Photo Solidaire, han Soete

Les travailleurs du non-marchand devront-ils redescendre dans la rue ?

auteur: 

Alice Bernard

Après des mois d’actions et manifestations les gouvernements (fédéral et régionaux) ont compris qu’ils devaient mettre quelque chose sur la table pour répondre aux revendications des travailleurs du secteur non marchand. Est-ce le premier pas vers un vrai mieux ou bien faudra-t-il redescendre dans la rue ?

Depuis le dernier accord social, conclu en 2010 et beaucoup plus maigre que ceux conclus en 2000 et 2005, le personnel du non-marchand réclame une augmentation des salaires, une augmentation de l’emploi et des mesures pour la qualité de vie et de travail (combinaison vie professionnelle et familiale, aménagement de fin de carrière…).

Côté salaire, en ce qui concerne les 175 000 travailleurs des hôpitaux, l’accord d’été du gouvernement fédéral a prévu pour 2017 une prime de fin d’année unique de 250 euros par travailleur et, à partir de 2018, un budget qui atteindra par paliers 95 millions en 2020. Il s’agit plus précisément du lancement de la nouvelle classification de fonction (IFIC), qu’on attendait depuis 15 ans et dont l’application totale est estimée à 400 millions d’euros. Ce que le gouvernement présente maintenant permettrait au mieux d’augmenter les plus bas salaires, mais ce sera le statu quo salarial pour près de la moitié des travailleurs. Ensuite, le gouvernement veut augmenter la contribution au 2e pilier de pension jusqu’à 0,6 % de la masse salariale brute. Vu que les salaires n’ont pas augmenté depuis des années (hors index) certains disent que ces mesures ne sont pas vraiment une augmentation mais une adaptation estimée à 1,5 % sur une période de 4 ans.

Financement non garanti

Dans les projections remises par les cabinets ministériels, le financement de ces mesures n’est pas intégralement garanti. Il y a un montant « mis à disposition par le gouvernement » et un montant « à acquérir ». Où, quand, comment ? Mystère.

Pour l’emploi, le gouvernement a mis sur la table les effets du tax-shift (diminution des cotisations sociales et fiscales en échange de création d’emplois). Une première évaluation montre qu’il est prévu de créer 600 emplois en plus des 150 créés en 2016, mais que 50 % des diminutions de cotisations sociales n’ont pas été affectées à l’emploi et sont restés dans les caisses des patrons. Les emplois créés grâce au tax-shift seraient surtout affectés aux équipes mobiles, destinées à remplacer le personnel malade ou en formation. Ces équipes mobiles correspondent à un véritable besoin mais permettent juste de maintenir à niveau le nombre de personnel au travail. Il n’est donc pas question d’augmenter le nombre d’emplois pour alléger la charge de travail.

En matière de conditions et de qualité de travail, les discussions sur les aménagements de fin de carrière et les jours de dispense de prestation pour les 45 ans et plus ont été confiées à un groupe de travail. Impossible de dire maintenant si et où cela va aboutir. Pour le reste, aucun budget n’est prévu. Tout est encore à conclure dans des conventions collectives de travail. Où, par exemple, la possibilité de garantir deux semaines de congé en été avec 3 week-ends inclus serait accordée en échange d’une flexibilité accrue.

Des avancées, mais encore beaucoup d’incertitudes

Les négociations avec les gouvernements régionaux en sont plus ou moins au même point : il y a des avancées, mais aussi encore beaucoup d’incertitudes.

Ça fait des années que le secteur se bat. Rien que l’an dernier (2016-2017), on a connu six grandes manifestations tout en garantissant la continuité des soins. La lutte paye, puisqu’il y a maintenant des propositions sur la table. Le gouvernement prétend que c’est le maximum qu’il peut se permettre. Mais en même temps on peut s’interroger sur les choix de ce gouvernement qui préfère ne pas poursuivre les grandes fortunes qui éludent l’impôt. Le contraste est saisissant entre d’une part ces milliards qui échappent au fisc (les 400 familles les plus riches fraudent ensemble pour 2,1 milliards d’impôts – voir l’étude du PTB de juillet 2017) et d’autre part le peu de moyens mis à disposition pour répondre aux demandes pourtant légitimes du non-marchand et des usagers.

Le gouvernement est dans une logique qui considère le profit comme ce qu’il y a de meilleur pour la société. Dans le non-marchand, on préfère une société solidaire, avec de puissants leviers structurels comme les soins, le bien-être, la culture, l’enseignement, les transports publics... accessibles à tous et financés en suffisance par les deniers publics.

 

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