Une autopompe pour éteindre une étincelle dans la cité ardente ?

auteur: 

Rafik Rassaa

Les pompiers liégeois ont été déclarés persona non grata par le bourgmestre Willy Demeyer ce 1er mai à Liège. Retour sur une ordonnance anti-démocratique émise par un bourgmestre socialiste un premier mai contre des travailleurs en lutte pour leurs droits.

Tout contrevenant s’expose à des amendes

Ordonnace de police contre les pompiersL’ordonnance prise par le bourgmestre socialiste va très loin puisqu’elle revient en réalité à suspendre préventivement le droit de manifester ou de se rassembler sur tout le territoire de Liège ce 1er mai à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un pompier et même aux personnes qui les accompagnent.  Il s’agit pourtant d’un droit fondamental reconnu notamment par la Constitution (art. 26) et par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme. Pour décréter cette interdiction, Willy Demeyer s’appuie sur une disposition de la nouvelle loi communale qui autorise un bourgmestre à prendre des mesures de police sans débat au conseil communal, mais uniquement « lorsque le moindre retard pourrait occasionner des dangers ou des dommages pour les habitants ».

Nouvelle loi communale

 

 

 

Mais quel est donc ce si grave danger qui guette les habitants de la cité ardente en ce 1er mai et qui justifie cette « mesure de police exceptionnelle »? C’est que des pompiers « en tenue et casqués » pourraient « perturber la tenu des traditionnelles manifestations du 1er mai », « en exhibant notamment des calicots et en huant les politiciens lors des discours ».  
Pour Willy Demeyer,  des pompiers exprimant leurs revendications face aux ténors socialistes locaux, ça devient un « attroupement hostile » et même une « atteinte grave portée à la paix publique ».

Juridiquement, la décision mayorale semble pour le moins bancale. On peut en effet douter que le péril redouté justifie une mesure aussi radicale que l’interdiction totale de manifester pour les pompiers. En effet, le simple fait d’arborer un calicot critique, voire hostile, et de contre-manifester face à une réunion politique relève intégralement de la liberté d’expression et de réunion. La Cour européenne des droits de l’homme considère par exemple qu’il est interdit d’interdire le fait  de brandir le drapeau d’une organisation hostile aux idées défendues par les manifestants sans appel a la violence (affaire Faber c. Hongrie, 24 juillet 2012, § 47-59). On se souviendra aussi qu’il n’est pas permis de sanctionner un citoyen arborant un calicot mentionnant « Casse-toi, Pov con ! », adressé au président Sarkozy (affaire Eon c. France, 14 mars 2013, § 50-62).

Raoul Hedebouw, conseiller communal PTB+ à Liège : « On pensait que le 1er mai était la fête du travail et des travailleurs, une fête revendicative en souvenir de grévistes de Chicago tués par la police en 1886. Mais à Liège, revendiquer le jour du 1er mai semble être devenu un crime de lèse-majesté, les « socialistes » liégeois de 2014 n’hésitant pas à utiliser les mêmes instruments liberticides que la bourgeoisie du 19ème siècle contre les fondateurs du POB (qui doivent se retourner dans leur tombe) ou qu’un Sarkozy au « meilleur » de sa forme. »

Les conseillers communaux du PTB+ adressent un courrier à Willy Demeyer

Les conseillers communaux PTB+ Sophie Lecron et Raoul Hedebouw ont adressé un courrier au bourgmestre Willy Demeyer pour exprimer leur indignation face à cette décision anti-démocratique et exiger un débat public au prochain conseil communal.

Les pompiers de Liège se battent pour la sécurité de tous les Liégeois

Les pompiers se battent maintenant depuis plusieurs mois contre les restrictions budgétaires qui leur sont imposées et demandent l’arrêt des coupes budgétaires dans les revenus et les primes. Pour la sécurité de tous, ils exigent l'achat de nouveau matériel respectant les normes de sécurité. Enfin, ils demandent le remplacement des sapeurs qui partent à la retraite pour qu'ils puissent continuer à faire leur travail dans de bonnes conditions.

Dans leur combat, ils se sont retrouvés clairement en opposition avec un management et des responsables politiques qui entendent gérer cette intercommunale comme une multinationale qui fait peser les pertes financières sur le dos des travailleurs. Certains ont vu leurs primes d’entretien d’équipement baisser de 800 à 350 euros par an. En comptant tous les avantages rabotés, les pompiers de Liège perdent de 2000 à 3000 euros par an.

Le PTB, comme il l'a fait au conseil communal de Liège, entend relayer leurs revendications. Le PTB appelle tous les Liégeois à montrer leur solidarité avec cette lutte des pompiers. Elle nous concerne toutes et tous. Les pompiers de Liège méritent tout notre respect!

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