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Les maisons médicales, une épine dans le pied du modèle néolibéral de Maggie De Block

auteur: 

Sofie Merckx

« Depuis 10 ans, le nombre de maisons médicales offrant des soins de première ligne est en constante augmentation. Le modèle est un succès et enthousiasme aussi bien les patients que les professionnels de la santé. Et ce, dans un pays où la médecine à l’acte a toujours été considéré comme une pierre angulaire de notre système de santé », explique Sofie Merckx, porte-parole de Médecine pour le Peuple et conseillère communale du PTB à Charleroi dans une carte-blanche parue sur www.levif.be.

Il y un an, la ministre libérale Maggie De Block a lancé son offensive contre les maisons médicales. Elle a arrêté tout nouvel agrément, imposé des économies drastiques et commandé un audit au bureau d’études privé KPMG. 

Le 22 janvier, les résultats de l’audit ont été publiés et la ministre a levé le moratoire. Des nouvelles structures, qui attendent depuis un an, pourront enfin ouvrir. Même l’audit commandé chez KPMG n’a pas pu donner assez de munitions à la ministre pour continuer à interdire l’ouverture de nouveaux centres. Mais l’heure n’est pas encore à la victoire. La ministre ne laisse aucun doute quant à l’interprétation des résultats : elle parle de « surfinancement » et décrit la combinaison des sources de financement comme non transparent. Elle continuera à imposer l’austérité dans le secteur.

Les médecins pratiquant une médecine sociale soumis à un audit, ceux aux honoraires excessifs hors d’atteinte

Que la ministre ait choisi le bureau d’études privé KPMG pour effectuer cet audit n’est pas anodin. Le bureau, impliqué dans la fraude fiscale, est surtout connu pour son travail de lobby pour la privatisation des soins de santé en Europe. KPMG est ainsi juge et partie. Ses études débouchent souvent sur des « réformes » – lisez « privatisations » – de services publics afin de pouvoir ensuite reprendre des pans du marché « libéré». Commander un audit à KPMG pour les soins de santé au forfait, c’est comme demander à Monsanto de faire une étude sur l’agriculture biologique.

L’audit n’a dès lors pris en compte que des critères financiers. La qualité des soins et la satisfaction des patients n’y sont pas abordés. De manière consciente, il n’y a pas de comparaison avec le système à la prestation, à l’acte. Ce que la ministre confirme : « Il s’agit de l’audit d’un système, avec pour objectif d’optimaliser le fonctionnement de ce système dans l’intérêt général. »

C’est précisément cet objectif qui pose problème : la ministre fait un choix conscient en demandant un audit concernant les médecins travaillant au forfait. Ses économies ne visent que les maisons médicales. Un budget qui ne représente que 1 % du budget global des honoraires médicaux.

Maggie De Block a oublié ses cours de statistiques

Au mois de décembre dernier, l’Agence inter-mutualiste (AIM) a devancé la ministre en sortant les résultats d’une étude qui comparait le coût et la qualité des soins en maison médicale et dans le système à l’acte. Les résultats ont confirmé les conclusions de l’étude menée en 2008 par le KCE (Centre fédéral d'expertise des soins de santé). La médecine forfaitaire n’est pas plus chère pour l’Inami et à l’avantage de ne rien coûter au patient. De plus, la qualité des soins y est meilleure que dans le système à l’acte. Si les coûts des soins y sont plus élevés pour la première ligne, ce surcoût est entièrement compensé par des moindres frais en deuxième ligne (médecine spécialisée) et en prescription de médicaments.

La ministre a délibérément ignoré les résultats de cette étude en parlant d’une étude « réchauffée ». Lorsque le député PTB Marco Van Hees lui a soumis les résultats de l’étude de l’AIM, la ministre s’est tordue dans tous les sens. Elle a prétendu que si les frais en deuxième ligne étaient plus bas chez les patients soignés en maison médicale, c’était dû au fait que cette patientèle est plus jeune. Ce qui, selon elle, expliquait les moindres frais en deuxième ligne. Elle ajoutait que l’étude comparait des pommes et des poires.

Devons-nous en conclure que la ministre n’a jamais reçu le moindre cours de statistiques ? L’étude de l’AIM a comparé un échantillon de 50 000 patients du système forfaitaire avec un échantillon standardisé du même nombre soigné à l’acte. Les deux échantillons étaient composés de patients de mêmes caractéristiques d’âge, de sexe et d’indicateurs socio-économiques. L’étude a bel et bien comparé des pommes avec... des pommes.

L’étude de KPMG permet à Maggie De Block de justifier l’austérité qu’elle veut continuer à imposer au secteur

La ministre balaie du revers de la main les résultats de l’étude AIM au profit de l’audit de KPMG (qui, soulignons-le, a coûté 200 000 euros aux contribuables) L’étude de KPMG lui permet surtout de justifier l’austérité qu’elle veut continuer à imposer au secteur.

Les maisons médicales offrent souvent des services non pris en charge par l’Inami aux patients.

La ministre parle d’un « surfinancement » des maisons médicales. Pour 455 euros reçus, elle dit que seulement 396 euros est réellement dépensé. La méthodologie de KPMG pour évaluer cette somme n’est pas claire.

Pas de sélection dans les maisons médicales

Ce qu’elle appelle « surfinancement » est, dans la plupart des maisons médicales, utilisées pour offrir des soins psychologiques, de la diététique où l’aide d’un(e) assistant(e) social(e), par exemple. Des services qui sont peu accessibles. Les patients des maisons médicales se composent à 42 % de patients ayant un faible revenu par rapport à 19 % dans la population générale. C’est un choix conscient de la plupart des maisons médicales d’offrir le plus possible de soins avec les moyens limités. 

La ministre insinue aussi que les maisons médicales appliquent une certaine sélection dans l’inscription et la désinscription de patients. Pourtant, une grande accessibilité en première ligne, peu importe l’origine (sociale), le sexe, la religion ou le besoin en soins est un principe de base dans le secteur.

L’étude de l’AIM concluait à cet égard : « Le fait que la population inscrite au forfait est en moyenne plus précaire socialement et semble avoir une morbidité plus lourde sur base des données disponibles, peut amener à conclure qu’il n’y a pas de sélection de patients à faible risque de santé dans la médecine générale payée au forfait. » Au contraire, plusieurs maisons médicales constatent régulièrement un renvoi d’une patientèle précaire par certains prestataires à l’acte vers le forfait.

Après Maggie De Block, c’est le Dr Marc Moens de l’ABSyM (Association belge des syndicats médicaux) qui tire à boulets rouges sur le secteur. Il trouve dans l’audit des arguments pour discréditer les soignants travaillant au forfait.

Vu le nombre « limité » (en moyenne 673 par médecin) de patients inscrit au forfait, il qualifié la médecine générale pratiquée dans les maisons médicales de « hamac » et accuse ces médecins d’être surtout préoccupés par leur propre confort.

Dès leurs débuts, les médecins travaillant au forfait ont été accusés de faire de la médecine « au rabais », de la « concurrence déloyale »…

Ces affirmations sont une claque à tous ses médecins et infirmières qui soignent des patients souvent précaires et avec des pathologies complexes dans les centres au forfait. Ce n’est pas un « hamac » mais une médecine engagée et sociale.

Dès leurs débuts, les médecins travaillant au forfait ont été accusés de faire de la médecine « au rabais », de la « concurrence déloyale »… Des remarques diffamatoires que les pionniers des maisons médicales ont eu l’habitude d’entendre souvent. Les propos du Dr Moens nous ramènent dans les années 1970 ou 1980. Mais depuis, beaucoup d’eau a coulée sous les ponts et le système du forfait est devenu une success story. Alors qu’ils étaient quelques-uns à tenter l’aventure dans les années 1980, aujourd’hui beaucoup de médecins y exercent la médecine générale avec passion. Les lieux sont prisés pour leur bonne formation médicale. La combinaison vie privée – travail y est conciliable, les salaires normaux et le soin au patient est holistique (qui part de la connaissance du particulier, de l’individu, au contexte global). On n’est pas seuls face au patient, on travaille dans une équipe avec d’autres médecins et professionnels qui apportent leur expertise. Le personnel permet au médecin de pouvoir se concentrer sur l’essentiel de sa tâche : soigner.

Le « hamac » de 400 000 euros/an

La plupart des maisons médicales s’inscrivent de plus dans une vision progressiste des soins de santé qui veut promouvoir l’autonomisation du patient. Loin des médecins aux honoraires et tarifs scandaleux (défendus par Dr Moens) les médecins des maisons médicales prouvent en plus qu’il y a une alternative à la médecine à l’acte. Qu’on peut tout à fait être motivé intrinsèquement, travailler pour un salaire normal et bien soigner des patients. Finalement que le salaire n’est pas l’unique moteur. L’étude de l’AIM conforte les médecins des maisons médicales dans leur vision. Les soins qui y sont apportés sont de qualité (même s’ils sont aussi améliorables, évidemment).

Si le but des maisons médicales était d’engranger du bénéfice, elles inscriraient un maximum de patients. Ce n’est justement pas le cas, un nombre limité de patients est inscrit, et ceci afin de garantir la continuité et la qualité des soins. 

Que la ministre de la Santé publique ignore les résultats d’une étude pour en promouvoir les résultats d’une autre en dit grand sur ses intentions

Une première ligne forte est normalement une pierre angulaire d’un système de soins de santé moderne et à la pointe de la technologie. Elle permet une meilleure utilisation de la technologie et une prévention quaternaire (prévention de la surmédicalisation). L’étude de l’AIM le prouve par les moindres frais en deuxième ligne pour les patients au forfait. Mais pour atteindre cela nous devons investir dans la médecine de première ligne. Nous devons aussi mettre en cause le système à la prestation défendu bec et ongles par le Dr Moens. Et que ce transfert de moyens ne plaise pas à Dr Moens n’est pas étonnant, mais que la ministre de la Santé publique ignore les résultats d’une étude pour en promouvoir les résultats d’une autre en dit grand sur ses intentions.

Alors que rien n’est entrepris contre les médecins qui se trouvent annuellement dans un « hamac » de 400 000 euros par mois, le doute est jeté et le pied est sur la pédale de frein quant au développement d’un système qui voit la santé autrement. Le développement de la médecine au forfait est une épine dans le pied de ceux qui veulent promouvoir le modèle néolibéral de la santé.

La santé est un droit, même quand le portefeuille est vide

Les maisons médicales sont un système efficace et de qualité, elles offrent des soins gratuits quotidiennement à 360 000 patients dans notre pays. Elles assurent pour cette population le droit à la santé. Une étude européenne a récemment démontré que sur une année, plus de 900 000 patients ont postposé une visite à leur médecin pour des raisons financières. Patients, soignants, personnes de la société civile et autres devront continuer à faire entendre leur voix et à lutter pour le droit à la santé et une première ligne accessible à toutes et tous.

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Commentaires

Je suis PMR depuis environ 15 ans et suis patient de la maison médicale depuis qu'elle existe, "la passerelle" a Liège. A part la gratuité des soins, 2 fois par semaine visite d'un(e) infirmier(e) en préventif, un "luxe"dont je n'aurais jamais pu m'offrir dans le cirqui privé.et qui m'est indispensable pour éviter escarres et autres gros problèmes potentiels due a ma paraplégie. La qualité des soins, leur disponibilité raisonnable, gentillesse et compétence y sont une réalité qui n'a pas de prix!, Je suis enchanté et par conséquent, par reconnaissance, je respecte autant que je peut les conseils, rendez-vous ,ordonnances,etc. ce qui ne fait qu'améliorer encore la qualité du service rendu. Même si les idées de départ ,68-tarde ( égalité des salaires etc.) sont de moins en moins en vogue,cette alternative médical aura toujours mon soutient et admiration, c'est pour beaucoup le seul accès aux soins de santé dont chaqun a droit ! Je vous remercie de contester la politique libérale de "Maggie". Au plaisir de vous lire.