Photo Kevin Choi / Flickr.

Un rapport allemand expose le danger de l’intoxication au Fipronil pour les enfants. Pourquoi l’AFSCA minimise-t-elle la situation ?

Le taux limite pour une intoxication au Fipronil mentionné par l’AFSCA est 140 fois plus élevé que le taux limite fixé par l’Europe. Par ailleurs, suite à des analyses d’œufs et de viande de poulets belges, une étude allemande fait état de la présence de taux plus élevés de Fipronil que ceux signalés par l’AFSCA.

1. « La plus haute quantité de Fipronil que nous avons trouvée est dix fois plus basse que la norme européenne », déclare l’AFSCA. « Mais la “norme européenne” évoquée par l’AFSCA n’est pas du tout la véritable norme européenne, réagit le Dr Sofie Merckx, spécialiste santé du PTB. La norme européenne est de 0,005 mg par kg d’œufs. C’est au moins 140 fois plus bas que le 0,72 mg par kg d’œufs sur lequel se base l’AFSCA. »

La norme de l’AFSCA provient d’une étude publiée la semaine dernière par l’institut de recherche allemand Bundesinstitut fur Risikobewertung (voir le rapport ici). Dans cette étude, il est question d’un risque réel d’intoxication aiguë au Fipronil pour des enfants qui mangent ces œufs. C’est sur base de ce risque que l’AFSCA a établi la norme de 0,72 mg. Il s’agit là d’une extrapolation de cette étude, et pas du tout du taux limite européen.

2. « Il existe en effet deux normes pour l’intoxication au Fipronil : une norme plus haute pour l’exposition aiguë et une norme plus basse pour l’exposition chronique, explique Sofie Merckx. Si l’on consomme régulièrement des œufs ou du poulet, on risque l’exposition chronique. C’est en raison du principe de précaution que la directive européenne sur les pesticides indique la norme la plus basse pour l’exposition chronique (règlement CE n° 396/2005). »

La norme plus haute pour l’exposition aiguë est basée sur des études toxicologiques lors desquelles des animaux de laboratoire ont été exposés à des doses progressivement plus hautes de Fipronil. On a constaté chez ceux-ci une dégradation du système nerveux à partir de 0,009 mg par kg de poids corporel. Pour un humain de 70 kg, cela correspond donc à une prise aiguë de 0,63 mg de Fipronil. Pour un humain de 50 kg, il s’agit d’une prise aiguë de 0,45 mg de Fipronil. Pour un enfant de 25 kg, c’est une prise aiguë de 0,225 mg de Fipronil et pour un enfant de 10 kg, une prise aiguë de 0,09 mg de Fipronil.

La norme la plus basse pour l’exposition chronique est également basée sur des études toxicologiques. Lors de celles-ci, des animaux de laboratoire ont été exposés pendant deux ans à des doses basses de Fipronil ; on a constaté chez ceux-ci des effets négatifs comme le cancer de la thyroïde, une grave détérioration du système nerveux et des problèmes au foie et aux reins. Pour un humain de 70 kg, cela correspond donc à une prise répétée de 0,014 mg de Fipronil (= 0,0002 mg fois 70 kg).

3. « C’est pour ces raisons que la directive sur les pesticides fixe la limite maximale pour le Fipronil dans les œufs à 0,005 mg/kg. L’Europe interdit la vente d’œufs comportant un taux supérieur à cette limite, précise le Dr Sofie Merckx. L’Europe a fixé la valeur limite à 0,005 mg/kg. Il est donc inexact que l’AFSCA belge parle de “norme européenne” de 0,72 mg par kg d’œufs. »

Chez des éleveurs belges de volaille, l’AFSCA a mesuré jusqu’à 0,096 mg de Fipronil par kg d’œufs. C’est 18 fois plus que le maximum de 0,005 mg/kg d’œufs fixé par la directive européenne sur les pesticides.

4. « Nous nous posons de sérieuses questions quant au fait que l’AFSCA minimise le problème, souligne Sofie Merckx. La santé publique doit primer sur les intérêts économiques. Si la présence de produit toxique est avérée dans les œufs, il faut alors appliquer les normes les plus sévères, tant dans l’information aux citoyens que dans les mesures que l’on prend. »

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