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Travailler 4 années de plus pour 400 à 620 euros de pension en moins : pourquoi les enseignants manifestent aussi le #16mai

auteur: 

Rafik Rassaa

auteur: 

Simon Heijens

Comme beaucoup d’enseignants voulaient participer à la grande manifestation des trois syndicats pour les pensions, les syndicats de l'enseignement ont introduit un préavis de grève. De cette façon, les enseignants, des gardiennes à l'enseignement supérieur, pourront aller manifester ce 16 mai à Bruxelles. Et ils le feront ensemble, francophones et néerlandophones, dans un front inédit depuis longtemps.


Travailler de cinq à huit années plus longtemps

Quand Ilse, 51 ans, a commencé à travailler comme puéricultrice, elle partait du principe qu'elle allait pouvoir décrocher à 56 ans. Rien de plus normal : à cet âge, il n'est plus si évident de s'occuper de 20 ou 25 enfants pendant toute une journée. « Mais, entre-temps, on a ajouté 11 ans », écrit-elle sous la pétition lancée par 25 délégués de six syndicats de l'enseignement (voir plus loin). « Au lieu de prendre ma pension dans 5 ans, je ne pourrai le faire que dans 16 ans ! »

Ilse n'est pas un cas isolé. Dans le futur, la plupart de ses collègues de l'enseignement vont devoir travailler 9 années de plus. Tout récemment encore, ils pouvaient arrêter via « la mise en disponibilité préalable à la pension » (MDP) ou s'en aller à 60 ans en pension anticipée. À l'avenir, ils devront travailler jusque 67 ans.

Seuls ceux qui ont fait toute une carrière complète – avoir commencé à travailler tôt, sans jamais avoir redoublé pendant les études, et sans interruption durant toute la carrière – arrivent aux 42 années de carrière dont ils ont besoin pour pouvoir arrêter à 63 ans. Le ministre des Pensions  Daniel Bacquelaine (MR) y fait allusion quand il dit aux enseignants qu'ils vont « pouvoir arrêter quatre ans plus tôt ». Pour lui, il n'y a qu'une seule référence : 67 ans. Les enseignants en ont une autre : 58 ans, l'âge auquel, il y a peu, ils pouvaient le faire en MDP. Ah, ces politiciens qui prétendent ne pas comprendre d'où vient ce fossé entre le citoyen et le politique… Il existe depuis bien longtemps déjà et le démantèlement de la pension des enseignants ne fera que l'élargir, si on lit les commentaires au bas de la pétition des 25 délégués.

« La réforme des pensions de ce gouvernement est une véritable rupture de contrat », écrit Bart. « Pour eux-mêmes, les parlementaires tiennent compte de leurs prétendus “droits acquis” mais les droits acquis des enseignants sont tout simplement balayés. » Dasha est tout aussi indignée : « C'est révoltant ! Quelle honte ! Avez-vous (le gouvernement, NdlR) donc aussi peu de respect pour les gens qui se chargent de l'une des tâches les plus importantes, à savoir celle de préparer les enfants et les jeunes à l'avenir, au travail ? » Tania estime que, dans toute la discussion autour des pensions, il faut également penser aux élèves. « Recevoir des cours d'un enseignant de plus de 60 ans, qui n'est plus au fait depuis longtemps de toutes les innovations technologiques, ce n'est pas particulièrement agréable ! » « Je donne cours avec plaisir, mais j'ai peur de ne pouvoir tenir le coup jusque 65 ans ! Encore moins 66 ou 67 ! Alors que mes jeunes collègues ne parviennent pas à travailler à temps plein. C'est pourquoi je serai présente à chaque manifestation contre ces mesures injustes ! », écrit Lin. Et la série de critiques ne s'arrête pas là...

De 400 à 600 euros de pension en moins

Aujourd'hui, après une carrière complète, les enseignants ont une pension décente. Ils entendent la conserver. Ce n'est pas un scandale si la pension légale suffit à payer une maison de repos… Aujourd'hui, le gouvernement se rend coupable d'une rupture de contrat en réduisant considérablement la pension des agents de l'État. Et il le fait de diverses manières. 

Il a supprimé la bonification liée au diplôme, ce qui signifie, dans les faits, que les enseignants vont devoir travailler quatre ans de plus pour la même pension. Ou toucheront moins de pension en ayant travaillé aussi longtemps. Dès le 1er décembre 2018, les enseignants débutants perdront complètement leur bonification liée au diplôme – qui peut s'élever à plus de quatre ans – et leur collègues plus âgés la perdront en partie.

Dans la formule de calcul du montant de la pension (salaire de référence divisé par 55 et multiplié par le nombre d'années prestées) le gouvernement entend également remplacer le tantième (dénominateur) 1/55 par 1/60. Ce qui réduit la pension de 8,33 %. Une reconnaissance comme « métier pénible » ne change donc rien dans ce cas-ci.

Pour un jeune enseignant, la suppression de la bonification liée au diplôme et du tantième 1/55 équivaut à une diminution de la pension de 190 euros (pour un licencié) à 330 euros (pour un prof d'université) nets par mois.

Dans le calcul du montant de la pension, le gouvernement ne veut plus prendre comme référence la moyenne des cinq ou dix dernières années (les mieux rémunérées), mais une moyenne de toute la carrière. Pour les jeunes enseignants, cette mesure signifie une perte de pension supplémentaires de 230 euros (licencié) à 290 euros (prof d'université) nets par mois.

« Travailler dans l'enseignement signifie des heures supplémentaires non rémunérées, pas d'assurance groupe, pas de voiture de société ni d'autres avantages. Une pension décente était toutefois un avantage et on nous le retire, désormais. Cela va à l'encontre de la promesse qu'on nous avait faite en débutant notre carrière », écrit Tijs. Et que feront-ils quand, bientôt, ils ne trouveront plus assez d'enseignants, se demande Jan : « Travailler plus longtemps et, en même temps, toucher moins de pension. On rend la profession d'enseignant très peu attrayante. Et, d'ici peu, on viendra se plaindre que trop peu de jeunes désirent opter pour la profession ! » « Si vous ne payez pas décemment les enseignants, un grand nombre d'entre eux choisiront d'autres emplois et la qualité de l'enseignement baissera pour tous les enfants et les jeunes. Ce serait une catastrophe pour tout le monde. »

5 000 enseignants ont déjà signé la pétition contre le démantèlement de la pension 

En 2017 déjà, vingt-cinq délégués  des six syndicats des enseignants (ACOD Enseignement, COC, COV, CSC Enseignement, CGSP Enseignement, SEL-SETCa) avaient signé ensemble une tribune libre contre le démantèlement de la pension des enseignants. Et, pour bien mettre en lumière leur unité des deux côtés de la frontière linguistique, ils l’avaient publiée en français (sur le site Internet du Vif) et en néerlandais (sur DeWereldMorgen). Les revendications de cette tribune se sont transformées en pétition : Travailler plus longtemps pour toucher moins de pension ? Pas question ! Plus de 5 000 enseignants l'ont déjà signée, soit en ligne, dans via des formulaires de pétition dans les écoles. Elle comporte les revendications suivantes :

• Maintien de l'âge de la pension légale à 65 ans et de la possibilité d’arrêter à 58 ans.
• Maintien de la bonification liée au diplôme, du dénominateur pension 1/55 et de l'actuel calcul du salaire de référence.
• Rejet du système à points prévu pour les pensions.
• Introduction des aménagements de fin de carrière pour les gens de plus de 50 ans.
• Reconnaissance du travail d'enseignant comme « métier pénible ».
• Réduction de la charge de travail.
• Sécurité de l'emploi pour les jeunes qui débutent dans l'enseignement.

Enseignants néerlandophones et francophones : un seul front
Le 14 mars dernier, les 9 syndicats flamands et francophones de l'enseignement organisaient un meeting commun d'information à Bruxelles à propos des mesures gouvernementales concernant les pensions. Les 500 responsables présents étaient enthousiasmés par l'initiative, du fait que c'était la première fois depuis 1996 que les syndicats flamands et francophones de l'enseignement se serraient les coudes ensemble. Du fait aussi que tous les discours et témoignages des secrétaires et des militants allaient dans le même sens : c'est en assez, qu'on en finisse avec le hold-up sur les pensions dans l'enseignement. Et parce que cinq décisions et revendications claires étaient formulées :
• Une seule et même réglementation pour tout l'enseignement
• Maintien (minimal) de l'actuelle date P (âge de la pension)
• Maintien du montant actuel de la pension
• Maintien et réintroduction des réglementations de départ (avant l'âge de 60 ans)
• Maintien des périodes assimilées.

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Commentaires

de toute façon faut pas se faire d illusion , soit il feront pas en douce ou dans notre dos la pension a point , solution s et dire mon a cela on en veut pas , mais la s et une autre histoire , la pension a point et recule de la pension a 67 ans , faut supprimer sa et la mettre au congelateur a -280° , mais attention car au prochaine élection federale faut pas que la merde de MR (Mouvement des Reclus ) faut pas qu il soit réelu car il vont la ressortir aussi vite donc seul solution faire tomber se gouvernement de merdE qui nous empoissonne la vie et qui détricote tous nos aquis social , et nous plonge de plus en plus dans la misére et le pays dans la pauvrete total mais , comme je vois il a pas beaucoups de personne qui réagit a cela , donc svp soyer nombreux a la manif et taper sur le fer tans qu il et chaud , moi j y serait aussi pour défendre ma pension car je vais perdre 325euro et ma fille qui et enseignente elle me pourra prendre sa pension a 67 ans si tous vas bien et elle vas perdre 458euro alors serait temps de réagir la , vaux mieux de l argent dans notre poche que dans celle de ce gouvernement de voleur et d escros en costume cravate