Victoire des étudiants contre le modèle américain

Le 4 mars dernier, le conseil d’administration de l’université de Gand prenait la décision d’augmenter les frais d’inscription des masters complémentaires (Master na Master, ou « Manama ») jusqu’à 5 330 euros. Une pétition, une chanson et trois rassemblements plus tard, les étudiants réussissent à empêcher la hausse.

Le gouvernement flamand a décidé de ne plus financer les masters complémentaires, poussant les universités à aller chercher l’argent manquant dans la poche des étudiants en augmentant les frais d’inscriptions, jusqu’à 5 330 euros. « Manama te duur » (Manama trop cher) est rapidement devenu le slogan, et même la chanson, du mouvement étudiant qui s’est mobilisé pour empêcher la hausse, et refuser l’orientation de plus en plus élitiste de l’enseignement supérieur. 

Vers le modèle américain 

Aux États-Unis, l’élitisation de l’enseignement supérieur est déjà très avancée, avec un enseignement de première et de seconde catégorie, principalement en fonction de vos moyens financiers. Le vice-recteur de l’université de Gand a clairement fait valoir que les augmentations des frais d’inscription s’inscrivent dans cette logique. Pour le gouvernement flamand et le vice-recteur, l’objectif est de pouvoir garantir le caractère prestigieux de ces masters complémentaires et de pouvoir attirer les meilleurs et les plus riches étudiants étrangers. Un enseignement d’élite pour les enfants de l’élite. 

There is no alternative

La rectrice ainsi que d’autres membres du conseil d’administration ne se sont pas associés au discours du vice-recteur. Cependant, beaucoup se cachaient derrière le triste refrain « il n’y a pas d’alternative ».  « Le parcours classique des études mérite l’attention nécessaire. C’est pour cela que nous recevons un financement, et c’est donc pour cela que nous devons en premier lieu garantir la qualité. Les masters complémentaires ne peuvent se faire au détriment des bacheliers et des masters classiques », expliquait Koen Goethals, membre du conseil d’administration. La rectrice a rejeté la faute sur le gouvernement flamand, expliquant qu’elle n’a pas le choix que d’augmenter les frais d’inscription.

Pour un enseignement démocratique

Une pétition est rapidement lancée parmi les étudiants pour s’opposer à cette mesure, et elle rencontre un vif succès. L’université de Gand ne peut clairement pas compter sur le soutien des étudiants. Une chanson – « Manama te duur » – est écrite afin d’aller mobiliser les étudiants dans les auditoires. Elle deviendra tellement populaire qu’il n’est pas rare d’entendre des étudiants la fredonner machinalement dans les couloirs de l’université. 

Après trois rassemblements, l’université de Gand finit par reculer et retire la mesure. Lors d’un rassemblement, un étudiant a résumé la vision de l’enseignement qui était défendue lors de ces actions : « L’éducation n’est pas un bien qui peut être acheté et vendu. L’éducation ne devrait jamais être un privilège. La lutte pour un enseignement démocratique est une lutte longue et difficile, mais une lutte de haute valeur. » 

Article publié dans le mensuel Solidaire de juillet 2016Abonnement.

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