#GoLeft2 : Chasser le chômage, pas les chômeurs

De l’enquête électorale du PTB

28 % des personnes interrogées estiment que « l’emploi » fait partie du top 3 des problèmes que nous devons aborder en premier lieu. La première revendication à la question « Comment combattre la pauvreté ? » est celle-ci : « Il faut chasser le chômage, pas faire la chasse aux chômeurs ».

Pour le thème « Un avenir pour les jeunes », que 21 % cochent comme un thème pour le top 3, l’emploi figure comme première revendication : « Le droit à un emploi stable avec un salaire décent. Un avenir durable, ce ne sont pas des petits contrats ou l’intérim ». (59 %)

À la question « Comment garantir de l’emploi pour tous ? », 43 % cochent : « Au lieu de reculer l’âge de la pension, donner le droit aux plus âgés d’être remplacés par des jeunes, ». 29 % sont partisans de « Créer des emplois supplémentaires dans le secteur public : soins de santé, enseignement, transports publics, administration fiscale… » (avec les rentrées de la taxe des millionnaires). Et 21 % veulent « interdire aux grandes entreprises qui font des bénéfices de licencier du personnel ».

 

Constats

Un. Le principal problème de l’emploi, c’est la pénurie d’emplois. À Bruxelles, 48 personnes se font concurrence pour un emploi, en Wallonie, elles sont 23 pour un emploi. La moyenne pour notre pays est de 17 candidats pour un emploi. En octobre 2013, il y avait à peine 35 500 offres d’emploi pour un total de 595 000 demandeurs : une offre pour 17 demandeurs.

Les titres-services – travail précaire grassement subventionné par l’État – ont été ces dernières années le principal canal de création de nouveaux emplois. Si nous ne les comptons pas, l’emploi rémunéré total en 2013 reste au même niveau qu’en 2008 : près de 3,67 millions d’emplois salariés.

 

Deux. Le gouvernement oblige les plus âgés à travailler plus longtemps… Le gouvernement Di Rupo a continué à détricoter la prépension et il a porté l’âge de la pension anticipée de 60 à 62 ans. Dès 2015, 40 années de carrière seront désormais requises pour prendre sa prépension à 60 ans. Quant à la durée de la carrière donnant droit à la pension anticipée, le gouvernement l’a fait passer de 35 ans à 40 (pour les travailleurs et les indépendants) et pour les fonctionnaires de 5 ans à 40.

Les aînés sont maintenus au travail plus longtemps, alors que le chômage des jeunes est au plus haut.

Et, après les élections, tous les partis traditionnels veulent liquider complètement la pension anticipée, encore allonger la durée de la carrière professionnelle et même, pour certains, porter l’âge légal de la pension de 65 ans à 67.

 

Trois. … et les jeunes à rester au chômage ou à accepter des emplois précaires. En Belgique, un jeune sur cinq est au chômage. En Wallonie, un jeune sur quatre, à Bruxelles, un jeune sur trois.

Leur situation est très vulnérable : deux jeunes sur cinq font un « stage d’insertion » et n’ont absolument pas de revenu et deux autres jeunes sur cinq ne disposent que de l’allocation minimale d’insertion. (Pour les cohabitants, elle est de 234 euros pour les moins de 18 ans et de 373 euros à partir de 18 ans.)

Plus grave encore, un jeune sur huit n’a pas de travail, ne suit pas de formation et n’a pas non plus le moindre diplôme de l’enseignement moyen. Une génération perdue…

 

Le politique rejette l’entière responsabilité de cette situation sur les jeunes mêmes, alors qu’il n’y a tout simplement pas suffisamment de travail. Le gouvernement a durci les sanctions après une évaluation négative d’Actiris ou du Forem. En tant que jeune chômeur, il faut satisfaire à un nombre sans cesse croissant de conditions, se présenter à plus d’entretiens et pouvoir présenter plus de documents encore. Les peu qualifiés et les victimes de la discrimination sur le marché de l’emploi, qui connaissent déjà les pires difficultés, seront les premiers à en ressentir les conséquences.

De même, les jeunes qui font un stage d’insertion, et qui par conséquent ne reçoivent pas encore la moindre allocation, sont visés. Deux contrôles ont été introduits : au 7e et au 11e mois du stage. Il faut recevoir deux évaluations positives pour, en fin de 12e mois, avoir droit à l’allocation d’insertion. Pour beaucoup de jeunes qui n’auront pas ces deux évaluations positives, cela ne fera que retarder encore plus leur droit à une allocation. Le gouvernement fédéral a déjà estimé cette économie à 61,8 millions d’euros. Cela correspond à 15 000 jeunes qui verront leur stade prolongé d’au moins six mois, a calculé la CSC.

 

Ainsi, les chômeurs se retrouvent dans une situation des plus précaires et sont donc obligés d’accepter n’importe quel boulot. La pression sur les salaires et les conditions de travail augmente ainsi pour tout le monde. Un jeune au travail sur quatre a un emploi à temps partiel et près d’un sur trois a un contrat temporaire. Le gouvernement Di Rupo a encouragé ce type d’emploi précaire par l’extension du concept de « travail intérimaire ». Jusqu’au 1er septembre 2013, un employeur ne pouvait signer des contrats intérimaires que pour remplacer temporairement des travailleurs à part entière, pour faire face à une hausse temporaire de la production et dans un certain nombre de circonstances particulières. Mais, désormais, il peut également embaucher des gens avec un contrat intérimaire « en guise de passage à une éventuelle embauche définitive ». Cette interprétation plus large se traduira par une forte hausse du travail intérimaire.

Une étude de la FGTB l’a prouvé : en fin de parcours, deux tiers des intérimaires ne reçoivent pas de contrat à durée indéterminée. Le travail intérimaire n’est pas un tremplin vers le travail stable. C’est le contraire : de plus en plus d’emplois stables sont transformés en travail intérimaire.

 

Une autre voie assurée vers le travail précaire, c’est l’augmentation des stages d’entreprise. Alors qu’il n’y a tout simplement pas assez d’emplois, le politique prétend dur comme fer que le principal problème réside dans le fait que la formation des jeunes et les besoins du marché ne concordent que très peu. Autrement dit : les jeunes ne conviennent pas ou ne sont pas suffisamment formés. Soit dit en passant, les entreprises satisfont à peine à la moitié de leurs obligations légales en matière d’investissement dans la formation (1,9 % de la masse salariale). Mais, plus grave encore, les stages d’entreprise sont souvent une façon à peine dissimulée d’embaucher du personnel ridiculement bon marché. La ministre de l’Emploi Monica De Coninck veut créer 10 000 stages pour lesquels les employeurs paieront un salaire horaire de 1,3 euro – en plus de l’allocation d’insertion accordée par l’État. Quelle aubaine : Carrefour s’est déjà réjoui qu’à Bruxelles, il va pouvoir embaucher des jeunes pratiquement pour rien.

Ces stages sont une forme de travail sous-payé, grassement subventionné et sans la moindre obligation pour l’employeur. Ils constituent plutôt un frein qu’un tremplin vers l’emploi : dans l’entreprise, ils peuvent remplacer de vrais emplois stables.

Petit à petit, nous voyons s’appliquer ici le modèle allemand des mini-jobs. Et, ici, ce sont les jeunes qui servent de cobayes.

 

Quatre. Les uns cherchent désespérément du travail, les autres se crèvent au boulot en raison des cadences infernales et de la flexibilité. Alors que des centaines de milliers de gens, surtout des jeunes, se rongent les ongles avec anxiété, le travailleur belge est toujours le plus productif sur la scène européenne. La Belgique caracole en tête du classement de la productivité, avec une moyenne de 239 000 euros de chiffre d’affaires réalisé par équivalent temps plein.

Le rythme infernal et les emplois flexibles expliquent du coup pourquoi le travailleur belge est si souvent malade avant l’âge de 65 ans. Près de la moitié des travailleurs entre 55 et 65 ans ont des affections du système musculaire, du système osseux ou des articulations. Il y a beaucoup de RSI (de l’anglais Repetitive Strain Injury) : des dommages dus à la surcharge physique.

Bien des personnes sont tout simplement « à bout » : stress, surmenage, burn-out, dépression. D’après une étude récente, le stress au travail et la santé jouent un rôle important dans la décision de certains travailleurs de prendre leur pension anticipée, quand cette possibilité est envisageable. 50 % estiment que leur travail est devenu trop pénible. Cette étude montre également que, par rapport aux pays voisins, il y a chez nous beaucoup plus de personnes qui ont des problèmes de stress au travail.

Le rythme de travail accru, les gestes répétitifs, les horaires inadaptés, l’incertitude due au travail intérimaire et toute sorte de nouvelles conditions de travail causent de nouvelles maladies liées au stress. Les gens sont sous la contrainte permanente du temps. Nous avons plus de montres, d’horaires stricts et de contrôles du temps que jamais auparavant, mais nous n’avons plus le temps. Tôt ou tard, le corps ne supporte plus cette pression et la résistance cède.

 

Or, en 2013, le gouvernement Di Rupo a fait voter une loi qui permet de porter le nombre d’heures supplémentaires de 65 à 143 par an. Cela fait en moyenne 3 heures supplémentaires par semaine.

Le gouvernement facilite aussi « l’annualisation » du temps de travail : dans ce cas, l’employeur peut vous faire travailler un peu plus pendant une certaine période et un peu moins durant une autre, du moment que la moyenne d’heures est respectée. Depuis la nouvelle loi, il suffit qu’il y ait un accord au niveau paritaire avec les représentants syndicaux sur cette annualisation pour qu’elle soit automatiquement reprise dans le règlement de travail de chaque entreprise qui tombe sous ce niveau paritaire. Dans le passé, cette modification du règlement de travail devait être unanimement approuvée, pour toute entreprise, par le conseil d’entreprise avant de pouvoir être appliquée dans cette entreprise même. Toutes ces choses ne font qu’augmenter le stress au travail.

 

Cinq. Le gouvernement donne le mauvais exemple : il supprime de nombreux emplois publics. Le gouvernement licencie en masse et laisse de nombreux emplois « s’éteindre » : aux chemins de fer, à la poste, dans les finances, dans les services communaux et bien d’autres. À tous les niveaux publics, il y a une régression des effectifs. Le gouvernement ne remplace plus qu’un emploi libéré (départ à la retraite) sur trois. Ce sont surtout les emplois les moins qualifiés qui disparaissent ce qui compromet encore les chances des gens peu qualifiés de trouver un emploi.

– En cinq ans, le nombre de fonctionnaires fédéraux a baissé de 5,5 %, soit plus de 4 500 emplois qui ont disparu. La baisse se poursuivra avec la réforme de la fonction publique du secrétaire d’État Hendrik Bogaert.

– En Région wallonne, les effectifs ont diminué de 3 % en dix ans. Et, aujourd’hui, seul un emploi déclaré vacant sur trois est remplacé. On n’engage quasiment plus de travailleurs au niveau D (sans diplôme requis), ce qui implique par exemple qu’il y a de moins en moins d’ouvriers pour reboucher les nids de poules sur les routes.

– Dans les villes et communes de Wallonie, les communes ont rayé 1 700 emplois. Ce chiffre risque d’augmenter fortement après les élections. L’Union des villes et communes de Wallonie (UVCW) estime que d’ici 2020, près de 6 500 postes seront supprimés (5 %). Mais pour certains bourgmestres, ce chiffre sera beaucoup plus important. Bien des emplois techniques et d’entretien, qui convenaient à des gens peu qualifiés, disparaissent.

– Dans les entreprises publiques aussi, de nombreux emplois ont disparu : en dix ans, la poste a perdu plus de 7 000 emplois, et les chemins de fer aussi.

 

Six. Le gouvernement subventionne les entreprises qui suppriment des emplois. Ce qui fait qu’il est plus facile pour les employeurs de licencier du personnel.

La politique actuelle se fait à la mesure de la capacité concurrentielle et du développement des grandes entreprises multinationales. L’État laisse les grandes entreprises agir comme bon leur semble. Il a renoncé à une grande partie de ses facultés d’intervention. L’Union européenne met cette politique sur les rails et les gouvernements belge, wallon, flamand et bruxellois la suivent de près.

L’État essaie d’attirer les investissements, surtout de l’étranger, mais, en même temps, ces entreprises peuvent mettre la clef sous le paillasson quand ça leur chante. ArcelorMittal, Ford-Genk, Caterpillar, Saint-Gobain : on n’entend guère que de timides protestations de circonstances des autorités lors d’importantes restructurations et fermetures. Les nouveaux investisseurs potentiels pourraient même interpréter comme un signal négatif la moindre intervention. C’est le raisonnement à la base du manque de réactions. Les multinationales ont carte blanche : elles vont et viennent où elles le veulent.

Les travailleurs ne sont pas des kleenex. Nos ministres ne savent-ils pas que, dans bien des pays, la législation sur les licenciements est bien plus sévère ? Aux Pays-Bas, par exemple, les entreprises doivent satisfaire à des critères objectifs pour pouvoir procéder à un licenciement collectif (« licenciement dans l’entreprise pour raisons économiques »). L’un de ces critères est que l’entreprise fasse des pertes. En Allemagne, le syndicat a une sorte de droit de veto au sein du conseil d’entreprise, lors d’importantes restructurations. Mais nos gouvernements font ici semblant de rien. Malgré la vague de licenciements dans des entreprises des plus rentables comme Ford, ArcelorMittal, Caterpillar et AB InBev, il n’existe toujours aucune loi qui puisse imposer des sanctions à ces entreprises qui licencient ou qui ferment après qu’elles aient reçu des subsides et des cadeaux fiscaux.

Des études comparatives européennes, qui tenaient compte de divers facteurs, comme les délais de préavis, les indemnités de licenciement, les procédures de licenciement, la justification obligatoire du licenciement, etc., ont montré en 2009 qu’avec le chiffre 10, la Belgique est l’un des pays d’Europe où l’employeur peut licencier le plus facilement. La France et l’Allemagne avaient le chiffre 40, les Pays-Bas, le chiffre 70 et la moyenne des pays de l’OCDE était de 26.

 

L’European Restructuring Monitor (ERM) chiffre les principales restructurations dans les États membres de l’UE. Ce moniteur a une base de données de 16 000 restructurations à grande échelle – chacune avec au moins 100 emplois perdus ou nouveaux.

Chez nous, ces dix dernières années, 28 restructurations importantes ont entraîné une perte cumulée de 58 000 emplois : dans des multinationales, mais aussi (pour moitié) dans des entreprises publiques.

Inversement, chez nous, ce moniteur ne constate que 28 713 emplois nouveaux du fait de restructurations.

 

Pendant ce temps, les gouvernements fédéral et régionaux continuent à chouchouter les grandes entreprises.

Le service d’étude du PTB a calculé que mille entreprises belges qui, en 2012, avaient réalisé ensemble un bénéfice de 50 milliards d’euros n’avaient payé que 6,17 % d’impôts sur ces bénéfices.

Ainsi donc, elles ont pu profiter d’une réduction fiscale de 14 milliards d’euros.

Et ces gens ont le toupet de venir parler d’une « catastrophe pour le climat d’investissement en Belgique ». C’est le contraire qui est vrai. Car ces déductions créent-elles de nouveaux emplois ? La réponse est non. L’emploi en 2012, dans ces mille entreprises en question, a connu une baisse des effectifs de 7 %, soit en tout une perte de 19 646 équivalents temps plein.

 

Ensuite, il y a la diminution des cotisations sociales des employeurs, par laquelle ces derniers réduisent continuellement leurs engagements vis-à-vis de la sécurité sociale. Le compteur de cette diminution en est aujourd’hui à 5,03 milliards d’euros déjà. Ensuite, il y a les subsides salariaux, par une réduction du précompte d’entreprise pour les heures supplémentaires, le travail de nuit, etc. Ceux-ci se chiffrent à 2,7 milliards d’euros. L’économiste Frédéric Panier a expliqué à la Chambre que, d’après des études internationales, toutes ces diminutions linéaires n’avaient pour ainsi dire aucune influence sur la création d’emplois. Ce sont tout simplement des cadeaux grâce auxquels les entreprises augmentent leurs bénéfices et améliorent leur position sur le marché boursier.

 

Pour couronner le tout, le gouvernement fédéral a affaibli la protection des travailleurs en cas de licenciement. Avec la réforme du statut ouvrier-employé, un employeur peut licencier un employé avec jusqu’à 40 % de frais en moins. Et l’allongement du préavis pour les ouvriers dans le nouveau statut sera payé en grande partie par l’État.

 

La vision du PTB-go!

On dit souvent que l’incendie de la crise financière s’est propagé ensuite dans l’économie réelle, mais ce n’est pas exact. C’est justement l’inverse. Tout a commencé dans l’économie réelle, dans la production de marchandises et de services. La crise de surproduction a été temporairement masquée par les bulles financières. Quand celles-ci ont éclaté, le système a craqué sur toutes ses coutures.

Les crises sont inhérentes au système capitaliste. Dans l’économie de marché, chaque entreprise veut réaliser le plus de profit possible. C’est nécessaire pour pouvoir à nouveau investir et, ainsi, faire encore plus de bénéfices. Qu’une entreprise augmente en permanence son capital, c’est ce qui détermine si elle survivra ou capotera. Ainsi naît une course infernale: accumuler le plus de capital, investir plus, faire des innovations plus importantes et se mettre en phase plus rapidement avec les changements conjoncturels. Dans ce mécanisme concurrentiel, chaque entreprise se met en quête des coûts de production les plus bas. Puisque toutes les entreprises le font, la production augmente et, dans le même temps, le pouvoir d’achat baisse. Il faut bien que l’abcès perce un jour ou l’autre. C’est une contradiction inhérente. Le fait de vouloir accumuler du capital, du côté de l’offre, et de pouvoir produire plus, est en contradiction, du côté de la demande, avec la diminution réelle du pouvoir d’achat.

Aujourd’hui aussi, les entreprises restructurent et ferment et, brusquement, des millions de gens ne disposent plus de revenu du travail. Les entreprises appliquent le slogan : « maigrissez, éliminez ». « Maigrissez », c’est le terme pour dire que, dans les entreprises, on a supprimé des tâches entières ou on les a confiées à des sous-traitants ou des filiales. Les entreprises se sont amaigries et ont éliminé des jobs et les bénéfices ont de nouveau atteint des sommets vertigineux. Non, le capitalisme ne peut apporter de réponse fondamentale au problème de l’emploi.

 

Quelle est cette société qui fait travailler les gens à un salaire qui ne leur permet pas de joindre les deux bouts, à un rythme d’enfer et à des heures qui n’arrangent que le patron ? Comment se fait-il que les uns ont trop peu de travail, et les autres trop ? Comment se fait-il que les plus âgés doivent travailler plus longtemps et que les jeunes ne parviennent pas à accéder à un emploi ? Comment se fait-il que des gens dans la fleur de l’âge soient contraints à l’inaction ? Lorsque la main-d’œuvre, c’est-à-dire la force de travail qui assure la richesse de la société, est ainsi galvaudée, c’est que nous avons un problème de société.

 

C’est absolument irrationnel. Comment le gouvernement peut-il prétendre qu’il défend notre emploi, alors que l’État supprime tant de postes ? Pourquoi s’obstiner à faire des cadeaux pour remplir les puits sans fond que sont les grandes multinationales, dans l’espoir de créer ainsi de l’emploi, et n’imposer aucune sanction aux entreprises qui licencient ? Pourquoi ne pas investir dans l’emploi public ? Pourquoi rendre le licenciement plus facile ?

La logique de la compétitivité défendue par nos dirigeants du gouvernement se traduit par des emplois précaires, des salaires bloqués et de mauvaises conditions de travail. Cela va encore aggraver la crise et anéantir l’avenir de toute une génération.

Le fait que les multinationales doivent pouvoir venir chez nous, mais qu’elles peuvent s’en aller tout aussi vite a conduit à une désertification industrielle : la sidérurgie et le secteur automobile, le textile et le verre, les chantiers navals et l’industrie de transformation, des secteurs qui, dans le passé, ont fait notre renommée et notre gloire, ont en grande partie disparu. Ce n’est pas seulement un transfert de production vers d’autres pays, mais une destruction de production que rien ne vient remplacer. Cela mène à un démantèlement des exportations et à une balance commerciale qui se dégrade.

 

Sur le plan économique, les décideurs politiques belges veulent accrocher le pays à la locomotive allemande, au pays qui exporte le plus et qui dispose des relations économiques les plus fortes. C’est très dangereux. Notre État n’aura plus le contrôle des événements s’il est à ce point dépendant des résultats allemands.

Brûler un cierge pour la croissance allemande : la stratégie belge à court terme ne propose rien de plus. Nous, nous proposons une tout autre stratégie. Une stratégie active qui part de vrais services publics pour la population. Cela au moins profitera et à l’emploi et à la population.

 

Cette stratégie remet aussi de nouveau sur le tapis la question de la répartition du travail disponible. Nous produisons plus avec moins de gens. Nous pouvons répartir le travail disponible tout en maintenant le pouvoir d’achat. En premier lieu, par une meilleure répartition entre les générations, qui fera que les plus âgés pourront transmettre leur travail aux plus jeunes, mais aussi par une répartition des quotas de production entre les différents sites d’une même multinationale, au lieu de fermer un certain nombre de sites et d’imposer alors des cadences infernales à d’autres sites.

 

Nos jeunes ont droit à un avenir stable. Le travail intérimaire doit être l’exception et le travail stable la règle. Quand la société ne propose pas assez de travail, elle doit garantir intégralement le droit à la sécurité sociale. L’activation ne peut être répressive et agressive, mais doit être émancipatrice et proposer la possibilité de s’intégrer à la société par le travail.

 

Cibler la création d’emplois dans le secteur privé en accordant massivement de nombreux cadeaux fiscaux et subsides, non, ça ne fonctionne pas. En lieu et place, nous visons la création d’emplois du côté des services publics. Le gouvernement ne peut plus laisser en plan les gens qui sont touchés par le chômage. Lors de la crise bancaire, le marché libre a été mis de côté pour intervenir contre la « cupidité des banquiers », comme l’a dit le gouvernement lui-même à l’époque. Avec la crise économique, le marché libre doit aussi être mis un peu de côté et le gouvernement doit intervenir de façon énergique pour protéger les emplois contre la « cupidité des capitaines d’industrie » et créer lui-même des emplois.

89 % des personnes interrogées dans notre enquête électorale sont tout à fait d’accord ou plutôt d’accord avec la position : « Pour combattre la crise, l’État doit intervenir dans l’économie. Il doit partir des besoins des gens et pas du profit ».

Et cela commence par la création d’emplois publics. Il y a des besoins énormes, par exemple, dans le domaine de la protection de l’environnement, du logement social, de l’isolation des bâtiments, de l’énergie, des soins de santé, de l’enseignement… Les travailleurs et les syndicalistes de ces secteurs mettent eux-mêmes ces besoins en évidence. Nous voulons qu’il y ait un plan emploi à financer grâce à ce que rapportera la taxe des millionnaires.

 

Enfin, en 2009-2010, lors de leur grève contre la délocalisation de 450 emplois vers l’Europe de l’Est, les travailleurs d’AB InBev ont lancé l’idée d’interdire les licenciements dans les entreprises qui versaient des dividendes à leurs actionnaires. L’idée a été reprise entre autres par les délégations syndicales de Caterpillar à Gosselies, contre la restructuration. Nous devons mettre un terme à cette absurdité législative qui fait qu’une grande entreprise peut recevoir des subsides, qu’elle peut entasser des bénéfices et quand même détruire des milliers d’emplois… et puis s’en aller sans problème.

 

Les propositions du PTB-go!

1. Les jeunes au boulot, les plus âgés au repos. Les aînés doivent pouvoir se reposer plus tôt (un repos total ou partiel) et, comme dans le cas du Maribel social, être obligatoirement remplacés par des jeunes : le droit à la prépension à 58 ans (après 35 ans de carrière), avec embauche obligatoire d’un jeune. Pas de nouveau Pacte des générations et pas de énième allongement de la carrière.

 

2. Nous luttons pour des emplois décents et des revenus stables.

– Un emploi « adapté » doit être un emploi qui a trait à ce que la personne a étudié, un emploi à temps plein, pour une durée minimale d’un an et payé au moins au niveau du salaire minimal.

– Le travail intérimaire doit être strictement réservé à des circonstances exceptionnelles et temporaires. L’intérimaire doit avoir droit au respect et à un bon accompagnement.

– Les inscriptions doivent pouvoir se faire au bureau. Nous ne voulons pas que les gens soient systématiquement renvoyés vers Internet.

– Pour chaque demande d’emploi, une réponse personnelle doit suivre.

– Les offres d’emploi bidon dans les agences d’intérim, qui suscitent l’illusion qu’il y a du travail, doivent être interdites.

 

Pour un droit complet et intégral à la sécurité sociale.

Les périodes suivantes doivent être reprises pour avoir totalement droit à la sécurité sociale : jobs d’étudiant, stages, journées de travail prestées dans le cadre de l’enseignement à temps partiel, formations des services publics, la période d’inactivité forcée entre deux contrats de travail précaires (contrat temporaire, intérim, stages successifs).

 

3. Nous nous opposons aux emplois précaires.

Dans le travail intérimaire :

– Nous nous opposons à l’extension légale du travail intérimaire. Faire appel à de la main-d’œuvre intérimaire doit répondre aux anciens critères légaux en rapport avec des conditions exceptionnelles et doit être strictement limité dans le temps.

– Nous voulons des contrats à durée indéterminée. Quant aux contrats temporaires, nous voulons les limiter à un maximum de six mois sur une année, après quoi un contrat à durée indéterminée doit suivre.

– Nous nous opposons à une nouvelle période d’essai après du travail intérimaire chez le même employeur.

 

Concernant le soutien de l’État aux entreprises :

– Les subsides à l’embauche ne doivent pas être utilisés pour remplacer des emplois stables : interdiction de licenciement de travailleurs actifs pour en embaucher d’autres tout de suite après.

– Les stages ne peuvent remplacer des emplois.

– Les entreprises doivent respecter leur engagement sur le plan de la formation professionnelle (1,9 % de la masse salariale dans la formation et 2 % du PIB dans l’innovation).

– La formation spécifique à l’entreprise doit être payée à plein et faire partie de la période d’essai.

– Les instances d’accompagnement des chômeurs doivent être strictement distinctes des services de l’ONEM (comme avant 2014). Les contrôles de l’ONEM ne peuvent valoir que pour les jeunes qui ont déjà droit à une allocation de chômage complète. Il ne peut y avoir de contrôle pendant la période d’insertion. Les stages d’insertion doivent offrir des perspectives concrètes sur des emplois disponibles. Les jeunes ne peuvent être obligés d’accepter n’importe quel emploi simplement du fait qu’ils sont sans revenu. Toutes les offres d’emploi doivent être centralisées auprès des instances qui assurent l’accompagnement des chômeurs.

 

4. Des conditions de travail supportables et non pas encore plus de flexibilité.

– Retrait de la loi qui étend le régime des heures supplémentaires et facilite l’annualisation du temps de travail.

– Rétablissement à 65 heures de la limite maximale des heures supplémentaires par trimestre. En période de chômage important, il ne faut pas davantage d’heures supplémentaires.

– Nous voulons qu’il y ait une réduction du temps de travail par semaine, avec maintien du salaire, sans hausse du rythme de travail et avec des embauches supplémentaires.

 

5. Créer de nouvelles entreprises publiques, débloquer les investissements publics dans l’emploi et l’innovation.

– Les entreprises sociales de construction, communales ou intercommunales, peuvent assumer la construction ou la rénovation de logements. La construction de 25 000 logements par an peut fournir 50 000 emplois. De même, la construction de nouvelles écoles est urgente. Ces entreprises sociales et publiques de construction peuvent aussi se charger d’une meilleure isolation des logements et de l’adaptation de tous les logements aux normes de sécurité.

– Les transports publics doivent assurer un transport des personnes et des marchandises socialement et écologiquement responsable. Aussi bien à la SNCB, aux TEC, à la STIB qu’à De Lijn, de nouveaux investissements et emplois sont nécessaires.

 

6. Le secteur public doit être un pionnier de l’innovation. Nous voulons accroître les investissements dans la recherche scientifique publique en les portant à 3 % du PIB.

 

7. Renforcer les secteurs publics d’aide comme l’enseignement et les soins de santé.

– Pour améliorer la qualité et éviter les échecs scolaires, nous voulons qu’il n’y ait pas plus de 15 élèves par classe dans les trois premières années de l’enseignement primaire. 25 000 places supplémentaires sont nécessaires dans l’enseignement primaire.

– Le personnel chargé des enfants dans les crèches, les puéricultrices, infirmières et personnel soignant dans les institutions de repos et de soins, dans l’accueil des moins valides : partout et pour tous les âges, il y a une grave pénurie de personnel dans les soins : entre dix et vingt mille travailleurs supplémentaires y sont nécessaires.

– Pour 2030, nous devons construire au moins 40 maisons de repos par an, chacune de 80 places. Certains veulent combler ce manque par une augmentation de homes privés, mais nous ne voulons pas de homes qui fassent des bénéfices sur le dos des personnes âgées.

– Nous voulons le maintien des emplois publics existants dans la fonction publique. Nous voulons que cesse l’austérité actuelle.

 

– La taxe des millionnaires assurerait au moins 8 milliards d’euros de recettes. 3 milliards serviraient directement à la création d’emplois publics et 2 milliards au refinancement de l’enseignement et de la recherche scientifique, qui sont d’une importance essentielle dans une politique de l’emploi.

 

8. Nous voulons rendre plus difficiles les licenciements dans le privé.

– Nous voulons une loi InBev qui interdise les licenciements collectifs dans les entreprises qui distribuent des dividendes. Une entreprise qui ne respecte pas cette loi doit rembourser immédiatement toutes les réductions de charges fiscales et sociales qui lui ont été accordées, ainsi que toute forme de soutien public.

– Les règles de licenciement collectif doivent valoir quelle que soit la taille de l’entreprise.

 

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