Stéphane Moreau, celui qui a organisé le système Publifin/Nethys et qui en a le plus profité, est toujours présent à la tête de la société. (Photo Belga)

Les coulisses de Publifin/Nethys : pourquoi rien ne change (ou si peu)

auteur: 

Damien Robert

Le grand architecte du système corrompu de Nethys/Publifin Stéphane Moreau semble indéboulonnable, malgré les pressions de la population et d’une commission d’enquête. L’homme qui gagnait un million d’euros d’argent public est-il en train de négocier discrètement son départ sans poursuites ? Ou essaie-t-il de gagner du temps pour protéger d’autres secrets ? 25 minutes pour comprendre.

Les loups ne se mangent pas entre eux, le proverbe est bien connu. Mais parfois, on a du mal à y croire. Pourtant, c’est bien une des conclusions que l’on pourrait tirer du dossier Publifin/Nethys. En effet, malgré les critiques formulées par la commission d’enquête sur la gestion de l’argent public dans ce dossier, malgré les promesses de renouveau et malgré les déclarations des responsables politiques des différents partis traditionnels qui ont réclamé son départ, Stéphane Moreau, le chef d’orchestre, celui qui a tout organisé et qui en a le plus profité, est toujours présent à la tête de la société.

Malgré les recommandations de la commission, ce n’est pas plus mais moins de contrôle public qui se met en place sur Nethys. Enfin, seule une petite partie de l’argent public qui a servir à enrichir un petit groupe de politiciens sera remboursée. Une question brûle les lèvres : pourquoi ?

La structure tentaculaire de Nethys
Nethys, c’est une société anonyme, financée avec 100 % d’argent public, qui est elle-même actionnaire de dizaines d’autres sociétés. C’est une structure tentaculaire. Ces sociétés sont des entreprises d’investissements, des sociétés productrices d’énergie, des fonds de pensions, des gestionnaires de distribution d’électricité, des journaux, des médias, des sociétés impliquées dans la gestion de données informatiques, etc… Et le scandale a éclaté : un certain nombre d'hommes politiques sont présents à des postes rémunérés dans plusieurs de ces sociétés depuis des années, s’enrichissant ainsi de manière indécente.
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Bref rappel des faits

Le 6 juillet 2017, neuf mois après le début du scandale, le Parlement wallon adopte à l’unanimité le rapport de la commission d’enquête chargée d’examiner la transparence et le fonctionnement du groupe Publifin/Nethys. Ce rapport formule 76 recommandations. Parmi celles-ci, certaines réclament le remboursement des sommes illégalement perçues. D’autres exigent un renforcement du contrôle public sur l’ensemble des filiales de Publifin. D’autres encore réclament un renouvellement intégral des instances de direction concernées, en ce compris le comité de direction de Nethys (et, donc, Stéphane Moreau).

Qui rembourse quoi ?

Seuls les absents ont eu tort. 

La commission appelait au remboursement des sommes illégalement perçues via les comités de secteur. Elle dénonçait par ailleurs le caractère illégal des rémunérations des comités de secteur. A-t-elle été suivie ? Aujourd’hui, le nouveau conseil d’administration (CA) de Publifin a tranché. Alors qu’1 million d’euros avait été perçu par les mandataires dans les comités de secteur, seuls 288 000 devront être remboursés. La raison invoquée par le conseil d’administration ? Ceux qui ont été présents aux réunions rémunérées n’ont rien à se reprocher. Seuls les absents ont eu tort. Les 26 mandataires concernés pourront donc garder tranquillement les deux tiers de l’argent public qu’ils ont reçu pour leur enrichissement personnel…

Les administrateurs de Nethys se partageaient chaque année 512 000 euros. Ils ne doivent rien rembourser.

La commission appelait aussi le nouveau conseil d’administration à examiner la régularité des contrats et des rémunérations versées aux membres du comité de direction de Nethys et à évaluer toutes les possibilités d’action pour aboutir au remboursement des sommes illégitimement perçues. Jusqu’ici, rien n’a été officiellement entrepris. Pour rappel, les 12 administrateurs de Nethys, membres pour la plupart du PS, du Cdh et du MR (dont Stéphane Moreau, André Gilles, Dominique Drion, Georges Pire…) se partageaient chaque année la modique somme de 512 000 euros. Ils ne doivent jusqu’ici rien rembourser.

Un autre pot de confiture où beaucoup de doigts sont venus se servir était les filiales de Nethys, comme Publipart où, pour quelques réunions par an, une quinzaine d’administrateurs, sous la direction de André Gilles et d’Alain Mathot, se partageaient chaque année 350 000 euros. La commission n’a à ce propos formulé aucune recommandation. Ni pour les sommes perçues dans la filiale de Publipart, EDF Luminus, où quelques politiciens liégeois (André Gilles, Dominique Drion, Stéphane Moreau… ) accompagnés d’à peine 10 autres mandataires se répartissaient annuellement 750 000 euros. Ni pour celles perçues dans la Socofe où ce même petit groupe d’administrateurs du PS, du CDH et du MR (Georges Pire, André Gilles, Dominique Drion, Stéphane Moreau, Alain Mathot) se partage, avec 19 autres mandataires, la somme de 470 000 euros chaque année… En l’absence de recommandation claire de la commission, il ne faudra pas attendre de ceux qui en ont profité qu’ils remboursent les sommes perçues. Cet argent public arrivant d’un coup de baguette magique dans les poches de quelques mandataires y restera donc. Jusqu’à nouvel ordre.

En résumé : le conseil d’administration de Publifin décide qu’à part les administrateurs des comités de secteur qui vont devoir rembourser un tiers des sommes perçues, personne d’autre ne doit rendre l’argent. On laisse les gros poissons tranquilles. Ceux qui ont touché le plus et qui sont les politiciens les plus importants dans ce dossier ne sont pas touchés.

Et le contrôle public ?

La question ne s’arrête pas au seul remboursement. Suite au scandale, la commission a formulé toute une série de recommandations visant à renforcer le contrôle public sur Publifin et ses filiales. En voici quelques-unes : permettre aux associés de reprendre le contrôle effectif et direct de Nethys par la suppression de Finanpart ; engager le CA de Publifin à renouveler intégralement le CA de Nethys (et de Finanpart dans l’attente de sa suppression) ; engager le CA de Nethys à renouveler son comité de  direction ; restaurer la présence de représentants des travailleurs au sein du CA.

Un beau pas en arrière pour ceux qui veulent renforcer le contrôle démocratique sur Publifin et sa filiale Nethys

Où en est-on ? Le conseil d’administration de Publifin a été renouvelé. Par qui ? Par un mélange de nouveaux mandataires et de vieux de la vieille. Nouveaux ou anciens, ils sont en phase avec l’orientation globale de Publifin et Nethys. Finanpart, le bouclier qui visait à protéger Nethys du contrôle de son actionnaire Publifin, est toujours bien là. Il n’a pas été supprimé et ses instances ont bien été renouvelées. Son conseil d’administration est le même que le nouveau conseil d’administration de Publifin. Et Nethys ? Il était composé de mandataires politiques et d’administrateurs issus du monde économique privé (des millionnaires et des actionnaires de multinationales du cru). Les administrateurs privés sont restés. Mais on en a rajouté… Car les administrateurs politiques ont été renouvelés et remplacés, sur recommandation des partis traditionnels, par des administrateurs issus du monde de la finance et de l’entreprise. Un beau pas en arrière, donc, pour ceux qui veulent renforcer le contrôle démocratique sur Publifin et sa filiale Nethys.

Enfin, concernant la présence des organisations syndicales dans les différents conseils d’administration, les nouveaux dirigeants ont jusqu’ici botté en touche, malgré les demandes légitimes et les arrêts de travail suivis à la demande des organisations syndicales pour appuyer ces revendications.

Qui sont les nouveaux dirigeants ?

Avec le renouvellement, on pourrait faire croire qu’en matière de contrôle public, sur certains aspects (malgré l’absence des syndicats et des associations de consommateurs dans les CA), les choses ont évolué dans le bon sens. Cependant, les faits nous montrent que les personnes peuvent certes changer, mais si elles portent les mêmes idées que leurs prédécesseurs, rien ne changera sur le fond. Il est donc important d’examiner qui sont les nouveaux dirigeants de Publifin et Nethys.

Le nouveau président du CA de Publifin, Paul Emile Mottard (PS), exerçait en 2017 25 mandats dont 6 rémunérés

Le nouveau président du CA de Publifin s’appelle Paul Emile Mottard (PS). Il est bien connu des observateurs du monde politique belge et liégeois.  En 2017, il exerçait 25 mandats dont 6 rémunérés. Par comparaison, celui qu’il remplace, André Gilles, performait dans cette compétition moins bien que lui avec « seulement » 16 mandats cumulés.

Le vice-président de l’intercommunale, Fabian Culot, est lui aussi un champion dans ce domaine. Malgré son jeune âge, il a déjà bien appris le métier. Selon le site Cumuleo, il cumulait 13 mandats dont 7 rémunérés, notamment comme membre de la direction d’Intradel.

Même le CDH est allé rechercher Josly Piette. Celui-ci a été désigné par son parti après la démission de Cédric Hallin, qui avait été un des premiers à  soulever le couvercle dans le scandale. Josly Piette cumule 21 mandats. Il est notamment administrateur de plusieurs intercommunales, mais aussi depuis longtemps administrateur de filiales au sein de Publifin (Publipart, Socofe… ).

Voilà pour les « représentants du peuple » qui sont censés symboliser le renouveau de Publifin. Et pour les administrateurs privés ? Alors que les méthodes critiquées sont celles du management privé, alors que la population demande que Publifin et les filiales soient gérées comme de bonnes entreprises publiques et pas comme des entreprises privées, au lieu de renforcer le contrôle démocratique et public sur Publifin et Nethys, la nouvelle orientation fait tout le contraire. En effet, depuis l’éclatement du scandale, les administrateurs privés sont montés en grade.

La présidence du CA est maintenant dans les mains de Pierre Meyers, un millionnaire

Tout d’abord, la présidence du CA est maintenant dans les mains de Pierre Meyers, un millionnaire dont la fortune personnelle s’élève à plus de 60 millions d’euros et qui était jusqu’il y a peu de temps un des deux actionnaires de la multinationale liégeoise CMI.

On retrouve par ailleurs François Fornieri, dirigeant de la société pharmaceutique Mithra, lui aussi multimillionnaire. Selon le site néerlandophone « De rijkste belgen » (les Belges les plus riches), sa fortune avoisine les 100 millions d’euros. Il est bien connu des milieux liégeois, son entreprise étant largement subventionnée par la Région wallonne.

À côté de ces deux patrons liégeois, il y a aussi Philippe Delaunois, le patron qui avait dirigé Cockerill Sambre juste avant sa privatisation par la Région wallonne. Mais il est aussi l’ancien patron de Mediabel, une société qui a contrôlé le groupe de presse Vers l’avenir, dont Publifin est le nouvel actionnaire.

Mais, pour les partis politiques traditionnels, il semble que ce ne soit pas encore suffisant. En effet, en renouvelant le dernier conseil d’administration de Nethys, ils ont nommé directement des nouveaux mandataires issus du monde de l’entreprise et des multinationales. Par exemple, le MR a nommé Olivier Servais, administrateur de nombreuses sociétés. Le CDH a désigné Marc Tinant, administrateur de Dexia et dirigeant d’Arco.

Le PS, lui, a préféré porter son dévolu sur un autre patron d’entreprise (une division d’Arcelor Mittal Liège) et sur Jacques Tison et Jean-François Cats. Jean-François Cats est le « Monsieur Propre » du PS. Il est tellement propre qu’il a réussi à blanchir Didier Donfut. L’histoire vaut la peine d’être rappelée. Didier Donfut (PS) est le champion du cumul dans le Hainaut. Lorsqu’il était ministre, il exerçait en même temps une fonction de conseil avec sa propre société privée auprès de l’intercommunale gazière du Hainaut. Lorsque le scandale a éclaté, Jean-François Cats dirigeait le comité d’éthique du PS. Il a réussi à conclure qu’il n’y avait aucun conflit d’intérêts entre la fonction de ministre de Donfut et son boulot de consultant. Lorsqu’on a appris que la société de révisorat d’entreprises de Jean-François Cats travaillait elle aussi pour l’intercommunale en question, on a compris pourquoi.

Jacques Tison est un ancien réviseur d’entreprise. Quand il occupait cette fonction, il était réviseur pour Ogeo Fund (fonds de pension de Publifin). Aujourd’hui, il remplace Stéphane Moreau dans le CA d’Ogeo et il rejoint Stéphane Moreau à la direction de Nethys.

Et Stéphane Moreau ?

L’homme qui gagnait 1 million d’euros d’argent public par an est toujours là. Pourtant, la commission demandait aussi « d’évaluer toutes les possibilités d’action pour aboutir au remboursement des sommes illégitimement perçues et pour empêcher le maintien et/ou la mise en œuvre des deux indemnités de rupture prévues en faveur de l’Administrateur délégué de Nethys. À défaut pour le conseil d’administration de le faire, prendre toutes les mesures de tutelle coercitives pour aboutir au résultat ». Elle demandait aussi d’ « écarter les personnes dont la responsabilité est engagée dans les manquements et dysfonctionnements identifiés dans le présent rapport des organes de l’ensemble des filiales du Groupe Publifin. » Même à demi-mot, la commission demandait donc le départ de Stéphane Moreau.

Des litres de salive ont été utilisés pour exiger son départ. Pourtant, Stéphane Moreau est en place.

Mais Stéphane Moreau est toujours bel et bien en place. Pourtant, des litres de salive ont été utilisés pour exiger son départ. Et pas par n’importe qui… Tous les présidents de partis ont demandé sa démission. Son exclusion. Sa répudiation.

« Stéphane Moreau ne doit plus siéger au conseil d’administration de Nethys », a tweeté Elio Di Rupo. « Recomposition du CA de Nethys : Stéphane Moreau ne doit plus y siéger », a déclaré le président du MR Olivier Chastel en ajoutant : « À titre personnel, j’estime toujours que Stéphane Moreau doit quitter l'entreprise. » Stéphane Moreau ne peut être maintenu, « sous quelque responsabilité que ce soit », au sein du groupe Publifin-Nethys, « ni comme administrateur, ni comme dirigeant », a renchéri le Cdh via un communiqué.

Mais rien n’y fait… Stéphane Moreau est toujours à son poste. Comment est-ce possible ? André Gilles non plus n’a pas disparu. Même s’il est moins détectable par les radars, il siège encore dans plusieurs conseils d’administration de filiales de Publifin. Mais Stéphane Moreau… Il n’a même pas démissionné de son poste d’administrateur délégué de Nethys ! Pire : on lui proposerait de devenir « directeur général » de Nethys en lieu et place de son poste d’administrateur délégué, ce qui reviendrait quasiment au même. Tout le monde se pose donc la question.

Signez la pétition : www.moreaudehors.be 
• pour le départ immédiat de Stéphane Moreau et des millionnaires de la direction de Nethys
• pour la reprise en main par le public de Nethys et de ses filiales 

Pourquoi Moreau n’est-il pas (encore) exclu ?

Obtenir son départ est possible

En préambule, il faut d’abord se mettre d’accord sur les difficultés juridiques et techniques liées à son exclusion. Est-il techniquement possible de faire démissionner Stéphane Moreau sans lui payer d’indemnités de licenciement ? Il y a de la matière pour défendre ce point de vue en tout cas. En effet, l’enquête a révélé de nombreuses failles dans le système de rémunération : dépassement du plafond autorisé par la Région wallonne, bonus sur salaire versés sans objectifs fixés, aucune annexe au contrat pour déterminer le montant et les conditions des bonus salariaux malgré l’obligation écrite de le faire, affiliation rétroactive comme travailleur indépendant à titre complémentaire, augmentations très importantes de rémunération avec effet rétroactif de plusieurs années accordées à la veille de changements de statuts de la société, présence des membres du comité de direction aux réunions du comité de rémunération, cumul de deux indemnités de licenciement, comptabilité parallèle pour le payement des rémunérations… Des possibilités existent donc pour procéder à la démission forcée de Stéphane Moreau et pour exiger son départ. Mais, même si les possibilités existent techniquement, c’est avant tout une question de volonté politique.

Alors pourquoi, alors, que le monde politique parle de renouveau, Moreau n’est-il pas exclu ? Voici quelques éléments de réponse.

Premièrement, même ceux qui disent incarner le renouveau ne l’incarnent pas vraiment. S’il est vrai que certaines têtes sont nouvelles, les idées, elles, ne le sont pas. Cela peut paraître une évidence, mais cela explique déjà pas mal de choses. Voici deux exemples.

Comment incarner le renouveau et être perplexe face à des demandes 
d’éthique et de contrôle public ?

Ceux qui ont suivi la politique liégeoise ces derniers mois s’en souviendront, la fédération liégeoise du PS a connu des élections pour se choisir un nouveau président. Deux candidats s’affrontaient : Jean-Pierre Hupkens et Thibaut Smolders. Le premier incarnait une sorte de continuité. Il présidait par exemple une filiale de Publifin. Le second représentait le « renouveau ». Il y a quelques jours, ce dernier s’est fendu d’une réaction sur Facebook à propos des critiques à l’encontre de Publifin et Nethys : « Je reste très perplexe quant au contenu du rapport de la Commission. Je déplore que ce rapport soit purement politique et je constate qu’il est problématique à de nombreux égards. […] Parlons clairement : la mise en œuvre de toutes les recommandations formulées par la Commission ainsi que les mesures que le gouvernement wallon est en phase d’adopter aboutira, sans aucun doute, au démantèlement du groupe Publifin, entraînant des pertes d’emplois en région liégeoise mais aussi en Wallonie. » Comment incarner le renouveau et en même temps être perplexe face à des demandes qui, en matière d’éthique et de contrôle public, sont tout à fait logiques ?

Fabian Culot, qui incarne, lui, le renouveau du MR, n’a pas attendu son élection à la vice-présidence de Publifin pour attaquer ceux qui réclamaient plus d’éthique dans Publifin et Nethys. En 2016 déjà, il déclarait notamment : « Je me permets donc de suggérer que ce qui précède alimente l’opinion de chacun de ceux qui souhaitent juger les mandataires visés dans le dossier Publifin. Je connais nombre d’entre eux, essentiellement ceux de mon parti mais pas uniquement, et ce que j’ai pu lire à leur propos ces derniers jours m’est apparu profondément contraire à ce qu’ils sont, profondément injuste au regard de leur engagement politique, engagement qui, au niveau local particulièrement mais pas exclusivement, reste bien davantage animé par le militantisme et la passion qu’un quelconque but de lucre. » Comment croire à un renouveau quand on protège à ce point ceux qui ont profité d’autant d’argent public ?

Il y a un pacte liégeois. Et Moreau fait partie de ce pacte

Deuxièmement, il y a un pacte liégeois, un pacte principautaire. Et Moreau fait partie de ce pacte. Contrairement à son président de parti Di Rupo, Willy Demeyer, bourgmestre PS de Liège, n’a jamais demandé le départ de Stéphane Moreau. Mais, même au sein des autres partis traditionnels à Liège, on semble se refuser à condamner Moreau et à exiger son départ. Pour le vice-président MR de Publifin, par exemple, « le conseil d’administration de Publifin n’a pas le contrat de Stéphane Moreau et, donc, il faut d’abord analyser le contrat avant de prendre des décisions ». À la question posée par un journaliste de savoir si le vice-président MR de Publifin trouve que Stéphane Moreau doit rester à la direction de Nethys, Culot répond : « Ce n’est pas à l’organe politique de donner ce genre de réponse. »

Mais cela n’explique pas tout. Car il faut expliquer pourquoi il y a un « pacte liégeois » et pourquoi il est défendu de la sorte par l’ensemble des partis traditionnels. Si André Gilles a dû démissionner et que Stéphane Moreau ne le fait pas et qu’il n’est pas poussé par les partis traditionnels à quitter la direction de Nethys, c’est qu’il y a une raison.

Une piste pourrait être l’existence de Nethys même, son mode de fonctionnement et la place de Moreau dans ce schéma. Pour rappel, Nethys, c’est une société anonyme, financée avec 100 % d’argent public, qui est elle-même actionnaire de dizaines d’autres sociétés. C’est une structure tentaculaire. Ces sociétés sont des entreprises d’investissements, des sociétés productrices d’énergie, des fonds de pensions, des gestionnaires de distribution d’électricité, des journaux, des médias, des sociétés impliquées dans la gestion de données informatiques, etc… Malgré toutes les questions, la commission d’enquête n’a pas pu voir totalement clair sur les financements et des transferts de fonds à l’intérieur du groupe. Cela ne veut pas tout dire. Mais cela pose question… Car il faut au minimum qu’il y ait quelqu’un qui soit au courant de tous ces transferts internes que la commission n’a pas pu décortiquer. Si, le cas échéant, derrière ces transferts, de l’argent public avait disparu ou avait été détourné de façon frauduleuse, il faut garantir que tout ce qui peut encore être découvert soit mieux caché. Que les secrets soient mieux protégés. Cela demande du temps. C’est donc une piste que la situation actuelle de Stpéhane Moreau s’explique par un accord tacite entre les forces politiques liégeoises qui sont impliquées dans la gestion de Nethys et Publifin pour mettre l’ordre nécessaire dans l’ensemble de la galaxie de l’intercommunale.

Une autre option (et elle n’exclut pas la précédente) pourrait aussi être que Stéphane Moreau négocie son départ. Au cœur de la nébuleuse, il connaît parfaitement le monde des partis traditionnels comme le monde de la finance liégeoise. Il a lui-même incarné cette fusion entre les deux. Même si il est en position défensive, la place qu’il a occupée et qu’il occupe encore lui donne un excellent argument pour négocier un retrait de Nethys en garantissant l’absence de poursuites juridiques que pourraient envisager à son encontre les partis traditionnels via le nouveau conseil d’administration mais aussi en garantissant l’absence de sanctions financières lourdes qui pourraient lui être infligées comme le demande la commission.

Quelles conclusions ?

Les affaires Publifin, Samusocial, Kazakhgate, un simple dérapage ? Ou s’agit-il d’une pratique généralisée qui permet au système de fonctionner ? 
Découvrez notre dossier sur la corruption en politique.

Il y a quelque temps, dans un article sur la corruption, nous écrivions : « Plus la concurrence est forte, plus le pouvoir du capital s’affirme, plus le monde politique est au service des quelques détenteurs de ces capitaux et plus elle a besoin de fidèles serviteurs qui sont prêts, sans en avoir l’air et avec une façade démocratique, à appliquer des nouvelles règles et des nouvelles lois qui vont tenter de renforcer la domination de ceux qui détiennent ces capitaux ». C’est exactement ce qui se passe.

Pour contenter la population, on concocte quelques réformes positives (limitation des rémunérations, cadastre des patrimoines, contrôle des pouvoirs publics sur les sociétés qui ne respectent pas les règles…). Et on s’attaque (même si ce n’est qu’à un tiers) seulement aux lampistes, aux membres des comités de secteur. Les véritables architectes de ce scandale ne sont même pas inquiétés. Mais ces mesures ne changent rien à la façon dont l’argent public est géré dans Publifin et Nethys. Elles sont même parfaitement compatibles avec un renforcement de la mise à disposition des entreprises publiques aux mains du privé.

Les mesures prises ne chassent qu’une petite partie des corrompus. Elles ne chassent ni les corrupteurs ni le système qui les produit.

Les mesures prises ne chassent qu’une petite partie des corrompus. Elles ne chassent ni les corrupteurs ni le système qui les produit. Personne, par exemple, dans le conseil d’administration, ne va remettre en cause la libéralisation ni les augmentations de factures. Au contraire, avec l’arrivée à la tête de Nethys de nouveaux membres qui sont des partisans acharnés de l’économie capitaliste et privée, l’entreprise publique risque de plus en plus de muter vers une société qui agit comme ses concurrents : une société qui, à force de vouloir ressembler aux multinationales qu’elle est censée concurrencer, prend les formes, puis le corps, de celles-ci.

Cette histoire montre qu’il faut combattre activement la corruption. Il faut non seulement dénoncer et expliquer les raisons d’existence de la corruption directe, mais aussi sa forme plus insidieuse, permanente et structurelle : l’alliance entre le monde politique et le monde de la finance et de l’industrie.

Près d’une année après le début du scandale, beaucoup de lignes ont déjà bougé. Premièrement, le scandale a éclaté et les responsables sont démasqués. Ce qui était caché hier est devenu visible aujourd’hui. C'est déjà une première victoire. Deuxièmement, malgré l’opposition du monde politique prêt à protéger ses pairs, la population a réussi à imposer une commission d’enquête. Troisièmement, nous avons obtenu, grâce à l’appui d’une bonne partie de la population, à permettre la présence de Frédéric Gillot, député ouvrier du PTB, dans la commission alors que cette demande était au début refusée. Quatrièmement, grâce à un travail approfondi d’explications, nous avons montré le lien entre la libéralisation des secteurs liés à l’intercommunale et la gestion de Publifin comme une multinationale.

L’histoire est loin d'être finie.
Ce qui était caché hier est devenu visible aujourd’hui. 

À force d’évoluer dans une mer infestée de requins, dans un marché concurrentiel, l’intercommunale n’a que deux choix : soit elle se fait manger, soit elle adopte le même comportement que les autres. Ce dernier point est une preuve que la libéralisation des marchés dans lesquels opèrent nos services publics pousse le monde politique à adopter les mêmes comportements. Cinquièmement, on constate clairement que tous les partis traditionnels sont touchés. Le PS bien sûr, mais aussi le Cdh ou le MR qui, d’ailleurs, a montré qu’il portait haut le drapeau de la corruption lors des dossiers Duferco ou Kazakghate.

Le remboursement intégral, les sanctions fortes à l’égard des politiciens impliqués, le départ de Stéphane Moreau, le départ des dirigeants des multinationales et des millionnaires à la tête de Nethys, une critique forte de la libéralisation des marchés dans lesquels nos entreprises publiques évoluent, une rupture concernant les directives et les décrets adoptés concernant cette libéralisation… Tout cela se fait attendre.

Mais l’histoire est loin d’être terminée. Les avancées déjà expliquées en appellent d’autres. Ce qui a été appris et acquis ne sera pas oublié. Tout ce qui n’a pas été résolu non plus…

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Commentaires

Et pendant ce temps là on taxe à tour de bras le peuple et les petites entreprises qui n'en sortent pas et doivent mettre la clé sous la porte et licencier , qu'attend on nous pour mettre fin à cela .....
Très beau résumé, et explication limpide d’un système mafieux.....
Continuer vous serez bientôt les meilleurs, pour notre pays. Bien a vous.
Je suis écœuré par la classe néanmoins je garde espoir , peut-être avec le PTB
Durant l'exposé de votre député face au Ministre des Finances j'ai bien admiré l'air 'détaché' de Daerden fils'et à quoi sert cet écouteur???
Je ne pense pas que les choses vont bouger tant que ca, bien sur si on ne fait rien, rien ne se passera , c'est pour cette raison que le PTB doit continuer son combat, les changements ce n'est pas pour nous mais peut être pour nos petits enfants enfin j'espère qu'ils vivront dans un monde meilleur, plus équilibré plus équitable. Mais combattre le capitalisme totalitaire c'est comme être incroyant et vouloir combattre les chrétien on sait le prix qu'ils ont payé.
Il n'y a qu'une solution : décapiter la pieuvre et brûler les tentacules. Pas simple, mais en s'unissant c'est possible. La devise de la Belgique n'est elle pas :" l'union fait la force ". Aux gens à prendre leurs responsabilités.
Je suis tout à fait d'accord avec ton avis. Mais si l'on constate ce qui s'est passé dans notre pays en dissociant toutes les grosses structures; c'est plus facile de décidé ce que l'on veut avec des plus petits groupes, fournir à la jeune génération, toutes les ( facilités ) pour le bien aide de ces générations en leur accordant des prêts à la consommations, hypothécaires où l'on doit rembourser un plomb, que lorsque vous faites des actions, on n'entend plus que cette parole; on nous empêche de travailler; que voulez que ça bouge, on rie de nous car avec de telles propos, nos gouvernants savent très bien qu'il n'y aura jamais plus de grosses manifestations comme avec les groupes Arcelor, Carterpillar, les cimenteries qui j'ai connu, quand c'était GREVE GENERALE, c'était grève générale, le pays était bloqué et lorsque l'on voyait combien cela coûtait au pays et gouvernement, cela ne prenait pas plus de 2 à 3 jours !!!! Cherchez l'erreur !!!
Il est intolérable de voir ces parvenus, voleurs, tricheurs, magouilleurs... et j'en passe , toujours s'en sortir.Alors que des "sans dents" et autres sont jaunes citrons pressés, écrasés par les taxes.... Tous égaux devant la loi ??? Je pouffe..!!!
C'est dommage que ces sommes astronomiques "détournées" n'ont pas pu profiter au citoyen, notamment pour des projets constructifs destinés à améliorer notre société, Il ne faut pas lâcher le morceau et continuer à se battre contre la corruption de ce gouvernement qui est incrustée au plus haut niveau de pouvoir, car à mon sens, cela est nuisible pour le pays sur le long terme et avoir une incidence sur les futures législatures.
Toutes les intercommunales sont concernées "TOUTES", car basées sur le même profil de management 'à tiroir'. Il faut supprimer ces intercommunales. Il le faut ! Nous avons des services publiques de qualités en suffisances pour les remplacer ! Il faut renforcer nos services publiques au lieu de, comme ce gouvernement de 'riches', de les démanteler. Priorité au bien être des citoyens en lieu et place du bien être des multinationales et des actionnaires. Priorité à la solidarité plutôt qu'au profits et aux salaires indécents.
Et sans indemnités
RIen n'a changé dans les coulisses de Publifin/Nethys ? Si : RESA est sorti de Nethys et ça va coûter de l'argent. Et qui va payer ça ??? La Meuse du 16/11/2017 : « Dès lors, si l’on devait uniformiser les tarifs [entre les GRD], les consommateurs liégeois desservis par Resa payeraient 44 € TVAC de plus par an pour l’électricité, et 75 € TVAC en plus pour le gaz. » Pourquoi le consommateur - qui n'à rien à voir avec ces opérations - doit-il encore payer plus ?
Amis du PTB , continuer le combat .Quand vous serez majoritaire , sachez que vous êtes capable d'êtres au pouvoir, il y a pleins de gens qui vous épaulerons . Vive le PTB .