Travailler de deux à cinq années de plus pour 83,2 à 298,4 euros de pension en moins

auteur: 

Kim De Witte

Kim De Witte, spécialiste des pensions du PTB.

Avec la réforme des pensions, le gouvernement de droite veut que chacun travaille au moins deux ans de plus. Le service d'étude du PTB a analysé cette réforme. Il en ressort qu'un grand groupe de travailleurs, principalement des femmes, devront travailler trois, quatre voire cinq ans de plus, jusqu’à l’âge de 67 ans. Et, en outre, les pensionnés toucheront entre 83,2 et 298,4 euros de pension en moins par mois.

Cliquez ici pour lire l'étude du service d'études du PTB.

Retrouvez ici l'étude en PDF.

Le gouvernement de droite veut relever l’âge de la pension à 67 ans. La majorité des gens estime que c’est une mauvaise décision, révèle une enquête du quotidien Le Soir. Les nouveaux ministres se sont alors précipités vers les studios de TV pour nuancer cette affirmation. « Ce ne seront que des exceptions », a déclaré le vice-Premier Alexander De Croo (Open VLD) dans l’émission « De Zevende Dag » (VRT). En même temps, le nouveau ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine (MR), exprimait le même message rassurant à la RTBF. « L’intention n’est pas de nous faire tous travailler jusqu’à 67 ans, mais nous devrons seulement allonger quelque peu notre carrière. »

Le service d’étude du PTB a examiné le dossier de près. « L’enquête montre que le gouvernement de droite entend faire travailler tout le monde au moins deux ans de plus, déclare Kim De Witte, spécialiste des pensions du PTB. Un groupe important de travailleurs, surtout des femmes, vont devoir travailler quatre ou cinq ans de plus, sans doute jusqu’à l’âge de 67 ans. Cela est dû au fait que la condition de carrière pour la pension anticipée est portée à 42 ans, alors qu’aujourd’hui, trois travailleuses sur quatre n’arrivent pas à une carrière de 42 ans. »

Les ministres De Croo et Bacquelaine affirment que, sous le nouveau système, les gens pourront également prendre leur pension à 60 ans. C’est exact, mais uniquement s’ils peuvent présenter une carrière de 44 ans. Huit femmes sur dix et quatre hommes sur dix n’atteignent pas une telle durée de carrière.

Le gouvernement de droite entend non seulement nous faire travailler plus longtemps pendant quelques années, mais veut également économiser sur les pensions. Ces économies concernent un groupe important de personnes :

  • tous ceux qui resteront actifs jusqu’à 65 ans perdront 83,2 euros de pension par mois par rapport à ce qu’ils touchent aujourd’hui, et ce, en raison de la suppression du bonus pension ; 
  • les couples pensionnés dont l’un des conjoints n’a pas constitué de droits à la pension risquent de perdre 281 euros de pension par mois, à cause de la suppression de la pension familiale ;
  • les agents de l’État risquent bien vite de perdre 298,4 euros de pension par mois, en raison de la suppression des bonifications de diplôme, du relèvement de tous les tantièmes à 60, de la suppression de la prise en compte de l’emploi contractuel dans le calcul de la pension des agents de l’État et du nouveau calcul de la pension de ces mêmes agents sur base d’une carrière plus longue ;
  • enfin, toutes les personnes faisant appel à une interruption de carrière ou à un crédit temps sans justification spécifique perdront au moins 24,6 euros de pension par mois.

Certaines personnes peuvent être concernées par diverses mesures en même temps :

  • un travailleur qui reste actif jusqu’à l’âge de 65 ans, dont la conjointe n’a pas travaillé, et qui prend un crédit temps sans justification spécifique, risque de perdre 388,8 euros de pension par mois (83,2 euros de bonus pension + 281 euros de pension familiale + 24,6 euros de constitution de pension par crédit temps) ;
  • un agent de l’État qui reste actif jusqu’à l’âge de la pension anticipée de 63 ans et qui prend un an d’interruption de carrière, risque de perdre 323 euros de pension par mois (298,4 euros d’« harmonisation » de la pension d’agent de l’État + 24,6 euros pour son interruption de carrière) ;
  • un indépendant qui reste actif jusqu’à l’âge de 65 ans et qui prend un an de crédit temps sans justification spécifique, risque de perdre 107,8 euros de pension par mois (83,2 euros de bonus pension + 24,6 euros de constitution de pension en crédit temps).

« Cette réforme est injuste, illogique et inutile, déclare Kim De Witte. Elle est injuste parce tout le monde est obligé de travailler de deux à cinq ans de plus, alors qu’un groupe important de travailleurs ne peut plus travailler. L’espérance de vie moyenne recèle de grandes inégalités : celui qui a un diplôme de l’enseignement supérieur vit de 6 à 7,5 ans plus longtemps, et même de 18 à 25 ans en meilleure santé, qu’une personne sans diplôme. Les droits à la prépension et à la pension anticipée font que ces personnes, elles aussi, peuvent profiter d’un peu de repos après une existence de travail intensif. Le gouvernement de droite recule tellement l’âge requis pour avoir accès à ces droits qu’un groupe important de personnes seront totalement usées et malades à leur arrivée à la pension. »

« Cette réforme est aussi illogique, poursuit Kim De Witte, parce que la Belgique compte déjà près de 650 000 chômeurs. Un grand-père ou une grand-mère sera obligé de travailler plus longtemps, alors que leur petit-fils ou petite-fille restera à la maison sans emploi. Obliger les aînés à travailler plus longtemps ne fournira pas plus d’emplois. » 

« Enfin, cette réforme est inutile. Selon les chiffres de la Commission d’étude sur le vieillissement, nos pensions sont bel et bien finançables. En 2060, nous ne paierons pas plus que ce que paient déjà aujourd’hui des pays comme l’Autriche et la France pour financer leurs pensions, à savoir environ 15 % de notre PIB. Est-ce donc si irréalisable ? Bien sûr que non ! C’est une question de choix dans la politique sociale et fiscale. Introduisez une taxe des millionnaires et prenez-vous-en à la grande fraude fiscale, et il y aura suffisamment d’argent pour payer nos pensions. » 

Travailler jusqu’à 67 ans ? Pas question ! Signez la pétition

Le PTB a lancé une pétition contre le relèvement de l'âge de la pension à 67 ans. À signer ici : www.ptb.be/petition-pension.

Le dimanche 19 octobre, tous à la Protestparade !

Le PTB organise une Protestparade créative contre le gouvernement Michel-De Wever. La question des pensions est centrale dans la résistance sociale à opposer au gouvernement de droite.

Cliquez ici pour en savoir plus au sujet de la Protestparade.

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Commentaires

cela fera encore moins de boulot pour les jeunes aussi....pffff