Photo : Salim Hellalet

Le PTB introduit une proposition de loi en faveur du modèle Kiwi

auteur: 

Sofie Merckx

Ce 7 décembre, le PTB a introduit une proposition de loi pour, via le modèle Kiwi, faire baisser considérablement le prix des médicaments et instaurer en la matière une politique plus efficace, ciblée et accessible à tous. Le PTB publie également son étude exclusive sur le top 100 des médicaments dont le prix baisserait grâce au modèle Kiwi.

Aujourd’hui, en Belgique, la politique des médicaments est basée sur l’offre : l’industrie pharmaceutique influence la façon de prescrire, la politique de remboursement et les prix des médicaments afin de réaliser les bénéfices les plus plantureux possibles. Le « modèle Kiwi »  entend inverser cette logique. La proposition de loi que vient d’introduire le PTB est la traduction concrète d’une gestion de médicaments efficace, ciblée et accessible qui part des besoins réels des patients et non des intérêts de Big Pharma. C’est une revendication pour laquelle le PTB et Médecine pour le Peuple mènent des actions depuis plus de dix ans déjà.

À l’occasion de l’introduction de cette proposition de loi, le PTB et MPLP publient leur étude exclusive sur le top 100 des médicaments qui deviendraient moins chers grâce au modèle Kiwi. Ce top 100 montre combien le modèle Kiwi pourrait rapporter pour la centaine de médicaments aujourd’hui hors brevet.

Afin de donner plus de force à cette proposition de loi, des patients, sympathisants et collaborateurs de Médecine pour le Peuple se sont rassemblés ce 7 décembre devant le cabinet de la ministre de la Santé publique Maggie De Block. Plus de 10 000 patients ont adressé à cette dernière une pétition soutenant cette proposition de loi. Lors de l’action, les signatures seront remises à un représentant de son cabinet.

Une politique des médicaments centrée sur les besoins et l’accessibilité de tous

Le modèle Kiwi signifie une gestion rationnelle et efficace des médicaments. Dans celle-ci, le pouvoir d’achat collectif de la sécurité sociale sert non seulement à rendre le système plus accessible et meilleur marché, mais également à mener une politique favorisant des médicaments de meilleure qualité. Cette approche étayée scientifiquement et orientée sur les besoins réels empêche la prolifération de médicaments souvent très onéreux mais ne présentant toutefois aucune valeur ajoutée pour la santé publique. De la sorte, on favorisera l’impulsion vers une recherche scientifique réellement novatrice de médicaments à valeur thérapeutique ajoutée nettement supérieure. Par ailleurs, le modèle Kiwi tire également parti du pouvoir d’achat collectif pour faire baisser les prix et contrer le pouvoir de Big Pharma. C’est tout autre chose que l’actuelle politique de la ministre De Block, qui donne la priorité aux profits de l’industrie pharmaceutique plutôt qu’à la la science, à l’accessibilité et à l’efficacité des coûts et qui, ce faisant, galvaude massivement les deniers publics au profit de Big Pharma.

Le modèle est basé sur un processus en trois étapes :

1. Le gouvernement se base sur une analyse scientifique des besoins. On analyse les besoins des patients sur le plan de divers médicaments et, partant, on détermine quels sont les médicaments qui peuvent être remboursés.

  • Ceci est à l’opposé de la situation actuelle, qui part de l’offre : chaque entreprise produisant un médicament avalisé par deux études seulement et plus efficace qu’un placebo est admise sur le marché. Ces études peuvent tout aussi bien être sponsorisées par le fabricant lui-même, et on trouve par ailleurs régulièrement nombre d’études prouvant que le médicament en question n’a pas plus d’effet qu’un placebo.

Exemple : En 2015, l’antidépresseur Cymbalta® (duloxetine) a été prescrit à plus de 100 000 Belges et a coûté plus de 29 millions à l’INAMI. Pourtant, la dernière recommandation de bonne pratique destiné aux médecins stipule clairement que le traitement au Cymbalta ne présente aucune valeur ajoutée en première ligne, et qu’en plus il génère surtout plus d’effets secondaires quand on le compare, par exemple, au soutien psycho-thérapeutique. N’empêche que ce médicament est massivement prescrit et remboursé.

2. Ensuite, on sélectionnera les meilleurs médicaments pour les diverses indications sur base de critères et études scientifiques objectifs (conformément au principe de l’evidence based medicine).

  • Ici aussi, la situation est tout autre aujourd’hui : on reconnaît massivement de nouveaux médicaments et on les rembourse sans avoir prouvé qu’ils aient la moindre valeur ajoutée par rapport aux produits déjà existants. Le modèle Kiwi, par contre, sélectionne une liste des meilleurs médicaments sur base d’informations scientifiques et ne proposera au remboursement que ces seuls médicaments.

Exemple : En 2015, le réducteur de cholestérol® (rosuvastatine) Crestor © a été prescrit à 300 000 personnes alors que, cette même année, la revue BMJ (British Medical Journal) publiait un rapport négatif entre avantages et risques pour ce médicament. De plus, le Crestor© était entre deux et cinq fois plus cher que les autres statines, souvent plus sûres et plus efficaces. Le fait que ce médicament ait été tellement prescrit n’avait comme seule origine que la puissance de marketing de la firme AstraZeneca.

3. Enfin, le modèle Kiwi utilise le pouvoir d’achat collectif de la société via l’assurance maladie afin de négocier les meilleurs prix auprès des firmes et en faisant des appels publics d’offres.

  • Actuellement, nos médicaments nous coûtent bien trop cher. C’est la force de marketing des firmes qui détermine l’attitude prescriptive des médecins et qui peut ainsi maintenir un niveau de prix bien trop élevé. D’où la tendance, chez bien des médecins, à prescrire trop facilement les médicaments les plus récents, les plus chers mais pas nécessairement les plus efficients. L’étude ci-dessous prouve également qu’il y a moyen d’obtenir des prix très inférieurs pour bon nombre de médicaments.

Exemple : En Belgique, une boîte d’Oméprazole (antiacide) de la marque Sandoz coûte 40 euros. Aux Pays-Bas, grâce au modèle Kiwi, vous ne la paierez que 2,50 euros ! 

632 millions d’économies possibles en appliquant le modèle Kiwi à 100 médicaments

Sur base des données obtenues par le député PTB Raoul Hedebouw, une dizaine de médecins de Médecine pour le Peuple ont calculé le montant que rapporterait l’application du modèle Kiwi à 100 médicaments hors brevet. Dans cette étude, on a appliqué les prix néerlandais à la consommation belge (en 2015) par médicament. Aux Pays-Bas, les assureurs privés utilisent déjà le modèle Kiwi et les prix des mêmes médicaments sont très nettement inférieurs.

Le résultat est impressionnant : sur un budget de plus de 1,1 milliard d’euros (un peu plus d’un tiers des dépenses annuelles pour les 754 molécules du marché ambulatoire des médicaments en Belgique), on pourrait économiser plus de la moitié (environ 632 millions). Cela signifie que nous pourrions assurer au patient la gratuité de ces médicaments et faire économiser plus de 400 millions à l’INAMI. Et ce, sans toucher le moins du monde aux marges de profit des pharmaciens belges, pour qui ce sera donc une opération zéro. Pour les patients, cela voudrait dire qu’ils dépenseraient 230 millions d’euros en moins en médicaments (voir schéma des calculs dans l’annexe Excel).

Pour le seul antiacide Pantoprazol, l’un des médicaments les plus consommés en Belgique, l’application du modèle Kiwi pourrait rapporter 50 millions, dont 17,5 pour les patients par la suppression du ticket modérateur et 32,5 pour l’INAMI. En Belgique, le pharmacien paie déjà 16,75 euros à l’achat d’une boîte. Aux Pays-Bas, le patient ne paie que 1,76 euro pour le même conditionnement en provenance de la même firme !  

Le modèle Kiwi offre bien d’autres possibilités de réduire les prix et d’augmenter la qualité

Outre ce top 100 des médicaments hors brevet, il est aussi possible de réduire les prix de médicaments qui ne sont pas encore hors brevet et pour lesquels il existe diverses alternatives dans la même classe thérapeutico-pharmaceutique. En Belgique, cela a déjà été le cas en 2010 pour le vaccin anti-HPV contre le cancer de l’utérus. Le vaccin devenait six fois meilleur marché (passant de 330 euros à 52 euros, pour trois injections) grâce à l’appel public d’offre aux deux producteurs sur le marché.

Les deux médicaments qui coûtent actuellement le plus cher à la collectivité sont les inhibiteurs TNF adalimumab et etanercept destinés aux patients souffrant d’arthrite rhumatoïde. Ces médicaments sont encore sous brevet et très chers (en tout, 200 millions par an, pour 20 000 patients à peine), mais rien n’indique que l’un serait meilleur que l’autre dans certaines circonstances. Environ 80 % des patients nécessitant un traitement avec cette classe de médicaments tireraient davantage de mieux-être de n’importe lequel des nombreux autres inhibiteurs TNF. Le gouvernement norvégien est parvenu par une forme d’appel d’offre à réduire de moitié le prix de ces médicaments. Pour les seuls adalimumab et etanercept, on pourrait déjà économiser 100 millions.

Il est donc possible d’obtenir d’énormes baisses de prix auprès de l’industrie pharmaceutique comme le prouvent l’exemple néerlandais et la présente étude. Mais le prix du réducteur de cholestérol Crestor© (rosuvastatine), dont le brevet a expiré récemment, montre également que nous payons beaucoup trop pour les médicaments que nous prenons. Aujourd’hui, le Crestor © coûte toujours près de 160 euros les 100 comprimés, alors que son équivalent générique coûte tout au plus 50 euros, soit même pas un tiers du prix ! Le fait que ces prix peuvent différer tellement est révélateur de l’énorme marge de réduction de prix que nous pouvons encore obtenir.

Le modèle Kiwi permet d’ailleurs de faire baisser les prix bien au-delà du « patent cliff » (la chute du prix d’un médicament suite à l’expiration de son brevet) tant vantée par la ministre De Block comme alternative au modèle Kiwi. Par exemple, la simvastatine, un autre réducteur de cholestérol, le prouve bel et bien. Il y a dix ans, ce médicament, le Zocor, coûtait environ 184 euros pour une petite boîte. Aujourd’hui, en Belgique, grâce à l’expiration de son brevet, il ne coûte plus que 21 euros (soit 9 fois moins). Mais, aux Pays-Bas, grâce au modèle Kiwi, son prix n’est plus que de... 1,83 euro (100 fois moins) ! 

 

      

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