leur scanner de nuit. La véritable solution consiste à supprimer complètement les suppléments.
Les hôpitaux sont progressivement réduits
L'Arizona poursuit la réforme du paysage hospitalier et de son financement. Pour les patients, cela menace l'accessibilité des soins ; pour le personnel de santé, cela signifie une augmentation de la charge de travail.
Des plans visant à fermer de petits hôpitaux la nuit ont été divulgués dans la presse. Les patients et le personnel soignant ont réagi avec panique, et le ministre Vandenbroucke et plusieurs directeurs d'hôpitaux ont balayé ces inquiétudes. La mesure devrait permettre de réaliser des gains d'efficacité. Mais elle menace surtout la faisabilité du travail pour le personnel, et l'accessibilité des soins pour les patients. La charge de travail dans les hôpitaux est déjà très élevée, les lits sont pleins, et on ferme encore plus d'hôpitaux ? Les patients devront aller loin pour être soignés. Que faire si on n'a pas de voiture et qu'aucun bus ne circule ?
L'Arizona souhaite également réformer le financement des hôpitaux. Par le biais d'un « financement de base axé sur la pathologie », il souhaite indemniser les hôpitaux en fonction de la maladie ou de l'intervention chirurgicale du patient. Nous voyons déjà les conséquences de ce système en Allemagne. Il pousse les hôpitaux à renvoyer les patients chez eux de plus en plus rapidement, ce qui alourdit considérablement la charge de travail. Ainsi, la réduction du nombre de lits d'hôpitaux se poursuit dans notre pays.
Big Pharma est hors d’atteinte
En Belgique, les grandes entreprises pharmaceutiques n’ont pas à se plaindre. Elles réalisent d'immenses bénéfices, sont généreusement subventionnées et n'ont pas à justifier leurs prix faramineux auprès de qui que ce soit. L'Arizona reste docilement les bras croisés. Le gouvernement économise sur les soins de santé, mais ne touche pas à Big Pharma. Pourtant, ce sont les grandes entreprises, et non les infirmières ou les patients, qui pillent notre sécurité sociale.
Les laboratoires pharmaceutiques fixent des prix bien plus élevés que les coûts réels et ne fournissent des médicaments que lorsque cela les arrange. L'Arizona ne prévoit aucune mesure concrète pour faire respecter des prix équitables ou résoudre les pénuries de médicaments. Ils maintiennent les contrats de prix secrets, ce qui signifie que personne ne sait combien sont payés certains médicaments. L'Arizona promet aux grandes multinationales de ne pas toucher aux lois strictes sur les brevets, qui leur ont permis de conserver un monopole sur la plupart des médicaments importants pendant des années.
L'accord se résume à de vagues intentions, alors que des mesures très concrètes sont sur la table. Le « modèle du juste prix » de Solidaris nous permettrait de baser le remboursement des médicaments sur des critères objectifs. Les licences obligatoires sont un autre outil permettant de rendre les médicaments coûteux moins chers. L'Arizona ne mentionne pas ces mesures qui feraient contribuer le secteur pharmaceutique.
Scinder pour économiser
Extrait de l’accord de gouvernement Arizona :
« Le gouvernement poursuivra dans cette même logique qui peut conduire à la conclusion d’ententes asymétriques [en matière de soins de santé]. »
Avec une « politique asymétrique », l'Arizona souhaite également scinder davantage les soins de santé. Cela signifie qu'ils adopteront une approche différente en Flandre et en Wallonie. Pourtant, cela n'a aucun sens. Les virus ne se soucient pas de la frontière linguistique. Et dans le domaine des soins de santé, c'est en travaillant ensemble qu’on est le plus efficace. En raison des nombreuses réformes de l’État, les soins de santé sont aujourd'hui fragmentés, désespérément complexes, inefficaces et inégaux. Ce dont nous avons vraiment besoin, c'est de plus de solidarité et d'unité de commandement. Nous voulons une politique de santé forte qui serve les intérêts de tous les patients.
Alors pourquoi les partis de l'Arizona veulent-ils scinder davantage les soins de santé ? Pour comprendre, il faut regarder du côté des compétences qui sont déjà pleinement dévolues aux communautés aujourd'hui. Il suffit de penser aux soins aux personnes âgées, aux crèches, aux allocations familiales ou aux transports publics. Après le transfert de ces compétences à la Flandre et la Wallonie, elles ont été détruites à coups de coupes budgétaires. Scinder pour épargner, voilà le véritable programme de l'Arizona.
La chasse aux malades de longue durée
L'accord de gouvernement prévoit des mesures de contrôle et de sanction pour les malades de longue durée, les médecins et les mutuelles. Au lieu de s'attaquer aux causes réelles des maladies de longue durée, le gouvernement part de la méfiance et de l’hypothèse selon laquelle le système est utilisé de manière abusive. Toutefois, ces mesures ne résoudront pas le problème du nombre croissant de malades de longue durée. Bien au contraire. Ce système créera encore plus de malades et ne fera qu'augmenter la charge de travail des médecins et des mutuelles. Nous devons nous attaquer aux causes profondes de la maladie et de la charge de travail élevée. Cela signifie que nous avons besoin de politiques axées sur les soins, la confiance et l'emploi durable avec un travail faisable. Vous trouverez plus d'informations à ce sujet dans le chapitre consacré à la flexibilité.
La santé doit être un droit fondamental
L'Arizona économise sur nos soins de santé. Ce gouvernement s'attaque aux conditions de travail du personnel de soin. Il ouvre la porte aux acteurs privés. Parallèlement, il ne touche pas aux principaux facteurs de coût des soins de santé : Big Pharma et les salaires excessifs des médecins. Il réduit les patients à des numéros, le personnel à des coûts et la politique des soins de santé à des nombres et des tableaux. Pour l'Arizona, les soins de santé constituent de plus en plus un marché.
Nous ne devons pas nous engager dans cette voie. Les soins de santé constituent un droit fondamental : tout le monde doit avoir accès aux meilleurs soins, sans longs délais d'attente ni factures onéreuses. Nous avons besoin d'un modèle de soins qui mette l'accent sur la collaboration et la prévention, et qui investisse dans les ressources humaines. Lorsque nous réformons, partons toujours des besoins des patients et du personnel. Brisons le pouvoir de Big Pharma et débarrassons-nous du système à la prestation, qui favorise trop d’examens et d'interventions inutiles.