Photo Solidaire, Salim Hellalet

Le PTB participera-t-il au pouvoir en 2019 ?

« On me demande constamment si le PTB est prêt à aller au pouvoir. Je répondrai par une autre question : “Le PS et Ecolo sont-ils prêts à changer radicalement de politique ?“ », explique Peter Mertens, le président du PTB. Interview « sans filtre ». 

Les sondages montrent une forte hausse du PTB, beaucoup évoquent la possibilité d’une participation au pouvoir de celui-ci. Qu’en pensez-vous ?

Le pouvoir, celui qui décide réellement de la marche du pays, est totalement dominé par le monde des affaires et la grande finance.

Peter Mertens. Il y a une grande attente au sein de la population. Celle-ci veut une réelle rupture avec la politique actuelle, une rupture avec la politique d’austérité qui plonge des milliers de pensionnés dans la précarité, une rupture avec le sous-financement des services publics qui entraîne par exemple le mauvais fonctionnement des trains, des bus…, une rupture avec la corruption politique qui est à la base des scandales de Publifin, du Samusocial ou du Kazakhgate. Et la rupture que le PTB désire réaliser n’est pas une mince affaire. 
Le pouvoir, celui qui décide réellement de la marche du pays, n’est pas neutre. Le pouvoir exercé aujourd’hui, celui exercé par l’establishment européen comme par le gouvernement belge, est totalement dominé par le monde des affaires et la grande finance. Les révélations des Paradise Papers confirment que, même au niveau belge, il existe une interaction entre la grande finance et les ministres, ainsi que leur entourage immédiat. C’est un monde de l’entre-soi. Notre député Marco Van Hees l’a récemment dénoncé au Parlement en pointant Johan Van Overtveldt, le ministre N-VA des Finances, qu’on peut rebaptiser ministre au service de la grande finance. Il a aussi montré les connexions entre le cabinet du ministre Didier Reynders et le milieu des affaires, notamment avec la présence d’Alexia Bertrand, cheffe de cabinet de Reynders et fille du milliardaire Luc Bertrand. Ce dernier a construit sa fortune à la tête du holding Ackermans & van Haaren, holding impliqué dans les Paradise Papers.
La caste politique roule au service des grands actionnaires et ceux-ci exercent leur influence dans tous les domaines de la société. Nous avons toujours dit que nous voulions une rupture radicale dans tous les domaines où cette influence s’exerce. Mais il sera impossible de mener une telle rupture sans la mobilisation et l’organisation des gens, sans l’implication et la conscientisation des travailleurs et de grandes couches de la population. C’est un travail de longue haleine.

Cela veut-il dire que la participation au pouvoir n’intéresse pas le PTB ?

Pour faire face au pouvoir du capital, il faut construire un contre-pouvoir avec la population. 

Peter Mertens. Non, pas du tout. Nous disons que, pour faire face au pouvoir du capital, il faut construire un contre-pouvoir avec la population. Nous ne sommes pas d’avis que les gens doivent juste déléguer leur voix une fois tous les 5 ans à une caste de politiciens professionnels et se taire ensuite. Cette idée fortement ancrée est propagée d’en haut, c’est ce qui est appelé « la primauté du politique ». Mais pourquoi devrions-nous laisser la politique dans les mains de ces politiciens professionnels et ainsi désarmer le monde du travail en le privant de toute implication politique ?

Nous voulons l’émancipation des gens. Cela veut dire que les gens s’organisent, se conscientisent et se mobilisent. Il est absurde de parler d’une participation gouvernementale sans qu’on ait construit un contre-pouvoir. Nous le disons à nouveau et c’est aussi ce à quoi nous œuvrons.

On entend beaucoup de gens dire qu’ils n’en peuvent plus des politiques du MR et de la N-VA, qu’il faut quand même tout faire pour les mettre dehors. Que leur répondez-vous ?

Le PS n’a pas appliqué une politique de droite seulement parce qu’il était en coalition avec la droite, mais parce qu’il était lui-même contaminé par le néolibéralisme. 

Peter Mertens. Ils ont raison d’en avoir marre de la politique du MR et de la N-VA. C’est une politique arrogante au service de la classe dominante, des actionnaires à la tête des grandes industries, des grands fraudeurs qui disposent de comptes boîtes-aux-lettres au Panama… Ils mènent des attaques contre les syndicats. Ils veulent mener une politique de privatisation et libéralisation sans aucun frein. Bien sûr, les gens sont en colère et veulent les voir partir. C’est évidemment positif. On a vu la même colère en France contre Nicolas Sarkozy, le président des ultra-riches français entre 2007 et 2012. Mais est-ce que son remplacement par le social-démocrate François Hollande, qui voulait faire « la guerre à la finance », a permis de changer les choses ? Il n’y a eu aucune rupture, ni avec Hollande, ni d’ailleurs avec le nouveau président Emmanuel Macron. Nous devons en tirer les leçons.

Nous avons besoin d’une alternative sérieuse et crédible qui fasse réellement la rupture avec les politiques de la Commission européenne, avec l’influence des lobbies dans tous les cabinets ministériels, avec les cercles d’affaires qui s’immiscent dans le travail des Parlements. Et, pour le moment, nous ne voyons pas de signaux en Belgique montrant que d’autres partis veulent réellement faire cette rupture. On nous demande constamment si le PTB est prêt à aller au pouvoir. Je répondrai par une autre question : « Le PS et Ecolo sont-ils prêts à changer radicalement de politique ? » Sinon, on fait du neuf avec du vieux. Car, si le PS a appliqué une politique de droite, ce n’est pas seulement parce qu’il était en coalition avec la droite, mais parce qu’il était lui-même contaminé par le néolibéralisme. Regardez Hollande, il avait la majorité au Parlement. Regardez les villes wallonnes où le PS dispose d’une majorité absolue.

Pourquoi une confrontation avec l’Union européenne est-elle nécessaire ? Ne peut-on pas commencer à changer des choses en Belgique ?

Peter Mertens. Après la crise de 2008, les pays de l’Union européenne se sont enfoncés dans la politique d’austérité fixée par la Commission européenne. Dans les pays de la périphérie de l’Union européenne, cette austérité est imposée directement par la Troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international). En Grèce, vous ne pouvez dorénavant dépenser qu’un maximum de 6 % de la richesse nationale pour les politiques de santé. C’est une mesure dictatoriale ordonnée par la Commission européenne, via la Troïka. Une telle politique ne pourrait être directement menée dans les pays du cœur de l’Europe comme la France, l’Allemagne ou la Belgique... Alors, ils utilisent une autre stratégie. Par exemple, chaque année en octobre, le budget d’un pays doit être présenté en premier lieu à la Commission européenne, qui peut alors le commenter et dicter des choix aux Parlements nationaux. Comme celui de couper davantage dans les pensions. En 2014, la Belgique s’est vu notifier la « recommandation » de la Commission européenne d’intervenir sur l’indexation des salaires. Le gouvernement Michel a organisé un saut d’index. Toutes les orientations – augmenter l’âge de la pension, réduire les salaires, organiser les flexi-jobs...  – sont directement impulsées par la Commission européenne qui suit la voie du néolibéralisme radical : la politique d’austérité d’abord, des privatisations et des libéralisations ensuite et, enfin, la soumission des organisations des travailleurs, les syndicats. 

Dire qu’on peut être dans un gouvernement qui ferait progresser la cause des travailleurs sans confrontation avec l’Union européenne est un leurre.

Pour le PTB, soutenir qu’on peut être dans un gouvernement qui ferait progresser la cause des travailleurs sans rompre avec cette politique-là est un leurre. Le PS et Écolo n’ont encore jamais dit qu’ils étaient prêts à former un gouvernement qui entrerait en confrontation avec l’ensemble des dogmes libéraux de la Commission européenne. Au contraire, ils ont eux-mêmes approuvé un très grand nombre des mesures européennes. Ne pensons qu’à la libéralisation du secteur de l'énergie ou du transport de marchandises par rail. La participation au gouvernement n’est envisageable que si l’on ose remettre tout cela en question et que si on se rend compte que la confrontation avec l’élite européenne sera très dure. Qu’il ne suffira pas d’être un gouvernement progressiste en paroles, mais que ce gouvernement devra également organiser le soutien des travailleurs, être capable de les mobiliser, de les mettre en mouvement.

Cette leçon, nous devons oser la tirer de l’échec de Syriza en Grèce. Syriza a tenté très prudemment une telle confrontation, mais il s’est retrouvé fragilisé par la guerre économique agressive lancée par les milieux financiers de Francfort. Et, après le référendum du 5 juillet 2015, alors qu’une majorité de Grecs ont dit « non » aux mesures d’austérité européennes, le gouvernement Syriza n’a plus osé mobiliser la population. Et, aujourd’hui, la Grèce est empêtrée dans un nouveau mémorandum, qui est précisément le contraire de ce qu’elle voulait.

Certains évoquent le modèle portugais : un gouvernement social-démocrate, soutenu de l’extérieur entre autres par les communistes. Ce modèle est-il transposable en Belgique ? 

Nous ne voulons pas seulement abroger les mesures d’austérité les plus graves, nous voulons aussi obtenir une tout autre politique.

Peter Mertens. D’abord, soyons clair : le Parti communiste portugais (PCP) ne participe pas au gouvernement. Et, de l’extérieur, il ne soutient pas toute la politique du gouvernement, mais seulement quelques mesures précises : celles qui vont à l’encontre de la logique de l’austérité. Il faut connaître les circonstances spécifiques : le Portugal a été très sérieusement frappé par la crise en 2008 et il s’est retrouvé ensuite sous la dictature de la Troïka qui lui a imposé des mesures socioéconomiques draconiennes. Je les ai décrites dans le livre que j’ai publié en 2012, Comment osent-ils ? : augmenter la TVA, privatiser, diminuer de moitié le pécule de vacances, économiser sur les soins de santé et l’enseignement, réduire le salaire minimum pour en faire le plus bas d’Europe, à savoir 420 euros. C’est juste au-dessus du seuil de pauvreté qui, au Portugal, est de 360 euros par mois à peine.

Aujourd’hui, le nouveau gouvernement portugais d’Antonio Costa a pu empêcher les mesures les plus draconiennes de la Troïka, sous la pression des syndicats, du Parti communiste portugais et du Bloc de gauche. C’est naturellement une bonne nouvelle, mais on est encore loin d’une véritable rupture avec la politique d’austérité européenne. Pas un seul instant, le Premier ministre social-démocrate Costa ne met les traités européens en doute, même pas à titre purement rhétorique. On ne peut nier que, pour une bonne part, Costa reste prisonnier du carcan des traités européens. Par exemple : les mesures sociales limitées ont été prises au détriment des investissements publics, ce qui fait que la croissance reste faible. En 2010, les investissements publics représentaient encore 5,1 % du PIB ; en 2016, ils ne représentaient plus que 1,5 %. Nous avons besoin massivement d’investissements. Mais le gouvernement social-démocrate n’ose pas s’en prendre aux super-riches et n’a donc pas dégagé de moyens pour des politiques d’investissements publics destinées à assurer un développement durable. Cela, ce n’est pas notre modèle. Nous ne voulons pas seulement abroger les mesures d’austérité les plus graves, nous voulons aussi obtenir une tout autre politique. 

Que répondez-vous aux appels répétés des leaders de la FGTB wallonne de former une coalition des partis de gauche ?

Nous ne croyons pas que que le PS veuille une rupture avec la politique européenne et sa propre politique des 25 dernières années

Peter Mertens. Nous les avons rencontrés récemment et nous sommes évidemment très attentifs à leurs demandes en tant qu’organisation défendant les intérêts de centaines de milliers de travailleurs. Pour nous, c’est très important d’être à leur écoute. Nous comprenons évidemment l’appel de la FGTB wallonne pour qu’il y ait un véritable changement de cap dans ce pays. Nous soutenons leurs priorités. Que ce soit par exemple une pension à hauteur de 75 % du salaire avec un minimum de 1 500 euros. Ou que ce soit un réinvestissement massif dans des services publics de qualité et abordables. Nous croyons dans une campagne de sensibilisation et de mobilisation des travailleurs dans tout le pays autour de ces revendications. Nous allons soutenir cette campagne et aider à conscientiser et à mobiliser les gens dans cette campagne. Mais est-ce qu’en 2019, le PS et Ecolo seront prêts non seulement à porter ces revendications, mais aussi à affronter la Commission européenne sur les politiques budgétaires, sur les pensions, sur les privatisations... ? Est-ce qu’ils seront prêts à mobiliser les travailleurs en Belgique pour cette confrontation avec l’Union européenne ?

Nous l’avons dit à la FGTB : nous ne croyons pas que le PS veuille une rupture fondamentale avec la politique européenne. Nous ne voyons pas non plus de rupture du PS avec le MR. Certains leaders socialistes annoncent déjà qu’ils feront une liste unique avec le MR aux prochaines élections communales, comme Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe PS au Parlement wallon, qui fera liste commune avec le ministre libéral François Bellot, celui qui attaque la SNCB. Paul Magnette lui-même a dit que 95 % de la nouvelle déclaration gouvernementale régionale MR-cdH correspondait aux objectifs de la majorité précédente avec le PS. Et puis, nous ne voyons aucune autocritique sérieuse du PS sur sa propre politique pendant 25 ans au pouvoir. On admet des petites erreurs, ici ou là, mais il n’y a pas de remise en cause sérieuse. Qu’en sera-t-il alors une fois la campagne électorale passée ? On n’oublie pas que le PS a aidé à privatiser des services publics en appelant cela des « consolidations stratégiques », que le PS est à la base de la chasse aux chômeurs...

Sans l’examen sérieux de son passé, comment éviter d’avoir un PS qui promet des montagnes dans l’opposition mais qui se retrouve après dans le gouvernement avec une prétendue politique « réaliste » et « du moindre mal » ? 

Dans l’état actuel, c’est donc non à une coalition de gauche ?

L’extrême-droite peut grandir car il y a eu une déception sérieuse des travailleurs à l'égard des partis sociaux-démocrates.

Peter Mertens. Nous ne voulons pas aider le PS à faire la même chose que ce que le SPD a fait en Allemagne, c’est-à-dire aider Merkel à mettre en œuvre sa politique. Ou ce que François Hollande a fait en France. De même, aux Pays-Bas, les sociaux-démocrates ont été très à gauche et critiques vis-à-vis du libéral Rutte en 2012 avant les élections mais, une fois les élections gagnées, ils ont formé une coalition avec lui. Ce qu’ils ont d’ailleurs payé très cher en chutant à 7 % par après.

Dans tous nos pays voisins, les sociaux-démocrates sont très à gauche dans l’opposition, pleins de promesses à l’égard des organisations syndicales, allant jusqu’à prétendre vouloir faire une politique de rupture mais, une fois au gouvernement, il n’y a plus aucune rupture. Car, finalement, pourquoi des organisations d’extrême droite comme le Front national de Marine Le Pen, le parti de Geert Wilders aux Pays-Bas ou l’AFD en Allemagne peuvent-ils grandir ? Parce qu’il y a eu une déception sérieuse des travailleurs à l’égard de gouvernements avec des partis sociaux-démocrates. C’est irresponsable de suivre cette voie quand on affirme être de gauche.

Ce 8 novembre, le journal Le Soir titrait pourtant lors de l’interview que vous lui avez accordée par l’affirmation que le PTB était « ouvert à une coalition rouge-verte » ?

Ecolo se positionne de plus en plus dans un « ni gauche ni droite »

Peter Mertens. Le Soir a choisi de mettre en titre sa propre conclusion. Dans l’interview, je n’ai pas dit que le PTB était ouvert à une coalition rouge-verte. J’ai même dit le contraire : on ne voit actuellement pas comment il serait possible d’entrer dans un gouvernement en 2019, on ne voit ni Ecolo ni le PS prêts à mener une véritable politique de gauche anti-austérité. Ecolo se positionne de plus en plus dans un « ni gauche ni droite » et promeut une politique centriste qui ne peut être qu’une cogestion de la politique néolibérale européenne. Cela ne veut évidement pas dire qu’il n’y a pas de militants honnêtes et de grande valeur dans chacun de ces partis. Mais il faut poser la question à la direction du PS et à la direction d’Ecolo : « Est-ce que vous êtes prêts à mener une véritable politique de gauche anti-austérité ? »

Le PS ressort constamment toujours la phrase du porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, qui avait dit que « le PTB ne serait pas au pouvoir avant 15 ans ». Qu’en pensez-vous ?

L'histoire n'est pas linéaire. Le monde change vite, très vite, et par à-coups. 

Peter Mertens. Le PS utilise cette déclaration pour refuser tout examen critique sur la politique que ses dirigeants ont mené ces 25 dernières années. C’est trop facile. Nous n’allons pas nous-mêmes nous coincer avec une date concrète. Car le monde change vite, très vite, et par à-coups. En 2012, qui aurait cru qu’en 2017, on érigerait des murs en Europe, que l’extrême droite serait la deuxième force politique en France, que le président Trump serait élu aux États-Unis, que la Grande-Bretagne sortirait de l’Union européenne et que le séparatisme serait au devant de la scène ?  

Nous ne savons dès lors pas ce que les cinq prochaines années nous réservent. Mais il est par contre clair que plusieurs crises se superposent (une crise financière, économique, démocratique, sociale et écologique) et s’aggravent, et que l’histoire n’est pas linéaire.

Trois voies sont possibles en Europe : soit la poursuite de la politique autoritaire centralisée de l’Union européenne, soit la voie séparatiste et du nationalisme, soit la voie du contre-mouvement d’en bas qui aspire à un changement social, démocratique et écologique radical. Nous travaillons résolument à cette dernière alternative. Mais, je le répète, cette stratégie prend du temps. 

À un autre niveau de pouvoir, quelle est la vision du PTB par rapport aux prochaines élections communales ? 

Peter Mertens. Le PTB est d’abord en train de préparer ces élections en réalisant une grande enquête, disponible en ligne sur www.grandeenquete.be. Nous voulons démarrer un processus de dialogue avec la population dans des dizaines de grandes communes et villes de tout le pays. Pourquoi ? Pour déterminer quelles priorités doivent changer au niveau local. Nous sommes confrontés à la gestion politique libérale des villes, où le bling-bling et les projets de prestige dominent tout. La vision selon laquelle une ville est un supermarché où tout doit être laissé au marché domine de plus en plus. Pour nous, une commune est d’abord un lieu où les gens vivent, travaillent ou se détendent ensemble. Dans le mot « commune », il y a le mot « commun », pas le mot « supermarché ». 

Dans le mot « commune », il y a le mot « commun », pas le mot « supermarché »

On voit aussi de plus en plus de bibliothèques ou de piscines locales fermer, des places publiques ne sont plus bien entretenues en raison d’un manque de personnel, des écoles communales se détériorent car il n’y a plus assez d’argent. Un sous-financement pousse des villes et communes à faire de l’austérité dans tous les services de proximité. 

Face à cette réalité, nous voulons demander l’avis de la population sur sa vision des choses. Selon les habitants, quelles seraient les solutions ? Pour les citoyens, quelles sont les luttes les plus importantes ? Nous voulons l’avis des gens sur nos propositions concrètes, toutes basées sur le droit à la ville pour tous les habitants.  

Mais concernant la participation au pouvoir dans les communes ?

Nous voulons une toute autre démocratie que la politique arrogante habituelle, du haut vers le bas, qui n’implique pas les gens. 

Peter Mertens. Pour les villes et les communes, nous voulons également une politique de rupture au niveau local. Le PTB ne pourra jamais entrer dans une coalition locale pour appliquer l’austérité. Nous voulons une tout autre démocratie que la politique arrogante habituelle, celle du haut vers le bas et qui n’implique pas les gens. Ces points sont essentiels et nous sommes prêts à parler avec les partis qui veulent changer de cap à l’échelon local. Mais dans une ville comme Liège, par exemple, tout cela nous paraît difficile. Le PTB ne voit pas possible de s’allier au PS de Willy Demeyer qui a organisé tout le système Publifin. Comme il paraît difficile de s’allier au PS de Bruxelles qui a organisé le système du Samusocial. Clairement, nous ne pourrons jamais entrer dans une coalition qui permet de telles pratiques. 

Il y a quelques mois, j’ai visité la ville de Barcelone avec une délégation du PTB. Une des premières mesures prises par sa bourmestre de gauche, Ada Colau, a été la transparence totale des mandats et rémunérations de tous les échevins et membres du conseil municipal de Barcelone. Elle a réduit son propre salaire de 8 000 euros à 2 000 euros. Elle a instauré une procédure pour permettre aux gens de dénoncer les scandales de corruption et pour que cela soit suivi par des enquêtes sérieuses. Chaque échevine et échevin de Barcelone doivent se rendre toutes les deux semaines dans tous les quartiers. Ce sont des mesures modestes mais dont nous avons besoin au niveau communal.  

À Anvers, dans le district de Borgerhout, le PTB est tout de même en coalition avec le sp.a et Groen…

Même à Borgerhout, le travail le plus important n’est pas réalisé par notre échevine mais par la présence de nos membres sur le terrain  

Peter Mertens. Borgerhout est un district qui a beaucoup moins de compétences. Dans le cadre d’un district de 45 000 habitants, nous faisons du bon travail. Mais pour nous, c’était le programme qui était très important. Quel programme populaire pouvait-il être appliqué à Borgerhout ? Nous avions donné la priorité à la jeunesse. Nous n’avons pas commencé par discuter du partage des postes. Nous avons volontairement commencé par fixer un programme. Il y aura peut-être d’autres communes où une démarche similaire est possible. Mais on va nous allons d’abord écouter la population, via avec notre grande enquête. Nous pourrons analyser le résultat en février-mars, et on étudiera la situation au cas par cas. 

Et, même à Borgerhout, le travail le plus important du PTB n’est pas réalisé par notre échevine, Zohra Othman, mais par la présence sur le terrain de nos membres et par l’interaction qu’ils créent avec la population. On appelle cela le « rue-conseil-rue ». Notre action politique démarre chez les gens et les travailleurs. C’est pour cela qu’on est à leur écoute avec la grande enquête que nous menons actuellement. C’est à partir de là qu’interviennent notre service d’études, nos propositions concrètes alternatives et la mobilisation de la population. Et ensuite, nous retournons vers la population pour présenter le résultat de notre action. C’est notre manière de faire avancer les choses. Mais, pour réaliser cela, nous avons besoin d’une organisation forte, un PTB qui est solide sur le terrain.

Ce contre-pouvoir que le PTB veut construire est donc aussi valable à l’échelon local ?

Nous avons besoin de la démocratie vivante des associations et comités de quartier 

Peter Mertens. Effectivement, c’est aussi important au niveau local. Même si cela se pose d’une autre manière. Ces dernières années, nous observons de nombreuses mobilisations locales dans les communes. Cela nous paraît déterminant dans notre analyse. Quelles sont les communes où les gens ont mené une bataille pour garder leur bibliothèque locale ou leur piscine locale ouverte ? Quelles sont les villes où la population s’est mobilisée pour améliorer la mobilité avec une vision écologique de la ville ? Dans de nombreuses communes, il y a des organisations citoyennes, des associations locales, de comités de quartiers... Nous avons besoin de cette démocratie vivante. Dans beaucoup de communes, tout est contrôlé par l’Hôtel de ville et toute initiative populaire est étouffée. L’Hôtel de ville doit être au service de la population, il doit y avoir une réelle proximité avec la population. Pas seulement une proximité pour mieux expliquer, mais bien pour mieux écouter les opinions et les propositions des gens. 

Construire un tel contre-pouvoir, cela prend du temps et de l’énergie. Est-ce pour cela que vous insistez tout le temps sur l’importance de rendre le PTB plus solide ?

Le rapport de forces doit se construire dès maintenant pour arrêter la réforme des pensions à points. 

Peter Mertens. Nous avons effectivement une responsabilité importante. Dans nos statuts et nos textes de Congrès, nous expliquons que le PTB ne va pas tout résoudre à la place des gens. Rien que sur ce point, nous sommes un parti totalement différent des autres. Nous ne pensons pas que les gens doivent déléguer leur capacité, leur pouvoir, leur autonomie, leur réactivité à une caste de politiciens professionnels qui va résoudre tout pour eux. Ce travail d’émancipation est dans notre ADN. Nous voulons gagner en capacité d’organiser, de conscientiser et de mobiliser les gens de manière permanente et sur beaucoup de thèmes. Les thèmes socio-économiques évidemment. Par exemple, le gouvernement veut imposer une pension à points, une « pension-tombola » où personne ne connaît le montant qu’il aura quand il sera pensionné. Nous avons lancé une campagne www.pastoucheanospensions.be pour sensibiliser et mobiliser contre cette nouvelle attaque sur nos pensions. Certains disent que la seule solution serait les élections de 2019 et que, d’ici là, la mobilisation ne servira pas à grand-chose. Nous pensons que le rapport de forces doit se construire dès maintenant pour arrêter la réforme des pensions à points.  

Nous avons besoin de mobilisations et d’un parti avec une colonne vertébrale solide

Nous voulons réaliser ce travail sur bien d’autres thèmes : sur la question du racisme, de l’égalité entre hommes et femmes, de l’accès à la justice ou des questions démocratiques. L’opposition contre le système de pension à points a besoin d’un mouvement social fort. Le climat a besoin d’une mobilisation populaire comme celle qui s’est déployée à Bonn. Nous avons besoin de mobilisations sur différents thèmes. Mais nous avons besoin aussi d’un parti avec une colonne vertébrale solide, qui a des principes et qui veut organiser cette rupture avec la politique dominée par le pouvoir de la finance.

 

 

Le PTB est-il contre tout compromis ?

Peter Mertens. Non. La vie en société est faite de compromis. Ceux qui ne font jamais de compromis sont des ermites, ils se retirent de la société pour vivre dans une cave, sans interaction avec les autres. Mais nous, nous voulons faire avancer la cause des travailleurs. Nous devons donc tirer le bilan de la soi-disant politique du compromis menée depuis 25 ans en Europe. Malgré la crise financière de 2008, on a vu qu’au nom de la politique du compromis, c’est la position des grandes banques et de la grande industrie en Europe qui a été renforcée.

Le PTB veut avancer des lignes rouges. Nous ne pouvons plus reculer face aux attaques contre les acquis sociaux. Au contraire même, il nous faut retrouver des revendications sociales offensives en rupture avec la logique néolibérale et la politique d’austérité imposée presque par décret européen.

Il est également essentiel d’avoir un plan d’investissements publics pour une transition écologique. C’est une tout autre logique que celle de la Banque centrale européenne. Celle-ci injecte chaque mois 60 milliards dans l’économie.La question n’est pas « compromis ou pas de compromis ? » mais bien « où sont les principes ? ».  

Le seul plan de relance européen est dans les faits un vaste système de fraude organisée au service des plus riches.

Cet argent est surtout utilisé par les banques pour leurs propres fonds. Celles-ci accordent des prêts presque gratuits aux grandes entreprises – pas aux PME car, évidemment, pour elles, cela reste très difficile d’obtenir des prêts auprès d’une banque. Et que font ces grandes entreprises avec cet argent ? Elles l’utilisent non pas pour investir, mais pour racheter d’autres entreprises. On le voit avec Bayer et Monsanto qui fusionnent grâce à cet argent. Ou bien entre le français Alstom et l’allemand Siemens. Les grands deviennent de plus en plus grands. Et cet argent part ensuite vers les actionnaires, qui l’accumulent en bout de course sur des comptes en banque aux Bahamas, au Panama ou en Suisse pour éviter de payer des impôts. Tout cela est scandaleux. Dans les faits, le seul plan de relance européen est un vaste système de fraude organisée au service des plus riches. Il n’y a aucun plan public pour investir par exemple dans la transition écologique, vers une économie qui ne dépende plus de l’énergie fossile.

La politique du compromis aboutit à ce que de plus en plus de gens se retrouvent sans travail

La politique du compromis en Europe depuis 25 ans aboutit à ce que de plus en plus de gens se retrouvent sans travail, , à ce que de plus en plus de jeunes n’ont plus que des mini-jobs ou des flexi-jobs comme perspective professionnelle.

Vouloir une rupture sérieuse avec tout ça, c’est définir des principes, des principes de progrès social, de droits syndicaux, de démocratie, et c’est permettre aux travailleurs de bénéficier des richesses qu’ils produisent eux-mêmes.  

 

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Commentaires

Il y a qq temps, Marx écrivait déjà que "les élections donnent droit au pouvoir, mais ne donnent pas le pouvoir". Pour avoir le pouvoir, il faut en effet d'abord s'investire dans la construction d'un contre-pouvoir - ce qui prend du temps et de l’énergie - et donc rendre le PTB plus solide.
Allez y les camarades,continuez comme ça :-) Nicolas, membre des jeunes communistes en France
Le problème c'est qu'il est impossible de changer les traités européens car il faudrait l'accord des 28 pays qui la compose hors il y en aura toujours plusieurs pour s'y opposer. Ce n'est pas seulement difficile et long, c'est impossible et inutile d'essayer de changer l'ue. De plus même si l'Allemagne profite un peu de la situation actuelle, cela s'accompagne de nombreux risques sur son économie !! Car d'autres pays on de plus en plus de dettes envers elle qu'ils ne pourront sans doute jamais rembourser. Par exemple la banque centrale d'Espagne qui est endetté (via les target2 dont on ne parle jamais) de 500milliards d'euro envers la banque centrale allemande !!! Et les déficits et déséquilibres se creusent toujours plus ! Je ne suis pas pour la politique allemande mais je comprends très bien pourquoi ils ne voudront pas changer les traités. Ils préféreront encore qu'on quitte l'ue plutôt que de les changer ! Il ne voudront pas non plus payer pour les autres. En vérité l'ue et surtout l'euro ne peuvent pas fonctionner. Chaque pays est très différents et a besoin de ses propres règles et de sa propre monnaie. Même si on change les traités il y aura toujours des perdants. On ne peu pas uniformiser. Imaginez d'uniformiser une classe d'élève pour qu'ils aient tous les même qualités et les mêmes résultats en mathématique, orthographe,... Ce serait perdre et nier les qualités de chacun et les rendre malheureux et sans doute improductif. Et a quel point devrait on culpabiliser ceux qui ne rentre pas dans le moule ? Et puisqu'on ne peu absolument pas changer l'ue il faut en sortir. Et en réalité c'est le seul moyen de créer une véritable union ou chacun serait libre et ou on prendrait en compte le bien être de chacun. Il sera en effet toujours possible de faire des accords économiques, diplomatiques, écologiques.... Avec l'avantage que chaque pays pourra négocier ou renégocier, se retirer ou se joindre, de changer d'avis en fonction des élections démocratiques ou des referendums... Alors que dans l'ue même si on élit des politiciens complétements différents on est quand même forcé sous peine d'amandes lourdes de continuer de respecter les traités ultra libéraux. Ce qui empêche une vrai démocratie. Je vous supplie de vous renseigner sur les target2 et sur l’impossibilité de changer les traités ! Demandez au Allemand si ils seraient près a changer les traités, ils vous répondrons NON, à aucun prix ! Je voterais PTB même si pour moi vous devriez proposer l'article 50 pour sortir de l'ue sans perdre de temps à vouloir négocier les traités.
pour moi le PTB est prêt
Je pense qu'un véritable contre-pouvoir, destiné à rester permanent et à s'étendre, ne se fait pas qu'avec d'autres partis (PS, Ecolo, Vega/Demain...), mais en socialisant et collectivisant progressivement les fonctions de l'Etat à tous ses niveaux, en vue de son extinction à terme
Si c'est pour vous alliez au PS et Écolo et continuer à accepter des réfugiés et étrangers en tout genre mon vote et celui de ma famille n'ira pas à votre parti
Je viens de mettre un commentaire et je vois que vous n'êtes pas différents des autres partis, vous filtrez , pour mettre les commentaires qui juste vous intéresse
il est tout à fait indispensable de participer au pouvoir le plus tôt possible et pour ce définir un programme ambitieux de bases fondamentales axées sur l'objectif prioritaire "éradiquer la misère galopante en Belgique-protéger les aînés-éduquer les jeunes-développer la solidarité-justice fiscale".Il faut,en effet pouvoir expliquer à la population contactée que le monde actuel doit et peut changer grâce au PTB
Si le PTB refuse de participer à la gestion du pays en insufflant plus de justice sociale, ce sont toujours les même "pourris" qui continueront à gouverner et à nous exploiter. Donc, si je vote pour vous, ma voix ne servira à rien si ce n'est une opposition virulente, du vent qui n’empêchera pas la continuité de la politique d'austérité. Beaucoup d'électeurs espèrent qu'une vraie gauche revienne au pouvoir, mais en les faisant attendre, le PTB risque de ne plus être crédible! Être trop dogmatique dans un pays de compromis n'est sans doute pas très malin!
Depuis un bon moment maintenant, j'adhère à vos idées, mais force est de reconnaître que, même si un contre pouvoir peux s'avérer utile, voire nécessaire, donner sa voix à un parti qui ne veux pas "monter" au pouvoir, revient à mes yeux à voter blanc et donc donner ma voix à un parti (une majorité) que je n'aurais pas choisi, grand dilemme.....
Merci pour cet article... Je suis ancienne membre ECOLO. J'ai quitté le parti car je lui reproche sa mollesse et le fait qu'une fois au pouvoir, à part quelques-uns, ils se coulent dans le moule. Je continue à vous suivre. Viendrai sûrement vous rencontrer...
MERCI! Vous avez ma voix. Vous aurez bien plus si vous ne lâchez rien. Comme moi, surmontez vos peurs face à la lutte finale, inévitable et décisive, qui s'annonce. Merci aussi à notre jeunesse croyante. Je pense que nous allons vers une THÉOCRATIE SOVIÉTIQUE... Évidemment, ça va "décoiffer"!
MERCI !!!
C est tellement évident... Violent les gens ne comprennent-ils pas envie cela. Ils ont peur de communisme, c est bien sur une raison mais il faut continuer à traiter que le clous, c est notre seule Chave de survie. Bravo pour cette analyse.
J'ai comme pas mal de personnes pris position pour le PTB avec la conviction que vous pouviez changer pas mal de choses dans l'horizon politique belge . Mais à la lecture de cet article de la tête pensante de mon parti , un dicton me vient à l'esprit "celui qui n'avance pas recule" et ce n'est pas les sondages effectués auprès des citoyens des grandes villes qui changera mon point de vue .
Pourquoi l'ordre judiciaire une fois qu'il y a une augmentation dans un secteur cela ne nous concerne pas et pourquoi chaque administration ou ministere recoivent des cheques repas, nous non.
C'est une excellente explication sur la stratégie suivie par le PTB.
A mon avis, Peter Mertens indique, à juste titre, que "le moment n'est pas encore venu" pour la participation du PVDA/PTB à un gouvernement, même après un beau résultat aux élections. Mais en même temps, on devrait tenir compte d'autres éléments essentiels, notamment: - même si la population belge serait mobilisée et organisée à la base, il faudra en outre des alliés dans un grand nombre états-membres de l'UE, afin de faire bouger la politique de l'UE; un seul ou seulement quelques pays n'auront pas le poids suffisant; - pendant la (les) campagnes électorale(s) prochaine(s), il faudra bien expliquer d'avance pourquoi le moment de participation au gouvernement ne sera pas encore venu (arguments exprimés par Peter dans l'interview), afin que les électeurs PVDA/PTB ne seraient pas décus ou découragés et qu'ils/elles continuent ils/elles-mêmes à une mobilisation politique et sociale "à la base".
Je ne vois pas d'autre alternative pour le moment... ^ ^