Le 23 août, action symbolique de la CGSP-Cheminots Bruxelles, Tout Autre Chose et InterEnvironnement Bruxelles pour montrer l’absurdité du service minimum que propose le gouvernement fédéral en cas de grève à la SNCB. (Photo Belga)

Services publics : ce qui se cache derrière l’annonce de la grève

Le président de la N-VA, Bart De Wever, tire à boulets rouges sur les nombreux syndicalistes qui veulent passer à l’action contre la énième vague d’austérité. Pourquoi tant de haine ?

« Je ne peux pas supporter ces gens... Je dois arrêter. Je deviens vraiment mal à l’aise quand j’entends ces gens... » Bart De Wever est au bord du malaise quand il parle de syndicalistes qui envisagent de faire grève. Mais il aurait tout aussi bien pu s’agir des activistes environnementaux qui veulent qu’on ferme les dangereuses centrales nucléaires (la N-VA entend précisément les maintenir plus longtemps) ou de Tout Autre Chose, ou des bénévoles qui protestent contre les budgets étriqués et les longues listes d’attente dans les soins aux personnes... C'est logique qu'il s'en prenne à eux : les syndicats et les mouvements sociaux forment le plus grand obstacle contre sa vision de société et ses mesures néolibérales de régression sociale.

« Se rendent-ils vraiment compte à quel point il est inimaginable de percevoir une Belgique qui ne soit pas redistributrice et sociale ? », se demande le Premier ministre de l’ombre, Bart De Wever. Le doublement de la facture d’énergie, les listes d’attente dans les soins aux personnes handicapées, les pensions les plus basses parmi tous les pays voisins, les centaines de milliards que les familles riches et les multinationales transfèrent vers les paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt, l’écart croissant entre pauvres et riches. À quel point tout cela n’est-il pas « inimaginablement social », selon vous ?

Au beau milieu des vacances d’été, le gouvernement décidait de nouvelles attaques dans son « accord estival », lesquelles allaient encore renforcer la « redistribution » au profit du 1 %. Les prépensionnés vont perdre jusqu’à 165 euros de pensions par mois, les emplois stables vont être encore plus menacés vu l’extension des flexi-jobs (on verra bientôt des grands-mères et grands-pères travailler dans nos supermarchés, sans horaire et pour moins de 10 euros de l’heure), du travail intérimaire et de ce qu’on appelle le bénévolat. Dans les services publics aussi, la porte est grande ouverte aux contrats précaires. Les nominations statutaires deviennent l’exception et non plus la règle. Dans plusieurs entreprises publiques, la privatisation menace. Mais, pour les entreprises privées, de nouveaux cadeaux sont prévus via le tax-shift et la diminution de l’impôt sur les sociétés. C’est contre tout cela que les syndicats ont annoncé des actions.

(pour plus d’infos sur le contenu de l’accord estival, retrouvez le dossier ici)

Charles Michel : « Une grève sans raison ? »

Le Premier ministre, lui aussi, s’en prend verbalement aux syndicats : « C’est un exemple typique de grève sans raison, prenez vos responsabilités. » Pourtant, les raisons d’être en colère sont nombreuses. « Il n’y a pas de raison qu’on n’examine pas une privatisation de Belfius et qu’on ne regarde pas le cas d’autres entreprises. On va donc par exemple examiner la situation de Proximus mais aussi de la SNCB. » Ainsi parlait Johan Van Overtveldt, le ministre des Finances (N-VA), ce samedi 27 août dans la presse. Il dévoile par là le but final du gouvernement : la privatisation des services publics.

Les services publics, « too big to fail »?

Mais au fond, qu’est-ce qu’un service public ? Les services publics sont des services à la population. Ce sont des services que la collectivité considère comme étant trop importants pour être mis dans les mains du marché, où seule règne la loi du profit.

Comme l’écrit l’éditorialiste Roger Huisman : « Les transports publics sont un service public, à l’instar de l’enseignement, de la culture ou des soins de santé. Et comme l’apprend tout étudiant de candidature en économie, pour ces services valent de tout autres règles que celles des entreprises privées. Par exemple, ils ne peuvent faire de bénéfices, et ce, afin de maximaliser leur utilité pour la société. » (Het Belang van Limburg, 27 août 2017).

Ce principe garantissait l’accessibilité (peu chers, proches de citoyens), mais aussi l’impossibilité d’être mis en faillite. Enfin, c’est parce que les services sont aux mains de la collectivité qu’il est possible de les contrôler, notamment pour garantir des droits (droit à la mobilité, à la santé, à l’éducation) et faire face à des défis importants (changement climatique).

Plutôt que de développer plus encore les services publics, d’y investir, de les rendre plus performants... le gouvernement vient avec un tout autre projet de société : ce qui est aujourd’hui une entreprise ou un service public devrait fonctionner comme dans le privé. Dans ce projet, les transports, la poste, la santé, notre épargne et même une partie de l’éducation… ne sont plus que des terrains à conquérir par des actionnaires guidés par la soif de profits. A l’autre bout, les usagers ou les patients sont réduits à l’état de clients. Ils doivent payer un maximum pour recevoir un minimum. À l’image de ces personnes âgées qu’on ne change pas suffisamment parce que c’est trop cher ou à qui on ne consacre que 3 euros par jour pour leurs repas.

En privatisant les services publics, la collectivité en perd le contrôle : par exemple, après la privatisation des banques publiques (Crédit communal, CGER), le seul moteur de la banque n’était plus que la rentabilité à court terme. Des banques à statut public qui n’avaient jamais connu de problèmes faisaient faillite après seulement 15 ans de privatisation. Sans le sauvetage par l’État, elles devaient mettre la clé sous le paillasson en emportant notre épargne. Même chose dans le secteur de l’énergie, totalement privatisé et libéralisé : l’absence de contrôle public empêche la reconversion du nucléaire vers des énergies renouvelables pour faire face aux défis climatiques.

C’est à ce débat-là, fondamental, qu’on assiste aujourd’hui : Veut-on une société avec des services publics modernes, qui répondent aux besoins de la population et aux défis climatiques ? Ou une société remplie de services privatisés dans lesquels la recherche de profit régnera en maître, sur le dos des usagers, des salariés et du climat ?

« Les cheminots combatifs sont les activistes environnementaux du 21e siècle »

Ici, c’est l’activiste environnementale Naomi Klein qui parle. Et qui pose comme condition pour un meilleur climat la lutte contre la privatisation des chemins de fer. Le journaliste Peter Mijlemans abonde dans son sens : « Sans investissements dans les transports publics, et surtout les chemins de fer, les objectifs climatiques ne seront pas réalisables. On ne confie pas au privé les rênes de quelque chose qui a un si grand impact sur la politique. » (Het Nieuwsblad, 27 août 2017). Mais le gouvernement Michel-De Wever fait précisément le contraire. En 2014, le gouvernement annonce des économies budgétaires sur le rail (au total 20 % des moyens, soit 3 milliards entre 2015 et 2019). Ces mesures rimeront surtout avec une réduction du service aux usagers : réduction du personnel en gare, remplacement des guichetiers par des automates, 33 gares fermées, nouvelles hausses des tarifs, suppression des accompagnateurs dans certains trains (le « one man car »), les trains moins bien réparés, ce qui provoque des retards… En juillet 2015, la ministre Jacqueline Galant (MR) suspend le Plan pluriannuel d’investissement (PPI, 26 milliards d’investissements entre 2013 et 2025). Les travaux d’investissements, notamment le RER, sont à l’arrêt. Deux ans plus tard, il n’y a toujours pas de nouveau plan d’investissement.

L’annonce de Johan Van Overtveldt a jeté de l’huile sur le feu dans tous les services publics, et spécialement à la SNCB. D’autant qu’elle vient s’ajouter à une série de mesures qui mettent à mal le droit à la mobilité des usagers, ainsi que les conditions de travail des cheminots. Pas étonnant dès lors que la CGSP ait annoncé un plan d’action pour les 21 septembre et 10 octobre, et que la CGSP Cheminots et Poste décident de se mettre en grève le 10 octobre.

Si, pour le gouvernement, la privatisation « n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant », pourquoi faire grève ?

Très vite après l’annonce de Van Overtveldt sur les discussions autour de la privatisation, plusieurs ministres – sentant que la colère montait au niveau syndical – ont déclaré que « ce n’était pas à l’ordre du jour pour l’instant ». Cette phrase qui était sensée nous rassurer est en fait plus inquiétante encore. Elle montre que le gouvernement n’a pas du tout l’ambition de développer notre société nationale de chemin de fer comme service public. Et si la privatisation n’est pas à l’ordre du jour « pour l’instant », tout est préparé pour qu’elle le soit demain. Et c’est justement ce chemin qui conduit à la privatisation qu’à la fois les cheminots ou les défenseurs du climat ne veulent pas voir emprunté. Ni aujourd’hui ni demain.

Ensuite, les actions et grèves du 10 octobre ne concernent pas seulement la privatisation et la SNCB. Plusieurs secteurs ont déjà annoncé qu’ils bougeraient pour cette date. C’est compréhensible, la privatisation touche d’autres entreprises. Comme bpost par exemple. L’arrêt des nominations touche de nombreux services. L’attaque contre les pensions touche quasiment tous les fonctionnaires. L’arrêt des investissements touche tous les services. Le secteur public voit son nombre d’emplois reculer chaque année. L’introduction d’un service minimum dans les chemins de fer constituerait un précédent dans la limitation du droit de grève. Etc.

Museler les syndicats

Le gouvernement et les employeurs sont actifs sur deux fronts. Ce n’est pas un hasard si les nouvelles attaques contenues dans l’accord estival et les plans de privatisation de certains services publics vont de pair avec une attaque contre les syndicats. Ceux-ci sont non seulement taxés de « conservatisme », leur préavis de grève est également qualifié de « totalement irresponsable ». L’intention est d’isoler les syndicats, de les affaiblir et de restreindre le droit de grève. Si les syndicats ont moins de possibilités de résister, le gouvernement pourra bien plus facilement faire appliquer ses plans. Et, manifestement, tous les moyens sont bons pour y arriver. Rudy De Leeuw et Marc Leemans, présidents de la FGTB et de la CSC, subissent des attaques personnelles de la part du patron du premier parti.

 

Les syndicats sont-ils conservateurs ? 
Parce qu’ils défendent les emplois stables, une pension décente, des transports publics performants, sûrs et aux tarifs accessibles ? Les syndicats sont les plus grandes organisations sociales des salariés et ils sont tout sauf conservateurs. Ils constituent précisément la principale force du changement démocratique dans notre histoire. La suppression du travail des enfants et l’obtention du suffrage universel à une voix a nécessité bien des grèves. Le fait que nous disposons aujourd’hui d’une sécurité sociale pour notre pension, d’une protection contre le chômage et la maladie, que nous avons droit chaque année à 20 jours de congés payés ou simplement que nous avons le droit de vote, tout cela, c’est le résultat d’une résistance collective. Ou, comme en Slovaquie où, en juin, les syndicats de Volkswagen ont arraché une augmentation salariale de 14 % après 6 jours de grève. Les chercheurs britanniques Richard Wilkinson et Kate Pickett ont publié une étude intéressante révélant que, dans les pays où les syndicats sont forts, l’inégalité est également moindre et la société plus saine. Cela vient du fait, précisément, qu’il existe de meilleures conditions de salaire et de travail, écrivent-ils. Un rapport récent du FMI confirme que la présence des syndicats fait diminuer l’inégalité des revenus. Faire diminuer l’écart entre les 10 % les plus riches et les autres 90 %, est-ce cela du « conservatisme » ? 
Si, aujourd’hui, nous défendons une société sans pauvreté, des services publics réellement au service de la population, des emplois décents au lieu d’emplois générateurs de burn-out, une fiscalité honnête et équitable, une production énergétique durable, une taxe des millionnaires et une semaine des 30 heures qui permettrait de combiner le travail, la famille et l’engagement, c’est bel et bien ce qui s’appelle « regarder vers l’avenir ». Mais voilà : il s’agit d’un tout autre avenir que celui que De Wever imagine quand il est occupé à contempler son propre nombril.

 

 

 

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Commentaires

Article très instructif. Plus nous lisons les articles du Solidaire plus nous prenons conscience du réel danger qu'est le libre marché. En espérant pouvoir contribuer rapidement au PTB !
Bonjour, Museler les syndicats!!! Leurs redonner vie oui. Du temps de Debunne c'était déjà depuis longtemps grêve générale. Bien à vous
Je viens de prendre connaissance des articles relatif au service publics ainsi que celui relatif a l'invitation du représentant de la NVA Jan Jambon .....;Et bien que J'adhère en grande partie aux idées du PTB je ne pense pas que tout soit à jeter dans les projets politique de ce pouvoir qui semble tendre la main au PTB . Ne tombons pas dans ces formules politiques "centre droit" "centre gauche " "extreme droite " qui ne veulent plus dire grand chose façe aux problèmes politiques qui grangrène notre pays .travaillons plutot a mettre en place des politiques constructive . Pour cela il faudra impérativement négocier avec les partis au pouvoir .A nous de le faire le plus intelligemment possible .je doute que nous puissions compter sur beaucoup d'autres partenaires disposé a construire quelques choses avec nous .Tout est négociable dans le monde d'aujourd 'hui si nous voulons grandir .plus tard la donne changera .
Facile de vouloir imposer tant d'austérité M. De Wever, tant que vous même et votre cour de vendus vivrez avec vos salaires mirobolants vous n'aurez jamais peur du lendemain. Vous déroulez le tapis rouge à toutes ces sociétés qui engrangent des milliards tout en faisant la chasse au petit peuple, vous avez provoqué la crise à vous de la résoudre... Votre vision moyenâgeuse de la société n'a plus de sens. Après toutes vos restrictions d'un autres temps qu'allez vous encore nous réclamer... Un droit de cuissage? Nos aïeux doivent bien se retourner dans leurs tombes, tous les droits acquits par la classe ouvrière vous dérange, pour vous la classe moyenne ne doit plus exister. Vous essayez de nous museler, de nous monter les uns contre les autres mais vous n'y arriverez pas. Les médias, à votre solde, nous abrutissent à longueur de temps avec de soit disant pays vivant sous dictature mais nous ne sommes pas dupes, vous êtes en train de nous y mener à la dictature. Il est grand temps que le peuple se réveille et soit prêt à se rebeller. Jamais je ne courberai l'échine devant un gouvernement qui ne vit que pour asservir le peuple. BEGIQUE lève toi et n'oublie pas que "l'union fait la force"
bah bientot il vont trouver un moyen de nous taxer sur l air que l on respire , comme qui dirait celui la rien et a toi tous et a la société , ( en réaliter a notre gouvernement de voleur quoi )
Celui qui lutte peut gagner et celui qui ne lutte pas a PERDU !