Photo Lieven Soete

Quand les enseignants du PTB Bruxelles mènent l’enquête

Durant l’année 2016, le groupe des enseignant-e-s du PTB à Bruxelles a mené une enquête auprès de près de 200 acteurs de l’enseignement afin d’en savoir plus sur leur vécu quotidien. Taille des classes, place garantie, équité entre élèves… les problèmes évoqués ne manquent pas. Mais les solutions non plus.

Cette enquête a alimenté ensuite une rencontre apéro-débat au centre culturel Vaartkapoen. L’occasion de discuter des résultats avec 30 personnes : enseignants, parents et éducateurs, francophones et néerlandophones.

Quels sont les aspects prioritaires que les enseignants veulent améliorer ? Sur quels points sont-ils prêts à se mobiliser ?

Un des points majeurs qui ressort de cette enquête est la diminution de la taille des classes. Le PTB propose un seuil de 15 élèves jusque 9 ans, 20 élèves au-delà. Près de 87 % sont d’accord : ils souhaitent qu’on leur donne les moyens de consacrer suffisamment d’attention à la progression de chacun. Cela améliorerait aussi nettement les conditions de travail des professeurs et des élèves.

Les participants à l’enquête sont 88 % à demander plus de régulation des inscriptions par le principe de la « place garantie » : pour le PTB, c’est une responsabilité des autorités d’assigner une place dans une école proche du domicile de l’enfant. Pour cela, il est urgent de créer des places en construisant des écoles.1

Diminuer la taille des classes va de pair avec un bon encadrement car les sondés veulent une école où tout le monde peut réussir. Nous avons besoin de professionnels, au sein même des écoles, pour dépister les troubles des apprentissages (les « dys ») et pouvoir apporter un soutien immédiat aux élèves dans le besoin, comme cela se fait en Finlande.

L’école doit donner les meilleurs outils à chaque citoyen, sans aucune discrimination, afin qu’il puisse s’épanouir dans ce qui lui convient sans être orienté trop tôt ou mis dans une voie sans issue. Les enseignants qui ont répondu à l’enquête du PTB désirent un changement profond du système éducatif dans le but de le rendre plus égalitaire et plus ambitieux, pour tous.

L’école comme lieu de reproduction des inégalités sociales

A la rentrée, les mêmes questions préoccupantes pour beaucoup de professeurs et de parents reviennent : comment promouvoir l’équité entre nos élèves ? En Belgique, l’écart des performances scolaires entre les élèves est très fortement lié au milieu social. Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans) l’ont démontré : les pays où la majorité des élèves de 15 ans obtenaient de bons résultats en mathématiques ou en langues sont ceux qui favorisent l’encadrement et l’épanouissement des élèves. À l’inverse, des pays comme la Belgique et la France, caractérisés par un enseignement très cloisonné avec les « bons » élèves d’un côté et les « plus faibles » de l’autre, obtiennent de mauvais scores.

Tout le parcours scolaire, de la crèche à l’université ou haute école est influencé par l’origine sociale du jeune : un enfant de milieu défavorisé a huit fois plus de probabilités d’être orienté vers l’enseignement professionnel qu’un enfant de milieu favorisé, il a trois fois plus de probabilités de subir des retards scolaires ou, pire encore, de décrocher. 28 % des jeunes 20-24 ans sont sans diplôme de secondaire supérieur. Le décrochage et le découragement concernent également le corps professoral. A Bruxelles, 50 % des enseignants quittent l’enseignement dans les cinq premières années.

Quels moyens pour notre enseignement ?

Si l’on souhaite un système éducatif ambitieux, du point de vue collectif mais aussi individuel, il faut s’en donner les moyens, et les moyens financiers aussi.

Jusqu’à 1980, l’enseignement était financé à hauteur de 7 % du PIB. C’est à ce taux qu’il faut revenir. Actuellement, il est de 6,7 % dans l’enseignement néerlandophone et 6,2% dans la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et on subit année après année des coupes dans l’enseignement.

Il n’y a peut-être pas assez de richesses en Belgique ? Non, la productivité a augmenté, et 2016 a connu une augmentation de 16 000 nouveaux millionnaires. C’est donc une question de priorités.  Le prix d’un seul avion de chasse F35 que le gouvernement fédéral envisage d’acheter permettrait de construire 47 écoles primaires.  La taxe des millionnaires proposées par le PTB rapporterait 8 milliards par an, dont 1,6 milliard sont prévus pour l’enseignement.

Pacte d’excellence

Le pacte d’excellence tel qu’il est proposé par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la réforme de « modernisation » du côté  néerlandophone reprennent plusieurs points essentiels mais celui-ci est présenté sans budget suffisant et avec peu de mesures concrètes pour développer un meilleur encadrement auprès de chaque élève qui en nécessiterait le besoin; ce qui revient à tuer le projet dans l’œuf avec des conséquences dramatiques telles que le découragement (« on a déjà essayé ça mais ça n’a pas marché ») ou l’éclosion d’écoles privées comme en France ou en Espagne... Le pacte d’excellence semble déchiré entre son idéalisme respectable et les moyens consacrés qui sont dérisoires.

Pas de fatalité

L’enseignement doit être inclusif et tenir compte de la spécificité de chaque personne et ne laisser aucun enfant de côté. La diminution de la taille des classes est une piste intéressante.

L’enseignement est d’une importance capitale parce que c’est de cela que dépend la formation des futurs citoyens. Du point de vue écologique, économique, social, nous vivons dans une société complexe avec des enjeux majeurs et des accélérations que nous ne pouvons ignorer. Pour la plupart des enfants, l’enseignement public est le seul outil qui leur permettra de comprendre le monde et donc de pouvoir agir sur lui et de le changer.

L’école étant le reflet de la société, il s’agit d’un combat global contre un système de pensée dominant qui transforme tout, et donc les élèves aussi, en marchandises. Nous voulons un maximum de mobilisation et de pression sur le monde politique pour offrir un meilleur avenir à notre enseignement.

 

Envie de nous rejoindre dans la réflexion et l’action ?
Devenez membre ou écrivez-nous à enseignement-bruxelles@ptb.be .
Le groupe PTB enseignement de Bruxelles

 

1. On estime qu’en 2019-2020, la Région de Bruxelles-Capitale accueillera environ 24 000 élèves de plus qu’en 2013-2014 en maternelle, primaire et secondaire. Les écoles bruxelloises devront recruter entre 500 et 2 000 équivalents temps plein enseignants supplémentaires pour répondre à la croissance de la population scolaire.

Ajouter un commentaire

By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.