Les 10 premières fortunes belges adorent les paradis fiscaux…

Le service d’études du PTB a analysé l’implication des dix plus grandes fortunes de Belgique dans les paradis fiscaux. Peter Mertens, président du PTB : « Les dix familles étudiées sont toutes milliardaires. Toutes sont impliquées dans des paradis fiscaux. À ce niveau, ce n’est donc pas l’exception, mais la règle. »

Au total, les 10 familles les plus riches de notre pays détiennent au moins 266 filiales installées dans des paradis fiscaux. De plus, plusieurs d’entre elles se retrouvent dans les différents scandales fiscaux internationaux comme les Panama Papers, LuxLeaks, SwissLeaks...

Une politique de tolérance zéro envers le comportement antisocial des plus grosses fortunes

« Notre pays perd ainsi des milliards d’euros, on peut donc parler de #MilliardairesLeaks. Pendant ce temps, les maisons de repos, les hôpitaux, les crèches et les écoles de notre pays manquent de moyens et de personnel. Cette inégalité n’est plus tenable. La société a le devoir d’activer cette richesse et de faire en sorte que chacun paie sa part équitable d’impôts. Nous voulons d’urgence la création d’un cadastre des fortunes et d’une cellule d’enquête spécifique qui se consacre exclusivement aux grosses fortunes, ainsi que l’application par notre État d’une politique de tolérance zéro envers ce comportement antisocial », réagit Peter Mertens.

(Lire notre étude complète ici)

 

Le Top 10 en résumé

1. Les familles de Spoelberch, de Mevius, Van Damme

Actionnaires historiques belges d'AB Inbev, elles constituent la première fortune de Belgique, à la tête d'un patrimoine de 25 milliards d'euros. Ces familles occupent aussi la première place en ce qui concerne les implications dans les affaires dans des paradis fiscaux (notamment les LuxLeaks, SwissLeaks et Panama Papers, sans compter les contentieux fiscaux en Belgique, notamment concernant un « excess profit ruling » assez médiatisé). Une implication telle que l'Inspection spéciale des impôts (ISI) de Bruges a entamé une enquête fiscale sur la famille.

2. La famille (d’Albert) Frère

Albert Frère (à gauche). (Photo Belga)

Le carolo Albert Frère, acteur majeur de la finance belge a des intérêts majoritairement dans des grands groupes français via ses holdings GBL (coté à la Bourse de Bruxelles) et CNP. Deuxième fortune belge, il détient un patrimoine de 6,2 milliards d'euros. Outre des filiales de son holding situées dans différents paradis fiscaux, lui et sa famille comptent dans leur patrimoine des œuvres d’art en Suisse et au Panama et sont impliqués dans les LuxLeaks.

3. La famille Colruyt
Se hissant sur la troisième marche du podium grâce à un patrimoine de 3,9 milliards d'euros, la famille Colruyt est connue par l'intermédiaire de son vaste réseau de supermarchés affichant leur patronymique enseigne aux quatre coins du pays. Le groupe est actuellement co-dirigé par deux représentants de la troisième génération : le baron Jef Colruyt et son cousin Frans Colruyt. Leur grande entreprise a des filiales dans des paradis fiscaux et bénéficie d’accords avantageux avec l’administration fiscale luxembourgeoise.

« Notre pays perd des milliards d’euros, on peut donc parler de MilliardairesLeaks. »

4. La famille Emsens

Une fortune de 3,6 milliards d'euros, des titres de noblesse et des milliers de morts : tel est le bilan d'un siècle d'entrepreneuriat d'une famille qui a commercialisé l'Eternit tout en connaissant les terribles ravages de l'amiante contenu dans ce matériau. Aujourd'hui, l'empire de la famille Emsens se déploie sur trois multinationales : Etex (ex-Eternit), Aliaxis et SCR-Sibelco. Celles-ci ont toutes des filiales dans les paradis fiscaux.

5. La famille Lhoist-Berghman

La famille Lhoist, créditée d'un patrimoine de 2,9 milliards d'euros, est à la tête du groupe Lhoist, leader mondial de la production de chaux. Le président actuel du conseil d'administration (et ancien administrateur délégué) est le baron Jean-Pierre Berghmans, qui appartient à la quatrième génération des actionnaires familiaux. Le groupe Lhoist a des filiales dans les paradis fiscaux, et que des sociétés du groupe ont bénéficié de rulings luxembourgeois (LuxLeaks).

6 et 10. Les familles Janssen et Boël

Nous traitons ensemble les familles Janssen (6e fortune belge avec 2,8 milliards d'euros de patrimoine) et Boël (10e avec 1,5 milliard) vu leurs étroits liens matrimoniaux et patrimoniaux. Matrimoniaux : les familles Janssen et Boël sont toutes deux liées aux Solvay tout en étant également directement liées entre elles. Ainsi, le baron Daniel Janssen, ancien président de la FEB, a eu pour mère la petite-fille de Gustave, Boël, fondateur de l'empire éponyme, tandis que son fils aîné a épousé une Goblet d'Alviella, également descendante de Gustave Boël. Patrimoniaux : les deux familles sont présentes dans les trois grandes sociétés UCB, Sofina et Solvay, cette dernière étant, par exemple, présidée par le comte Nicolas Boël, petit-fils d'Yvonne Solvay. Les trois sociétés ont d’ailleurs des filiales dans les paradis fiscaux, et plusieurs membres des familles sont cités dans les Swissleaks et Panama Papers.

7. La famille De Nul

Le groupe qui porte le nom de Jan De Nul, non coté en Bourse, est actif dans le dragage depuis 1951, ce qui a permis à De Nul de devenir la septième fortune de Belgique avec un patrimoine de 2,6 milliards d'euros. La principale société belge est la S.A. Jan De Nul, mais elle n'est pas la tête de groupe, celle-ci étant la société luxembourgeoise Sofidra, qui contrôle d'autres sociétés belges. Sofidra a également des filiales dans plusieurs paradis fiscaux, et Jan De Nul, lui, est administrateur de sociétés panaméennes et cité dans les Bahamas Leaks.

8. Les familles Ackermans-Bertrand & van Haaren

Les familles Ackermans, Bertrand et van Haaren sont à la tête du holding familial Ackermans & van Haaren, actif notamment dans le dragage – via la société DEME – son activité historique débutée au 19e siècle. Leur patrimoine de 1,6 milliard d'euros les place au huitième rang des fortunes belges. Cet holding emblématique du capitalisme belge est présidé par le baron Luc Bertrand, époux de Fabienne Ackermans. Leur fille, Alexia Bertrand, juriste spécialisée en droit financier et droit des sociétés, est membre du conseil d'administration d'A&vH. Tout en étant cheffe de cabinet (cellule de politique générale) du vice-premier ministre Didier Reynders (MR). Le holding Ackermans & van Haaren détient 22 filiales dans des paradis fiscaux. Par ailleurs, la chaîne de contrôle de A&vH pose question. De la fondation néerlandaise « Het Torentje » qui détient le contrôle ultime à la société Ackermans & van Haaren cotée en Bourse, il y a une suite de sept maillons successifs, dont plusieurs sont situés dans des paradis fiscaux spécialisés dans de telles structures : Luxembourg, Pays-Bas et Antilles néerlandaises.

9. La famille Huts

Fernand Huts. (Photo ID/Fred Debrock)

Fernand Huts est président du groupe portuaire Katoen Natie, dont la fondation remonte à 1854. Fort d'un patrimoine de 1,5 milliard d'euros, il figure au neuvième rang des fortunes belges. Celui qui peut se targuer d’être un baron dans le port d’Anvers est aussi connu pour bénéficier de plantureux subsides pour ses parcs de panneaux solaires, que les ménages flamands paient à travers la « Turteltaxe », une taxe annuelle de 100 euros sur l’énergie. La maison-mère du groupe Katoen Natie se situe au Luxembourg, et le groupe possède plusieurs filiales dans des paradis fiscaux. Quant à Fernand Huts, il est personnellement nommé dans les Bahams Leaks et dans les Panama Papers.

On peut parler de #MilliardairesLeaks

Les dix familles étudiées sont toutes milliardaires. « Leur implication dans les paradis fiscaux est telle qu’on peut parler de MilliardairesLeaks », note Peter Mertens. Chez ces super-riches, l’usage de structures offshore n’est pas une erreur de parcours mais la façon normale de gérer leurs avoirs.

Des milliards échappent à la contribution fiscale d'une part et, d’autre part, des politiques d’austérité de plus en plus dures pour la population

Le contraste est saisissant entre, d’une part, ces milliards qui dégoulinent et échappent à la contribution fiscale et, d’autre part, des politiques d’austérité de plus en plus dures pour la population.

Pour le président du PTB, Peter Mertens, il faut instaurer une taxe sur la fortune, créer une cellule spéciale dédiée aux grandes fortunes et appliquer la tolérance zéro envers ce comportement systématique et antisocial.

Il faut donc combattre les différentes formes d’évitement de l’impôt. Cette lutte contre cette grande fraude passe par un combat national et international contre les paradis fiscaux, mais également par la création d’un cadastre des fortunes. Un tel instrument n’est pas seulement utile pour mettre en place une éventuelle Taxe des millionnaires (comme celle défendue par le PTB), elle offre aussi un contrôle comparatif des revenus et des patrimoines, ce qui permet d’endiguer la fraude aux impôts sur les revenus, la fraude à la TVA, la fraude aux droits de succession ou encore le blanchiment d’argent.

Mais la conclusion la plus spécifique de ce « MilliardairesLeaks » est probablement la nécessité pour le fisc de créer une cellule spéciale dédiée aux grandes fortunes. « Jusqu’ici, indique Peter Mertens, le seul service du SPF Finances se concentrant sur les plus riches est celui des décisions anticipées, qui s’occupe des rulings fiscaux (l’équivalent belge du LuxLeaks, donc). Mais il a plutôt pour mission de légaliser leurs montages fiscaux… »

Au contraire, pour le président du PTB, il faut cibler ces grandes fortunes, justement parce qu’elles concentrent un haut niveau de fraude fiscale. « C’est aussi là qu’est concentré l’argent, souligne Peter Mertens, et le rendement budgétaire de ces contrôles ne serait certainement pas symbolique. » Les fortunes cumulées de ce seul Top 10 représentent en effet 77 milliards d’euros.

 

La cheffe de cabinet de Reynders impliquée dans les paradis fiscaux

Une révélation de notre dossier sur l’une de ces dix familles milliardaires fait écho à l’actualité récente. Elle concerne la famille Bertrand, aux commandes du holding Ackermans & van Haaren (AvH).

Didier Reynders et Alexia Bertrand, sa cheffe de cabinet. (Photo alexiabertrand.be)

Alexia Bertrand, administratrice d’AvH et fille de son président Luc Bertrand, est la cheffe de cabinet du vice-Premier ministre Didier Reynders. La semaine passée, les médias ont pointé les conflits d’intérêts que cette position joue dans le dossier de l’éolien offshore, qui devrait profiter à la société Deme, filiale à 100 % d’AvH.

Et cette semaine, les médias ont soulevé un nouveau conflit d’intérêts : Deme lorgne les vastes projets de modernisation des infrastructures portuaires de l’Arabie Saoudite. Ce qui expliquerait que, mis en cause pour le vote belge à l’ONU en faveur de l’Arabie Saoudite, le ministre Reynders ait réagi en concentrant tout le débat sur l’industrie de l’armement, plutôt que sur l’ensemble des relations économiques avec ce pays (dont les activités de dragage).

Si un « Curaçao Leaks » sort un jour, on pourrait y trouver le nom de la cheffe de cabinet de Didier Reynders

Aujourd’hui, l’étude du PTB ajoute une troisième pièce au dossier « Alexia Bertrand ». En effet, si un « Curaçao Leaks » sort un jour, on pourrait y trouver le nom de la cheffe de cabinet de Didier Reynders. Car la famille Bertrand, en tant qu’actionnaire principal, a mis en place une chaîne de contrôle d’AvH qui contient sept maillons successifs dont plusieurs sont situés dans des paradis fiscaux spécialisés dans de telles structures : Luxembourg, Pays-Bas et Antilles néerlandaises. Notre étude fournit le détail de ce montage.

A l’heure où le monde entier est offusqué par les scandales à grande échelle touchant à l’évasion fiscale via les places offshore, comment peut-on concevoir que la cheffe de cabinet d’un vice-Premier ministre gère le patrimoine familial à partir de sociétés situés dans des paradis fiscaux ? D’autant que la fonction d’Alexia Bertrand au cabinet Reynders concerne la casquette vice-Premier du ministre, ce qui l’amène à traiter tous les dossiers politiques, y compris fiscaux, du gouvernement.

En outre, c’est le ministre des Affaires étrangères qui soumet les conventions fiscales internationales au Parlement. Ainsi, le vote par la Chambre en 2015 de la convention passée avec les Seychelles, paradis fiscal notoire, avait créé la polémique. Or, il est apparu que l’une des raisons de l’urgence de faire approuver ce traité était la présence dans ce pays des sociétés de dragage Jan De Nul et Deme...

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Commentaires

Les impôts qu'ils évitent doivent bien être payés par quelqu'un, pourquoi pas nous
Jamais le "petit peuple" ne gagnera devant autant de voleurs (Etat, Provinces, communes ) et tellement d'autres...
Bonjour camarades, Superbe analyse et encore une fois la démonstration que nous ne sommes rien dans ce système, depuis notre enfance on nous bassine et on nous abrutis afin d'être dans le moule des asservis, des aliénés du travail, des lobotomisés du rêve, éternels coupables du désirs. Quelle perspective pour la majorité des humains?..... Félicitations à ceux qui essayent de nous éclairer.
Une chose me heurte dans votre article sur les grosses fortunes Belges, comment expliquez vous que 90 % d'entre elles soient Flamandes , moi je ne suis pas étonné car depuis plus de 100 ans les Wallons ont fermés les yeux sachant très bien ce qu'il se passait . Allant même jusqu’à participer financièrement à la construction du port d'Anvers, permettant ainsi l'essor de la Flandre, croyaient-ils vraiment qu'ils allaient obtenir une rétribution, je crois qu'ils ont compris maintenant mais trop tard !!! La Flandre veut son autonomie et comme toujours les Wallons seront les pigeons de la farce !!! Merci a vous de dénoncer ces pratiques dégueulasses de paradis Fiscaux !!!