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Pension « à point » : l'incertitude pèsera pour les fonctionnaires ...

Le gouvernement s’apprête à lancer une des plus grandes réformes (lisez : casse) de notre système de pensions : la pension à point. Ce système, encore trop peu connu, s’appliquerait notamment aux travailleurs du secteur public. « Pour harmoniser », avance le gouvernement. Dans les faits, il s’agit d’une attaque en règle, dont aucun travailleur ne sortira gagnant.

La pension à points, la nouvelle tombola du gouvernement

La pension à points est d’abord une menace pour les mêmes raisons que les travailleurs du privé. « C’est la plus grande réforme des pensions depuis la seconde guerre mondiale », déclare un député libéral. C’est donc du lourd. Mais pas pour un mieux.

Pour comprendre, partons du système actuel. Aujourd’hui, dans la Tour des Pensions, à Bruxelles, on tient un compte de pension pour chaque travailleur. Une partie de notre salaire y est inscrit. Chaque année, notre cotisation y est donc fixée et est acquise. Ce sont des droits acquis, auxquels personne ne peut toucher.

Dans le système « à points », on ne construit pas sa pension avec des euros, mais avec des points. Pour une année travaillée au salaire moyen, on gagne un point. Pour une année où l’on gagne 10 % de moins, c’est 0,9 point. 10 % de plus, c’est 1,1 points.

Quelle valeur auront ces points ?

C’est un des nœuds du système. Ce n’est qu’en toute fin de carrière qu’on nous dira quand nous pourrons transformer ces points en pension et quelle sera la valeur du point. Celle-ci dépendra notamment, comme le formule joliment le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine, des « évolutions démographiques et financières ».

Cela sonne bien, mais c’est en réalité extrêmement grave. En effet, concrètement, la valeur du point évoluera selon le salaire moyen. Plus il y aura de flexijobs et d’intérims, comme cela se passe avec ce gouvernement, plus notre pension serait basse.

Pareil avec la dette de l’État. Si le gouvernement devait encore sauver les banques ayant trop spéculé comme avec la crise de 2008, notre pension baisserait. À l’avenir, les pensionnés ne seraient qu’une variable d’ajustement budgétaire pour le gouvernement.

Enfin, si on vit plus longtemps, notre pension baisserait. Voilà comment le gouvernement transforme une bonne chose – le fait de vivre plus longtemps – en une mauvaise nouvelle.

« Les pensions ne vont pas baisser », s’écrient pourtant en chœur plusieurs ministres (à la pension de 6500 euros). Rien n’est moins sûr. Si l’on prend l’Allemagne, où le système à points a été introduit, on constate que les pensions ont accumulé depuis 2002 un retard de 7 % par rapport à l’évolution des salaires.

Harmonisation ? Dites plutôt baisse des pensions …

La pension à points crée donc une incertitude, une tombola pour tous les travailleurs. Mais pour les travailleurs des services publics, ce n’est pas encore fini. Car l’objectif du gouvernement est via la pension à points « d’harmoniser les différents régimes de pension ».

Enseignants, puéricultrices, pompiers, militaires, cheminots… tous les agents des services publics ont aujourd’hui un système de pension spécifique. Il permet notamment de compenser des salaires en général moins élevés qui existent dans la fonction publique. Cela n’en fait pas pour autant des pensions énormes. La dernière étude sérieuse dit que la pension moyenne des fonctionnaires est de 1 599 euros nets. Facteurs, poseurs de voie, institutrices… n’ont pas un salaire élevé, ni de grosse pension.

« Harmoniser ». Le mot évoque le bon sens. Mais derrière cela se cache plutôt une volonté de niveler vers le bas. Qui peut croire que le gouvernement veut « harmoniser » les pensions vers le haut, alors qu’il pratique depuis le début une politique d’austérité pour tous les pensionnés ?

« Pas de panique », selon le gouvernement, car la valeur du point serait au départ plus élevée pour les agents des services publics. Mais qui peut croire que cela va durer ? Imaginons que le système de pension à points soit introduit. Que le gouvernement prévoit une valeur différente du point pour les travailleurs du public et ceux du privé. Quel serait le discours du prochain ministre des pensions ? Sans doute n’hésitera-t-il pas à déclarer que « il n’est pas tolérable que la valeur du point soit différente entre un travailleur du privé et un agent des services publics ». Et il proposera… une « harmonisation » (lisez : « baisse ») de la valeur du point et donc de la pension des fonctionnaires.

S’il voulait réellement « harmoniser », le gouvernement proposerait comme le fait le PTB, d’augmenter les pensions du privé à 75 % du revenu moyen, avec un minimum de 1 500 euros. Une mesure tout à fait payable comme en Autriche. Et qui serait une avancée pour de nombreuses femmes. Elles sont en effet particulièrement touchées par les temps partiels et les interruptions de carrière qui font baisser le montant de la pension.

Privé et Public : seul un mouvement uni pourra faire reculer le gouvernement

Au final, personne n’y gagnera avec le système de pension à points. Tous verront leur pension ressembler à une tombola. Et les travailleurs du public y perdront à tous les coups.

En pointant du doigt les pensions soi-disant « trop avantageuses » du secteur public, et sa volonté d’harmoniser, le gouvernement tente en réalité d’attiser la colère des travailleurs du privé contre ceux du public. Il tente de jouer la division. Car dans son objectif d’introduire la pension à points, ce que le gouvernement craint par-dessus tout, c’est qu’un large mouvement social se lève.

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Commentaires

Pourquoi nous prennent-ils tout notre argent ? quel est le but ? Comment voient-ils notre avenir ? Que nous réservent-ils ? Voilà mon commentaire!!!!!!
On peut de nouveau remarquer que ce pays est géré par des profiteurs grassement payées qui s'attribueront des pensions à la taille de leur "salaire" plus qu'attrayant !!! Qu'ils commencent d'abord par se fixer à eux un montant maximal pour le future rente avant de décider de l'avenir du citoyen moyen qui lui crève !!! Rappelez vous Messieurs dames que c'est vous qui élisez ces têtes pensantes !!! Le changement doit avoir lieu !!!
Comment peut-on touché à nos pensions alors que les hauts fonctionnaires touches des salaires mirobolants et que si on les renvoi ( GROSSES FAUTES ???) Ils sont blindés car leur contrat leur donne des indemnités astronomiques... Eux ils peuvent se garantir la pension et voir pour leurs enfants...