#GoLeft1 : Combattre la pauvreté n’est pas une question de charité, mais de justice sociale

De l’enquête électorale du PTB

La pauvreté est le premier souci des Belges. 43 % des personnes interrogées ont repris ce thème dans le top 3 de ce que nous devons aborder prioritairement. La pauvreté est indiquée comme priorité no 1, dans toutes les régions du pays, pour tous les groupes d’âge et pour tous les niveaux de formation, quelle que soit la situation professionnelle. Le thème est le plus coché surtout chez les chômeurs, les pensionnés et les invalides. Mais ce n’est pas étonnant : ils connaissent la pauvreté de près ou ils en sont directement menacés.

 

Constats

Un. Le danger de se retrouver dans la pauvreté grandit. Un Belge sur sept est pauvre. Un Belge sur cinq risque la pauvreté ou l’exclusion sociale. Ces quatre dernières années, près de 30 % des Belges ont déjà été confrontés une fois au moins à la pauvreté, suite à un licenciement, à la maladie, à un divorce, etc. Les groupes au risque de pauvreté le plus élevé sont : les parents célibataires, les locataires, les personnes âgées isolées et les enfants des familles défavorisées. En Wallonie, la pauvreté touche 45 % des chômeurs.

La lutte contre la pauvreté, quasiment tout le monde ne parle que de ça. Officiellement, on en a fait une priorité majeure, aussi bien du côté des gouvernements régionaux que du côté du gouvernement fédéral. Mais en réalité ?

 

Ces dernières décennies, les minima sociaux, les allocations sociales et les salaires minimaux ont souffert : le gouvernement les laisse loin en retard sur l’évolution du revenu national net. Pour les allocations minimales d’invalidité, il s’agit d’une perte de 4 % (depuis 1995), les allocations minimales de chômages ont régressé de 14 % et le minimum vital de 7 %. Quant aux allocations familiales, elles ont même régressé de 14 à 31 %.

 

Deux. La pauvreté chez les enfants augmente à grands pas. La secrétaire d’État Maggie De Block avait promis de s’en prendre surtout à la pauvreté chez les enfants, mais celle-ci augmente quand même de façon significative. En Wallonie, près d’un enfant sur quatre est pauvre, à Bruxelles un enfant sur trois. Quatre familles monoparentales sur dix vivent dans la pauvreté.

 

Trois. Un pensionné sur cinq a un revenu en dessous du seuil de pauvreté. Le gouvernement Di Rupo a légèrement augmenté la pension minimale, mais, en même temps, il a réduit de nombreuses pensions. Il a réduit de moitié le bonus pension des gens qui travaillent jusqu'à 65 ans et il a également rogné sur les pensions de ceux qui prennent leur pension anticipée et sur celles des personnes qui ont des périodes de maladie ou de chômage dans leur carrière.

 

Quatre. Quatre personnes handicapées sur dix doivent vivre avec une indemnité inférieure au seuil de pauvreté. Si on tient compte des suppléments de coûts tels les transports spéciaux et les frais médicaux, ce sont près de huit handicapés sur dix qui vivent dans la pauvreté. Un tiers des familles avec un handicapé doivent reporter des soins médicaux pour des raisons financières.

 

Cinq. La maladie appauvrit. Les gens atteints d’un cancer se retrouvent souvent dans une situation poignante. Un quart des cancéreux qui font appel aux Fonds du cancer paient de leur poche, malgré les mesures récentes, plus de 2 800 euros de frais médicaux par an. Cet argent couvre surtout des suppléments sur le matériel, des tickets modérateurs sur les médicaments et des honoraires. La moitié de ce groupe de malades du cancer a un revenu inférieur au seuil de pauvreté.

 

D’après une étude des Mutualités chrétiennes, une famille belge sur huit est aux prises avec des problèmes financiers suite à une maladie chronique. Cela peut varier de l’asthme ou de l’arthrose au diabète ou à l’hypertension. Les familles où se posent des problèmes de santé chroniques, paient en moyenne entre 140 et 200 euros par mois pour leurs soins de santé. Une bonne moitié des familles avec un malade de longue durée et des problèmes financiers déclarent qu’elles doivent se passer des soins nécessaires.

 

Six. On assiste à une hausse explosive du nombre de gens surendettés. 38 % des Wallons, soit plus d’une personne sur trois, ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue de l’ordre de 1 000 euros. Le pourcentage d’emprunteurs défaillants est de 8,2 % à Bruxelles et de 7,1 % en Wallonie.

Les situations de surendettement peuvent tout aussi bien être la cause que la conséquence de la pauvreté. Les dettes peuvent altérer gravement la santé physique et mentale et elles sont néfastes pour les relations sociales des gens. Elles peuvent aussi constituer une barrière à l’emploi.

 

Sept. La pauvreté sur le plan de l’énergie est une épidémie silencieuse. Après dix années de libéralisation, l’électricité a augmenté de 40 % et le gaz de 65 %. Plus faible est le revenu, plus lourde est la facture d’électricité et de gaz pour le budget familial. Les chiffres donnent le tournis. En 2010, au moins 11,5 % des familles ont reçu une mise en demeure recommandée dans leur boîte aux lettres. Alors qu’Electrabel encaisse chaque année 1,3 milliard d’euros de bénéfices avec des centrales nucléaires amorties depuis longtemps, 100 000 familles belges survivent avec un compteur à budget sur leur gaz et leur électricité. Ce genre de compteur fonctionne avec un paiement à l’avance : vous devez d’abord charger votre carte pour pouvoir utiliser de l’énergie. Les fournisseurs commerciaux ont même déjà « largué » 80 000 familles qui ne pouvaient pas payer leur facture. Dans ce cas, c’est sans la moindre pitié qu’ils coupent courant et gaz.

Pourtant la libéralisation n’allait-elle pas quand même « assurer la fourniture d’électricité à tous les clients et protéger les personnes âgées et les défavorisés » ? Si seulement c’était vrai. Les gens vulnérables sont bien trop souvent un oiseau pour le chat dans la jungle du marché libre de l’énergie. Il est malaisé de trouver de l’information sur mesure. Des techniques de vente agressives, trompeuses font beaucoup de victimes. Les contrats onéreux d’énergie se marient mal avec les bas revenus et les allocations. Et même le tarif social devient plus cher. En janvier 2010, il était de 13,5 cents le kWh. En janvier 2013, il est déjà à 18,5 cents.

 

Huit. Pour beaucoup des locataires, le marché privé est trop cher. Ils font la file pour avoir un logement social. En Wallonie, il y a 120 000 logements publics en location, soit 7 % du parc des logements. À Bruxelles, c’est 7,8 %. Mais aux Pays-Bas… 32 %.

Or, les logements sociaux sont d’une grande importance dans la lutte contre la pauvreté : chez les locataires sociaux, le risque de pauvreté diminue : de 41,8 % à 29,9 %.

 

Fin 2012, quelque 37 000 candidats locataires figuraient sur la liste d’attente wallonne pour un logement social, avec un temps d’attente moyen de cinq ans. À Bruxelles, 41 000 familles candidates sont sur une liste d’attente. Or aujourd’hui, on construit en moyenne 49 logements sociaux par an à Bruxelles. À ce rythme, 846 années seront nécessaires pour résorber cette liste d’attente.

 

Un toit qui fuit, des problèmes d’humidité, des châssis pourris, pas de bain ou de douche, pas de w.c. à l’intérieur, un logement trop sombre : 30 % de tous les logements belges et 53 % des logements des familles avec un revenu sous le seuil de pauvreté présentent au moins un de ces défauts. Des conditions de logement malsaines ont également des retombées sur le bien-être et les prestations scolaires des enfants.

 

Les causes

Un. Le gouvernement Di Rupo n’a pas tenu sa promesse de faire de la lutte contre la pauvreté une priorité. « La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale est une priorité du gouvernement », lisions-nous dans la déclaration gouvernementale de décembre 2011. On a même eu droit à une secrétaire d’État spéciale pour la lutte contre la pauvreté : Maggie De Block. Elle a déclaré : « Pour la fin de la décennie, il doit y avoir 380 000 personnes en moins dans la pauvreté. Nous mettons particulièrement l’accent sur la lutte contre la pauvreté chez les enfants ». Résultat en pratique : nous allons avoir 100 000 pauvres de plus.

 

Deux mesures du gouvernement contre les chômeurs vont faire augmenter le nombre de gens vivant dans la pauvreté.

Le gouvernement a décidé de ramener les allocations de chômage (dégressivité des allocations de chômage) au bout d’un certain temps sous le seuil de pauvreté. Après une certaine période (de quatre ans au maximum), les chômeurs ne recevront plus qu’une indemnité minimale : 953 euros par mois pour les isolés, ce qui est nettement sous le seuil de pauvreté (1 000 euros). Pour les chefs de ménage, l’allocation diminuera de 12 %. Pour les isolés, de 17,5 % et pour les cohabitants de 40 %.

 

Aujourd’hui, après une période d’attente de douze mois, les jeunes chômeurs perçoivent une allocation d’insertion de 500 euros par mois en moyenne, l’ancienne « allocation d’attente ». Le gouvernement fédéral a décidé de supprimer cette allocation au bout de trois ans pour les gens qui ne présentaient pas d’expérience de travail, ou pas d’expérience suffisante. La mesure est entrée en vigueur au début 2012 et elle prendra effet le 1er janvier 2015 : 50 000 demandeurs d’emploi risquent ainsi d’être exclus de leur droit à une allocation, a calculé la FGTB. Ces jeunes ou travailleurs à temps partiel devront alors souvent se rabattre sur le CPAS. Non pas parce qu’ils ne cherchent pas du travail, mais bien parce qu’ils n’en trouvent pas. Il s’agit pourtant de personnes qui ont déjà prouvé leur volonté de trouver un travail, car, sinon, ils ne toucheraient pas d’allocation d’insertion. Le problème se pose surtout chez les demandeurs d’emploi qui n’ont pas travaillé au moins 12 mois à temps plein sur 18 mois, ou 18 mois sur 27, selon l’âge. Il s’agit aussi de ceux qui accumulent plusieurs courtes périodes d’intérim et qui se retrouvent à nouveau sous le régime des allocations d’insertion. Il s’agit aussi des temps partiels.

 

Avec ces deux mesures, plus de 100 000 personnes risquent de se retrouver en dessous du seuil de pauvreté.

 

Deux. Les mini-jobs : le modèle allemand des travailleurs pauvres gagne du terrain chez nous. En Allemagne, le pays des mini-jobs, 7,7 % des gens vivent dans la pauvreté, bien qu’ils aient un emploi. L’économiste en chef de la Deutsche Bank a récemment affirmé sans sourciller que bien des Allemands doivent se préparer à un avenir où leur salaire sera insuffisant pour en vivre. Ce sont les « working poor », les travailleurs pauvres. Dans notre pays, ils sont 4,2 % de la masse des travailleurs. Mais, attention : chez les temps partiels, ils sont déjà 7 % et, chez les intérimaires, 10 %. Et notre gouvernement ? Il s’est mis précisément à encourager le travail intérimaire et le travail à temps partiel. Le nombre de personnes qui travaillent et qui ont besoin en même temps d’un minimum vital du CPAS pour en sortir a doublé ces dix dernières années.

 

Trois. Le pouvoir d’achat réel baisse, surtout pour les plus faibles. Alors que les millionnaires s’enrichissent démesurément, le pouvoir d’achat moyen par habitant a baissé de 5 %, depuis 2009. Une enquête de Test-Achats, en 2013, révèle que 40 % des ménages belges se retrouvent financièrement en bien plus mauvaise posture qu’une année plus tôt. 20 % des gens disent que, souvent, le revenu familial a déjà été dépensé avant la fin du mois. Ils suppriment alors leurs vacances, la crèche pour les enfants et même l’aide médicale nécessaire, car bien trop chère.

 

La pauvreté et la baisse du pouvoir d’achat constituent les principaux tracas des consommateurs, révèle une étude du CRIOC, le Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs.

Naturellement, tout est devenu plus cher, et même à l’Aldi. Et pas seulement pour les courses quotidiennes. Nous connaissons la vieille rengaine des libéraux à propos du marché : « L’État ne peut mener une politique de contrôle des prix. Il doit assurer le bon fonctionnement du marché, avec la concurrence qui fait baisser les prix ». Mais en réalité, le fonctionnement du marché a amené des monopoles privés à facturer des prix élevés à la clientèle, sans que l’État n’ait le moindre contrôle dessus. 

 

Quatre. Le nombre de personnes avec un minimum vital monte en flèche. En 2013, quelque 108 300 personnes dépendaient d’une allocation du CPAS, soit 17 % de plus qu’en 2008. La plupart d’entre elles reçoivent le minimum vital, le « revenu d’insertion social », l’ancien « minimex ». Pour un isolé, il s’élève à 817 euros et pour un cohabitant à 544 euros, soit bien plus bas que le seuil de pauvreté. Le terme « minimum vital » est aussi un terme particulièrement mal choisi, il insinue à tort qu’on pourrait en vivre.

L’augmentation est la plus forte chez les jeunes de moins de 25 ans. Ceux-ci constituent déjà un tiers des allocataires au CPAS et leur nombre va encore augmenter du fait de la suppression de l’allocation d’insertion.

 

Cinq. Les besoins sociaux grandissent en temps de crise, mais le gouvernement impose des restrictions aux villes et aux communes. De plus en plus de gens vont frapper aux portes des associations contre la pauvreté, et même des couples à deux salaires qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts, des gens de la classe moyenne. Ils sont 20 % de plus à chercher de l’aide auprès des associations de lutte contre la pauvreté. Or dans le même temps, l’austérité règne et frappe les CPAS et les services sociaux communaux.

Entre-temps, les taxes communales (par exemple sur l’eau ou le recyclage des déchets), qui, proportionnellement, touchent surtout les pauvres, continuent d’augmenter.

 

Depuis la crise bancaire, beaucoup des communes n’ont plus d’argent pour assumer leurs tâches sociales. Les personnes âgées ne peuvent parfois plus s’adresser au home du CPAS, les jeunes parents doivent se mettre en quête d’une crèche privée et chère pour leurs enfants, les classes de natation et les classes vertes sont supprimées, les centres de services sociaux aussi. Des services auxquels font surtout appel les familles pauvres ferment et leur personnel est jeté à la rue. Les services publics deviennent de plus en plus chers ou sont privatisés.

 

Le fait que le gouvernement fédéral ne rembourse qu’une partie limitée du minimal vital aux CPAS est injuste et enterre la solidarité. Les communes pauvres avec de nombreux allocataires au CPAS paient beaucoup plus que les communes à la population plus riche.

 

La vision du PTB-go!

La pauvreté est une réalité pour un nombre sans cesse croissant de personnes. Elle n’est pas le sort uniquement des sans-abris ou des vendeurs de fleurs dans les restaurants. Elle touche aujourd’hui un million et demi d’habitants de Belgique et ce nombre ne cesse de grandir. Il faut aujourd’hui souvent avoir deux salaires pour que la famille puisse garder la tête hors de l’eau. Et tout le monde peut être touché par le chômage ou la maladie. Lutter contre la pauvreté est absolument nécessaire, dans un monde qui se déglingue.

 

Le fossé entre pauvres et riches n’a jamais été aussi large. Mais que signifie ce fossé entre pauvres et riches ? C’est qu’un certain nombre de gens sont victimes de la crise et qu’un certain nombre de gens profitent de la crise. Les victimes sont très nombreuses et les gagnants sont en très petit nombre. Victor Hugo écrivait il y a un siècle et demi : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » Or ce constat, que la richesse de l’un est la pauvreté de l’autre, est aujourd’hui l’un des plus gros tabous de notre société.

 

Lors de son entrée en fonction, le gouvernement a annoncé que la lutte contre la pauvreté constituerait sa priorité. Et d’expliquer : « L’emploi est en général le meilleur remède pour combattre la pauvreté. » Mais, au lieu de créer de l’emploi, il en a détruit là même où il en était directement responsable : dans les services publics.

Le gouvernement Di Rupo a rejeté la faute sur les gens d’en bas. Contre les chômeurs, il a dit que, s’ils ne trouvaient pas de travail, c’est qu’ils n’avaient pas cherché assez activement. Des malades, il a exigé qu’ils « se sentent responsables ». Des aînés, qu’ils devaient travailler plus longtemps. Le gouvernement a mené une politique agressive d’activation. Ce qui débouche souvent pour beaucoup à devoir accepter des mini-jobs et des emplois instables et parfois, en fin de compte, à être exclu.

Le gouvernement a poursuivi le détricotage de la sécurité sociale. L’assurance sociale est démantelée pour devenir de plus en plus l’aide sociale et cette aide sociale se mue de plus en plus en une « activation des pauvres ». Ce qui revient, en fait, à traquer les pauvres. Le gouvernement a fait augmenter la pression sur le marché de l’emploi et sur les salaires. Résultat : au lieu de sortir les gens des horribles statistiques de la pauvreté, il y a fait entrer beaucoup de monde. Il a produit de nouveaux pauvres.

 

S’en prendre à la pauvreté signifie que nous devons faire des choix. Nous voulons que tous les revenus et allocations se situant sous le seuil de pauvreté repassent au-dessus de la limite de la dignité humaine. Il est inadmissible que les pensionnés, les chômeurs, les handicapés ou les allocataires du CPAS d’un pays civilisé comme la Belgique doivent vivre en dessous du seuil de pauvreté.

 

Augmenter tous les revenus de remplacement au-dessus du seuil de pauvreté coûte environ 1,5 milliard d’euros. C’est beaucoup d’argent. Mais tout le monde reconnaît que c’est une honte de ne pas le faire. Le gouvernement ? Il a tout simplement rangé cet objectif au frigo. Les intérêts notionnels coûtent annuellement à notre pays 6,2 milliards brut. C’est encore plus d’argent. Quatre fois plus. Et ces intérêts notionnels n’ont contribué en rien à la prospérité et à la création d’emploi, mais ont uniquement servi à arrondir les dividendes des gros actionnaires et les bonus de top managers. On peut dire beaucoup de choses. Mais pas qu’il n’est pas possible d’augmenter toutes les allocations sociales au-dessus du seuil de la dignité humaine. Il s’agit de choix. De choix fondamentaux pour l’avenir de notre société.

Il est plus que temps que la lutte contre la pauvreté devienne plus importante qu’une politique de cadeaux fiscaux aux plus riches.

 

Comment combattre la pauvreté structurellement et de façon durable ? À ce propos, notre programme fourmille de propositions. Car la pauvreté n’est pas simplement un thème isolé. Chaque fois, on la retrouve : dans le thème de la crise, de l’emploi, du pouvoir d’achat, des soins de santé, de l’enseignement, de la justice, de l’environnement…

Aussi les revendications dans notre lutte contre la pauvreté ne profiteront pas aux seuls pauvres. Elles sont plutôt générales que sélectives. Elles jettent un pont entre les mouvements contre la pauvreté et le mouvement syndical.

 

Ainsi donc, pour combattre la pauvreté, une autre répartition des richesses est nécessaire.

Nous devons également remporter le combat pour l’emploi. À la question : « Comment empêcher la pauvreté ? », 43 % noircissent la case : « Pas de chasse aux chômeurs, mais au chômage. » Le contraire de ce que fait le gouvernement. Un travail décent en tant que moyen de résistance contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Un vrai travail stable, avec un revenu convenable, voilà ce que nous proposons dans notre volet emploi.

Ou encore : Nous voulons protéger le pouvoir d’achat des travailleurs, mais aussi celui des gens qui vivent d’une allocation. Nous voulons pour tous qu’il y ait un contrôle des prix pour les produits de première nécessité.

Le pont entre le mouvement contre la pauvreté et le mouvement syndical existe aussi dans le combat pour le maintien de la sécurité sociale. Sans cette sécurité sociale, 42 % des Belges vivraient dans la pauvreté. Combattre l’inégalité est un rôle crucial de la sécurité sociale et nous voulons que cette sécurité sociale se maintienne. C’est entre autres la raison pour laquelle 80 % des Belges sont opposés à la commercialisation de la sécurité sociale.

 

Dans ce chapitre, nous faisons douze propositions avec les mesures les plus urgentes contre la pauvreté.

 

 

Les propositions du PTB-go!

1. Augmenter tous les revenus de remplacement jusqu’au-dessus du seuil de pauvreté.
Nous soutenons cette revendication prioritaire du Réseau de lutte contre la pauvreté. La Cour des comptes a calculé il y a quelques années que cette mesure coûterait 1,2 milliard d’euros (1,5 aujourd’hui). En face, il y a les 6,2 milliards d’euros de la déduction des intérêts notionnels et les 6 milliards d’euros qui sont prévus pour l’achat des avions de combat pour l’armée.

 

La loi garantit le droit à un minimum vital. Ce minimum vital doit permettre aux gens de s’intégrer ou de se réintégrer socialement. Il doit au moins se situer à hauteur du seuil européen de pauvreté (1 000 euros par personne) et ne peut être rendu dépendant d’une politique d’activation agressive. Nous plaidons en faveur du paiement à 100 % de ce minimum vital par l’État fédéral.

 

2. Pas de chasse aux chômeurs, mais au chômage.

Les mesures gouvernementales d’exclusion et de dégressivité des allocations de chômage doivent être retirées.

Au lieu d’une activation agressive et répressive, nous voulons que l’on pratique une activation émancipatrice. Qu’on mette un terme aux programmes d’activation et qu’on les remplace par des programmes d’accompagnement dans lesquels on fera preuve de respect à l’égard des chômeurs, de leurs aspirations et de leurs problèmes.

Il doit y avoir plus de formations, payées par l’État et les entreprises.

Nous voulons que les services régions de l’emploi (Forem, Actiris et VDAB) soient fusionnés en une seule institution fédérale, qui proposera, dans tout le pays, du travail aux demandeurs d’emploi de toutes les Régions.

La privatisation dans les faits d’une partie de la politique du placement, du Forem et d’Actiris vers les agences d’intérim est néfaste. Ces agences ne s’occupent que des chômeurs les plus faciles à placer. La formation n’est plus proposée chez ces accompagnateurs commerciaux.

 

3. Davantage de moyens pour les tâches sociales des autorités locales.

Qu’on mette un terme aux privatisations dans les services publics. Et qu’on mette un terme aussi à l’augmentation des taxes communales.

 

4. Que toutes les allocations sociales soient liées au bien-être.

 

5. Renforcer le premier pilier des pensions. Outre la pauvreté des enfants dans les familles monoparentales, on rencontre le plus souvent la pauvreté parmi les personnes âgées, en raison de pensions bien trop petites. Nous voulons qu’on augmente les pensions les plus modestes.

 

6. La Belgique a besoin de 200 000 nouveaux logements sociaux pour supprimer les listes d’attente. Nous voulons qu’on fixe un maximum aux loyers, en fonction de la situation et du confort de l’habitation, ce plafond étant fixé par une instance indépendante et accréditée.

Nous voulons également un plan Marshall pour l’isolation et la rénovation des habitations.

 

7. 24 % des personnes interrogées dans l’enquête électorale réclament une « baisse du coût des hôpitaux et des médicaments ». C’est possible avec l’application du modèle kiwi aux médicaments. Avec le modèle kiwi, nous pourrons assurer la gratuité des médicaments nécessaires et des antidouleurs.

Nous voulons aussi que l’État soutienne les centres de soins de première ligne et multidisciplinaires, selon le modèle des centres médicaux de la Fédération des maisons médicales (dont font partie les centres de Médecine pour le Peuple). Ces centres prouvent leur utilité pour les soins de santé proposés, en particulier pour les groupes les plus fragiles de la société.

 

8. Octroi automatique du statut BIM (bénéficiaire de l’intervention majorée) à tous les ayants droit.

Outre le droit à une intervention pour les soins médicaux, les ayants droit de ce statut (appelé aussi auparavant dans certains cas OMNIO) ont également droit à des subsides, à une intervention pour les transports publics (50 % de réduction), à l’enseignement pour les adultes, à l’aide au voyage (réduction de franchise), à un tarif téléphonique social… Mais il y a un écart important entre le nombre estimé d’ayants droit et celui des personnes qui bénéficient effectivement de ce statut.

 

9. Nous voulons le maintien de l’aide juridique, nous nous opposons à l’instauration de la TVA à 21 % imposée dès 2014 sur les frais d’avocat.

 

10. L’enseignement obligatoire doit vraiment être gratuit. Même les frais indirects doivent être entièrement subventionnés. Il doit y avoir un octroi automatique des bourses d’études aux ayants droit.

Nous voulons également un enseignement qui combatte l’inégalité. Un tronc commun jusque 16 ans serait un bon moyen d’y arriver.

 

11. Interdiction de coupure de l’électricité, du gaz et de l’eau. Nous voulons que soit repris dans la constitution le droit à la fourniture d’électricité, d’eau et du gaz.

Nous préconisons la suppression des compteurs à budget pour le gaz naturel, et nous préconisons aussi l’extension du tarif social.

 

12. Protéger et restaurer le pouvoir d’achat.

Un revenu décent intervient efficacement contre tous les éléments qui mènent à la pauvreté. Augmenter les salaires minimaux. Pas de mini-emplois.

« Garantir l’index : les salaires et les allocations doivent augmenter en fonction de la hausse du coût de la vie », réclament 52 % des personnes interrogées dans l’enquête électorale. Mais 36 % demandent aussi : « Introduire des prix maximums pour les produits de première nécessité comme le logement, l’alimentation et l’énergie ».

200 000 Belges ont demandé dans une pétition du PTB qu’on rende l’énergie meilleur marché par la baisse à 6 % de la TVA sur l’électricité et le gaz, aux frais du secteur de l’énergie. C’est beaucoup plus que de se limiter uniquement à une baisse de la TVA sur l’électricité, et jusqu’en 2015 seulement comme le gouvernement l’a décidé. Pour une famille moyenne, cette mesure peut permettre d’épargner 280 euros par an.

 

Retour vers l'introduction et le sommaire

En savoir plus

Programme élargi 2014

Programme Europe 2014

Programme Wallonie 2014

Programme Bruxelles 2014