Le 24 mai 2017, des milliers de personnes marchaient à Bruxelles pour protester contre la venue du président américain Donald Trump. (Photo M3M)

Syrie : seule une paix négociée peut améliorer le sort de la population

auteur: 

Marc Botenga

« Tiens-toi prête, la Russie, nos missiles arrivent. » Le tweet de Trump était clair : une confrontation directe entre les deux grandes puissances nucléaires semble très proche. La Grande-Bretagne et la France s’apprêtent à y participer. Pour le PTB, la priorité est l'arrêt de l'escalade guerrière et l'organisation de négociations de paix.

La diplomatie de Trump sur Twitter montre ouvertement à quel point la politique américaine est dangereuse et agressive. Les États-Unis semblent même prêts à une confrontation militaire avec la puissance nucléaire qu’est la Russie. Tous les pions sont disposés en vue d’une intervention militaire et d’une confrontation directe entre les Américains et les Russes dans l’espace aérien de la Syrie : une escalade que tout le monde craint depuis sept ans déjà. Le fait que Trump vienne précisément de faire entrer dans son cabinet des faucons purs et durs comme John Bolton et Mike Pompeo n’y est sans doute pas étranger. Le premier plaide depuis des années pour que l’on bombarde l’Iran, entre autres. Et la Première ministre britannique Theresa May et le président français Macron suivent aveuglément Trump.

Une enquête au lieu de larguer des bombes

En guise de raison officielle à l’escalade, Trump, Macron et May parlent de l’utilisation possible de gaz chimiques à Douma par le régine syrien. La Syrie et la Russie démentent. En tout cas, les images de la reconquête de Douma sont effrayantes. On ne peut traiter à la légère ce recours possible à des gaz dangereux. Ce genre d’armes est interdit par le droit international, lequel prévoit également des possibilités de sanction.

Avant de passer à de telles sanctions, il faut d’abord établir avec certitude aussi bien le recours à des armes chimiques que ses responsables. Le Conseil de sécurité des Nations unies peut décider d’une enquête approfondie. Provisoirement, aucun accord n’a été dégagé en ce sens. La Russie a bloqué la résolution américaine. Washington a voté contre la proposition russe. Normalement, les négociations devraient se poursuivre. Toutefois, au lieu de lancer d’urgence une enquête sérieuse dans le cadre des Nations unies, Trump a choisi de jouer les gros bras sur le plan militaire. En refusant une enquête indépendante, l’ambassadeur de Bolivie jugeait que les États-Unis jouaient « à la fois le rôle de détective, du procureur, du juge et du bourreau ». Au Conseil de sécurité, la Chine, elle, a exprimé son indignation à propos de l’emploi possible de gaz nocifs, mais a exigé en même temps une solution politique au conflit.

Une telle enquête est très importante, selon le leader travailliste britannique Jeremy Corbyn récemment. Quand l’ancien espion russe Skripal a été empoisonné à Londres, la Grande-Bretagne a prétendu avoir la preuve que la Russie était derrière cet empoisonnement. Cette preuve s’est avérée inexistante. Corbyn a réagi : « Il peut et doit y avoir une base en vue d’une réponse politique commune à ce crime. Mais, au cours des années que j’ai passées au Parlement, j’ai trop souvent vu que, lors d’une crise internationale, la pensée est submergée par les émotions et par des jugements hâtifs. Des renseignements défectueux et des dossiers très peu fiables ont abouti au désastre de l’invasion de l’Irak. Il y a eu le soutien impressionnant de tous les groupes parlementaires à l’agression contre la Libye, mais il s’est avéré que c’était appuyé sur des informations erronées. L’indignation universelle contre les attentats du 11 septembre a mené à une guerre contre l’Afghanistan, guerre qui s’éternise encore aujourd’hui, alors que le terrorisme, lui, s’est répandu dans le monde entier. »

De l’escalade militaire à la logique de paix

Personne ne croit que Trump s’inquiète du sort de la population syrienne. Il pense aux intérêts américains. La reconquête récente par l’armée syrienne de Douma, un faubourg de Damas, a été un rude coup pour Washington. Le groupe rebelle Jaych al-Islam (« l’armée de l’Islam ») a dû évacuer les lieux. Le groupe des rebelles reçoit du soutien des alliées des États-Unis que sont la Turquie et l’Arabie saoudite. Un bastion de rebelles, tout près de la capitale, voilà qui était bien pratique. Par contre, l’armée syrienne est soutenue par la Russie. Ce n’est pas le premier contrecoup que les États-Unis ont dû subir en Syrie. Sur le plan militaire, Assad a repris le contrôle d’importantes parties du territoire syrien. En outre, par sa présence en Syrie, la Russie aussi a revendiqué un rôle sur la scène mondiale. De même, l’influence de l’autre allié d’Assad, l’Iran, s’est accrue régionalement. La suprématie américaine absolue est affaiblie et Washington a bel et bien l’intention de remettre les pendules à l’heure.

À l’issue de près de huit ans de guerre en Syrie, on ne peut plus compter le nombre de victimes. De l’Afghanistan à la Libye, l’intervention militaire occidentale n’a engendré que plus de chaos encore, plus de souffrance, plus de victimes civiles. Le bilan des précédentes interventions militaires a bien montré que les conflits ne sont toujours pas résolus et que la population ne s’en porte pas mieux. Seule la paix pourrait améliorer le sort de la population syrienne.

S’il y a de nouveaux bombardements, nous nous éloignerons plus que jamais d’un processus de paix. Via l’Otan, la Belgique aussi semble vouloir suivre la « logique » belliciste de Trump et consorts. Ce serait un choix catastrophique. Pour les Syriens d’abord, mais aussi sans doute pour le reste du monde. Aujourd’hui, tout doit être mis en œuvre pour rétablir la paix et ce ne sera envisageable que lorsque toutes les parties se réuniront autour d’une table de négociation. Aujourd’hui plus que jamais, des solutions négociées sont urgentes et possibles. Un embargo total sur les armes, des négociations sans conditions préalables et un cessez-le-feu rapide sont des conditions pour pouvoir enfin voir la fin de ce conflit.

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Commentaires

Vous avez tout a fait raison, mais pour une enquête plausible il est temps de se presser .
Comment nous des milliards d'individus pouvons-nous tolérer qu'une poignée de dirigeants fous puissent avoir le droit de vie ou de mort sur le monde entier
analyse très lucide de la situation sans compter la désinformation et le parti-pris de quasi tous les médias occidentaux(aux mains du grand capital)
Tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil: aimons nous les uns les autres... Je ne sais pas si j'ai lu un message du Pape ou un message du PTB. Et cela à un moment où le risque d'une guerre est important, et que deux pays de L'UE - la France et le Royaume-Uni - s'apprête à suivre le Grand Frère. ur l'analyse est correcte mais nous la connaissons. N'est-il pas plutôt temps de dire: NON, NOUS NE VOULONS PAS QUE L'EUROPE PARTICIPE A CETTE GUERRE OU SINON NOUS NE VOULONS PLUS FAIRE PARTIE DE CETTE EUROPE. N'est-il pas du rôle du PTB d'expliquer que les intérêts qui motivent cette guerre possible n'ont rien à voir avec les intérêts du peuple européen?
en 1968 lors de la guerre froide je faisais mon service en artillerie nucléaire sous-lieutenant de réserve au 20 A je suis resté 2mois et 15 jours à la frontière tchécoslovaque (invasion par URSS immolation Yan Palash) ai reçu papier me signifiant que j'étais décoré de l'ordre de la couronne (chevalier)...10 ans après mais il fallait payer 1500BF pour la médaille(durée de vie probable 57 secondes après tir projectile nucléaire équivalent Hiroshima et maintenant personne n'en parle,on s'en fout alors aujourd'hu i ou bien on fait une révolution sociale contre la société axée exclusivement sur le profit et l'égo de potentats (poutine erdogan macron may ..;Michel)ou inutile de me casser les pieds car tout est axé sur du business
Trump a été placé par les banques des banques pour continuer le but suprême du capitalisme: l'humain au service de l'argent!
En accord avec votre analyse. Quel culot de la part des USA ! Un pays qui a massacré sa population Indienne, qui accorde moins de valeur à la vie de ses propres citoyens noirs, qui a tué des civils en nombre incalculable dans de nombreux pays: entre autres, au Japon avec des bombes nucléaires (serait-ce moins grave qu'avec des armes chimiques ?), au Vietnam avec des armes chimiques (agent orange) , en Irak avec des bombes à fragmentation notamment, etc. Quel culot de la part des USA, devenus une alliance vraiment toxique ! Quelle erreur de la Belgique d'avoir accepté le siège de l'OTAN à Bruxelles, nous faisant perdre toute indépendance. Il est plus que probable que la majorité des Belges ne veulent pas de dépôt d'armes nucléaires en Belgique qui en fera une cible privilégiée en cas d'acte terroriste. Quel culot de la part des USA de continuer à lancer des opérations guerrières en Syrie, eux qui sont déjà la cause du chaos moyen-oriental suite à leur méga-mensonge pour intervenir en Irak. Et au lieu d'assumer la responsabilité de leurs actes en accueillant une majeure part des réfugiés victimes de leur attitude guerrière, ils laissent les Etats Européens, qui - excepté le Royaume-Uni - ne sont pas responsables de cette catastrophe, assumer seuls cette énorme charge. Quant aux dirigeants occidentaux, y en a-t-il encore qui ont une conscience morale, eux qui après avoir laissé massacrer les Kurdes Syriens sans broncher, préfèrent approuver les actions guerrières d'un pays prétendument allié dirigé par un individu peu recommandable. Comment aurait réagi le Général de Gaulle face à cet affaissement européen ?