Paris accouche d'un piètre accord sur le climat

auteur: 

Jos D’Haese

Les négociations sur le climat à Paris touchent à leur fin, mais nous ne sommes certes pas encore face à une véritable avancée en la matière. C'est ce qui ressort des grands points d'achoppement qui doivent encore être résolus et des décisions déjà prises. La logique fossile des pays industrialisés, les Etats-Unis en tête, semble avoir triomphé d'une approche ambitieuse  pour le climat.

Le dimanche 29 novembre commençaient à Paris les négociations sur le climat. En même temps, dans le monde entier, des centaines de milliers de gens descendaient dans la rue pour exiger un accord sur le climat ambitieux, socialement juste et contraignant. Près de deux semaines plus tard, le samedi 12 décembre, la fumée blanche est attendue à Paris. Mais celle-ci annoncera-t-elle un plan effectif pour une planète vivable ? C'est toute la question. Les pays industrialisés, les Etats-Unis en tête, semblent avoir réussi à bloquer des points importants. Coup d' il sur les points de friction dans le dernier texte des négociations de la COP21.

1,5, 2 ou 3 degrés

Cela peut sembler une discussion de chiffres, mais ça ne l'est pas du tout. Allons-nous limiter le réchauffement de la Terre à 2 degrés supplémentaires par rapport à l'ère d'avant l'industrialisation ? Ou à moins, c'est-à-dire à 1,5 degré, comme recommandé par de nombreux scientifiques et par le mouvement pour le climat. On a longtemps espéré que l'accord de Paris viserait 1,5°, mais l'aile progressiste a finalement dû s'incliner. La formulation stipulant que les pays « feront des efforts constants pour limiter la montée de la température à 1,5°C » n'est rien de plus que des mots pour la forme adressés aux pays qui, aujourd'hui, sont déjà menacés par le changement climatique. Le texte reconnaît pourtant bien qu'1,5° au lieu de 2° « diminuerait de manière significative » les risques et l'impact du changement climatique.

L'aboutissement de cette discussion montre à nouveau clairement qu'à Paris, les dirigeants mondiaux  n'ont pas manifesté l'intention de soutenir une forte ambition pour le climat. Même la limite maximale des 2 degrés de réchauffement n'est pas garantie. Avec les plans pour le climat présentés par les pays à Paris, la Terre menace en effet de se réchauffer de près de 3 degrés. Et il ne semble pas que l'on trouvera une solution pour combler cet « ambition gap », ce fossé d'ambition. Toutes les références à des objectifs à atteindre pour 2050 en matière de réduction des émissions ont même été gommées.

Responsabilité partagée mais différentiée

Ces derniers jours, la Chine et l'Inde ont été la tête de Turc des médias occidentaux. Avec d'autres pays en développement, ces pays auraient bloqué les négociations parce qu'ils ne veulent pas prendre les mêmes engagements que les Etats-Unis ou l'Europe. La discussion porte sur un principe de base des négociations internationales sur le climat : la responsabilité partagée, mais différentiée en matière le réchauffement climatique. En bref : tout le monde partage la responsabilité, mais certains y ont une bien plus grande part. C'est justement ce principe qui est aujourd'hui remis en cause entre autres par les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, par l'Union européenne.

Le problème n'est pas que la Chine – qui, cette année, verra probablement baisser ses émissions pour la première fois – et l'Inde se mettent en travers d'un accord ambitieux. Oxfam a encore récemment calculé que l'Inde en fait plus que ce qui peut lui être raisonnablement demandé, et que la Chine en fait même une fois et demi plus. Les deux plus grands pays du monde ont plus que raison quand ils pointent du doigt les Etats-Unis et l'EU. Tant l'Europe que les Etats-Unis restent en effet à la traîne dans le plan de réduction drastique de leurs émissions. Selon Oxfam, l'Europe en fait quatre fois trop peu, et les Etats-Unis, au moins six fois trop peu. Le principe de responsabilité différentiée est crucial pour un accord ambitieux et socialement juste.

Energie fossile

Les négociateurs à Paris restent par ailleurs tout sucre et tout miel pour les grandes multinationales du pétrole et du charbon. Alors que les textes préparatoires des négociations de Paris mentionnaient encore que l'on envisageait d'arrêter les subsides aux combustibles fossiles, les mots « combustibles fossiles » ont tout simplement disparu  de la dernière version du texte. C'est significatif, car c'est justement là que réside la cause du réchauffement de la planète. En effet, au moins 80% des réserves connues en pétrole et en charbon devraient rester dans les sols si l'on veut limiter le réchauffement de le Terre à 2 degrés. Le lobbying d'Engie (ex-GDF Suez) durant le sommet semble avoir produit son effet.

100 milliards de dollars pour les pays en développement

Encore un obstacle qui fait l'objet de chamailleries depuis des années : le financement pour le changement climatique. Il s'agit d'une aide financière aux pays en développement pour que ceux-ci puissent s'adapter au changement climatique. Le texte actuel fixe l'objectif effectif de 100 milliards d'euros par an. Une victoire pour les pays en développement et pour le mouvement pour le climat qui lutte depuis des années pour  « Climate justice now ! ».

Contraignant ou pas ?

Le caractère contraignant, peut-être le point le plus important de la discussion, menace de disparaître complètement dans les négociations. Seule l'obligation de rendre compte des efforts fournis est reprise dans l'accord. Il est bien sûr positif que la comparaison entre tous soit ainsi possible. Mais cet accord aurait dû aller beaucoup plus loin. Le projet de texte stipule littéralement qu'un constat d'insuffisance dans la réduction du fossé des émissions ne sera « pas punitif » (en d'autres mots :  s'asseoir sur les engagements que l'on a pris ne sera pas sanctionné). Les Etats-Unis remportent ainsi la partie.

Seuls les gens peuvent inverser la marée

Le résultat provisoire des négociations sur le climat ne s'annonce donc pas particulièrement réjouissant. Bien que des victoires aient été engrangées au plan du financement pour le climat, toute ambition semble par ailleurs avoir disparu des textes. Pas d'objectifs pour 2050, pas de plan pour combler l' « ambition gap », pas d'objectifs pour arrêter l'extraction des combustibles fossiles et pas de caractère contraignant. Cela indique clairement pourquoi les mobilisations de masse à Paris étaient nécessaires et pourquoi il faut encore augmenter la pression dans la rue.

Les négociations de Paris montrent qu'il faut oser colorier en dehors des lignes. Hors de lignes de la logique du profit, du « réalisme économique », des intérêts du lobby de l'énergie. Afin que nous puissions déboucher sur une approche planifiée du changement climatique : des objectifs ambitieux, des évaluations intermédiaires et la mobilisation de toute la société pour s'attaquer au réchauffement de la Terre. Depuis l'enfant qui apprend à trier jusqu'à une entreprise nationale d'énergie qui puisse installer à un rythme rapide des éoliennes et des panneaux solaires. Si nous voulons transmettre aux générations suivantes une planète vivable, nous devons agir maintenant. C'est pour cela que nous devrons encore intensifier la mobilisation pour le climat pour, pays par pays, peser sur la politique climatique. Comme le proclamait la grande  marche pour le climat à Ostende : seuls les gens peuvent inverser la marée.

 

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