Peter Mertens. (Photo Solidaire, Salim Hellalet)

Lettre à Peter Mertens :: Comment quelqu’un « de droite » s’est mis à penser à gauche

« Avant, je pensais que la pauvreté et la richesse relevaient de la responsabilité de l’individu et non de la société, et que la sécurité sociale n’était pas nécessaire. » C’est ce qu’écrit Joost dans une lettre adressée à Peter Mertens, président du PTB. Il y explique comment il changé de point de vue et constaté que c’est l’idéologie de droite qui a mené à la crise actuelle.

« Bonjour Monsieur Mertens,

Depuis un certain temps je suis le site internet du PTB et je dois reconnaître que je suis plus qu’agréablement surpris. Non seulement je crois vraiment dans les valeurs du PTB, mais je suis de plus en plus convaincu que la Belgique est dirigée par un gouvernement qui tourne toujours plus le dos à ses citoyens.

Gwendolyn Rutten, la présidente de l’Open VLD, peut certes clamer à tue-tête qu’elle veut une société « chaleureuse » mais, lorsqu’on lit ses propositions, c’est comme vouloir aller à Rome en traversant l’océan Atlantique puis en faisant une petite halte au Japon avant d’atteindre la destination finale.

Le néolibéralisme a échoué, le « multiplicateur économique » est un grand mythe et l’économie en tant que « science » tient plus de l’astrologie que de la science.
Je suis aujourd’hui très critique par rapport au « libre marché », mais cela n’a cependant pas toujours été ainsi. Au contraire, avant, je pensais à droite. Je croyais que la pauvreté et la richesse étaient toujours de la responsabilité de l’individu et non de la société, que la sécurité sociale n’était pas nécessaire et que tout le monde avait des chances égales. Ma vision s’est modifiée lorsque j’ai commencé à lire des choses sur la question de la mobilité sociale et que j’ai noué des contacts au-delà des frontières de notre pays (aux Etats-Unis et au Royaume-Uni). Lorsque quelqu’un m’a demandé si je devais faire un emprunt pour payer mes études, ma première réaction a été : « Un emprunt ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Cela m’a vraiment ouvert les yeux et je me suis plongé dans diverses lectures. Votre site internet a constitué un tournant important dans cette évolution, tout comme l’ouvrage de Naomi Klein, La Stratégie du choc. Je me suis alors progressivement détourné de la rhétorique que l’on nous oppose lorsqu’on évoque Hugo Chavez ou Salvador Allende. Or, si l’on additionne les réalisations de ces dirigeants, on ne peut que constater que très nombreux sont les politiciens occidentaux qui ne leur arrivent pas à la cheville. Ici, lorsqu’une « performance » nous est vantée, il s’avère que les chiffres sont faussés, à la manière allemande. Voir aussi et entre autres Alexander De Croo, qui surestime très exagérément ses propres qualités en tant que ministre des Pensions.

Politique de casse sociale

Notre gouvernement fédéral et la N-VA tournent le dos aux citoyens et poursuivent la politique de casse sociale, qui ne va pas s’arrêter. J’ai un haut-le-cœur lorsque j’entends la N-VA affirmer qu’elle veut mener « une politique sociale, pas socialiste ». Lorsqu’on constate que le président des jeunes N-VA est tout dévoué à cette même rhétorique et qu’il affirme que Gerhard Schröder est son grand modèle, je me demande alors ce que ces personnes considèrent comme asocial. Je n’ose même pas y penser !

Une société devrait être au service de ses citoyens, le salaire d’un ministre devrait être lié au salaire minimum du pays et les besoins de base des ménages devraient être le meilleur marché possible. Je plaide aussi pour une fortune maximale d’environ 500 millions d’euros (ou moins ?). Tout ce qui excéderait ce montant devrait être taxé à 100% et devrait servir à la société et aux services qui viennent en aide à la population. 

Les maisons de repos peuvent revenir dans les mains du public, et non dans celles du privé, où les langes ne peuvent être changés que lorsqu’il sont inutilisables à 75% et où les gens doivent payer 50 euros par jour parce qu’ils ne peuvent pas ou plus assurer les soins à leurs aînés. Eux-mêmes travaillent, et ils doivent travailler toujours plus dur pour gagner moins, et peut-être rembourser un emprunt qui va probablement leur revenir 1,5 plus cher que le montant qu’ils avaient initialement emprunté.

Si on l’observe le fonctionnement de la société occidentale, on ne peut que constater qu’il ressemble grandement à un système de Ponzi (le système de Ponzi est un montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants. Il s'écroule quand les sommes procurées par les nouveaux entrants ne suffisent plus à couvrir les rémunérations des précédents, NdlR). Un homme et une femme forment un couple, « achètent » une maison en faisant un emprunt qu’ils remboursent petit à petit, si bien que, après quarante (!) ans de contributions à la société, ils peuvent jouir d’une pension minimale. Le même sort attend leurs enfants.

Pourquoi 50% des revenus doivent-ils être consacrés à son logement ? Si on pouvait déjà introduire une diminution de 100 euros, cela épargnerait annuellement 1200 euros aux ménages. Une réduction de 200 euros constituerait une économie de 2400 euros. On pourrait aussi octroyer aux plus petits locataires une réduction fiscale. Quant aux très grandes entreprises locataires de locaux, elles ne suscitent guère ma compassion ; qu’elles passent la facture à leur CEO très grassement payé.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une redistribution en profondeur de la richesse. Nous devons oser retourner à la tradition sociale qui a formé et fait la Belgique. Plus nous suivons la voie du néolibéralisme, plus nous nous éloignons de cette tradition et plus nous devrons falsifier les chiffres pour nous faire tout de même croire que nous vivons dans un « Etat providence ».

En réfléchissant plus avant, on réalise qu’il ne s’agit en fait pas de classe moyenne ou de classe inférieure, d’ouvrier ou employé, de haut ou bas niveau d’études. J’ose même affirmer qu’il ne s’agit même pas de petits indépendants ou PME. Ce qui réunit tous ces gens, c’est qu’ils créent toujours plus de richesse dans ce pays, mais qu’ils en reçoivent une part toujours plus petite.

Voilà qui résume parfaitement la situation politique actuelle : ce sont toujours les mêmes personnes qui portent le pays, mais elles sont les premières à être les victimes des économies néolibérales et de slogans comme : « Nous allons devoir faire plus avec moins. »

Bouffée d’adrénaline

Avec les partis traditionnels, on doit se poser la question : avec lequel ce sera le moins pire pour moi ? Au bout du compte, nous avons des démocrates-chrétiens qui n’ont pas grand-chose à proposer, des néolibéraux qui ne veulent pas comprendre que cette crise est causée par le néolibéralisme, des socialistes libéraux et la N-VA qui est un dangereux cocktail de nationalisme et de néolibéralisme.

Aux prochaines élections, ma voix ira à coup sûr au PTB. Je me demande même si je ne vais pas m’engager pour ce parti. Pour le moment, j’ai un agenda très chargé (travail + cours du soir) mais, lorsque je suis très fatigué, si quelqu’un entame une discussion politique ou si nous parlons de la manière dont devrait fonctionner la société, c’est comme si j’avais une bouffée d’adrénaline et que je retrouvais une seconde réserve d’énergie.

Le programme du PTB est ce dont la Belgique a besoin, et j’espère vraiment que vous réussirez à refaire de ce pays un Etat-modèle au plan social ! »

Lettre écrite par JVG

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