14. Pour une culture accessible, démocratique et émancipatrice

Constats

Un. L’austérité frappe la culture.

Partout en Europe l’austérité frappe durement la culture et le monde de l’art. Des musées obligés de vendre des œuvres appartenant au patrimoine culturel du pays, des théâtres historiques qui font faillite, des artistes qui vivent dans une extrême précarité, des bibliothèques et des académies qui ferment… le monde culturel et artistique n’échappe pas à la crise. Aux Pays-Bas, le budget de la culture a été réduit de 20 %. En Espagne, c’est plus de 40 % du budget qui a été amputé !

La défense de la culture doit donc aujourd’hui être menée dans toutes les régions d’Europe et partout en Belgique, peu importe la Région ou la Communauté. En effet, la Belgique n’échappe pas à cette situation. Les évolutions que subit la culture deviennent de plus en plus inquiétantes.

La lutte pour la culture est en réalité la lutte entre deux visions de société, des visions qui mettent à l’avant-plan ou bien le profit, ou bien la population. Un pays sans politique culturelle publique n’est pas un pays sans culture : c’est un pays dont la culture devient celle du marché et du néolibéralisme. C’est un pays qui appauvrira nécessairement son patrimoine culturel et la diversité des expressions artistiques dont il est le lieu. La crise économique doit donc être le moment, non de désinvestir la culture, mais au contraire d’y mettre les moyens nécessaires pour préserver notre patrimoine et les formes de résistance que l’activité créatrice peut susciter.

 

Deux. L’accessibilité et le statut social de l’artiste en danger.

Aujourd’hui, loin de cette perspective, non seulement l’accessibilité est en cause, mais les conditions mêmes de la production culturelle sont en danger. En effet, côté accessibilité, il convient de constater que la culture est de plus en plus chère. Les constantes réductions de budget dans ce domaine (généralement au détriment des artistes et autres acteurs culturels) nuisent tant à sa démocratisation qu’à sa qualité. Il n’est pas aisé pour tout le monde de placer la culture et l’art dans un budget de plus en plus limité. Ces restrictions touchent aujourd’hui tout le monde : acteurs associatifs, médias, musique, théâtre, académies…

Les récentes réformes du statut social des artistes portent atteinte aux conditions mêmes de la création artistique. En renforçant considérablement les conditions d’accès à ce statut (voire en rendant cet accès impossible), on condamne de nombreux créateurs à la précarité ou à l’abandon de leur travail.

Ainsi, beaucoup d’artistes vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté. Les artistes sont doublement pénalisés puisque les réductions de budgets que vivent de plus en plus les grandes institutions culturelles et artistiques se font généralement au détriment de l’engagement des artistes. Ils sont ainsi, trop souvent, pris comme une « variable d’ajustement » budgétaire. Tôt ou tard, cela nuira à notre production culturelle. Paradoxalement, ce sont les créateurs qui sont le plus durement touchés par les mesures d’austérité.

 

Trois. La privatisation et la marchandisation de la culture se développent.

Dans ce contexte économique difficile, les discours qui veulent faire de la culture et de l’art un simple produit marchand se font de plus en plus entendre. C’est perceptible au travers du sous-financement de la culture qui pousse les institutions et artistes à trouver des financements dans le secteur privé. L’artiste n’est alors plus vu que comme une sorte d’entrepreneur qui évolue sur un marché économique comme un autre. Il lui faut trouver des sponsors, des prix, afin de pouvoir vivre de son travail.

Plus généralement, cela renforce l’idée que la culture doit surtout être « rentable » et qu’il faut donc penser avant tout aux potentielles « rentrées » avant d’investir.

Il s’agit d’une dérive dangereuse pour la création et les créateurs, menant vers l’appauvrissement de l’identité d’une ville, d’une région, d’un pays.

Ainsi, de plus en plus de villes, de communes et d’acteurs politiques privilégient les concours et événements prestigieux ou internationaux, les grandes productions pouvant générer des « retombées économiques » et apporter une « image positive » du pays ou d’une ville. Elle est alors un des éléments de la concurrence économique que se font les villes entre elles à coups de musées prestigieux ou de projets architecturaux coûteux. Ces différentes activités ruineuses (capitale européenne de la culture, concours internationaux…) ne sont pas mauvaises en soi, mais traduisent une évolution vers une culture toujours plus chère et inaccessible, vers une culture tournée plutôt vers le prestige que vers toute la population. En fin de compte, ce type d’activité profite généralement peu aux habitants des villes qui accueillent ce type d’événements. Cette vision correspond alors pleinement à celle défendue par l’Union européenne, ne voyant dans la culture qu’une nouvelle « opportunité pour créer de la valeur ajoutée ». La culture et l’art sont réduits à de simples marchandises.

La marchandisation de la culture a sur celle-ci des effets très uniformisants. En fin de compte, ce sont les grandes industries culturelles qui mènent la danse et détruisent trop souvent la grande diversité des expressions artistiques et culturelles.

 

La vision du PTB-go!

La politique doit assurer que les loisirs, la culture et l’art soient populaires dans le vrai sens du terme, avec un réel accès pour tous et la participation de tous. La culture doit servir à émanciper et à rassembler les gens, non à les diviser et à accentuer l’idéologie du marché. Notre pays peut se vanter d’avoir un secteur artistique très riche. Nos artistes sont présents dans beaucoup de domaines et donnent une image diverse et tolérante de notre pays. Nous devons préserver cette diversité et travailler à étendre la démocratisation de la culture.

À cet effet, nous avons besoin d’une culture libre et émancipée de la logique marchande et néolibérale.

Il est d’une importance centrale de lutter contre les attaques que l’austérité porte à la culture et à l’art. La culture ne doit pas être au service de l’industrie du divertissement ou de la guerre économique que se font les villes. Cette vision n’est pas celle du PTB-go!. Elle ne fera que renforcer l’emprise de la logique marchande sur culture et sur l’art et non les expressions réellement innovantes, créatrices et solidaires. La culture ne doit pas être simplement un outil économique au service du tourisme dans une concurrence entre les villes ou les musées (à celui qui attirera le plus de monde), mais un réel outil d’émancipation pour tous, collectif et démocratique. Nous devons donc donner toute sa place au public et au collectif afin de ne pas laisser la culture aux seules mains du marché.

 

Éducation et action par la culture

La culture et l’art doivent être au centre de nos politiques éducatives et sociales, offrant un véritable rôle d’émancipation et d’action collective pour la solidarité. Contrairement à la situation actuelle, l’action par la culture et l’art doit avoir, particulièrement en temps de crise, un rôle central. Elle doit revenir à l’avant-plan et investir les quartiers, les écoles, les publics précarisés.

À cet effet, plusieurs terrains, jusqu’ici totalement abandonnés par les politiques publiques récentes, doivent être réinvestis. En premier lieu, l’école, prioritaire dans l’éveil de nos enfants à l’art et à la culture. En effet, au fil des années, les cours de musique ou d’arts plastiques ont disparu des grilles horaires scolaires. L’éveil à la culture et à différentes formes d’expression devrait pourtant commencer là, dès le plus jeune âge. Cela pourrait également se faire par le biais de l’organisation de cours gratuits en musique, théâtre, arts plastiques sur le lieu même de l’école en collaboration avec les académies, démocratisant ainsi l’accès à ce type d’enseignement aujourd’hui malheureusement trop cher pour une grande partie de la population.

La culture doit être plus présente dans les quartiers défavorisés, non pas en présupposant qu’il n’y existe pas de formes culturelles, mais précisément en offrant des espaces et des moyens à ces quartiers pour y développer l’expression culturelle des jeunes, notamment.

Enfin, ce doit être l’occasion pour les pouvoirs publics de mettre à disposition des acteurs et associations culturelles et artistiques plus d’espaces et de lieux pour réaliser leurs projets.

 

La diversité de la langue et de la culture comme une richesse

La division culturelle aujourd’hui passe aussi par la langue. La situation de séparation culturelle de notre pays est une grande faiblesse. Nous voulons donc favoriser les initiatives culturelles et artistiques mixtes. Nous devons stimuler l’échange et la collaboration entre les différents institutions, associations, et acteurs. Les pouvoirs publics de la Région wallonne doivent montrer l’exemple et encourager au maximum les initiatives communes entre les théâtres et les salles culturelles francophones et néerlandophones.

L’organisation séparée de la vie culturelle doit céder la place à une approche multiculturelle. La culture transcende et rassemble les communautés.

Cette diversité doit par ailleurs se refléter tant dans nos institutions culturelles qu’au niveau des projets, que des acteurs culturels. Nous voulons en ce sens des mesures supplémentaires, afin que les travailleurs des institutions artistiques et culturelles représentent plus fidèlement notre société diversifiée.

 

Enfin les secteurs culturels doivent être exclus des accords de libre-échange comme celui en cours de négociation entre l’Union européenne et les États-Unis. La culture ne doit pas être soumise aux seules lois du marché. Sinon, l’ensemble des politiques de soutiens financiers, quotas de diffusions, appuis aux petits producteurs serait directement menacé.

 

Les propositions du PTB-go!

1. Augmenter le budget de la culture. Augmenter l’enveloppe globale.

Revenir sur la réforme de la part attribuée à la culture par la Loterie nationale.

Rendre obligatoires les parts normalement attribuées à la culture à tous les niveaux (communautaire, régional, communal)

 

2. S’opposer à la privatisation progressive de l’art et la culture, notamment par la place de plus en plus importante qu’y prend le financement privé. C’est l’autonomie de la culture qui est en jeu.

 

3. Retour sur la réforme du statut social de l’artiste. Ouvrir un débat conséquent et impliquant tous les partenaires sociaux, culturels et artistiques pour aboutir à un réel statut prenant en compte la réalité du milieu et de ses impératifs.

 

4. Créer des fonds obligatoires attribués à la création dans les institutions culturelles et audiovisuelles

 

5. Le système fiscal tax shelter de l’industrie du film a mené à des excès et doit par conséquent être revu.

 

6. Renforcer l’éducation et l’éveil par la culture au travers d’activités gratuites menées directement dans les écoles et les quartiers.

 

7. Ouvrir des espaces publics pour l’art, la culture et les associations.

 

8. Soutien des bibliothèques, afin qu’aucune ne doive fermer pour des raisons strictement budgétaires.

 

9. Un pass culturel gratuit pour les jeunes.

 

10. Mener une réflexion sérieuse sur les quotas afin de stimuler de manière cohérente la production culturelle et lutter contre l’homogénéisation de l’offre artistique et culturelle que produit la marchandisation de la culture.

 

11. Lancer une réelle réforme de la rémunération des droits d’auteurs respectant les créateurs et avec l’ambition d’une culture accessible.

Nous devons sortir de la chasse aux « pirates » et de la domination des grands groupes de l’industrie culturelle misant à toujours plus de profits.

Une solution collective doit être développée, permettant une large diffusion de la culture pour tous et une juste rémunération des créateurs.

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