Les banques pourront continuer à jouer en Bourse avec 2,5 % de l’argent de l’épargne. Même plus si elles constituent des filiales séparées. Et précisons que cette réforme ne vaudra que pour les banques belges, KBC et Belfius. Et donc pas pour ING, BNP-Paribas... La montagne va donc accoucher d’une souris. (Photo Simon Blackley/Flickr)

Pour ne plus devoir « ramasser la merde » des banques

David Pestieau
auteur: 

Lizz Printz

« Je ne veux plus ramasser la merde des banques », nous dit Bruno Tobback, président du sp.a. « Je veux pouvoir regarder droit dans les yeux l’épargnant et le contribuable et lui dire la main sur le cœur : cela ne se passera plus. »1 

Décidé, le Tobback. C’est la dernière réforme que veut faire passer le gouvernement Di Rupo avant les élections2 : une nouvelle loi bancaire. Pas trop tôt, 

Lizz Printz. nos ministres ont fait passer, en deux ans et au pas de charge, des grandes réformes sur les pensions, le chômage, les salaires, les statuts. Comme si l’urgence était de taper sur les victimes de la crise, pas sur ses responsables.
Mais vaut mieux tard que jamais, répondent nos ministres. Sauf qu’on peut douter que la nouvelle loi nous protège un tant soit peu...

fffffffff, dans le groupe de travail chargé d’écrire la nouvelle loi, se trouve Alexia Bertrand, une banquière d’Ackermans & Van Haaren. Une banquière négocie la nouvelle loi bancaire. Et personne ne bronche dans la majorité gouvernementale. 

Au départ du débat sur la nouvelle loi, la scission des banques d’affaires et des banques de dépôt nous était promise : les banques qui spéculent seraient strictement séparées des banques qui gèrent l’argent des petits épargnants. 
Aux États-Unis, la loi Volcker va dans ce sens. Elle interdit la spéculation aux banques commerciales pour leur propre compte. La réforme britannique Vickers plaide pour une scission entre activités protégées et activités non protégées, laissant la possibilité seulement à des filiales séparée de banques commerciales de spéculer. Une version light de la version US.
Mais la loi bancaire belge sera largement en dessous des réformes prônées dans les temples du néolibéralisme, États-Unis et Royaume-Uni. La version belge sera tellement ultra-light qu’elle en sera transparente.

La spéculation n’est pas touchée alors qu’elle a fait éclater la crise de 2008

Les banques pourront continuer à jouer en Bourse avec 2,5 % de l’argent de l’épargne. Même plus si elles constituent des filiales séparées2. La montagne va donc accoucher d’une souris. Seule une limitation des bonus pour les managers sera peut-être concédée comme trophée symbolique pour le PS et le sp.a.

Avec cette mini-réforme, les banques pourront continuer à servir d’intermédiaires pour les spéculations sur les dettes des pays, pour les transferts de capitaux vers les paradis fiscaux, pour faire grossir des « hedge funds ». La spéculation n’est pas touchée, alors qu’elle a fait éclater la crise de 2008.  
Alors, pour ne plus « ramasser la merde des banques », ne plus mettre à nouveau 32 milliards dans les banques, ne plus devoir garantir 45 autres milliards, c’est tout autre chose qui est nécessaire : un vrai virage à gauche.
Vers un secteur public bancaire, version 2.0., où l’État est garant pour l’épargne, sans aucun risque pris sur les marchés financiers. Les revenus peuvent être réinjectés dans l’économie : dans le logement public, les énergies renouvelables, la mobilité... Un tournant qui permettrait de commencer à reprendre le contrôle sur la finance.

1. De Tijd, 6 décembre 2013 • 2. Et précisons que cette réforme ne vaudra que pour les banques belges, KBC et Belfius. Et donc pas pour ING, BNP-Paribas...

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