Raoul Hedebouw : «Les gens ont voté pour nos interventions au Parlement et notre présence sur le terrain. » Y compris en Flandre, ici parmi les étudiants manifestant contre l'austérité dans l'enseignement flamand. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

« Notre ressource, c’est la mo­bilisation. C’est une raison de la montée du PTB »

Raoul Hedebouw, porte-parole national du PTB a été interviewé par La Libre Belgique le 26 Mai 2015. «  Depuis les élections du 25 mai, le PTB a le vent en poupe. Le Parti veut continuer à progresser », note le journaliste de La Libre, Stéphane Tassin. Raoul Hedebouw revient également sur le mouvement social qui est désormais conscient de sa capacité de mobilisation. 

Le député PTB Raoul Hedebouw et le parti dont il porte la parole ont le vent en poupe. Rencontre à Liège, dans son quartier, entre deux réunions.

Le PTB est, selon notre Baromètre La Libre/RTBF/Dedicated, devenu le quatrième parti en Wallonie. Ça vous fait plaisir ?

Cela confirme que nous continuons à être une force montante et que les gens ont envie de retrouver une gauche généreuse. On le voit sur le terrain. Le 25 mai n'était pas un accident. Les gens qui ont voté pour nous le disent, c'est pour cela qu'ils ont voté, pour nos interventions au Parlement et notre présence sur le terrain.

Vous n'avez pas peur que le parti s'essouffle ?

Nous sommes conscients que les défis sont immenses. Nous restons les pieds sur terre. Nous devons construire le parti sur le terrain avec les sections locales et les sections d'entreprises. Nous ne voulons pas être un feu de paille.

Dans trois ans aux élections communales, l'objectif sera de rentrer dans des majorités ?

On ne peut pas l'exclure. Mais notre but est aussi de s'étendre. Il y a encore du travail, je pense à Namur, Tournai ou Mons. Ce sont des régions qui ont appris à connaître le PTB depuis un an ou deux. Nous n'oublions pas non plus la Flandre.

Lorsqu'on entend les discours au PS, il y a peu de chances qu'ils gouvernent un jour avec vous.

Je regrette de voir des hauts responsables du PS passer plus de temps à taper sur le PTB que sur la droite. 

Je regrette aujourd'hui de voir des hauts responsables du PS passer plus de temps à taper sur le PTB que sur la droite. Et cette attitude arrogante par rapport au PTB et au mouvement social, ça ne va pas. Quand je vois que Marcourt (NdlR, le ministre wallon de l'Economie, PS) dit que la place des élus socialistes n'est pas dans la rue, c'est édifiant. C'est cela qui explique notre progression. Le PS ne se remet pas en cause.

Est-ce qu'officieusement il y a des contacts avec le PS ?

Au niveau de la base du PS oui. Je reçois énormément de mails de militants qui se demandent ce que leur direction est en train de faire. Ils sont contents de nous entendre au Parlement. Au niveau du sommet du parti très peu. Quand je suis au Parlement et qu'une bonne intervention est faite par le PS ou Ecolo, sportivement j'applaudis, la réciproque n'est pas vraie.

Vous êtes dans l'opposition. N'est-ce pas le rôle le plus facile ?

Le défi pour nous c'est de participer et de peser sur le pouvoir. On voit où nous mène une gauche de résignation. Il n'y a qu'à voir ce que donne l'élection de Hollande en France. Je m'inspire de Syriza qui veut une rupture. Les forces qui luttent contre la gauche de la gauche sont immenses. C'est la finance, les banques, l'Union européenne, la banque centrale… On voit ce que le gouvernement grec encaisse. Notre seule ressource, c'est la mobilisation. C'est aussi une des raisons de la montée du PTB.

L'expérience d'Ecolo, c'est inspirant pour le PTB ?

Leur erreur, c'est d'avoir accepté les règles du système d'un point de vue politique et économique…

Lorsqu'Ecolo est dans un gouvernement, les autres partis n'aiment pas trop leur manière de faire de la politique. 

C'est plus facile d'intervenir à la Chambre que d'être sidérurgiste.

Je ne nie pas leur apport en matière d'éthique politique. Mais sur d'autres dossiers, ils restent dans la logique d'économie de marché. Je rappelle qu'ils ont accepté la libéralisation du secteur énergétique. Et quand ils votent le traité budgétaire européen au Parlement wallon, c'est la même chose. Leur expérience nous interpelle. C'est pour cela, par exemple, que nous conservons des salaires de travailleurs, c'est une garantie importante pour le citoyen.

Si vous êtes toujours député dans dix ans, vous n'avez pas peur de vous encroûter ?

Ce n'est pas la durée qui est le problème. Tant que la base exerce un contrôle actif, c'est bon. J'ai une éthique personnelle. Je suis au service des travailleurs. C'est plus facile d'intervenir à la Chambre que d'être sidérurgiste. Il faut avoir des comptes à rendre à la base du parti, c'est un mécanisme qui se perd dans les partis traditionnels.

Ce qu'il se passe avec la ministre Marghem, ça vous inspire quoi ?

Il y a une collusion entre le monde économique et le monde politique exécutif. 

On voit que GDF Suez domine tout en matière d'électricité en Belgique. Il y a une collusion entre le monde économique et le monde politique exécutif. C'est inquiétant dans une démocratie. Dans plein de dossiers cette collusion existe. Les différents lobbies des puissances économiques sont en train de faire un fameux boulot. Ce sont eux qui contrôlent le gouvernement belge.

Qui par exemple ?

Ils ne se cachent pas. Quand le Premier ministre va au groupe de Bilderberg (NdlR : rassemblement annuel et informel de diplomates, d'hommes d'affaires et depolitiques) les choses sont claires. C'est un petit groupe qui décide de l'évolution mondiale des gouvernances. Ce groupe n'a été élu par personne. Ce n'est pas un complot caché, ils le font devant tout le monde. Quand on voit aussi que quatre membres du cabinet Marghem viennent d'Electrabel, il ne faut pas faire un dessin.

 

«  L'individualisme devient la règle »

Est-ce que le mouvement social ne s'est pas un peu essoufflé ?

L'histoire nous montre qu'il est fait de flux et de reflux.

Qu'est-ce que le mouvement social, à l'œuvre à l'automne, a gagné ?

De la confiance en lui. Nous sommes conscients désormais de notre capacité de mobilisation.

Le gouvernement semble pourtant de plus en plus solide.

Je constate qu'en Flandre, les partis de la majorité perdent six points dans les sondages et que le MR conserve un électorat stable mais qui ne s'envole pas.

Le mouvement social n'a-t-il pas une mauvaise image au sein de la population ?

Ce genre de débats a toujours eu lieu. Il y a une polarisation de la société. Michel et son gouvernement la renforcent. Ça ne me dérange pas, c'est bien qu'il y ait du débat.

En partie, en Belgique, les droits de l'homme s'arrêtent aux portes des entreprises. 

On a quand même vu des travailleurs, qui ne sont pas des patrons, critiquer les grèves car ils souhaitaient aller travailler.

Oui car la pression au sein des entreprises est de plus en plus grande. Notre tissu économique où il y a de plus en plus de PME en est la cause. En partie, en Belgique, les droits de l'homme s'arrêtent aux portes des entreprises. La pression dans les entreprises par rapport à la liberté d'expression est intolérable.

Vous pensez que le gouvernement fédéral va faire mal aux syndicats ?

C'est leur but, on est dans une logique thatchérienne classique. En leur donnant une personnalité juridique, on veut affaiblir les syndicats. Le contrôle des finances syndicales, c'est énorme aussi. Vont-ils y arriver ? Cela ne dépend que de nous. Les gens doivent se rappeler qu'ils peuvent reprendre en main leur propre avenir.

Ils l'oublient ?

L'individualisme est la règle. Regardez les jeux télévisés, on y fait la promotion du tous contre tous. Quand on dit que l'homme est un loup pour l'homme, c'est faux. S'il devient un loup, c'est parce qu'on lui dit que c'est comme ça et la gauche traditionnelle a un peu trop soutenu ça.

Si, avant les élections, la proximité des syndicats avec le PTB semblait évidente, depuis lors, la FGTB semble plus proche du PS, non ?

Il y a de tout dans un syndicat. C'est sa force, c'est pluraliste, ça ne doit pas dépendre du politique. Il y a plein d'affiliés de la CSC et de la FGTB qui continuent à nous soutenir.

La base des syndicats est plus proche du PTB que leurs directions ?

C'est clair que nous sommes sur le terrain avec eux. Mais j'ai beaucoup de contacts avec des dirigeants comme Nico Cué ou Marc Goblet (FGTB). Nos rapports sont basés sur le respect. Il y a une étude de l'université d'Anvers qui a sondé les manifs sous Di Rupo et sous Michel. Elle démontre que la popularité du PTB est passée de 9 % à 22 % des participants. Etre sur le terrain ça porte ses fruits.

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Commentaires

Raoul pose précisément le doigt sur le fondement intrinsèque du virage à droite toute de la Belgique (et de l'Occident en général): l'individualisme. Cette règle équivaut autant pour les travailleurs qui répandent parfois leur fiel à l'encontre des syndicats qui actionnent des grèves pour pourtant préserver les droits de ces mêmes travailleurs (mais la pression de l'entreprise, et surtout les embarras personnels: arriver en retard, devoir faire un détour, etc. priment sur le combat pour la collectivité), que pour les grandes fortunes qui ne veulent pas lâcher une miette alors que l’État a besoin de la contribution de chacun (là aussi, la vision réductrice sur sa propre personne et intérêt personnel prime sur celui de la collectivité). Le problème est donc bien "humain", et la politique générale actuelle (droite et gauche confondues) s'enlise dans un grand écart qui semble désespérément pencher vers l’appât du gain. La philosophie humaniste se fait littéralement bouffer par la philosophie capitaliste. Je ne suis pas "pro" PTB, mais ce parti me semble être le plus humain d'entre tous. Il n'y a qu'à espérer que le vent de gauche tourne, à l'instar de la Grèce et de l'Espagne, et d'attendre de voir ce que le PTB, avec sa fougue et sa fraîcheur populaire, fera.