Photo Solidaire, Brecht Bruynsteen

Les travailleurs licenciés de Volvo doivent être réintégrés

Volvo doit respecter le droit de grève. Le PTB exige la réintégration des seize travailleurs qui ont été licenciés après une action de grève spontanée à Volvo Car Gand.

Ils sont seize. Seize travailleurs qui ont contribué au bénéfice record de 1,4 milliard d’euros de Volvo Car en 2017. En travaillant dur, de façon flexible, en faisant des heures supplémentaires le w-e, en produisant de la qualité. Certains y travaillent depuis plus de huit ans déjà, ou sont restés toute une année sans être malades. Et on les licencie. Pourquoi ? Parce qu’ils ont osé participer – avec plus de 200 autres collègues – à une action de grève spontanée en vue de dénoncer des problèmes qui, en fait, traînent depuis des mois.

Un moyen normal et légitime

« Quand les travailleurs ne cessent de mentionner la pression du travail et qu’on leur répond ‘‘on s’en occupe’’, quand ils s’en plaignent de nouveau et qu’on leur répond une fois de plus ‘‘on s’en occupe’’, mais sans que rien ne change, il est dans ce cas compréhensible qu’à la longue, les gens recourent à des actions spontanées. Et , alors, l’arrêt du travail est souvent la seule façon d’obtenir une avancée des choses », selon Tom De Meester, du PTB Gand.

Une infraction flagrante du droit de grève

« Sur le plan juridique, Volvo renvoie les travailleurs plus de cinquante ans en arrière », écrit le professeur de droit du travail Jan Buelens dans une tribune publiée le 12 février dans De Standaard. « Jusqu’en 1967, il y avait encore doute quant à savoir si une grève marquait la fin du contrat de travail. En 1967, dans un de ses arrêts, la Cour de cassation développait un raisonnement d’une limpidité absolue : en faisant grève, le travailleur ne tend pas à mettre un terme au contrat de travail, mais il ne fait que le suspendre provisoirement. »

« Cette jurisprudence n’a pu être mise en place qu’après une très dure action sociale », poursuit Jan Buelens. « Après une grève de sept semaines dans le secteur pétrolier anversois, cet arrêt de cassation a été confirmé une fois de plus en 1981. Dans cet arrêt, il était d’ailleurs expliqué clairement que le droit de grève était un droit fondamental individuel, ce qui veut dire que les travailleurs peuvent l’exercer sans autorisation préalable du syndicat. C’est également ce qui s’est passé à Volvo. Parfois, la pression du travail est de nature telle qu’on ne peut faire autrement et, d’ailleurs, il n’y a pas chaque fois un délégué syndical en activité dans l’endroit concerné. »

« Ce que Volvo a fait va de façon flagrante à l’encontre du droit de grève », conclut le professeur. « Si faire grève sonne la fin du contrat de travail, il n ‘est plus question de droit de grève. Aussi est-ce une affaire d’une importance nationale et elle concerne chaque travailleur et chaque syndicat en Belgique. Si on veut défendre le droit de grève et la démocratie, on ne peut le faire qu’en protestant contre les 16 licenciements à Volvo. »

Le PTB exige que Volvo Car reprenne en service les travailleurs licenciés, et ce, avec maintien de leur ancienneté.

De l’humanité et du respect

Remontons un peu dans le temps. En septembre, Volvo Car Gand a été mis à l’arrêt pendant quatre jours par la plus grosse grève de son histoire en plus de trente ans. Nous avions donné la parole à un travailleur, à l’époque : « Si vous n’avez pas travaillé à la chaîne vous-même, il est difficile de vous imaginer ce que c’est. Devoir travailler de façon super-concentrée, dans un stress continu de huit heures d’affilée afin de faire un certain nombre d’opération dans la minute, trois cents fois par jour, sans parfois même avoir tout simplement le temps de le faire... Tous les travailleurs qui ont travaillé un certain temps à ce genre de chaîne connaissent bien ce sentiment et connaissent aussi les rêves qui les accompagnent et derrière lesquels vous courez sans pouvoir les rattraper. »

À Volvo Car, si vous ne pouvez pas exécuter votre montage dans les temps, vous pouvez tirer sur une cordelette. Cette procédure s’appelle un « appel Andon » et, hormis tout le boucan qu’elle provoque, elle arrête également la chaîne pendant quelque temps. Aux moments où le rythme s’accroît, cela se produit plus d’une fois, immanquablement. Mais quand vos supérieurs vous crient que « ça doit cesser, de tirer sur cette corde ! »... 

Une utilisation correcte de l’Andon constituait l’un des points importants de l’accord, après la grève mais, même celui-là, il s’avère que, dans plusieurs sections, certains cadres ne le respectent pas.

En septembre, un certain nombre de mesures ont été prises. La première consistait à faire défiler la ligne à nouveau plus lentement. Depuis, elle s’est remise à défiler une fois de plus à toute vitesse. « À quoi servent  toutes ces promesses faites en septembre ? Volvo ne résout rien ! Tout doit céder, devant la production. On n’en fait jamais assez ! En septembre, nous avons rejeté l’accord à 55 %. Dans certaines zones, c’est même devenu plus grave qu’à l’époque ! », nous confie un ouvrier.

S’y ajoute encore le fait que l’usine ne tourne pas rond. La faute des travailleurs ? C’est tout sauf ça, témoigne un autre ouvrier : « Que pouvons-nous y faire si nous sommes aux prises avec des pièces qui manquent parce qu’elles n’ont pas été livrées à temps ou si les balances (la charge des tâches d’un poste de travail, NdlR) n’étaient absolument pas au point pour la XC40 ? »

Il est donc clair qu’il y a de la pression sous le couvercle. Tout le monde est content quand un nouveau modèle – la XC40 en l’occurrence – démarre bien et chaque travailleur veut également pouvoir fournir de la qualité, c’est un motif de fierté professionnelle. Mais il faut également rester humain.

Une « loi Volvo » pour reprendre les travailleurs illégalement licenciés

Pour le PTB, les multinationales ne peuvent être en dehors des lois, des endroits où cessent d’exister le droit de grève et autres libertés fondamentales des travailleurs. Tom De Meester : « Cela vaut d’autant plus à une époque où les travailleurs d’un nombre sans cesse croissant d’entreprises viennent nous dire qu’à la longue, l’augmentation incessante du rythme de travail aboutit à une pression du travail infernale et inhumaine. Notre pays doit proposer aux travailleurs une meilleure protection contre le licenciement par ce genre de multinationales qui croient qu’elles peuvent tout se permettre. Il devrait y avoir une initiative légiférante – une « loi Volvo » – pour interdire ce genre d’abus du droit de licencier. Nous proposons concrètement un mécanisme contraignant afin de forcer les entreprises condamnées pour licenciement abusif à réintégrer les travailleurs victimes de cet abus. »

Car, s’il est de nouveau possible, au 21e siècle, de licencier des travailleurs sans défense qui osent ouvrir la bouche pour défendre leurs droits, si ces travailleurs perdent leur job à cause de cela, où allons-nous ?

Le PTB veut que tout soit mis en œuvre pour que cela n’arrive pas. Le parti soutient les travailleurs licenciés et tous les autres travailleurs de Volvo Car à Gand.

Safety first ?
Il n’y a pas que les gens travaillant à la chaîne qui nous adressent leurs témoignages. Les travailleurs de la logistique tirent eux aussi la sonnette d’alarme. Ici aussi, la vache sacrée de « la production, la production et encore la production » se trouve au cœur du problème. Ou, dans leur cas, « décharger, décharger et encore décharger ». Tout le reste doit passer après. On allait créer une zone de sécurité où le préposé logistique devait pouvoir contrôler les caisses et emballages du camion venant de rentrer. Cette promesse date d’il y a des mois, mais on n’en a encore rien vu. Résultat : plusieurs personnes sont déjà entrées en collision – sans gravité, heureusement – en raison du va-et-vient incessant des engins de levage.
D’autres entreprises aussi nous proviennent des réactions indignées à propos de ce qui se passe à Volvo Car Gand. En attendant, ce lundi 12 février, Volvo Car se vante d’être « a 2018 World’s Most Ethical Company », une des sociétés les plus éthiques dans le monde de 2018, dans un communiqué de presse. La reconnaissance émane de l’Ethisphere Institute, « un leader mondial sur le plan de la définition et de la mise en exergue des normes de l’entrepreneuriat éthique ». Hélas, dans les critères utilisés pour accorder ce titre à Volvo Car, ils ont manifestement négligé le respect des droits fondamentaux des travailleurs...

 

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Commentaires

le droit de grève est continuellement remis en question et avec un gouvernement de droite rien ne changera
Depuis ce gouvernement à la botte du patronat, ces patrons se sentent soutenus et ils ont toutes les audaces