Traité budgétaire européen :: Ce traité est inamendable, il doit être rejeté

David Pestieau

Ce traité est « justifié » par le fait qu’il faudrait éviter qu’un scénario à la grecque ne se reproduise ailleurs. Et que les pays européens doivent converger économiquement. Mais pour aller où et au profit de qui ?

L’Union européenne se comporte comme quelqu’un qui a une voiture dont le moteur est cassé et voudrait absolument le réparer au lieu de le changer. Selon elle, une pièce du moteur (la Grèce) s’est cassée parce que le garagiste (la Commission) ne pouvait pas assez intervenir. Mais, on le voit, la crise se prolonge. Et les pannes vont se répéter. On l’a vu à Chypre, bientôt en Slovénie. Mais, surtout, en Espagne : que va-t-on faire en cas de nouvelles menaces sur la 4e économie de la zone euro ? Que reste-t-il encore à privatiser au pays de Don Quichotte ? Combien de gens supplémentaires va-t-on expulser de leurs maisons (on en est déjà à 500 par jour) ? 
A chaque fois, ces mesures sont vendues au nom du sauvetage de l’euro. Sauf qu’en réalité, on sauve surtout les intérêts des banques, particulièrement allemandes et françaises, qui ont des titres grecs, slovènes, espagnols… On fait en sorte de les sauver car ce sont elles qui vont plonger si les dettes ne sont pas remboursées. A chaque fois, les mécanismes d’aide européens servent à sauver un système financier fondamentalement malade. 
Changer le système financier, changer le moteur économique de l’Union européenne et ainsi redéfinir le projet européen avec l’euro ? N’y pensez pas, nos gouvernements font l’inverse. On dit : « Au nom du sauvetage de l’euro, gardons tout comme ça et suivons les vieilles recettes néolibérales. »
Or c’est le moteur qu’il faut changer, balayer cette Europe de l’inégalité et de la concurrence et construire une Europe de coopération et de solidarité (lire ici). Il ne s’agit pas de changer quelques virgules ou d’apporter quelques correctifs. Nous ne pourrons résoudre les problèmes actuels de l’Europe, et notamment les inégalités économiques entre régions, que s’il existe un vrai mécanisme de coopération et de solidarité. Il faut pouvoir décider de consacrer de l’argent pour investir dans le sud de l’Espagne, le Limbourg, le Hainaut, le nord de la France...  Pour réindustrialiser. Pour investir dans des projets publics d’énergie et de logement. Pour cela, il faut aller à l’encontre de la logique du marché, avec des interventions étatiques massives. Ce qui veut dire s’opposer à la logique de l’Union européenne depuis le Traité de Rome (1957), celle du libre marché, de la liberté des capitaux et des marchandises.  Et ça, ce n’est absolument pas le projet de l’Union européenne, et encore moins de tous ces traités qui affinent cette politique européenne pour en faire quelque chose de beaucoup plus agressif, autoritaire et antisocial. 

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