L’école de l’inégalité

Combien de fois n’avez-vous pas fait le chemin pour conduire vos enfants à l’école, en espérant le meilleur pour eux et pour leurs copains/copines de classe ? Chaque enfant mérite sa chance. Sauf que l’inégalité commence tôt dans notre pays.

Deux études parallèles, l’une de l’ULB sur l’enseignement en Communauté française, l’autre de la KUL sur la Communauté flamande révèlent des constats édifiants.

« Plus qu’ailleurs, la position socio-économique des parents prédit les résultats des enfants. Si l’école doit fonctionner comme un ascenseur social, ce dernier est visiblement toujours en panne en Belgique », pointent les chercheurs de l’ULB1. L’école reproduit de génération en génération les inégalités sociales. Notre pays a, dans ce domaine, parmi les plus mauvais résultats des 65 pays participant à l’enquête internationale PISA.

L’étude de l’ULB parle d’« une forte ségrégation –  académique et socio-économique – avec des conséquences négatives importantes ». Ainsi, les résultats scolaires sont liés au fait « que les enfants sont regroupés dans des écoles avec d’autres élèves partageant des profils sociaux similaires ». Avec de bons résultats dans des écoles à public plus favorisé et des nettement moins bons dans des écoles à public défavorisé.

L’école amplifie l’inégalité déjà présente dans la société, au lieu de la combattre

Pire, cette ségrégation augmente ces dix dernières années : « La répartition des élèves de milieux favorisés et défavorisés, la mixité sociale s’est fortement détériorée »2, avancent les chercheurs de la KUL. Ainsi, dans des quartiers où il y a, par exemple, trois quarts des enfants de milieux défavorisés, et un quart de milieux favorisés, les écoles devraient en accueillir la même proportion si elles étaient un reflet de la société. C’est loin d’être le cas. L’école amplifie ainsi l’inégalité déjà présente dans la société, au lieu de la combattre.

Le bulletin de nos ministres est très mauvais. Et, quand des mesures sont prises – le décret inscription en Communauté française ou le « registre central » en Flandre  – , elles sont tellement timides qu’elles sont totalement insuffisantes pour un revirement.

Pourtant, à l’étranger, des mesures ont été prises qui ont amené un changement sensible.

D’abord, la politique d’inscriptions doit être inversée. L’enseignement devrait garantir, à tous les enfants, une école proche du domicile, de qualité et à échelle humaine, avec une grande mixité sociale. Ainsi, au lieu de la jungle actuelle des inscriptions, une école serait attribuée à chaque enfant, quitte à avoir le droit d’en changer ensuite.

Ensuite, un refinancement général est nécessaire, en particulier avec des moyens supplémentaires en encadrement pour les écoles qui sont plus défavorisées.

Enfin, il faudrait un tronc commun scolaire jusqu’à l’âge de 16 ans, polytechnique, « pour la tête et les mains », et mettre fin à la hiérarchisation actuelle entre enseignement général, technique et professionnel, autre énorme facteur de ségrégation sociale.

Et ce sont des pays qui, comme la Finlande, ont adopté ce type de mesures plus égalitaires qui arrivent aussi à avoir l’enseignement de meilleure qualité.  

1. La Libre 18 novembre 2013 • 2. De Standaard 18 novembre 2013

Ajouter un commentaire

By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.