Contrôle de police après l’attentat au Delhaize d’Alost commis par les Tueurs du Brabant (9 novembre 1085). (Photo Belga)

Tueurs du Brabant et gendarmerie : le PTB demande une commission d’enquête

Après 32 ans d’errements et de probables manipulations de l’enquête sur un des plus grands crimes politiques de l’histoire de la Belgique, il faut maintenant aller jusqu’au bout. « Les victimes veulent enfin connaître la vérité. La population a le droit de savoir si, dans notre pays, des policiers, censés la protéger, ont semé la terreur. Et, si oui, dans quel but ? Elle a le droit de savoir pourquoi ils ont pu s’en sortir pendant toutes ces années et même faire partie des enquêteurs censés investiguer sur leurs propres crimes », interroge Marco Van Hees, député du PTB.

Depuis 32 ans déjà, des journalistes, des policiers, des magistrats avancent que derrière les Tueurs du Brabant wallon se cachent une ou plusieurs cellules d’extrême-droite, actives notamment au sein du groupe Diane, le corps d’élite de la gendarmerie à l’époque. Tous l’envisagent comme la piste la plus sérieuse. De nombreux éléments, y compris matériels, sont venus confirmer cette hypothèse. Or, cette piste a été qualifiée par le ministre de la Justice de l’époque, le libéral Jean Gol et par le procureur de Nivelles en charge du dossier, Jean Deprêtre, comme « de la fiction de roman policier ».

« Il a fallu qu’un des tueurs avoue sur son lit de mort pour qu’enfin, cette piste soit prise à nouveau au sérieux, explique le député Marco Van Hees. Pourtant, le nom du “géant” dont il est question aujourd’hui est déjà apparu dans l’enquête en 1999. On est en droit de se demander comment cette enquête a systématiquement été détournée de la seule piste crédible et qui en est responsable. »

« Qui a donné les ordres ? », s’interroge également Marco Van Hees. « La population et les familles des victimes ont le droit de savoir qui étaient les commanditaires. Pourquoi également de simples policiers ont été écartés par la suite car ils étaient trop zélés. »

Pour le PTB, il faut analyser jusqu’au bout le lien entre les Tueurs du Brabant et la stratégie de la tension mise en place en Europe à l’époque. « Que des forces de police dans un État démocratique commettent sciemment des attentats terroristes, tuant des dizaines d’innocents, dans le but d’influencer les décisions politiques en faveur d’un État policier, semble inconcevable. Pourtant, cela s’est fait. Il est prouvé que cette stratégie de la tension a été appliquée en Italie dans les années 1970 et 1980 par l’extrême-droite liée aux services secrets italiens et américains. En Allemagne aussi : selon Andreas von Bülow, qui fut ministre allemand à la Défense, “les services secrets américains ont influencé, sinon dirigé partiellement ou complètement tout le terrorisme européen”. L’Italie, l’Allemagne, alors pourquoi pas la Belgique ? », se demande le député PTB.

Sur base de ces investigations, on lira avec un tout autre regard les décisions de renforcer la gendarmerie dans le paysage policier après les attentats des Tueurs. Il faudra analyser si le contrôle démocratique de la police est suffisant et si des dérives semblables sont toujours possibles et comment les prévenir.

Le PTB demande la création d’une commission d’enquête. « Mais attention, prévient Marco Van Hees. Il faut garantir qu’il s’agira d’une commission “vérité” et non d’une commission oubliettes comme celles des années 1990 et 1997. » Pour rappel, la dernière avait abouti à la conclusion que les attentats des Tueurs n’avaient pas un caractère politique, qu’ils n’étaient pas l’œuvre d’une organisation d’extrême-droite et qu’il n’y avait pratiquement aucune indication d’une implication de la gendarmerie et de l’Otan. « Il faut donc garantir que les partis au pouvoir à l’époque, impliquées jusqu’au cou dans la gestion catastrophique de cette enquête, n’aient pas une position prédominante dans cette Commission. Il faut garantir une composition de cette commission d’enquête pour qu’elle ne s’interdise pas à l’avance d’examiner certaines zones d’ombre de notre histoire au nom des prétendus intérêts supérieurs de l’État ou du respect de nos alliances dans le cadre de l’Otan, comme ce fut le cas des précédentes commissions. Ce serait intolérable pour les victimes, pour les défenseurs d’une police démocratique et pour la population en général », conclut Marco Van Hees.

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Commentaires

arreter avec vos commossions parlementaires le peuple n'y croit plus c'est du vent