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Qui sont les grandes fortunes derrière les multinationales qui ne paient quasi pas d'impôts ?

Le PTB a analysé les 50 sociétés qui ont le plus bénéficié des ristournes fiscales. En 2015, elles ont empoché 6,9 milliards d’euros de cadeaux fiscaux. Où va cet argent ? Qui sont les fortunes derrière ces multinationales qui ne paient (quasiment) pas d’impôts ?

Les 50 sociétés qui ont obtenu les plus grosses ristournes fiscales en 2015 ont payé un taux d’imposition moyen de 2,7 % (au lieu du taux normal de 33,99 %). La nouvelle étude du PTB montre qu’elles ont empoché un joli cadeau de 6,9 milliards d’euros. Qui en profite ? Principalement les actionnaires et, donc, les grandes familles du capitalisme belge puisqu’une grande majorité des bénéfices sont affectés au versement de dividendes.

La banque KBC qui a bénéficié des plus grandes ristournes fiscales en 2015, le n° 1 de notre Top 50 donc, est un bastion important du capitalisme flamand. Elle est contrôlée par une série de grandes familles comme les Leysen, Vlerick, Donck, Vanden Avenne, Baert, etc.

La multinationale chimique belge Solvay, en deuxième position du Top 50, est contrôlée par de vieilles familles du capitalisme belge qui ont tissé entre elles de nombreux liens matrimoniaux : Solvay, Janssen et Boël. C’est d’ailleurs le comte Nicolas Boël qui préside son conseil d’administration. Mais ces familles ont aussi des sociétés à la 34e place (Henex, groupe Boël) et à la 40e place (UCB, fleuron de la famille Janssen). 

La société de revêtement pour sols Unilin (4e place) est détenue par le groupe américain Mohawk Industries, qui détient également IVC (16e place), mais ces entreprises étaient belges avant d’être revendues. Cette vente a fait de Filip Balcaen un heureux euromilliardaire, lui qui est désormais actionnaire de Mohawk et préside toujours le conseil d’administration d’IVC. 

Le géant brassicole AB Inbev (5e place) a pour actionnaires belges historiques les familles de Spoelberch, de Mévius et Van Damme, premières fortunes du pays. Elles contrôlent aussi les sociétés Rayvax (41e place) et Amelie-Fin (49e place). Rappelons que les Spoelberch et consorts sont des habitués des petits arrangements avec la législation fiscale, puisqu’on retrouve leur nom dans les tous les scandales d’évasion fiscale (SwissLeaks, LuxLeaks, PanamaLeaks…). Leur fortune dépasserait les 51 milliards. 

La famille Lhoist, dont la fortune avoisine les 3 milliards d’euros, est également représentée plus d’une fois dans le Top 50 : via Dolomie de Marche-les-Dames (12e place) et bien sûr… Lhoist (26e place).

Parmi les fortunes belges, citons encore Albert Frère, deuxième fortune de Belgique, (via Total Petrochemicals & Refining, 10e place du Top 50, l’ancienne Petrofina qu’il avait cédée au groupe pétrolier français), Emsens, 4e fortune de Belgique (SCR-Sibelco, 31e place du Top 50), Bekaert (Bekaert, 19e place du Top 50), Bertrand (Dredging International, 48e place), Delhaize (Delhaize Le Lion, 17e place).

(Source : Marco Van Hees et Ludwig Verduyn sur www.derijkstenbelgen.be)

Des exilés fiscaux parmi les fortunes étrangères

Qu’ont en commun Bernard Arnault, Jean-Charles Naouri et la famille Mulliez ? Ils sont Français, très riches, actifs dans la grande distribution et… présents dans notre Top 50. 

Bernard Arnault – actionnaire de Carrefour mais surtout d’un immense groupe de luxe – a été (en toute discrétion) domicilié une petite année à Uccle, mais a quitté le pays après avoir échoué à obtenir la nationalité belge. Par contre, il y garde toujours de nombreuses sociétés et la fondation qui contrôle son groupe. Parmi ces sociétés, Le Peigné (35e place). 

Une grande partie de la famille Mulliez, qui contrôle des dizaines d’enseignes (Auchan, Decathlon, Leroy-Merlin, ​Trois Suisses, Flunch, Auto 5, etc.), est domiciliée dans le Hainaut belge pour des raisons fiscales. Ganemede Belgium (14e place) est une des sociétés patrimoniales de Jean Mulliez et ses trois fils, Jean-Luc, Olivier et Gilles Mulliez. Des quatre, seul Olivier n’occupe pas l’une des somptueuses villas de la fameuse rue Reine Astrid à Néchin. Sur 442 millions d’euros de bénéfices, Ganemede Belgium a payé 770 euros d’impôts. C’est beaucoup par rapport aux impôts payés l’année précédente par la SEPPCI, société du frère de Jean, Patrick : 2 euros sur 373 millions de bénéfices. Ces 770 euros représentent toutefois un taux d’à peine 0,002 %: moins que le 0,005 % payé par Apple en Irlande.

La société Gelase (22e place) est in fine contrôlée Jean-Charles Naouri, 99e fortune française (classement Challenges 2016) et PDG de Casino. Cette société n’a pas le moindre ancrage belge… si ce n’est sur le plan de la fiscalité. 

On trouve encore d’autres grandes fortunes étrangères derrière les sociétés du Top 50, comme le Néerlandais Edward Heerema, qui avait défrayé la chronique en donnant, à un bateau d’Allseas, le nom de son père, ancien officier des Waffen SS (Les Société d’exploitation du Solitaire, n° 8, et Société d’exploitation d’Audacia, n° 21), Ingvar Kamprad (Ikea Service Centre, n° 13, la plus grosse déduction d’intérêts notionnels de ce classement, 303 millions d’euros), Ferdinand Piesch (Volkswagen Group Services, n° 43) ou encore Theo Müller (UTM Belgian Finance, n° 33), la famille Brenninkmeier, fondatrice de C&A (Redevco Retail Belgique, n° 47) ou la puissante famille suédoise Wallenberg (Electrolux Home Products Corporation, n° 50).

  • L’étude intégrale est disponible ici.

Des cadeaux enrichissant les plus riches 

Les cadeaux fiscaux aux sociétés sont généralement accordés au motif qu’ils favoriseraient les investissements des entreprises. Ils sont pourtant essentiellement des effets d’aubaine, c’est-à-dire qu’ils sont encaissés sans avoir d’impact sur la politique des entreprises. Ainsi, le PTB a analysé le Top 1000 des sociétés faisant les plus grands bénéfices. L’étude du PTB montre que sur 45 milliards d’euros de bénéfices après impôts, 25 milliards d’euros sont affectés au versement des dividendes, soit 55 %. L’importance de la part du bénéfice qui va aux dividendes, c’est-à-dire dans la poche des actionnaires, montre que les cadeaux fiscaux sont surtout un instrument d’enrichissement des plus riches.

Grandes fortunes détaxées en amont et en aval 

Pour ces grandes fortunes belges et étrangères, le régime fiscal belge est une bénédiction. Leurs sociétés paient des impôts dérisoires et, en plus, personnellement, elles ne sont pas taxées sur leur patrimoine. Elles ne paient donc l’impôt ni en amont ni en aval. Un argument supplémentaire pour appuyer l’instauration d’un impôt sur les grandes fortunes, une taxe des millionnaires sur les patrimoines supérieurs à un million d’euros.

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Commentaires

Ce que n'arrive pas à comprendre, c'est la popularité grandissante de Charles Michel dans les sondages. Les gens ne sont pas conscients qu'avec ces cadeaux donnés par le gouvernement nous allons à notre perte, Ces cadeaux sont loin de générer de l'emploi , donnez ces cadeaux fiscaux aux Pme qui eux génèrent de l'emploi. Comment se mobiliser pour que cela change...le gouvernement ne nous écoute pas , pourquoi ne pas vous alliez au Ps , Cdh et les autres et mettre à mal ce Michel qui nous veut que du mal .nous taxer c'est tout ce qui sait faire. J'ai des craintes pour mes petits enfants qui devront rechercher un emploi. Merci à vous pour la publication de vos articles sur ces capitalistes mais cela ne suffit pas , agissez bon dieu.
Malheureusement, les gens sont bons à manger du foin. Comment expliquer avec tout les scandales qu'il y a eu au P.S., que les gens ont continués à voté P.S. ? Lorsqu'un politique n'est pas droit dans ses bottes il devrait être possible de le sortir définitivement de la politique. Personnellement, je pense que le PTB agit, on en parle de plus en plus dans les médias et les sondages indiquent une nette progression. Le PTB fait un travail de fond, il est sur le terrain auprès des gens. J'habite un petit village et entre deux élections, je ne vois personne mais lorsque le moment des élections est proche, ils sont partout et ils vont tout faire. Après, c'est à nouveau le silence radio. Ce n'est pas de la politique c'est du profit, le but, obtenir "une bonne place". Il ne faut pas faire d'alliance à tout prix et avec n'importe qui, le ou les partenaires doivent avoir le même point de vue si non cela ne fonctionnera pas ou pas bien.
Bah! Michel dira que les chiffres sont faux, que lui seul a les vrais comme je le vois certains jeudis pendant « villa politica «.