Michaël Verbauwhede. (Photo Solidaire, Françoise De Smedt)

Michaël Verbauwhede, tête de liste PTB à Bruxelles : « rendre visible l'ouverture du PTB »

Il y a quelques mois, nous l’interviewions à l’occasion de son adhésion au PTB. Aujourd’hui, Michaël Verbauwhede se présente comme tête de liste du parti pour le parlement bruxellois lors des élections du 25 mai prochain. Et appelle au « vote à gauche » pour le PTB.

Michaël Verbauwhede tirera donc la liste électorale pour la Région bruxelloise. La liste électorale pour le Parlement fédéral en région bruxelloise sera, elle tirée par Benjamin Pestieau, président du PTB Bruxelles.

Michaël Verbauwhede, ancien président de la Fédération des Étudiants francophones, aujourd’hui employé à la Ligue des Familles et délégué syndical, a 28 ans. Il collabore au service d’études du PTB et termine d’écrire un livre d’entretiens avec Jan Fermon et Christian Panier sur la justice. Son moteur, expliquait-il dans une interview accordée à l’occasion de son arrivée au PTB, est la « révolte d’une “génération sacrifiée” ». En tirant la liste électorale du PTB pour le Parlement bruxellois, il entend défendre une logique de « reconquête sociale ».

Pour lui, devenir député est avant tout un enjeu collectif, ambitieux mais réaliste. Le vote PTB sera, dit-il, un « vote utile, pour que les revendications des gens puissent être portées au Parlement ».

Vous êtes arrivé il y a relativement peu de temps au PTB. Pouvez-vous revenir en deux mots sur votre engagement et votre arrivée dans ce parti ?

Michaël Verbauwhede. À la base, j'ai été actif pendant des années dans le mouvement étudiant, et, en rejoignant le PTB, j’avais expliqué que c'est à mon sens le seul parti capable de changer les choses, d'améliorer la situation de la jeunesse, la situation dramatique dans laquelle est Bruxelles. Pour moi, cela se confirme d’ailleurs de jour en jour depuis que j’ai rejoint le PTB.

Le PTB Bruxelles a voulu rendre visible cette ouverture et cet élargissement, en me proposant la tête de liste aux régionales

Quand je vois ce que les autres partis ont fait durant les 10, 15 dernières années, à Bruxelles et plus généralement en Belgique, je constate qu'ils ne sont pas dans une logique de conquête de droits, de garantie du droit pour les gens à un travail, à un environnement sain, etc. Et le parti qui va se battre pour ça, c'est le PTB.

Depuis quelques mois, je collabore au service d'études du parti, et j'ai aussi été très impliqué dans l'enquête électorale, ce qui m'a permis de rencontrer beaucoup de gens un peu partout. On sent qu'il y a une colère chez les gens, qu'ils veulent que ça change.

Pourquoi vous ? Qu’est-ce qui justifie ce choix ?

Michaël Verbauwhede. De plus en plus de gens rejoignent le PTB. Dans les milieux associatif, syndical, dans les mouvements citoyens, il y a de plus en plus de gens qui ont de la sympathie pour le PTB ou qui en deviennent membre. Je suis relativement nouveau dans le parti, je suis jeune, je viens du milieu associatif... Je pense que le PTB Bruxelles a voulu rendre visible cette ouverture et cet élargissement, en me proposant la tête de liste aux régionales. Cela représente cette réalité d'une sympathie croissante des mouvements citoyens, associatifs et syndicaux vis-à-vis du PTB.

Ce qui me séduit dans le projet : il ne s'agit pas d'un projet individuel, mais collectif

Par ailleurs, on est en train de composer la liste électorale complète, avec le souci qu’elle soit le reflet de la réalité bruxelloise. Il y aura des hommes et des femmes, des gens d'origines différentes, des délégués syndicaux, des jeunes, des moins jeunes... Mais aussi, et c'est important, ce sera une liste bilingue, présentée dans le collège francophone. Dirk De Block, conseiller communal à Molenbeek et néerlandophone à la base, sera dessus. En fait, il ne peut plus se présenter sur le collège néerlandophone, parce qu'il s'est une fois présenté sur le collège francophone. Du coup, il est catalogué à vie comme francophone. Nous trouvons ce système de division linguistique aberrant et nous voulons le dénoncer en présentant une liste bilingue. Je suis d’ailleurs moi-même bilingue, ce qui est aussi un atout à Bruxelles.

Vous sentez-vous prêt à assumer ce travail ?

Michaël Verbauwhede. Ça va être un travail de longue haleine, mais ce qui est important, c'est que c'est un projet collectif. Au PTB, s'il y a un député, ou des conseillers communaux comme c’est déjà le cas, le travail se fait avec les gens, avec les travailleurs, pour porter leurs combats et leur revendication dans les conseils et les parlements. C'est ce qui me séduit aussi dans le projet : il ne s'agit pas d'un projet individuel, d'une volonté d'avoir une ligne sur son CV. C'est un projet collectif, qui part du constat qu'il y a des revendications qui doivent être portées au niveau politique, que les autres partis n'amènent pas.

Le PTB, comme je le vois, veut être le relais des aspirations des Bruxellois, des revendications et des luttes des habitants, des travailleurs au niveau politique. C'est ça qui est important. Évidemment, il y a un visage, mais le projet collectif prime.

C'est un point fort du PTB de faire confiance à une jeune génération

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé cette place ?

Michaël Verbauwhede. C'est une lourde responsabilité, donc je n'ai pas pris la décision à la légère. J'en ai discuté, j'ai réfléchi... Pour être franc, ce n'était pas mon plan de carrière, de me dire que j'allais rejoindre le PTB pour avoir une place sur les listes et être député. Donc j'ai dû réfléchir. Je travaille beaucoup sur les questions de l'enseignement, sur les allocations familiales, sur les politiques régionales... Je comprends donc la logique de ce choix, mais ce n'était pas une évidence que j'allais pour autant être tête de liste. J'ai été étonné, mais après réflexion j'ai accepté, et je me suis dit que j’allais foncer et donner le meilleur de moi-même.

Avec Benjamin Pestieau, qui sera tête de liste pour le Parlement fédéral à Bruxelles, vous êtes deux jeunes à tirer les listes du PTB. C’est significatif d’une jeune génération engagée dans le parti ?

Michaël Verbauwhede. À Bruxelles c'est significatif en ceci que c'est une ville jeune. Quand je vois, par exemple, Laurette Onkelinx, qui sera tête de liste au fédéral pour le PS à Bruxelles, je me demande quel est son message, quel renouveau il y a. Depuis que j'ai une conscience politique, elle est ministre... Je pense que c'est un point fort du PTB de faire confiance à une jeune génération.

Que représente selon vous cette nouvelle génération, ces jeunes issus des milieux associatif, syndical, etc. ?

Michaël Verbauwhede. Je pense que ca représente le besoin d'un avenir pour les jeunes. Les perspectives pour la jeunesse ne sont pas glorieuses : 30 % de chômage parmi les jeunes à Bruxelles, échec et décrochage scolaire… c'est dramatique. Quel avenir donne-t-on aux jeunes ?

On ne peut pas culpabiliser les gens parce qu'ils cherchent quelque chose qui n'existe pas. Il n'y a pas assez d'emploi, il faut donc en créer.

On entend toujours dire que cette génération sera la première qui vivra moins bien que ses parents. On ne peut pas laisser passer ça ! On n'a jamais produit autant de richesse en Belgique qu'aujourd'hui. Dans les années 1970, où il y avait un avenir pour les jeunes, où les gens n'avaient pas peur pour leurs enfants, on produisait beaucoup moins de richesse que maintenant. On doit donc remettre au centre du débat la question de la répartition des richesses, la question de l'avenir qu'on veut donner aux jeunes. Ce débat est crucial, pour Bruxelles, d'une part, parce que c'est une ville particulièrement jeune, mais plus globalement pour la Belgique.

Pourquoi, dans cette nouvelle génération, certains se tournent, comme vous, vers le PTB et pas vers les traditionnels partis de gauche, PS et Ecolo?

Michaël Verbauwhede. Dans un passé, ces partis ont pu donner l'impression de vouloir changer les choses. Mais dans les faits, je constate que, concrètement, avec la politique menée par un gouvernement bruxellois auquel participent ces deux partis, la situation empire. En termes de chômage, rien n'est fait, toutes les mesures qui sont prises ne font qu'aggraver les choses. Leur politique consiste à culpabiliser les demandeurs d'emploi parce qu'ils n'ont pas de travail, et à leur enlever leurs allocations de chômage. Concrètement, ça va aboutir, le 1er janvier 2015, à 9000 Bruxellois - essentiellement des jeunes - exclus du chômage. Ça, c'est la politique menée actuellement, que ce soit par le gouvernement fédéral ou celui de la Région bruxelloise. Ce n'est pas une perspective d'avenir ! On ne peut pas culpabiliser les gens parce qu'ils cherchent quelque chose qui n'existe pas. Il n'y a pas assez d'emploi, il faut donc en créer.

À leur vision d'accompagnement du recul social, nous voulons opposer une vision de reconquête sociale

Un autre dossier important est celui des logements sociaux. Il y a une très forte augmentation de la demande et du besoin de logements sociaux à Bruxelles. On pourrait penser que le gouvernement régional va décider de créer des logements, ce qu'ils avaient promis en 2004. Or que constate-t-on ? Non seulement l’offre n’augmente pas, mais elle a même baissé. Entre 2004 et 2012, il y a eu 731 logements sociaux disponibles en moins.

Aujourd’hui, Ecolo et le PS mènent une politique qui consiste, au mieux, à négocier à la marge pour que ce soit « moins pire », et au pire, être dans la logique répressive, avec les sanctions administratives communales, avec les mesures concernant le chômage, etc. Je tire donc un mauvais bilan du gouvernement bruxellois, et je ne peux pas me retrouver là-dedans.

Quel serait le rôle d'un député PTB au parlement bruxellois face à ce constat ?

Michaël Verbauwhede. Il y a deux choses. D'une part, il y a le fond, la vision politique qu'on veut avoir par rapport à la ville et à la région. À leur vision d'accompagnement du recul social, nous voulons opposer une vision de reconquête sociale : garantir le droit à un travail, garantir le droit à un logement décent avec des loyers modérés, garantir le droit à un environnement sain, garantir le droit à une mobilité durable et accessible... Voilà la vision politique qu'on veut développer.

D'autre part, il y a la forme. Il suffit de voir ce que fait quelqu'un comme Dirk De Block, conseiller communal PTB+ à Molenbeek. Il a mobilisé les gens sur la question du prix des garderies qui augmentaient, pour venir au conseil communal. Et la réponse de la bourgmestre a été d'envoyer la police pour empêcher les gens d'entrer dans le conseil communal, qui est pourtant un lieu public. Notre rôle, dans les conseils communaux et dans les parlements, est donc aussi sur la forme de démocratie, sur le fait travailler avec les gens. On va prendre les revendications, les préoccupations, les combats des gens, et on va les porter au niveau politique. C'est important cette logique de travailler avec les gens. Pas pour eux, mais avec eux.

Le PTB a récolté à Bruxelles 6388 enquêtes. C'est comme ça qu'on fait de la politique, ce n'est pas à cinq autour d'une table qu'on décide ce qu'on va défendre pour les gens.

Vous croyez vraiment avoir une chance d'être élu ?

Michaël Verbauwhede. Tout à fait. L'objectif du PTB est clair à Bruxelles. On pense que c'est tout à fait possible grâce à un mécanisme qui s'appelle le regroupement de listes. C’est un mécanisme technique qui permet de contourner le seuil antidémocratique de 5 %, qu’il faut dépasser pour avoir des élus. Ce seuil est un accord conclu entre les partis traditionnels qui sont au Parlement pour éviter que les petits partis n'y entrent. Si ce seuil n'existait pas, le PTB aurait déjà un ou deux élus.

Comment ça marche ? Différents partis peuvent conclure un accord de regroupement de listes, qui est un accord purement technique, et donc il n'y a pas de programme commun ou quoi que ce soit. Chaque parti fait sa campagne et, après le vote, on rassemble les voix obtenues par les différents partis pour passer ensemble le seuil des 5 %. En effet, une fois le seuil de 5 % passé, il y a au moins 3 élus disponibles, qui sont répartis entre les différents partis selon une clef de répartition automatique.

Concrètement, si on regarde les résultats des précédentes élections et des sondages à propos des partis avec lesquels le PTB a conclu cet accord (ProBrussel, Belgische Unie-Union Belge et le Parti Pirate), il est tout à fait possible que le PTB ait au moins un élu.

Le vote utile en 2014, c'est le vote pour le PTB, puisque le PTB peut vraiment avoir un élu grâce à ça. C'est un vote utile pour les travailleurs, pour les Bruxellois, pour que les revendications des gens puissent être portées au parlement régional.

Vous l’avez évoqué, le PTB a clôturé une campagne de récolte d'enquêtes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Michaël Verbauwhede. C'était un gros travail, et le PTB a récolté à Bruxelles 6388 enquêtes. Cela nous a permis de vraiment aller à la rencontre des Bruxellois. Cette enquête a été menée aussi bien sur les lieux de travail que dans la rue, dans les maisons médicales, auprès des jeunes, des moins jeunes... C'est un travail très riche pour le PTB. C'est comme ça qu'on fait de la politique, ce n'est pas à cinq autour d'une table qu'on décide ce qu'on va défendre pour les gens. On ne défend pas les choses pour les gens, mais avec eux. On ne leur demande pas souvent leur avis. Lorsqu'on le leur demande, ils sont parfois d’abord surpris, mais on sent une envie de parler de politique, de leurs problèmes, de ce qu'il faut résoudre et comment...

Les résultats sont en train d'être analysés, et la prochaine étape est de retourner à la rencontre des Bruxellois pour, d'une part, présenter les résultats de l'enquête et, d'autre part, affiner encore les priorités des gens.

Nous allons donc faire des soirées de présentation des résultats de l'enquête dans les communes, il y en aura une bonne vingtaine à Bruxelles. Je serai présent à plusieurs de ces soirées. Les dates sont sur le site du PTB et du PTB Bruxelles, et j'invite tous les gens qui nous lisent et qui ont envie d'en savoir plus de venir en discuter avec nous.

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