Les étudiants « cobayes » du qualifiant ont droit à un diplôme

Fin juin, les premiers étudiants de l’enseignement professionnel et technique de qualification ayant suivi un cursus en CPU – la certification par unités d’acquis d’apprentissage – arriveront au terme de leurs études secondaires. Cependant, rien n’a été mis en place pour accueillir cette génération de cobayes qui risque de ne pas obtenir son diplôme. Ce mardi 27 mai, Ruddy Warnier, député PTB à la Fédération Wallonie-Bruxelles, a interpellé Joëlle Milquet (cdH), la ministre de l’Enseignement obligatoire.

Des cours à option divisés en unités d'apprentissages

La CPU (certification par unités d’acquis d’apprentissage) est un nouveau dispositif qui avait été instauré sous la précédente législature par la ministre alors en charge de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonnet (cdH). Il concerne l’enseignement qualifiant (technique et professionnel). Ce projet répartit les cours à option en unités d’apprentissages, que les élèves doivent valider à la fin de chaque module. Les élèves peuvent dorénavant passer d’une année à l’autre sans avoir réussi toutes les unités et sans avoir réussi les unités de cours généraux. De cette manière, le redoublement a été supprimé. Cependant, contrairement à ce qui avait été annoncé, aucun moyen n’a été débloqué pour organiser de la remédiation et permettre aux élèves d’avoir une seconde chance de valider leurs unités.

Une série d’élèves vont donc se retrouver en juin dans une situation critique : au terme de leur dernière année de l’enseignement secondaire, ils n’auront pas validé tous leurs modules. Que va-t-il se passer pour eux ? Deux solutions sont envisagées pour permettre aux jeunes de valider leurs unités manquantes et, donc, leur permettre de certifier leur diplôme : soit entamer une 6e année complémentaire (la 6C3D) dans un enseignement de plein exercice, soit poursuivre leur certification dans toute une série d’organismes de formation (type Forem, Ifapme...). Mais, dans le premier cas, seules quelques écoles organisent la 6C3D. Concrètement, cela signifierait, par exemple, que des élèves en coiffure ou en esthétique de Verviers devront achever leur formation les uns à Waremme, les autres à Jemeppe. Or très peu d’entre eux pourront se le permettre et effectuer ces déplacements. Quant aux autres organismes de formation, seront-ils seulement prêts à accueillir tous ces élèves dès septembre ?

Des cours généraux jugés sans importance

Malheureusement, le problème ne s'arrête pas là. Si les cours à option sont découpés en unités d'apprentissage, ce n'est pas le cas des cours généraux. Puisque le redoublement est supprimé, les élèves peuvent désormais passer en rhéto sans avoir réussi leurs cours généraux. Nous nous retrouverons donc aussi en juin avec des élèves qui n'auront pas réussi tous leurs cours généraux. Et pour ceux-là, aucune possibilité de se rattraper n'existe aujourd'hui car le système en unités n'est pas appliqué cette année. Ces élèves n'ont donc, apparemment, aucune chance d'obtenir leur diplôme. Et s'ils échouent, comment pourront-ils accéder à une 6C3D pour valider des unités qui n'existent pas ?!

Des enseignants inquiets

Dans ce contexte plein d’inconnues, les enseignants ne savent pas comment ils devront évaluer les élèves, ni sur quelles bases ils pourront délibérer. L'année scolaire se termine dans 6 semaines et les enseignants n’ont encore aucune information ! « Quelles mesures concrètes vont-elles être prises rapidement pour permettre à ces jeunes de terminer leur formation, de valider leurs modules, de réussir leurs cours généraux et d'obtenir leur diplôme ? », a demandé Ruddy Warnier à la ministre cdH. « Et dans quel délai les informations vont-elles être diffusées aux enseignants afin qu'ils puissent organiser leurs évaluations et leurs délibérations dans les conditions les plus justes, objectives et sereines possibles, sans porter préjudice aux étudiants ? »

Dans sa réponse, la ministre de l'Education n'a pas voulu évoquer de solutions car, pour elle, il n'y a pas de problème: « Le jeune qui termine en ayant acquis des unités d'apprentissage validées mais n’a pas son diplôme parce qu'il n'a pas réussi des cours généraux peut être demandeur d'emploi. Et, dans la filière de la formation professionnelle ou de la promotion sociale, il pourra continuer sans reprendre à zéro. »

Une réponse qui n'a pas manqué d'inquiéter le député PTB pour qui cela revient bien à laisser sortir ces jeunes du secondaire sans diplôme. Dans ces conditions, il parait difficile de pouvoir trouver un emploi et rien ne garantit, pour ces élèves en difficulté scolaire, que la réussite d'une formation qui leur a déjà donné du fil à retordre soit possible avec un travail à côté de leurs études. Le plus probable est tout simplement que ces jeunes ne retrouvent jamais le chemin de l’école.

Les étudiants ont droit à un diplôme

Pour le PTB, il est impensable de laisser ces jeunes dans l’impasse qui leur est imposée. Une remédiation gratuite doit être organisée dans chaque établissement et une seconde session mise en place pour donner aux élèves une réelle possibilité d’obtenir leur diplôme. Pour cela, un financement de la Fédération-Wallonie Bruxelles est indispensable.

La mise en place d’un nouveau système de certification ne peut pas se faire au détriment des élèves. C’est leur intérêt et pas celui des entreprises qui doit être le point de départ de toutes réformes scolaires. Le but de l'école ne peut pas être de mettre sur le marché du travail des travailleurs insuffisamment qualifiés, prêts à travailler en étant sous-payés. Le PTB s'oppose donc à l'élargissement du nombre d'élèves soumis à la CPU et demande son abandon pour les filières où il déjà été appliqué.

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Commentaires

Je ne comprends pas comment, dans notre civilisation qui est largement basée sur la technologie, on puisse encore faire une distinction entre cours "généraux" et cours "techniques". Je ne vois vraiment pas ce que, pour le commun des mortels, il y a de plus "général" à un cours d'histoire ou de chimie qu'à un cours de mécanique ou d'électricité ni en quoi les premiers seraient plus importants ou de plus grande valeur que les seconds.