Peter Mertens (PTB) : « C’est votre ville. C’est votre avenir ! »

« Votre génération doit être la dernière à avoir grandi dans une société où le racisme et la discrimination sont banalisés. » Tel était l’un des messages du président du PTB, Peter Mertens, aux nombreux jeunes rassemblés ce dimanche 15 mai pour la deuxième édition du  festival Diversity in Antwerp City. Voici le texte de son discours.

C’est une incroyable richesse qui est présente ici à Diversity. Une richesse sur la scène. Une richesse dans les ateliers. Mais, surtout : une richesse sur tout le terrain. Regardez autour de vous : des milliers de jeunes de cette ville. Des milliers de talents. Des milliers de rêves qui tous méritent un avenir. Regardez autour de vous. C’est notre ville. C’est notre avenir.

Hier, à la salle Roma, j’ai parlé avec Karima. Et, comme tant d’autres, elle m’a raconté que, partout, on attend d’elle qu’elle se « distancie » des attentats de Bruxelles. « Mais c’est l’évidence même que je me distancie de ces fous fanatiques, m’a dit Karima. Mais pourquoi dois-je toujours le dire ? Je suis Karima, je suis de cette ville, je veux devenir infirmière, et je n’ai rien à voir avec tout cela ! »

« Et vous, avez-vous dû vous distancier de Hans Van Themsche, qui a assassiné Luna et Oulematou ici à Anvers il y a dix ans ? », m’a demandé Karima. Je ne m’attendais pas à cette question. Pourquoi devrais-je me distancier d’un assassin raciste, d’un fou ? Donc, non, je n’ai jamais dû faire cela. Ce que veulent des fous et des terroristes comme Hans Van Themsche ou Anders Breivik n’a rien à voir avec l’avenir que je veux. Je n’ai donc pas à m’en distancier. Et ce que veulent les terroristes de Daech n’a rien à voir avec l’avenir que nous voulons. Arrêtons donc de généraliser. Car la généralisation mène à la division. Et la division entraîne l’affaiblissement de chacun. C’est seulement ensemble que nous sommes forts.

Mais je ne suis pas difficile et, si on veut, je veux bien me distancier un peu plus.

Je me distancie des autorités de la Ville d’Anvers qui veulent privatiser les refuges pour les sans-abri, qui veulent que les militaires soient dans les rues, que les crèches communales soient démantelées, que l’on supprime des espaces verts et qui montent les gens les uns contre les autres. Oui, je me distancie de Bart De Wever.

Je me distancie des diamantaires anversois qui planquent leur argent au Panama. Ils ont grandi ici. Ils ont reçu toute les chances. Et, pourtant, ils escroquent l’Etat. Chaque milliard planqué là-bas, c’est trois écoles en moins ici. Si on vole quelques cannettes de coca, on se retrouve en prison. Si on vole des milliards à l’Etat, il ne se passe absolument rien. Oui, je me distancie de l’impunité dont bénéficie cette criminalité.

Je me distancie du racisme dans la police anversoise. Je me distancie de l’usage raciste de la langue, des contrôles systématiques – papiers, papiers –, et des humiliations infligées. Je me distancie de l’organisation criminelle au sein de la police anversoise qui rançonne et menace des réfugiés, et qui est toujours libre. Et, oui, je me distancie aussi du racisme dans la police de Malines, à cause duquel une information donnée par un agent de police marocain n’a pas été prise au sérieux. S’il n’y avait pas eu ce racisme, Salah Abdeslam aurait probablement été arrêté bien plus rapidement.

Je me distancie des politiciens qui remettent en question les droits de l’homme, qui remettent en question la Convention de Genève, qui laissent les réfugiés se noyer en mer Méditerranée, et qui, sans aucun mandat des Nations Unies, vont à nouveau bombarder en Syrie.

Je me distancie de la discrimination sur le marché de l’emploi. Je me distancie du fait qu’il est bien plus difficile de trouver un emploi quand on porte un nom d’origine étrangère. Je veux que chaque jeune ait sa chance, quels que soient son origine, son sexe ou ses convictions religieuses.

Je me distancie d’une classe politique qui tient un double langage. Ils envoient des militaires dans les rues d’Anvers, ils achètent des armes de guerre pour la police sans la moindre base légale. Et, en même temps, ils sont tout sucre et tout miel avec l’Arabie saoudite, un des plus grands financiers du terrorisme. Ils s’agenouillent pour rendre possibles les investissements saoudiens à Anvers.

Je me distancie d’un système dans lequel les riches deviennent toujours plus riches. Je trouve pervers que 62 multimilliardaires possèdent autant que la moitié de la population mondiale. Notre planète ne peut supporter de tels niveaux d’inégalité.

Oui, chers amis, je me distancie. Et j’aimerais que chacun se distancie de l’injustice. De toutes les injustices. Tous les jeunes sont égaux. Les jeunes ne doivent pas être jugés sur leur couleur de peau, sur leur origine, sur le fait qu’ils sont de sexe masculin ou féminin, sur leurs convictions religieuses, mais seulement sur leurs capacités.

Votre génération doit être la dernière à avoir grandi dans une société où le racisme et la discrimination sont banalisés. Nous voulons des testings pratiques contre le racisme. Nous voulons que l’on investisse dans l’enseignement, que l’on investisse dans les quartiers, que l’on investisse dans des emplois stables pour tous. C’est parfaitement possible. Ne vous laissez surtout pas dire qu’on ne peut rien y faire, car, oui, bien sûr, on peut y faire quelque chose, si nous sommes ensemble, si nous sommes forts ensemble, si nous ne nous laissons pas diviser et si nous ne nous taisons plus.

Donc, chères amies et chers amis, faisons une promesse.

Tant que, dans cette ville, il y aura encore une seule personne qui est discriminée, nous ne nous tairons pas.
Tant que, dans cette ville, il y aura encore un seul jeune qui quitte l’école dans diplôme, nous ne nous tairons pas.
Tant que, dans cette ville, il y a aura encore des gens qui vivent dans la pauvreté, nous ne nous tairons pas.

Nous ne nous taisons plus. La diversité est la réalité. C’est votre ville. C’est votre avenir !

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Commentaires

Je suis pleinement d'accord avec vous. Tant que ce déséquilibre et cette incohérence subsistera à Anvers, à Liège, à Bruxelles et partout ailleurs, je suis de celles qui ne se tairont pas non plus. Ce ne peut pas être pire que de voir chaque jour des gens avoir à justifier leur existence et se voir publiquement mis en demeure afin de renforcer dans l'opinion publique le sentiment communautaire qui est une vue de l'esprit étroit et brutal de certains dirigeants. Et tant qu'il y aura des gens qui mendient dans la rue, non plus ! et tant qu'il y aura des menaces sur nos droits et sur la qualité de vie des citoyens, non plus. Merci pour votre grand courage et votre salutaire clarté d'esprit !