#GoLeft10 : Construire les services publics

De l’enquête électorale du PTB

89 % des personnes interrogées dans notre enquête sont tout à fait d’accord ou plutôt d’accord avec la position : « Pour combattre la crise, l’État doit intervenir dans l’économie. Il doit partir des besoins des gens, et pas du profit ».

 

Constats

Un. Privatisation et commercialisation des services publics = moins de services, des services plus chers et plus compliqués. Et plus de profit encore pour le privé.

Les années 90 ont apporté la libéralisation de l’énergie et des télécommunications et la privatisation des banques. Les services sont devenus plus chers, les gens se sont égarés dans la jungle des prix, le personnel a été pressé comme un citron, poussé par des prestations commerciales, au détriment du service au public. Les années 2000 ont amené la libéralisation de la poste et de la SNCB. Cela a abouti au détricotage des conditions de travail, mais aussi de la qualité des services. Et, aujourd’hui, la libéralisation risque de frapper les transports publics urbains, l’eau et de se traduire également par la commercialisation à l’extrême des secteurs de soins et de l’aide aux personnes (maisons de repos, aide aux moins valides…).

L’intention est chaque fois celle-ci : isoler du reste les parties rentables de sorte qu’elles deviennent intéressantes pour le capital privé. Les services publics se muent en un nouveau marché pour le capital en crise.

L’Union européenne encourage cette politique de libéralisation et de privatisation. Le gouvernement, ici, emboîte le pas à l’Union. D’importants secteurs qui peuvent être intéressants pour les entreprises privées sont encore propriétés publiques, aujourd’hui. Ils sont maintenant dans la ligne de mire d’une offensive idéologique qui recourt à des concepts comme la « responsabilisation » et le « coût réel » (faire payer aux gens ce que coûte effectivement le service). Dans la pratique, cette offensive aboutit à des services publics plus chers et à des privatisations sous le prétexte fallacieux que certains services ne font pas partie des tâches principales des autorités publiques.

 

Deux. « Le privé fonctionne mieux que le secteur public ». Allez donc voir Fortis et Dexia !

« Moins d’intervention de l’État, le privé est plus efficace que l’État », répètent les chantres du néolibéralisme. Mais aucune étude ne confirme cette déclaration. Au contraire. Durant 130 ans, des banques comme la CGER et le Crédit communal ont été gérées par le secteur public. Cela marchait très bien. Mais quand elles ont été vendues au privé, il n’a pas fallu dix ans avant qu’elles ne fassent faillite. L’État a dû intervenir à coups de milliards pour les sauver. C’est donc le privé qui ne s’est pas montré capable de gérer un secteur aussi important que celui des banques.

Plus grave encore, ce système privé des banques a une responsabilité déterminante dans la crise de 2008. Et quelle leçon ces banques en ont-elles tirée ? Qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient. Les États allaient de toute façon les sauver, puisqu’elles sont too big to fail.

 

Mais la logique est celle-ci : si l’État alloue des fonds, il doit aussi tenir la barre et contrôler l’utilisation de cet argent dans l’intérêt des gens. Le monde des banques est bien trop important pour le laisser aux mains du privé, qui a une fâcheuse tendance à jouer avec le feu.

 

Trois. La commercialisation du secteur des soins. Des bébés aux personnes âgées : pour la chasse au profit, l’âge ne compte pas.

Selon le Bureau du plan, il devait y avoir en 2013 quelque 60 000 emplois nouveaux dans le secteur non marchand. Dans plusieurs sous-secteurs, il y a des listes d’attente. Ainsi, il faut parfois attendre six mois pour avoir un rendez-vous dans un centre de santé mentale. L’argent alloué au non-marchand est totalement insuffisant pour répondre à l’accroissement de la demande.

Le privé saute sur cette brèche pour s’introduire dans le secteur des soins et de l’aide aux personnes. Car, qu’il s’agisse de bébés ou de personnes âgées, pour les groupes privés, l’âge n’a aucune importance.

 

Tout d’abord l’accueil de la petite enfance. Pour faire face au manque de place, le politique a utilisé deux remèdes miracles pour accroître rapidement le nombre de lieux d’accueil des enfants : les gardiennes qui, malgré toutes les promesses, doivent encore se contenter d’un statut bidon et, ensuite, les initiatives indépendantes (comme les crèches privées), qui sont subsidiées de façon limitée, sont soumises à des normes moins sévères et peuvent faire du profit.

 

La pression est grande pour donner plus de poids encore aux initiatives commerciales. Le premier objectif est alors celui-ci : déployer une activité lucrative et rentable au sein d’un marché. L’État ne doit plus alors que soutenir les parents dans l’onéreux paiement de ces services (par des chèques crèche, par exemple).

 

Ensuite, les personnes âgées. Le nombre de places en maison de repos (MRPA) et en maison de repos et de soins (MRS) va devoir augmenter de près de 60 % au cours des 40 années à venir, pour atteindre 205 000. Pour les dix années à venir, il faudra 24 300 lits de plus. C’est donc un secteur intéressant pour les investisseurs privés.

Paradoxalement, les établissements publics gérés par les CPAS sont menacés de fermeture, et les petits établissements, appréciés pour leur taille humaine et les services personnalisés qu’ils fournissent, sont eux aussi menacés, en particulier au sud du pays, du fait de leur incapacité de s’adapter aux nouvelles normes imposées par la Région wallonne.

Cette situation permet à des multinationales disposant des fonds pour réaliser les travaux d’acheter ces maisons de repos condamnées à fermer et de faire du vieillissement un marché lucratif, au détriment de la qualité de vie de nos aînés. Actuellement, bien des MRPA familiales passent aux mains de groupes commerciaux. Des sociétés d’investissements cotées en bourse, Cofinimmo, Waterland et Ackermans & van Haaren, investissent de l’argent dans des infrastructures de maisons de repos. Ils rachètent des initiatives qu’ils louent à des groupes de soins commerciaux comme Senior Living Group, Senior Assist, Armonea ou Orpea, qui exploitent des maisons de repos. Ces groupes de soins commerciaux agissent selon des principes de rentabilité. Les rendements d’échelle sont importants pour accroître les marges bénéficiaires.

 

Pour de simples considérations financières, bien des communes veulent se débarrasser de leurs maisons de repos publiques. Si on prend comme norme les homes du CPAS (index 100), les ASBL ont un encadrement en personnel de 92,5 et le secteur privé un encadrement de 71,3 seulement. Dans un home privé, sept personnes doivent donc faire le travail de dix personnes dans un home du CPAS. La qualité des soins des homes privés se ressent de l’encadrement bien trop insuffisant en personnel.

 

Quatre. La poste (Bpost) et la SNCB : des top managers très chers avec une politique très dure pour les gens.

Bpost, la poste belge, est désormais cotée en bourse. Pour transformer en succès ce passage en bourse, l’entreprise devait être attrayante pour les investisseurs : une entreprise assainie, flexible, avec une marge bénéficiaire élevée. L’ouverture des postes belges à la concurrence a déjà eu de lourdes conséquences pour la qualité du service et pour le personnel. Les dividendes et autres versements aux actionnaires ont augmenté, passant de 42,4 millions en 2006 à 390 millions en 2011, soit neuf fois plus. Dans la même période, l’effectif du personnel de la poste baissait, de 35 207 à 27 973 : une régression de 20,55 %.

Les usagers voient les services se détériorer sur toute la ligne : de nombreux bureaux de poste ferment, il y a des « oublis » dans la distribution du courrier et des lettres se perdent. Progressivement, le rôle social de la poste disparaît.

En 2001, il y avait encore 1 342 bureaux de poste. En 2011, Bpost n’a plus que 676 bureaux et 697 points poste. Depuis 2005, 4 000 boîtes aux lettres rouges ont disparu des rues.

La Belgique fait partie aujourd’hui des pays européens avec la plus petite densité de bureaux de poste officiels par nombre d’habitants.

Le contrat de gestion mentionne que Bpost veillera à garantir le rôle social du facteur vis-à-vis des personnes isolées et moins nanties. Mais, aujourd’hui, les facteurs n’ont plus le temps pour cela. Le stress au travail ne cesse de s’accroître. Les facteurs et les trieurs d’un centre de tri subissent en permanence des réorganisations. Dans un grand bureau de poste où, naguère, travaillaient encore 125 postiers, ils ne sont plus que 75 aujourd’hui à effectuer la même quantité de travail. Le plan stratégique Vision 2020 prévoit la poursuite de la diminution du personnel de 10 800 unités pour 2020.

Il n’y a pas si longtemps encore, tout le personnel de la poste était encore statutaire, des agents de l’État donc. Fin 2009, Bpost créait un nouveau sous-statut : des facteurs auxiliaires avec 200 ou 300 euros de salaire en moins par mois, sans prime de fin d’année et avec un certain nombre de jours de congé en moins. Et tout ça, pour le même travail dans exactement le même service.

 

Fin 2013 et début 2014, les montants des salaires des top managers des entreprises publiques se sont retrouvés sur la table du gouvernement, mais les causes n’en ont pas été discutées. Car, quand on opte pour un modèle d’entreprise publique semblable à une entreprise cotée en bourse et qui fonctionne selon la logique de la rentabilité qui est celle de toutes les entreprises privées, il est difficile de contester que les mêmes « lois du marché » aillent définir les règles sur le plan de la rémunération des cadres dirigeants. Ces entreprises veulent attirer les directeurs prétendument « les meilleurs », qui ont un style de direction agressif et qui amènent dans leur bagage des contacts avec d’importants fonds d’investissement. Comme Johnny Thijs, par exemple, qui, lors de son départ d’Interbrew, a amené avec lui l’investisseur privé CVC. Dans ce modèle, l’État doit toucher quelques dividendes et la boucler, il est dégradé au rang de simple actionnaire. Cet État va continuer toutefois à payer au nouveau top manager de Bpost un salaire double de celui du Premier ministre : 650 000 euros par an.

 

À la SNCB, la libéralisation des chemins de fer débouche sur le chaos. Depuis 1991, la SNCB est une entreprise publique autonome, avec le statut d’une SA. Des actions sont encore aux mains de l’État. L’entreprise ferroviaire est de plus en plus gérée comme une entreprise privée, avec comme but non déclaré la vente à moyen terme de ses beaux morceaux au privé.

Aujourd’hui, les chemins de fer sont en pleine pagaille, avec des retards et des trains archi bondés. Bien des gens se sentent en insécurité dans les trains et dans les gares. Le personnel du rail perd courage. Vu le mauvais matériel et le manque de personnel, il ne peut assurer qu’un service insuffisant. Avec la suppression de milliers de trains.

De plus en plus souvent, le personnel des trains reçoit des plaintes, mais subit aussi des menaces et des agressions.

 

Même l’environnement souffre des mauvaises prestations ferroviaires, car de mauvais transports publics sont un stimulant à l’accroissement des transports privés. Résultat : plus d’autos encore et des bouchons encore plus interminables.

 

La cause ? La politique de libéralisation catastrophique de l’Union européenne, soutenue par le gouvernement. Cette politique a contraint la SNCB à des mesures inspirées par la logique de la concurrence. Fin 2012, quelque 193 lignes de train, considérées comme moins rentables, ont été supprimées. La SNCB détricote son fichier du personnel. De 41 300 équivalents temps plein en 2001, on est passé à 34 500 aujourd’hui. Cela a une influence sur la sécurité, sur le service et sur l’offre. Viennent encore s’y ajouter : la fermeture des guichets (45 gares avec guichets) et leur remplacement par des distributeurs automatiques, des billets de train plus chers, moins d’accompagnateurs de train, moins d’aide pour les moins valides, moins de personnel pour les informations aux voyageurs, moins de personnel de surveillance.

 

Le budget de 2013 a conduit à 140 millions d’euros d’économies. Le ministre Jean-Pascal Labille prévoit pour 2014 une diminution de 100 millions d’euros sur les investissements et de 50 millions sur l’exercice d’exploitation. Ainsi donc, on rogne sur les investissements dans le réseau ferroviaire national. Les projets visant à étendre la ligne entre Bruxelles-Midi et Ostende, souvent saturée, et à remédier à la jonction Nord-Midi bruxelloise sursaturée n’en sont encore qu’à la phase d’étude ; rien n’a encore été décidé. On économise aussi sur l’achat de matériel roulant.

 

Le gouvernement a également confirmé la scission des organes de gestion du groupe SNCB. Selon les directives européennes, il doit y avoir une scission sur les plans juridique, organisationnel et opérationnel entre la gestion des infrastructures – qui restent aux mains de l’État – et l’exploitation du réseau, à laquelle des entreprises privées peuvent participer.

La nouvelle structure, depuis 2014, consiste donc en deux entreprises indépendantes : la société de chemin de fer SNCB et le gestionnaire des infrastructures Infrabel. Une étude indique toutefois que la ponctualité des trains a commencé à se détériorer avec la scission de la SNCB et, d’après des spécialistes, entre autres des chemins de fer fédéraux de la Suisse – l’un des meilleurs réseaux ferroviaires du monde –, la scission au lieu d’une entité intégrée est une erreur fondamentale.

La scission mène à une perturbation du processus décisionnel et à une hausse considérable des coûts. Toute une série de fonctions existe actuellement en double. Le personnel des gares et celui des cabines de signalisation ne peuvent échanger directement des informations (par exemple sur la raison d’un retard, sur un raccordement, sur la montée dans le train d’un groupe de passagers…). Le personnel n’a accès qu’à l’information qui est diffusée par « sa propre entreprise ».

 

Cinq. Le gouvernement fédéral répercute l’austérité sur les communes… et ce sont les services locaux qui paient la facture.

Dans la quasi-totalité des communes belges, la cloche de l’austérité sonne. Le porte-monnaie des habitants, les prestations de services communaux et le personnel communal sont dans la ligne de mire budgétaire.

Pour certains services communaux, et surtout pour les services sociaux, la situation devient intenable. Les CPAS voient le nombre de personnes en difficulté augmenter considérablement, en même temps que l’exclusion des chômeurs, sans que les budgets ne suivent. Au contraire, le Fonds des communes, par lequel les autorités régionales peuvent ventiler l’argent des impôts vers les villes et les communes, voit sa part réduite dans le budget de ces mêmes villes et communes. Ce Fonds des communes est un mécanisme de solidarité entre les communes riches et les communes pauvres. Le démantèlement de ce mécanisme pousse les communes pauvres à augmenter les impôts et les taxes locales afin de pouvoir boucler leur budget.

La politique communale est dictée par une logique néolibérale. Ce n’est pas un hasard, car, au niveau fédéral et au niveau européen, c’est également cette logique-là qu’on applique. Ainsi, il y a les normes budgétaires qui ont été approuvées par le Parlement européen (le pacte budgétaire, le six-pack…). Celles-ci imposent à tous les niveaux de la politique un équilibre budgétaire pour 2016. Mais, en 2012 déjà, les communes avaient un déficit de 1,3 milliard. Elles ne peuvent donc plus combler leurs déficits sans faire appel à leurs réserves. La capacité d’investir va de ce fait s’en trouver fortement réduite. C’est catastrophique, car à peu près la moitié des investissements publics en Belgique sont le fait des communes.

 

Six. La fonction publique : le citoyen se mue en client, le fonctionnaire se fait presser comme un citron.

Le gouvernement Di Rupo a annoncé qu’il avait économisé 22 milliards d’euros sans causer de préjudice à qui que ce soit. D’où viennent alors ces 22 milliards ? Du néant ? Dans le temps, dans le service public, par exemple, on remplaçait cinq personnes sur cinq qui prenaient leur pension, mais aujourd’hui, on n’en remplace plus qu’une sur trois. C’est là que réside une partie de l’explication. Et toutes les administrations du pays se demandent entre-temps comment elles vont encore pouvoir assumer leurs tâches.

 

En cinq ans, le personnel de la fonction publique fédérale a perdu 4 600 unités. Une baisse remarquable est à constater chez les fonctionnaires de niveau D, surtout parmi le personnel technique, administratif, de cuisine et d’entretien.

 

De même, le statut des fonctionnaires est dans la ligne de mire. Aujourd’hui, au niveau fédéral, un fonctionnaire sur cinq environ est contractuel (pas nommé définitivement). Ils bénéficient d’un régime nettement moins avantageux pour les congés de maladie et la pension – alors qu’il n’est pas rare qu’ils fassent exactement le même travail que les nommés – et ils n’ont que très peu, voire pas du tout, de chances de promotion. Or les ministres veulent dégrader le statut des agents nommés au niveau de celui des contractuels.

Dès le 1er janvier 2014, une nouvelle carrière a été introduite pour les fonctionnaires fédéraux. Dans cette nouvelle carrière, l’ancienneté barémique requise et le nombre requis de mentions d’évaluation constitueront la base pour passer à un échelon supérieur. Les évaluations portant la mention « à améliorer » ou « insuffisant » ralentissent le passage à un barème salarial supérieur. Cela signifie du coup la fin de la nomination définitive, car l’évaluation annuelle est associée à la carrière : celui qui donne satisfaction reçoit une promotion ; celui qui s’en tire mal vole dehors. Qu’il soit statutaire ou pas. L’évaluation est faite par le supérieur direct, ce qui mènera à l’arbitraire ou à la politique des petits copains.

Ce sont des méthodes du management privé : l’usager devient un client et le fonctionnaire est pressé comme un citron. On n’a plus le temps de servir les gens à un guichet, par exemple pour les aider à remplir une déclaration fiscale.

 

La vision du PTB-go!

Le matin, quand vous vous levez et que vous prenez le bus très tôt, il n’y a peut-être encore que quelques passagers. Vous êtes content que ce bus existe, car, sans lui, vous ne pourriez pas vous rendre au travail. C’est un service public. Le service public, c’est l’intérêt général organisé. C’est de l’argent que nous apportons tous afin de nous procurer des services de qualité accessibles à tous.

C’est le contraire de la vision libérale dans laquelle chacun paie les services qu’il utilise et est donc dépendant de ses propres possibilités financières. Avec les services publics, il n’y a pas cette mentalité concurrentielle du « chacun pour soi », propre à l’économie de marché. Normalement, la finalité d’un service public n’est pas de faire le plus de profit possible. Il y a un transfert de moyens depuis les secteurs à marge bénéficiaire vers les secteurs déficitaires.

 

Un service public défend un certain nombre de concepts comme l’égalité des usagers, de façon à répartir les coûts entre tous les intéressés. Les prestations du service public sont réparties sur tout le territoire, selon les mêmes tarifs qu’il s’agisse de régions éloignées ou urbaines.

L’accessibilité au service public est assurée pour chaque citoyen, quel que soit son revenu, grâce à la solidarité entre les citoyens plus et moins nantis.

La continuité est assurée, parce que les services à fournir sont essentiels pour les citoyens et parce que l’intérêt général prime sur les critères de la rentabilité financière.

 

La qualité du service public mais aussi l’emploi suppose de l’efficacité. Il n’est donc pas question de galvauder avec insouciance l’argent du contribuable. Il doit également y avoir de la transparence, sans clientélisme politique.

Il faut une nécessaire disposition à évoluer au fil des changements technologiques et organisationnels. C’est indispensable pour le bon fonctionnement du service public et pour satisfaire à l’évolution des besoins.

La rentabilité sociale passe avant la rentabilité financière. Si des bénéfices sont réalisés, ils doivent servir à assurer la continuité du service. Le profit ne peut donc être un but en soi.

Le statut des travailleurs garantit que le secteur public conserve son indépendance, quels que soient les changements politiques.

Il est avantageux que les citoyens soient impliqués dans l’amélioration du service public, avec des commissions citoyennes qui aident à réfléchir sur les améliorations à apporter aux services communaux, régionaux ou fédéraux. Mais un meilleur contrôle sur le plan syndical est nécessaire également pour garantir les services publics pour la population. Cela implique que la philosophie globale des services publics soit revue.

Ensuite, le salaire du dirigeant de l’entreprise ne doit pas être défini selon le point de vue des « lois du marché », mais à partir de la satisfaction aux besoins collectifs.

 

Nous vivons dans une société caractérisée par beaucoup de solitude, d’individualisme et de dépressions. Nous avons un urgent besoin de contact humain positif, nous voulons que l'aspect social des relations passe au premier plan.

Dans le passé, les infirmières pouvaient tranquilliser et accompagner les patients, mais, aujourd’hui, elles n’ont vraiment plus guère le temps de le faire. Cela vaut aussi pour le personnel soignant dans les homes. Les enseignants ne peuvent plus suivre de près les élèves un tant soit peu en difficulté parce que les classes sont maintenant trop chargées. Et le facteur qui, pour bien des gens, était le seul visage humain qu’ils voyaient de toute la journée et qui remplissait une fonction sociale, n’a plus de temps à y consacrer. Les guichetiers de la poste qui pouvaient aider les gens – y compris les moins nantis – à « la banque à portée de tous » ne disposent plus désormais que de trois minutes par « client » pour réaliser leurs objectifs de vente. Et ainsi de suite. L’expérience nous enseigne que, lorsque le privé s’en mêle, les services publics perdent leur caractère social.

 

D’où notre opposition à la privatisation, à la commercialisation et à la libéralisation. Nous voulons garantir toute une série de soins pour les personnes âgées. Nous voulons que les crèches, la SNCB, la poste soient maintenues comme services publics et puissent se développer en tant que tels.

 

Tout d’abord, les prestations de soins. L’accessibilité du système est menacée par la commercialisation, tant dans l’assurance maladie que dans les soins proposés. L’État doit continuer à assumer pleinement son rôle central dans le développement et la répartition des soins solidaires et de l’aide aux personnes et ne pas laisser ce rôle au marché. La sécurité sociale et des moyens suffisants émanant de l’État doivent être garants d’un éventail efficace de soins et d’aide aux personnes. Répertorier les besoins de la population, les évaluer objectivement et libérer les moyens financiers nécessaires pour satisfaire à ces besoins. Ne plus faire appel à du personnel venu de pays moins favorisés, pays qui eux-mêmes ont besoin de travailleurs formés.

L’accueil de la petite enfance, à l’instar de l’enseignement, doit être une évidence pour la société.

 

Le réseau ferroviaire dispose d’atouts pour jouer un rôle central dans la résolution des problèmes du transport et de la mobilité. Sur le plan écologique, le train est la meilleure alternative. Il est crucial pour la mobilité des gens sans voiture et pour les personnes moins valides.

La libéralisation du rail est un échec. Ces trente dernières années, en laissant jouer le marché, 1 200 km de routes ont été construits chaque année, en Europe, alors que, durant la même période, 600 km de voies disparaissaient annuellement. Globalement, la part du transport ferroviaire des marchandises a diminué au profit du transport par route. En Belgique, ces dernières décennies, environ un millier de raccordements ferroviaires (à de moyennes et grandes entreprises) ont été supprimés. La libéralisation a également abouti à une spirale descendante sur le plan des conditions de travail, des investissements en matériel et en mesures de sécurité.

 

Le transport public dispose de suffisamment de moyens pour pouvoir assurer un transport public, efficace et bon marché. Le critère de fonctionnement doit être celui-ci : la satisfaction des voyageurs. Les comptes doivent être vérifiés par un organe démocratique, afin d’éviter le gaspillage en faveur de consultants et sous-traitants privés. Avec une politique résolue, bien ciblée, il est possible de rallier davantage de voyageurs au rail : réduire les prix au lieu de les augmenter ; ouvrir de nouvelles lignes (sur le plan du nombre et de la fréquence). C’est nécessaire, social et écologique. On ne peut décourager l’utilisation de l’auto sans la remplacer par des alternatives.

 

Notre vision est que l’État doit assurer la qualité de la distribution du courrier, rouvrir la majorité des bureaux de poste qui ont été fermés et faire en sorte que tout le courrier soit à nouveau distribué de façon impeccable, dans le respect du secret postal, et que le rôle social du facteur soit remis à l’honneur. Nous voulons retrouver un service postal qui soit proche des citoyens. Nous voulons à nouveau réévaluer à la hausse les conditions de travail et adapter la poste à la communication moderne, par exemple des cybercafés publics de la poste, etc.

 

Nous voulons que cesse la politique des restrictions dans la fonction publique, aux niveaux fédéral et communal. Les restrictions du gouvernement servent à garantir les bénéfices des grandes entreprises. Leurs intérêts priment sur ceux de la population. Les prestations des services publics et l’emploi passent à l’arrière-plan. Il serait bien plus logique, en temps de crise, de prendre en considération la satisfaction des besoins élémentaires de chacun, comme l’accueil des enfants, le ramassage des ordures ménagères…

Pour les communes, le maintien de l’emploi public et de services publics convenables est fondamental. Les mesures budgétaires doivent en tenir compte. Les besoins sociaux doivent avoir la priorité. Les restrictions budgétaires imposées mettent financièrement les communes à bout de souffle. Par un refinancement du Fonds des communes, nous voulons rompre avec cette façon de faire.

 

Les services publics doivent être revalorisés. Les autorités fédérales et régionales ainsi que les autorités communales les considèrent aujourd’hui comme une charge budgétaire et comme un poste d’économies prioritaire. Mais, pour nous, les services publics et sociaux sont cruciaux, sur le plan local.

 

Une ville appartient à qui y habite et elle doit rester vivable et accessible pour tous. Les gens en difficulté ne sont pas aidés par de luxueux projets de prestige. Face au city-marketing urbain, nous opposons le droit à la ville : des logements à prix abordables, un enseignement de qualité pour tous, des transports publics convenables.

 

Cette vision se heurte fondamentalement à la politique européenne. L’État doit avoir le droit à l’initiative, de sorte qu’il puisse refuser la concurrence destructrice, investir massivement et ignorer les diktats européens sur l’équilibre budgétaire. Pour rendre possible la mise en place d’un secteur public fort, il faut supprimer l’article 107 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui interdit l’aide aux entreprises publiques.

Nous voulons que cesse la politique d’austérité et c’est pourquoi nous voulons que soit annulé le Pacte budgétaire, qui emprisonne les budgets des États dans un carcan de restrictions sans fin.

 

Les propositions du PTB-go!

1. Plus de personnel dans le non-marchand. On assiste à un déficit inquiétant dans les soins et l’aide aux personnes destinés à chaque âge : des gardiens ou gardiennes d’enfants, des puériculteurs ou puéricultrices, des infirmiers ou infirmières et du personnel soignant pour les institutions de repos et de soins et pour l’accueil des moins valides. Pour couvrir ces besoins, entre dix et vingt mille emplois supplémentaires sont nécessaires.

Nous voulons une offre large qui, idéalement, soit accessible à tous et gratuitement, avec une attention particulière pour la qualité et le professionnalisme. Nous voulons que disparaissent les listes d’attente.

 

2. L’État doit continuer à assumer pleinement son rôle central dans le développement des soins solidaires et de l’aide aux personnes. Il ne peut pas abandonner ce rôle au marché. La sécurité sociale et des moyens financiers suffisants en provenance de l’État doivent garantir un large éventail de soins.

 

3. Nous voulons des transports publics efficaces, bien répartis sur tout le territoire, sûrs et bon marché (train, tram, bus).

Nous voulons investir massivement dans un réseau fermé de transport des voyageurs et des marchandises. Nous voulons accélérer la mise en place du réseau express régional (RER). Nous voulons des trains de qualité. Dans cette optique, il importe que les sociétés de chemin de fer restent des entreprises publiques. Une harmonisation au niveau de la sécurité, des trajets et des tarifs est parfaitement concevable sans pour cela libéraliser le réseau.

 

4. La poste doit redevenir un service public, à 100 % aux mains de l’État. Elle ne doit plus être cotée en Bourse mais assurer les tâches d’un service public :

Un service postal à proximité des citoyens. Rouvrir la majorité des bureaux de poste qui ont été fermés.

Remettre à l’honneur le rôle social du facteur.

Une banque publique de la poste.

Rendre décentes les conditions de travail.

S’adapter à la communication moderne : Internet, cybercafés, etc.

 

5. Nous voulons préserver les services sociaux communaux contre toute forme de sous-traitance et de privatisation. Ne pas supprimer des emplois dans les services communaux et les CPAS.
 

6. Au niveau communal, nous voulons un moratoire sur toutes les charges, taxes et impôts qui touchent les travailleurs et les petits indépendants (stationnement, ordures ménagères…).
 

7. L’État fédéral et les régions doivent accroître de 15 % le financement des communes par le Fonds des communes. L’argent de ce refinancement doit provenir d’une taxe des millionnaires et de la lutte contre la fraude fiscale et les mécanismes d’évasion fiscale.
 

8. Nous voulons mettre un terme à la ponction de la fonction publique au niveau fédéral et régional et préserver le statut des fonctionnaires.

 

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