Médecine pour le Peuple lance une campagne « Sauvons les maisons médicales »

La Ministre de la Santé Maggie De Block n’aime pas les maisons médicales. Elle n’en veut pas de nouvelles, et veut couper les ailes aux maisons médicales existantes. Médecine pour le Peuple (MPLP) contre-attaque avec sa nouvelle campagne.

Découvrez la campagne de Médecine sur le peuple sur www.sauvonslesmaisonsmedicales.be.

Depuis début 2017 déjà, la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld) économise sur les maisons médicales (voir encadré), mais elle va encore un pas plus loin. Elle a demandé un audit sur toutes les maisons médicales. Audit exécuté par KPMG, une entreprise privée appartenant aux plus grands groupes de lobby pour la privatisation des soins de santé en Europe. En Grande-Bretagne, KPMG a joué un rôle important dans la privatisation de parties (les plus rentables) du National health service (NHS, service national de santé).

L’audit que la ministre De Block veut maintenant est tout simplement une manière de justifier les restrictions faites aux maisons médicales et leur médecine sociale. Les plans d’austérité sont prêts (des sources internes au cabinet parlent de 10 à 20 % du budget total), ce que l’audit préconise aussi. La ministre cherche encore seulement la meilleure tactique pour vendre les plans d’austérité. Il est clair que le but de cet audit sur les maisons médicales n’est pas un meilleur fonctionnement de ces centres de santé.

MPLP ne veut pas de l’audit de Maggie De Block

Médecine pour le Peuple ne participera pas à cet audit. Parce qu’il n’est tout simplement qu’un moyen de justifier une attaque sur notre vision des soins de santé. Pour les petites maisons médicales, les budgets actuels suffisent à peine pour ne pas rester dans le rouge. Si ceux-ci diminuent encore, beaucoup d’entre elles risquent la fermeture. Les plus grandes maisons médicales devront faire avec moins de personnel, ou devront supprimer des services existants. Ils devront par exemple investir moins dans les soins psycho-sociaux, alors que ceux-ci sont d’une importance vitale pour beaucoup de gens, ou encore dans leurs services infirmiers, comme l’accompagnement des patients diabétiques, ou des gens souffrant de maladies respiratoires chroniques. Une baisse des budgets obligera les maisons médicales à accepter moins de nouveaux patients. Les patients devront retomber sur le système de médecine à l'acte.

OK pour un autre audit

Si un audit ou une étude doit être fait, pour nous cela ne se pourra qu’à quatre conditions.

Premièrement, il faudra aussi un audit sur le système de paiement traditionnel (« à l’acte ») et les médecins spécialistes, avec une comparaison entre le système forfaitaire et le système à l’acte. Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a déjà fait une telle étude comparative en 2008, et la Commission Forfait de l’INAMI a demandé l’année dernière que le KCE effectue à nouveau une telle étude. Mais le Conseil de direction du KCE a refusé. Dans ce KCE siègent aussi des représentants du cabinet De Block.

Deuxièmement, nous voulons que cet audit étudie des éléments comme l’accessibilité, la qualité des soins, les prescriptions, la prévention, le travail multidisciplinaire…

Troisièmement, l’audit doit être effectué par une instance indépendante comme le KCE, et non par une entreprise privée connue pour son « lobbying » en faveur de la privatisation des soins de santé.

Enfin, que l’audit se déroule démocratiquement, ce qui veut dire avec la participation des quatre fédérations de maisons médicales et organisations de patients.

La ministre défend autant la « médecine du fric » que l’Ordre

La Belgique donne chaque année 8 milliards d’euros pour les honraires des médecins. A peine 1,3 milliard d’euros sont destinés aux généralistes ; et 6,7 milliards d’euros pour les honoraires (souvent beaucoup trop élevés) des médecins spécialistes. De ces 1,3 milliard pour la médecine générale, même pas 2 % (157 millions) vont aux maisons médicales, entre autres MPLP. Les maisons médicales de MPLP donnent depuis déjà plus de 45 ans des soins de première ligne gratuits à tous leurs patients. Ceux-ci peuvent bénéficier dans ces maisons médicales d’un généraliste, d’une infirmière, d’un kiné…

A MPLP, nous sommes particulièrement fiers de nos centres interdisciplinaires, où nous pratiquons depuis plus de 45 ans une médecine progressiste, et défendons depuis plus de 45 ans les droits de nos patients. Nous n’en avons pas toujours été remerciés. Ainsi, nous avons toujours eu à faire depuis le début avec l’Ordre des médecins, représentant de la médecine libérale. Maintenant, la ministre reprend ce rôle. Dans l’étude de 2008 du KCE cependant, l’efficacité de la médecine forfaitaire a été démontrée de manière très convaincante. La ministre vise donc en premier lieu notre vision progressiste des soins de santé et celle de beaucoup d’autres maisons médicales. Maggie De Block – elle-même généraliste ! – choisit pourtant de faire de nouvelles coupes sombres dans le budget de ces maisons médicales. Contre toute logique. Pourquoi ?

Maggie De Block et l’ensemble de ce gouvernement de droite défendent une vision libérale des soins de santé : privatisation et commercialisation. C’est déjà cela qu’elle avait montré dans ses autres plans d’austérité dans les soins de santé : moins de personnel dans la psychiatrie des enfants et des jeunes, diminution des budgets des hôpitaux qui, à cause de cela, doivent travailler avec moins de personnel. Elle choisit une médecine à la prestation libérale ou « libre », où le médecin ou le dispensateur de soins est rémunéré à la prestation ou à la consultation, et où le patient paye d’autant plus qu’il a des besoins élevés en soins. Cette vision exprime celle de son parti, l’Open Vld, et de manière particulièrement claire dans sa réaction à l’ouverture d’une maison médicale à Menin : « la médecine forfaitaire conduit à la surconsommation », « pas de liberté pour le patient », et « attraction des défavorisés », etc. Les libéraux soutiennent clairement une vision de société fondamentalement différente de Médecine pour le Peuple.

Maisons médicales : la qualité pour un prix plus bas

La médecine forfaitaire, où la maison médicale reçoit un budget par rapport au nombre de patients inscrits, s’y oppose radicalement : c’est un système solidaire, avec une solidarité du riche vers le pauvre, de celui qui a la santé vers le malade. C’est la branche la plus sociale de la médecine générale. Et qui, en plus de cela, est de plus en plus nécessaire : il ressort d’une étude européenne que 8 % des belges renoncent à des soins de santé pour des raisons financières. Dans notre pratique aussi, nous devons chaque jour décevoir des patients parce que nous sommes complets.

Les maisons médicales se trouvent aussi qualitativement au-dessus des cabinets individuels, ou des cabinets avec uniquement des médecins généralistes. La collaboration multidisciplinaire sous le même toit avec payement par un forfait mensuel est un modèle d'avenir.

De Block n’aime pas les médecins engagés

A côté de cela, Maggie De Block a des difficultés avec l’aspect « centre d’actions » de Médecine pour le Peuple. L’année dernière, nous avions mené une campagne réussie contre la hausse des prix de médicaments. Des dizaines de patients nous avaient accompagnés aux Pays-Bas pour y constater que les médicaments y étaient bien moins chers. Cela, Maggie De Block ne l’accepte pas : « Ce n’est pas aux médecins d’organiser des bus vers les Pays-Bas », a-t-elle dit au Parlement. Grâce à nos actions et à la pression des très nombreuses personnes qui ont exprimé leur mécontentement, elle est tombée de son trône de politicien le plus populaire. De plus en plus de gens se rendent compte que sa gestion est antisociale.

Médecine pour le Peuple demande de poursuivre la médecine forfaitaire et les cabinets de groupe multidisciplinaires. Nous nous opposons par principe à l’austérité et à la vision des soins de santé de Maggie De Block.

Aidez-nous à stopper l’austérité

Lorsque nos collègues Dirk Van Duppen et Sofie Merckx a publié en juin leur carte-blanche sur Knack.be et dans Le Vif, celle-ci a été partagée 2 600 fois via Knack et 6 000 fois via Le Vif. On y trouve de nombreuses réactions d’inquiétude de la part de patients. Cela donne une idée de l’importance que les gens attachent à la médecine de qualité des maisons médicales. Et quel soutien ils montrent.

Nous aurons à nouveau besoin du soutien des patients et de la population pour stopper ces mesures d’austérité. C’est pourquoi Médecine pour le Peuple a lancé une campagne « Sauvons les maisons médicales ». Vous pouvez nous soutenir via notre site web, et laisser un message pour Maggie De Block.

 

Les maisons médicales répondent à des besoins réels
En 10 ans, le nombre de maisons médicales a doublé et est grimpé à 165. Elles soignent maintenant 350 000 patients. La ministre De Block veut inverser cette tendance et mettre la pression sur les maisons médicales.
Le budget pour 2017, dans un premier temps, a encore tenu compte d’une augmentation du nombre de patients des maisons médicales, mais on a cependant déjà coupé 4 %. En n’autorisant pas de nouvelles maisons médicales – et pourtant certaines étaient déjà prêtes à ouvrir – et à ne pas indexer le montant par patient que l amaison médicale reçoit. En juin 2017, la ministre De Block franchit un pas supplémentaire et leur applique une nouvelle coupe de 3,5 %. Plus aucune nouvelle maison médicale ne peut ouvrir, et celles qui voulaient étendre leur offre de services, avec de la kinésithérapie par exemple, n’en reçoivent pas l’autorisation.

Ajouter un commentaire

By submitting this form, you accept the Mollom privacy policy.

Commentaires

Pas de coupes dans les budgets des maisons médicales. C'est notre santé !